ALL-NEW ALL-DIFFERENT MARVEL : LES HEROS PEUVENT-ILS VRAIMENT ETRE NOUVEAUX ET DIFFERENTS?

All new all different Marvel, un simple slogan? Est-il vraiment possible que la maison des idées puisse proposer à ses lecteurs des héros tout nouveau et complètement différent, alors que ceux-ci hantent l'imaginaire collectif et les étagères de nos bibliothèque depuis plus de 50 ans? La réponse va de soi, c'est bien entendu impossible. Sur le fond les caractéristiques principales des personnages ne peuvent être modifiées en profondeur. Peter Parker ne sera jamais un assassin, même s'il s'agit de venger la mort d'un être cher, inversement le Punisher n'intégrera jamais l'équipe des Avengers, ses méthodes resteront tournées vers l'extrême et la justice expéditive. Daredevil ne sera jamais un redresseur de torts avec une vue parfaite. Alors comment est-il possible de proposer des récit all-new all-different en les présentant comme de subtiles variations sur le thème, capable de renouveler l'intérêt des anciens lecteurs, et d'en attirer un bon paquet de nouveaux, tout en respectant les canons du genre tel que Stan Lee les avait imaginés à son époque? Le premier artifice est bien sûr de changer l'identité de l'homme ou la femme qui se cachent sous le masque ou l'armure. Ces temps derniers nous avons eu droit ainsi à une nouvelle Thor, un nouveau Spider-Man (Miles Morales) a pris la relève, une nouvelle Miss Marvel (par ailleurs en phase avec un public adolescent friand de diversité) a repris le flambeau, ou encore un nouveau Captain America avec l'intronisation de Sam Wilson en tant que sentinelle de la liberté. Au passage on remarquera que Marvel parvient à apporter ces retouches importantes au tissu de l'histoire tout en y insérant des héros qui reflètent la société d'aujourd'hui, à savoir la composante multiethnique et la préoccupation de la parité et du rôle des femmes. C'est un des points de force de l'éditeur, celui d'avoir toujours humé l'air du temps, et d'avoir su intercepter les principaux courants, de les avoir insuffler dans ses comics chaque mois. L'idée de changer l'identité civile des héros n'est pas nouvelle, durant ces cinq décennies écoulées les éditeurs américains ont usé et abusé de cette technique, tous les principaux héros, de Batman à Superman, de Spiderman à Iron Man, ont tous à un moment donné dû faire appel à un remplaçant momentané. Il arrive même parfois que l'Ancien et le Nouveau titulaire du titre officie en même temps; c'est d'ailleurs le cas en ce moment avec Steve Rogers et Sam Wilson, qui vivent des aventures coude à coude, l'un n'exclut pas l'autre, au contraire. Parfois la succession est forcée, mal vécue, et une guerre s'engage entre le héros détrôné et son suppléant (et l'ancêtre s'impose généralement, comme Batman et Azrael, par exemple). Ce modus operandi n'est donc pas exceptionnellement novateur... depuis que je lis des bandes dessinées super héroïques, ces mêmes ficelles ont été appliqué pour créer un état permanent de sensation de all new all different. Mais aujourd'hui le public demande plus, encore et toujours, depuis que nos héros de papiers ont débarqué sur grand écran. 

C'est une chose de modifier subtilement des héros déjà existants, ça en est une autre de créer un personnage ex nihilo, et de faire de lui un protagoniste crédible au sein du Marvel Universe. Depuis Deadpool dans les années 90, combien de héros ont véritablement eu droit à leur heure de gloire, partant de rien, depuis lors? Des figures comme Jessica Jones sont trop éloignées du grand public pour concourir dans cette catégorie, et des new entry comme Sentry sont vite repoussés et chassés dans l'oubli et l'indifférence. Aujourd'hui les Kamala Khan ou les Miles Morales fonctionnent très bien, mais ils ne peuvent croître et prospérer que parce que héritiers d'une longue tradition installée et adoubée bien avant eux. Ils sont "different" mais pas essentiellement "new" dans le propos. D'autres idées comme celle de Phil Coulson, agent du Shield, ne doivent leurs existences qu'au cinéma, et aux yeux des puristes ils sont juste des tentatives de récupération stérile. Tout ceci s'explique par un simple constat. Chez Marvel les artistes, les créateurs, n'ont jamais la main. C'est la série ou le personnage qui priment, et ils appartiennent à la maison d'édition, qui n'a pas pour objectif de faire de la philanthropie ou d'expérimenter chaque début de mois. Marvel choisit le plus clairement du temps la voie de la réussite la plus évidente, et les exigences cinématographiques poussent en ce sens, car les chiffres en jeu sont colossaux. Il est toujours plus rentable de s'appuyer sur des franchises pré-existantes que d'en créer de nouvelles, inédites, quitte à passer à coté de concepts alléchants, comme ceux que développe (parfois avec succès, parfois sans trop y croire) Mark Millar avec sa propre étiquette, MillarWorld. Le public aussi est à pointer du doigt. Si vous et moi avons l'habitude de lire des choses un peu plus complexes, et nous réclamons des propositions différentes et plus abouties, la grande majorité du lectorat américain fait de l'esbroufe. Image, par exemple, propose des titres somptueux et adultes, mais les bénéfices engrangés seront toujours inférieurs à ceux que le trentième reboot de Spider-Man ou le re-retour de Steve Rogers en tant que Captain America peuvent générer. Marvel le sait très bien, et tient compte de tout cela. L'expérimentation se poursuit, avec des séries comme Hyperion, ou Squirrel-Girl, par exemple, mais dans la quasi totalité des cas, toujours avec la conscience avérée que passés les six premiers mois, à la rigueur une année, les titres seront annulés, sauf si le cinéma les maintient artificiellement en vie avec une exposition médiatique forte. A se demander si finalement il ne vaudrait mieux pas espérer en une génération de all-new all-different readers, avant d'attendre de Marvel une opération all-new all-different qui mérite pleinement cette appellation. C'est la loi des comics, tout change et rien ne change. Et quelque part nous le savons, et notre esprit conservateur s'accroche à cette idée. 



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