HOMMAGE A STEVE DILLON (1962-2016)

Comme c'est souvent le cas dans ce genre de tragiques circonstances, tout le monde est fan. Et pourtant, récemment encore, c'était loin d'être le cas. C'est juste, et normal, la valeur des artistes ne s'accorde pas toujours, loin de là, avec le consensus unanime. Steve Dillon nous a donc quittés, à l'âge de 54 ans, des suites d'une longue maladie. Ceux qui l'ont aperçu lors de la présentation de Preacher, la série télévisée, l'auront vu amaigri, émacié, mais toujours prêt à échanger un sourire ou une bonne blague. Ceux qui l'ont fréquenté le disent et le répètent, la gentillesse et la causticité du bonhomme étaient grandement appréciées. Dillon a débuté très tôt, à seize ans, sur un simple épisode de commande (chez Marvel Uk) pour Hulk, le géant vert, et depuis il n'a eu de cesse de collaborer avec les grandes majors du comics américain, laissant derrière lui une biographie qui force le respect, et dont les gemmes les plus précieuses, pour le grand public, sont le Punisher, Preacher, et Hellblazer. En collaboration avec un certain Garth Ennis, comme par hasard. Outre travailler ensemble, ces deux-là ont du aussi bien s'amuser, ça ne fait pas l'ombre d'un doute!
Dillon a grandement profité de la vague des auteurs britanniques, qui dans les années 80 ont commencé à déferler sur le continent américain. Je me souviens aussi de son passage sur Animal Man, titre dont je suis particulièrement friand, au point d'avoir l'intégral de ce qui le concerne. C'était Milligan et Veitch qui s'occupait du scénario, pour des aventures grotesques, voire horrifiques à un certain point. L'horreur, la violence. Voilà un peu ce qui deviendra le fond de commerce de Steve. Car son style, simple et même caricatural en apparence, permet une distanciation évidente avec la cruauté des situations, et les crédibilise tout en y ajoutant cette humour froid so british qui rend attachante la moindre scène d'éviration ou de décapitation. Dillon est très bon quand il s'agit d'humaniser les personnages, de les rendre complices avec le lecteur, et son story-telling est d'une grande simplicité, lisibilité, qui lui permet de toucher vite et efficacement la grande majorité des lecteurs, sans avoir besoin de rodomontades ou d'effets spéciaux encombrants. 



On lui a reproché souvent de produire des visages qui se ressemblent tous, d'avoir une certaine difficulté à caractériser les femmes (il est vrai que sa Elektra, au sein des Thunderbolts, n'avait rien de très sexy) mais il en était ainsi. Les apparences sont trompeuses, et si vous revoyez de plus près la Tulip de Preacher, où la gallerie de vilains qui jonchent le sol après le passage du Punisher, vous comprendrez que derrière cette évidente simplification se cache en fait un trait essentiel, direct, qui fait de Dillon ce type de mec qui rend toujours une bonne copie sans donner l'impression d'avoir passé la nuit à étudier, et qui fini toujours par récolter les bons points, même quand les têtes fortes de la classe se plantent eux-aussi régulièrement le jour des contrôles les plus pointus. L'année 2016 est donc particulièrement cruelle et avide de décès d'importance, et le départ de Steve Dillon est là pour le rappeler. Le meilleur hommage qu'on puisse lui rendre est en ce moment en librairie. Chez Urban avec l'intégrale du Preacher dans une version Deluxe absolument indispensable, et chez Panini avec le retour en Marvel Icons de l'irrésistible Punisher du duo Ennis/Dillon. Si vous ne connaissez pas encore je vous envie, car ce sont des heures et des heures de lecture d'exception qui vous attendent. Merci Steve. 


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