CAGE #1 : LA VERSION VINTAGE ET CARTOONY DE GENNDY TARTAKOVSKY

Nous appelerons cela les effets collatéraux de la vague Netflix. toujours est-il que la même semaine où sort le premier numéro de la nouvelle mouture de Jessica Jones, arrive également le grand début du nouveau Luke Cage. Une coïncidence (qui n'en est pas une) temporelle qui est bien le seul point commun entre ces parutions, car pour le reste, le style est radicalement différent. Ici c'est Genndy Tartakovsky (créateur de Samurai Jack) qui est aux commandes, et son style a de quoi vous surprendre, si vous n'êtes pas un initié, et vous attendez à un comic-book traditionnel. Au départ cette série était programmée en 2007, mais elle a pris son temps, et là voici enfin. Pas de panique, au diable la continuity, ici nous sommes dans un univers tout ce qu'il y a de plus parallèle. Dans les années 70, avec un Luke Cage vintage, c'est à dire orné de sa tiare et avec sa chemise jaune bouffante, la même qui fait son apparition dans la version télévisée et fait penser au héros qu'il ressemble à un évadé d'asile de fous. Tartakovsky est à prendre au second degré, bien sur, et aussi bien les nombreuses punchlines que l'action pure et dure sont de la caricature jouissive, avec une exagération toute cartoony, une mise en situation burlesque et décalée du quotidien d'un personnage qui affronte la violence urbaine à la force de ses poings. L'artiste étant un petit génie de l'animation, on ne sera pas surpris de voir à quel point il sait retranscrire l'énergie, le mouvement, l'explosivité des situations, dans un médium si particulier comme l'est la bande-dessinée. Cage est en tout points un héros de cartoon qui évolue dans l'univers Marvel, éclate un panneau de basket en voulant dunker ou fait sortir un détenu en le passant à travers les barreaux de sa cellule, pour lui soutirer des informations. Le corps, l'attitude, les expressions, tout est réduit à sa plus efficace transposition, pour rendre l'ensemble vivant, farfelu, décalé. Années 70 oblige, les méchants de l'histoire sont affublés de coiffures et de vêtements qui nécessiteront (dans votre tête ou sur votre platine) une B.O des plus funky, alors que tout le sel de l'épisode repose sur le fait que rien ne peut blesser Cage, si ce n'est physiquement, juste dans sa fierté. Jusqu'à une dernière planche qui fait pan, dans la face.
Reste que ce type de sortie ne peut que faire grincer des dents les puristes. Si vous aimez les comics ultra bien dessinés avec une attention au photo réalisme ou aux pages à la Romita, vous allez avoir sous les yeux quelque chose qui ne vous parlera pas, et vous emmènera sur des territoires qui ne sont pas les vôtres. Cela dit, passé le choc des premières planches, j'ai vraiment souri et apprécié le ton conféré à l'ensemble, et il faut admettre que l'objectif visé est atteint avec aisance, et que ce Luke Cage est une petite bombe artistique décalée. Alors n'ayez pas peur, laissez vous tenter. 


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