JUSTICE LEAGUE INTERNATIONAL VOLUME 1 : UNE EQUIPE DYSFONCTIONNELLE ET FORT DROLE

Lorsque DC Comics décide de relancer la série Justice League en 1987, il est fait appel à Keith Giffen, un scénariste qui pense en dehors des clous, et qui est habituellement une sorte de joyeux luron qui désacralise la morosité et la responsabilité super-héroïque. Il est appelé en duo avec Jean-Marc De Matteis, spécialiste de l'introspection et de la psychologie tourmentée. Le roster de l'équipe est lui aussi assez étrange; point de gros calibres ou 2 héros au pouvoir incommensurable, voici venir une galerie de personnages habituellement considérés comme des second couteaux, ou bien qui ne sont pas parmi les plus appréciés du lectorat. Certes il y a tout de même Batman en tant que leader de l'équipe, ici dans une version psychorigide, un pince-sans-rire qui s'oppose à merveille à Guy Gardner, à l'époque le nouveau Green Lantern. Celui-ci est une tête brûlée qui agit toujours et réfléchit ensuite, il est misogyne, porté sur l'action et absolument pas sur la réflexion, avec une jolie coiffe en bol, par chance tombée en désuétude. Gardner n'a pas de chance, à l'époque il est vraiment présenté comme un imbécile profond. Heureusement il a depuis quelques peu évolué. Au côté de ce couple baroque, nous avons d'autres héros à la dynamique dysfonctionnelle : Blue Beetle apporte une aide logistique avec son scarabée volant qui sert de quartier général dans les cieux, mais c'est du petit calibre par rapport à ce que comprend habituellement la Justice League. Mister miracle fait partie des heureux élus, mais il est là de passage et doit composer avec sa femme Barda qui ne voit pas d'un bon oeil son éloignement. Black Canary est la caution féminine; vous aurez compris d'emblée que sa force de frappe est relativement limitée, ce qui n'est pas de Captain Marvel, aujourd'hui connu sous le nom de Shazam. Mais il s'agit d'un adolescent de 15 ans enfermé dans un corps de super-héros, et donc en manque cruel d'expérience. Le docteur Fate est de la partie, mais ses pouvoirs mystiques font plus peur qu'autre chose à ses coéquipiers. Il y a aussi le Limier Martien, qui rivalise avec Superman en termes de puissance, mais ce n'est pas un terrien, et il a parfois quelques problèmes pour s'insérer au milieu des autres. Cette formation iconoclaste est récupérée par le multimilliardaire Maxwell Lord, qui voit là l'opportunité de mettre en action certains plans secrets... il force d'ailleurs la porte d'entrée pour l'un de ses poulains, Booster Gold, issu d'un futur prochain, et qui est venu à notre époque pour sa dose d'action super héroïque. Cette nouvelle Justice League va de l'avant cahin-caha, et même si ses premières missions sont des succès, l'ambiance entre les membres oscille entre ironie décapante et tension extrême. Bref, le lecteur s'amuse beaucoup.


Les premiers ennemis se nomment l'Homme Gris, ou encore un groupe de terroristes à l'ONU, et des rescapés d'un autre monde, détruit par le feu nucléaire, et venus sur notre planète pour neutraliser l'intégralité de notre arsenal atomique. La Justice League de Giffen s'en sort toujours, mais sa cohésion et sa crédibilité sont loin de faire l'unanimité. Batman passe son temps à rabrouer tout le monde, alors que Guy Gardner n'a de cesse de nous rappeler que son modèle de penseur, c'est Sylvester Stallone. Kevin Maguire est un excellent choix pour ce titre car il offre une palette expressive de premier ordre pour ce qui est des visages, pour retranscrire ce qui se passe dans la tête de chacun, des sentiments de frustration de Captain Marvel, à la répression chez Gardner, sans oublier un Blue Beetle qui se sait dépassé. L'adjectif "international" ne va venir que plus tard, avec le numéro 7, lorsque les machinations de Lord amènent la formation à obtenir le statut de force d'intervention reconnue par les Nations Unies. Elle peut ainsi ouvrir des ambassades un peu partout dans le monde, à la condition de recruter Captain Atom dans l'équipe, et aussi le super-héros soviétique Rocket Red, qui sert de caution pour les forces communistes. Juste à temps pour se retrouver parti prenante dans le long et vaste crossover Millenium, un événement majeur chez Dc Comics vers la fin des années 80, et qui a été traduit à la serpe chez nous, ce qui explique que cela ne dira pas grand chose à nombre d'entre vous.
Il s'agit d'un gros pavé, avec le prix fixé en conséquence. Il vous faudra débourser 35 euros pour (re)découvrir cette version cocasse et décalée de la Justice League, mais pour peu que vous gardiez un oeil nostalgique et sensible pour les comics d'il y a trente ans, sachez que vous lirez là des épisodes attachants et rythmés, truffé d'un humour qui fait (souvent) mouche, et qui mettent en scène des personnages par trop délaissés (Beetle et Booster Gold, par exemple, sont deux de mes héros mineurs d'adoption, je ne cache pas le plaisir de les revoir ensemble). Sans être un incontournable intemporel, ce titre a tout pour faire passer de bons moments, et vous prouver qu'il existe une autre manière de mettre en scène les plus grands super-héros présumés de la planète.





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