VEIL : RECIT ESOTERIQUE DE GREG RUCKA CHEZ DELCOURT

Greg Rucka fait partie de ces auteurs capables d'écrire des choses s'adressant à un public large, comme (pour rester dans le passé très récent ou le présent) les aventures du Punisher, ou de Wonder Woman. Mais il a aussi la faculté de mettre sur pieds des univers plus confidentiels, des séries qui sortent des sentiers battus, plus originales. C'est ainsi que chez Delcourt nous avons eu le plaisir de découvrir Veil, un titre qui a bénéficié d'une preview sympathique lors du dernier Free Comic-Book Day. Cette série parue chez Dark Horse nous plonge d'emblée en plein mystère. Une femme se réveille dans le métro, et autour d'elle pullulent les rats. Impossible de comprendre ce qui a pu lui arriver ou qui elle est car ses paroles sont incompréhensibles. Détail d'importance, elle est complètement nue, et disons le honnêtement, assez bien fichue. Vous pouvez imaginer que les errements d'une telle créature dans un quartier chaud et mal fréquenté ne vont pas passer inaperçus. Si les loubards du coin aimeraient en faire leur quatre heures, elle reçoit l'aide désintéressée d'un certain Dante, qui la ramène chez lui pour la mettre à l'abri. Mais les malfrats ne lâchent pas l'affaire et se pointent à la porte pour récupérer la demoiselle et s'amuser avec. Et là, coup de théâtre, Veil (c'est d'elle qu'il s'agit) est responsable d'un vrai carnage, en forçant ces individus à se tirer dessus. 
Si cet album démarre sur de bonnes bases et prend son temps pour placer tous les éléments susceptibles de faire évoluer l'histoire, force est de constater que la seconde partie de ces cinq épisodes finit par ronronner et proposer plus de clichés éculés et de scènes téléphonées que de vraies surprises. On tombe vite dans l'ésotérique, avec pentagramme et rites magiques, sans que cela soit présenté d'une façon originale et qui donne envie. Du déjà lu et du scénario en mode automatique. Le final est aussi trop sommairement ficelé,et aurait mérité un développement plus raisonné et clair. Un autre gros défaut de cette histoire est la relation qui s'instaure entre Veil et Dante. Si la première cité est au centre des débats et que Rucka fait son possible pour la rendre mystérieuse et touchante, Dante est juste un faire valoir, dont on comprend mal ce qu'il souhaite et fait, et pourquoi. Il est là sans y être, n'a pas de véritable fonction ou caractérisation. Son courage est indéniable, mais on a du mal à croire au duo qui se forme, et à en saisir les enjeux et les racines.



Le dessin signé Toni Fejzula est surprenant. C'est l'adjectif qui convient le mieux pour son travail, qui risque de rebuter d'emblée les amateurs de réalisme ou du style cartoony. Ici les formes sont très géométriques, le trait est dur et incisif. Les couleurs sont justes et très présentes, mais elles savent s'adapter au récit, en évitant l'écueil du trop plein, pour offrir du début à la fin l'impression d'un album saisi à travers le prisme de fonds de bouteille, truffé de moments forts et de scènes réussies. Même s'il s'agit d'emphase ou d'exagération, on a presque l'impression, dans les instants de panique, de voir du comic-book confié à Edgar Munch, inspiré par la rigueur formelle de Mignola. C'est bien la partie graphique qui fait de Veil une parution qui va attirer le regard, car pour le reste, difficile de la sortir du torrent de nouveautés actuelles. D'autant plus que cela fait très longtemps que j'ai renoncé à espérer une communication directe avec l'éditeur (Delcourt) qui n'a jamais répondu à un seul de nos messages ni manifesté la moindre considération. On leur souhaite tout de même bonne chance, le dessinateur le mérite grandement. 


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