DOCTOR STRANGE : LA REVIEW DU FILM

Nous avons eu le plaisir et l'honneur, mardi soir, d'organiser avec nos collègues d'Alfa BD l'avant-première du film Docteur Strange, au cinéma le Pathé Gaumont Masséna de Nice. Une sortie pas évidente, car il est clair qu'une grande partie du public était venue sans pour autant connaître le personnage, ou tout du moins avec une vague idée de qui il est, de quelles sont ses caractéristiques. Du coup, il est normal que le choix artistique de proposer avant tout une origin story soit considérée la meilleure des options, au moment de rédiger le scénario. Voilà concrètement un long-métrage qui ne nous épargne rien, et choisit de mettre en avant Steven Strange (non pas Stephen comme dans les comics), et sa personnalité discutable, avant qu'il ne devienne le maître des arts occultes. C'est qu'auparavant le héros était un brillant chirurgien, qui n'est pas sans rappeler à certains égards un dénommé Tony Stark. Contrairement à celui-ci, Steven  n'est pas un industriel, mais un médecin qui sauve des vies, en utilisant des techniques révolutionnaires, et avec une audace professionnelle qui lui vaut admiration, mais aussi jalousie et une pointe de mépris. C'est que le bonhomme est hautain, égoïste et imbu de lui-même; il aime le luxe et la volupté, l'argent, et affiche clairement sa condition sociale. Un modèle bling-bling de premier ordre qui passerait bien ses vacances sur le yacht de Bolloré. Mais on peut très bien avoir une belle collection de Rolex, et conduire un bolide ultramoderne, sans pour autant s'épargner une sortie de route spectaculaire, au sens propre comme au sens figuré. En fait Strange est victime d'un terrible accident de voiture, dont il sort vivant, mais sans pouvoir désormais utiliser ses mains si expertes pour opérer : elles ont été brisées dans l'impact, et même si il en récupère partiellement l'usage, il restera à jamais lourdement handicapé. Quand on ne parvient plus à se raser convenablement, dur d'imaginer pouvoir pratiquer une intervention à coeur ouvert. Bien entendu, l'orgueilleux médecin n'accepte pas cette situation, et passant de la dépression à l'agitation (la recherche d'une cure miracle) il va tout tenter pour inverser ce funeste destin, y compris dépenser ses derniers deniers pour s'en aller à l'improbable rencontre de guérisseurs orientaux, du coté du Tibet. Le seul cas de patient atteint du même handicap et ayant miraculeusement récupéré est passé par là, et Steven entrevoit là l'ultime recours, bien que sa formation purement scientifique se heurte très vite avec le savoir ésotérique et pratiquement new-age de l'Ancien, puits de science local, qui va devenir son mentor. L'Ancienne, plutôt, puisqu'au cinéma c'est Tilda Swinton qui hérite du rôle, de manière expressive et sobre en même temps.  

A partir de là Steven Strange peut enfin accéder à sa véritable destinée. Il étudie, et à mesure que son savoir grandit, ses compétences en matière de mysticisme deviennent de plus en plus importantes. Bientôt il est en mesure de produire de l'énergie avec un peu de concentration, ou d'ouvrir des portails dans l'espace temps pour sauter d'un point du globe à un autre, d'un monde à l'autre. Ce qui tombe bien, car un ancien disciple de l'ancien passe à l'offensive, bien décidé à faire régner son nouveau maître, le terrible Dormammu, en employant les forces de la dimension noire, pour soumettre notre plan d'existence. Une victoire finale pour la mort, que seule le plus grand sorcier de tous les temps, le Docteur (il insiste bien sur ce titre) Strange peut encore conjurer. Sauf que la route est longue, et que les premiers combats ne lui sont pas forcément très favorables....
Le film aurait pu être une purge, vraiment. Il aurait pu ressembler à un produit tardif, le genre de long métrage suranné qui aurait fonctionné dans les années 70 mais totalement passé de mode de nos jours. Heureusement, il évite ce naufrage en deux temps trois mouvements. Grâce tout d'abord à l'humour, omniprésent, avec notamment un Strange qui a toujours une boutade en réserve, pour chaque instant, y compris les plus délicats. On peut sourire (ou pas) mais globalement j'ai adhéré à cette version désinvolte. Ensuite, la durée resserrée du film, qui n'excède pas les 1 heure trois quarts. Du coup l'action est concentrée, pas de trop longs temps morts (juste quelques dialogues trop appuyés et didactiques de ci de là) et un public qui ne s'ennuie jamais. Dernière touche de génie, avoir choisi Cumberbatch pour le rôle phare, tant l'évidence est flagrante. Il est taillé pour la cape du Docteur, que ce soit physiquement, que caractériellement, avec cette morgue mystérieuse, cette outrecuidance sympathique, qui en font un héros sûr de lui mais friable dans le fond. Du coup autour de lui c'est un peu le régime à l'eau sec. Mordo (Chiwetel Ejiofor), le collègue apprenti (qui deviendra un jour un farouche ennemi) n'est guère subtil dans son jeu impassible, et le grand vilain Kaecilius (Mads Mikkelsen) est un gentil cosplayer avec du mascara sur les paupières pour faire peur. On a vu plus terrible, comme opposition. Mais l'essentiel n'est pas là, plutôt dans les scènes fantasmagoriques où la réalité se déchire et se reconstruit par gestes et à coups de sortilèges. Une tuerie visuelle qui emprunte beaucoup à Inception, mais va plus loin, ravalant le film de Nolan aux même rang que les 101 Dalmatiens ou la Belle et le Clochard, en terme de folie inventive. La 3D est pour une fois un plus appréciable, tant le décor et ses mutations extrêmes tendent à occuper le centre de la scène à de nombreuses reprises, éclipsant vraiment enjeux et trame du film. D'ailleurs celle-ci est fort linéaire, et le scénario, résumé de manière schématique, est assez mince. Le Doctor Strange de Scott Derrickson a placé toutes ses billes sur l'épate et les prouesses de l'image, et la caractérisation toute emprunte de coolitude égoïste d'un personnage principal qui a besoin de percer enfin dans le coeur des spectateurs. Dans les deux cas, le résultat est atteint, haut la main. Reste le sentiment que le plus dur commence, à savoir insérer Doctor Strange au sein du reste de l'univers Marvel cinématographique, et lui trouver une place et une fonction au sein du grand ensemble qui poursuit sa croissance. Mais avec un acteur comme Cumberbatch, ça n'a rien d'impossible.


Nous remercions encore une fois très sincèrement les cinémas Pathé Gaumont (Masséna, dans le cas présent) et tout particulièrement Jean Beaugé pour nous avoir donné l'opportunité de préparer une avant-première un peu particulière. Bien sur, ces remerciements valent aussi pour Alfa Bd, toujours chauds quand il s'agit d'oeuvrer pour les comics et la Bd, et les cosplayers de Cosplay Azur. Et merci à l'artiste, mister Benjamin Carret! Si vous étiez dans le public, vous qui lisez ces lignes, merci également de votre présence. Venez la fois prochaine, ce sera bigger, stronger, better. 



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