DARK KNIGHT III : THE MASTER RACE (Tome 1)

Le premier volet fut un chef d'oeuvre. Le second fut une réussite mitigée. Alors pour le troisième, les doutes pouvaient être légitimes. D'autant plus que Frank Miller et Dc Comics ont connu des heures tendues, ces dernières années, depuis le refus de la maison d'édition de publier un récit violent et politiquement incorrect sur Batman, qui est devenu par la suite Holy Terror. Où comment aborder le thème du terrorisme fondamentaliste avec la grâce d'un quaterback au milieu d'une compétition de gymnastique rythmique. Mais revenons à nos moutons. The Master race. Oui, vous avez bien lu. Le titre est fort éloquent, et peut évoquer tout un tas de choses, d'autant plus que la réputation sulfureuse de conservateur aigri que traîne l'auteur n'arrange pas les choses. Mais gageons que c'est aussi un pied de nez, une belle blague de la part de Miller. 
Frank Miller n'a plus une forme olympique, et sa santé est malheureusement défaillante. C'est pourquoi il a été aidé notablement par la plume de Brian Azzarello, et les crayons d'Andy Kubert, qui a pris la suite, graphiquement parlant, des aventures du Dark Knight. L'histoire est à la fois simple, efficace, et on le devine, source de rebondissements à venir. Pour le moment, Miller prend le temps de remettre ses pions sur la table, avec Batman, Wonder Woman, Lara, la fille de cette dernière (et de Superman) et Atom. L'album s'ouvre sur un mystérieux individu qui vient emprunter le costume du Dark Knight dans sa célèbre caverne, alors que des messages s'échangent concernant le retour probable du héros. Tandis que la police est aux trousses d'un jeune garçon de couleur, Batman (ou qui pour lui) s'en prend aux forces de l'ordre, avec l'envie claire et rageuse de casser quelques crânes, ce qui épouse bien le sentiment actuel aux States, d'une partie de la population, qui est outrée par les agissements de ceux censés défendre le quidam moyen. Car il semblerait que l'après Gordon soit synonyme de corruption et de violence dans la ville, qui par certains aspects est devenue une actualisation du concept de Sin City. Le commissaire Yindel semble impuissant et comprend que le retour du Batman est inéluctable, alors que les médias interviennent dans le récit, selon une tradition bien établie par Frank Miller dans ses travaux précédents. Ce même Miller et Azzarello donnent également la part belle aux femmes, avec Wonder Woman qui élève son petit dernier et affronte des créatures mythologiques, et Lara sa fille, qui part à la découverte de ses origines dans la cité bouteille de Kandor, alors que son père, Superman, est lui figé dans la glace. Batman (le nouveau Batman, dont je continue de taire l'identité même si vous pouvez deviner...), pour sa part, est capturé par le GCPD...

Dans cet album qui colle de très près à l'actualité américaine (là-bas nous en sommes seulement au #3 de la série) nous trouvons les deux premières parties de The Master Race, mais aussi des petites histoires complémentaires annexes à ces numéros, que sont Dark Knight Universe Presents : The Atom #1, Dark Knight Universe Presents : Wonder Woman #1. Lara apporte la cité réduite de Kandor à Ray Palmer, et celui ci nous en apprend plus sur ses rapports avec la Justice League avant la dissolution, et il n'épargne pas non plus Batman pour ses agissements passés ou présents. C'est une manière pour les auteurs de varier les points de vue sur le Dark Knight, en modifiant le prisme, et en donnant la parole à ceux qui sont restés sur la touche jusque là. L'autre numéro est consacré à Wonder Woman et il est surtout un concentré d'action stérile, permettant à Eduardo Risso (qui illustre) de laisser éclater son talent, tout en rendant hommage à Miller, dont il est un fan inconditionnel. 
Andy Kubert est dans une forme excellente sur The Master Race. Il parvient (à sa façon) à donner corps au style aux ambiances de Frank Miller, bien épaulé par l'encrage rodé de Klaus Janson, mais il magnifie l'ensemble en y insufflant plus de clarté et de lisibilité. Frank Miller retrouve ses crayons dans les histoires complémentaires, et il parait être revenu à des standards qualitatifs honorables, tout en essayant de maintenir cette façon identifiable d'altérer l'anatomie des personnages, qui est un peu la croix et les délices de ses détracteurs ou de ses admirateurs. Tout ceci est un peu à l'image de ce DK III. Gros muscles saillants, combats explosifs, clins d'oeils appuyés à la grande époque millerienne, tout est fait pour donner envie au lecteur nostalgique de l'intensité dramatique du premier Dark Knight returns. Pourtant, il semblerait que l'essentiel des aspérités redoutées, du coté trash provocateur qui paraissait devoir suinter de cette sortie, à chaque page, est pour le moment fort mesuré. Plus conventionnel, plus policé, ce nouveau volet est probablement autant une oeuvre d'Azzarello qu'un travail de supervision de Miller. Qui a donné naissance à des centaines de milliers de variant covers (j'exagère à peine) et permis à Dc Comics de faire (momentanément) un bond dans les chiffres de vente mensuels des comics aux States. Chiffres pas très glorieux ces temps derniers... 

Question subsidiaire : Mais pourquoi Urban Comics a choisi de ne pas faire apparaître ce qui est le titre de ce troisième volet, à savoir The Master Race, en couverture? Le politiquement correct strikes again?





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