SUICIDE SQUAD : LA REVIEW DU FILM (SANS GROS SPOILER NI DC BASHING)

Si les Marvel Studios caracolent loin devant, en terme de rentabilité et de succès critique, c'est en partie parce que les Avengers constituent une formidable carte de visite, à présenter comme pinacle d'un univers partagé cohérent. Dc Comics (Warner) est à la peine en ce sens. Le film longtemps attendu sur la Justice League est enfin annoncé à l'horizon 2017, alors que la première confrontation entre poids lourds (Batman V Superman) a connu un accueil franchement mitigé, comparé aux attentes. C'est donc à cette étrange Suicide Squad que revient l'honneur peu enviable d'incarner la première super équipe de la distinguée concurrence, avec un distingo d'importance : point de héros sans peur et sans reproches, mais place à un gang de criminels, psychopathes et autres outsiders, chargés par une branche secrète du gouvernement américain de missions délicates, pour ne pas dire suicidaires. Les membres de cette escouade n'ont guère le choix; ou ils obtempèrent, ou une bombe explose dans leurs petites cervelles. Une mesure assortie d'une remise de peine, voilà qui devrait être suffisant pour convaincre les plus réticents à jouer le jeu... La Suicide Squad est dirigée par Amanda Waller, qu'on se prise de détester. C'est une femme cynique et peu regardante, campée avec justesse par Viola Davis. Parlons un peu de ceux qui composent cette formation. Les deux noms sur toutes les lèvres sont bien sur Harley Quinn et Deadshot (Will Smith, quand même) et ils phagocytent le reste de l'équipe. C'est bien eux qui vont faire vivre le long métrage, les autres ne sont que la salade qu'on sert à coté du croque-monsieur, pour faire joli ou diététique, mais que personne ne vous oblige à manger. La première citée porte sur ses frêles épaules la plus grande partie des moments humoristiques disséminés ça et là. On sent par endroits les ajoux last minute en phase de montage, et il faut bien admettre qu'on sort de la salle en ayant pu admirer Margot Robbie sous toutes ses coutures intimes, tant la caméra prend le soin de la filmer dans les poses les plus provocantes. On sait plus ou moins tout d'elle, de ses origines (avec le Joker, on y viendra) à ses blessures secrètes, sans oublier la cambrure de ses reins. L'autre star, c'est Will Smith. Pardon, Deadshot. Certains redoutaient que ce monument de coolitude se contente de surjouer quelques scènes afin d'empocher un cachet, pour s'excuser dans quelques années d'avoir pris part à l'aventure. Que nenni, le tireur d'élite de la Squad occupe une fonction fondamentale, en tant que boussole morale des siens, et personnage envers lequel le public ressentira le plus d'empathie. Il est père de famille, aime sa fille, et vire rapidement au combattant altruiste qui n'est pas si mauvais, en fin de compte. Le reste envoyé en mission? Cela oscille de l'anecdotique (Slipknot, on appelera ça un caméo) à la caricature (Captain Boomerang en tant que gros idiot cupide, ou Killer Croc le monstre attachant) en passant par l'indéfinissable (El Diablo, qui gagne ses galons en cours de route, avant de sombrer dans la mièvrerie en fin de pellicule). Pour compléter l'ensemble, ajoutons un militaire droit dans ses bottes (Rick Flag en meneur d'hommes un peu coincé), une garde du corps qui fait potiche (mais avec un sabre, alors n'allez pas lui répéter. Katana ne parle que japonais, peut-être ne vous comprendrait-elle pas), et bien sur ... en tant que trublion extérieur, que menace se greffant sur la menace, que sous-trame au fort potentiel marketing ... le Joker de Jared Leto.  


On vous l'a promis et bien vendu dans la presse, à coups de rumeurs inquiétantes (il aurait balafré un acteur sur le plateau, aurait du mal à "sortir de son rôle") Jared Leto est un Joker digne de ce nom. Sauf que... on quitte la salle sans parvenir à se faire un avis franc. En fait, il n'est pas assez souvent à l'écran, et surtout n'a pas assez de scènes éloquentes, pour apparaître autrement que comme le parangon du mal cool, des ténèbres nihilistes mais si à la mode, zeitgeist diabolique comme notre société aime en produire ces dernières années. Il sert à justifier en partie l'existence d'Harley Quinn, à amorcer de futurs films où il sera le pôle d'attraction, à bâtir une sous-trame qui finalement prend l'eau et ne résiste pas aux vrais enjeux. Le look me fait furieusement penser à un Martin Gore (membre de Depeche Mode) droit sorti des années 80 et reconverti au satanisme, perverti par l'imagerie pop moderne. Un Joker plus apte à donner un concert de metal progressif dans un festival en plain air, qu'à aller cambrioler les banques de Gotham. Autres apparitions fugaces dans ce film, Batman (moins crispé et crispant) le temps de deux arrestations musclées et Flash, qui reste à l'écran aussi longtemps que son patronyme le promet. David Ayer a pris un parti simple pour nous présenter et introduire sa troupe. Pas de longues explications qui ralentissent le propos, mais toute une série de "portraits en mode training" comme on pourrait vous les balancer dans un jeu vidéo ou en exergue d'un programme de télé réalité. Ma foi pourquoi pas, au moins on gagne de précieuses minutes pour la suite. Sauf que la bande son explose en mode pompier, et que ces grands génies du mal, qu'on annonçaient sombres et sans remords, finissent immanquablement par bénéficier d'un traitement de faveur qui les rend plus sympathiques que la logique voudrait. Le réalisateur est un grand fan d'armes à feu, de préparation militaire (il s'engagea à 18 ans dans la Navy ) et d'explosions diverses et variées, et c'est ce qui va servir de cadre de référence à ce film. L'étalage de pouvoirs et la lutte entre le bien et le mal n'est pas le centre du sujet. Tout d'abord le bien est absent, ou à ce point relatif qu'un tueur à gages sort de ces presque deux heures comme le justicier le plus attachant du lot; ensuite ça nanarde et défouraille tellement qu'il reste peu de place pour les démonstrations super-héroïques, ce qui est un comble quand on réalise que la vraie menace qui plane sur les têtes, et provoque l'envoi sur le terrain de la Squad, est d'ordre ésotérique et démoniaque. On ressent aussi cette obsession moderne du terrorisme, d'une troisième guerre mondiale en cours et impossible à vaincre, car dont les acteurs se révèlent insaisissables (et si Superman avait décidé de s'emparer de la Maison blanche? Et que souhaitera faire le prochain Superman?) à moins d'employer le feu pour combattre le feu. Une vision jusqu'au boutiste qui est ici assez sommairement étalée, nullement approfondie. Les méchants au pouvoir complotent et cachent la vérité, les autres méchants sur le terrain font le sale boulot. Au fait, ils étaient où pendant ce temps, Batman, Flash et consorts? Ils ne pouvaient pas venir donner un coup de main? 


Pour mener à bien un projet de la sorte, pour qu'il soit pleinement réussi, il faut lui donner une voix plus qu'une voie. Un ton. Marvel l'a compris avec les Gardiens de la Galaxie et Ant-Man, et a placé sa mise sur la case "coolitude et second degré". Dc et Warner ont pensé décrocher la lune avec les Batman de Nolan, en optant résolument pour "noirceur et premier degré". Le problème, c'est que Dc/Warner a insisté dans cette direction, en sortant des films de plus en plus monolithiques et indigestes, où on oublie de sourire, même fugacement. Suicide Squad a bénéficié de "reshoot" en ce sens, suite à l'accueil très froid de Batman V Superman. L'équipe du film nie la théorie, mais l'évidence se fait jour dans un montage qui égrène les petites blagues, les punch lines qui se rêvent sarcastiques, ne respectant pas toujours ce qui a été promis dans la bande annonce. La cohésion de la Squad est à revoir, les motivations des uns et des autres, la résignation face à la mission qu'on leur impose, tout ceci diminue la portée de ces vilains appelés à sauver le monde, qui semblent par moments évoluer dans un long clip de hip hop bling bling diffusé en boucle sur Mtv. Le grand défi était la synthèse entre les intentions badass, et la capacité à dégager une légèreté sympathique des personnages principaux. Dans les deux cas de figure, on parlera de demie réussite, ou début d'échec. Harley Quinn finie par être une pimbêche cinglée et creuse dans son modus operandi (en a t-elle un d'ailleurs?), le Joker déconcerte plus qu'il n'effraie, et Deadshot est bon pour la médaille militaire du mérite. Mais amis lecteurs, qu'attendions nous en réalité de ce Suicide Squad? Un groupe de losers qui a du mal à trouver son public même sous forme de comic-book (les séries New 52 n'ont pas franchement soulevé les montagnes...) et que le grand public ignorait royalement, jusqu'à ce que la campagne marketing menée tambour battant n'annonce l'arrivée de cet ovni violent et calé sur l'air de son temps... C'est déjà un petit miracle de les voir ensemble, au cinéma, dans un long métrage qui est loin de tenir ses promeses initiales, mais ne ressemble pas non plus à cet accident industriel que le Dc bashing de la presse spécialisée voudrait imposer comme seul mètre de jugement. La vérité est quelque part vers le centre, à prendre et considérer avec plus de mesure. Reste le véritable drame de fond : Warner attend toujours son premier vrai grand succès massif et fondateur depuis The Dark Knight Rises, et la patate chaude passe maintenant à la belle Gal Gadot qui a tout intêret à bien gérer la pression qui va dramatiquement accompagner l'arrivée prochaine de Wonder Woman, en 2017. 


Avec tous nos remerciements à la direction du cinéma le Pathé Gaumont de Nice Masséna pour l'accueil et l'intérêt démontrés lors de l'avant première, mardi soir.




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