JUSTICE LEAGUE LEGENDES (DC COMICS LE MEILLEUR DES SUPER-HEROS TOME 38 CHEZ EAGLEMOSS)

Il existe de multiples façons pour tenter de détruire un super-héros; la plus efficace est probablement aussi la plus subtile. Inutile de rouer de coups un de ces colosses en costume, mieux vaut s'attaquer à sa réputation, sa psychologie, le faire tomber de son piédestal, ruiner la confiance qui peut l'unir au grand public. Pour une fois Darkseid décide de ne pas foncer bille en tête, mais il recourt à une sorte de prédicateur du nom de Gordon Godfrey, qui passe son temps à tenir des discours haineux à la télévision, et a provoqué la méfiance chez le spectateur moyen. Les super-héros sont présentés comme des engeances, des personnages néfastes, qui finalement attirent plus d'ennuis que les problèmes qu'ils sont censés ensuite résoudre. Du coup les américains embrigadés finissent par prendre en aversion ceux qui sont chargés de les protéger : à Gotham, Batman et Robin sont pris à parti par une foule déchaînée, dans un supermarché, alors qu'il venait d'éviter un cambriolage. Le jeune prodige se fait même sérieusement amocher. Pire encore, encore Billy Batson -alias Shazam- est convaincu d'avoir tué son adversaire, lorsqu'il tente de repousser la menace d'un géant comme MacroMan. La nouvelle Ligue de Justice, conduite par le Limier martien, se fait elle bien malmener par Brimstone, un être de soufre et de feu, apparut de nulle part. Vous l'avez compris, Darkseid tire les ficelles de ce qui se passe depuis Apokolyps : son but est clair, une fois que la confiance, que le lien entre les héros et le public aura été définitivement rompu, il lui sera beaucoup plus facile de débarquer sur Terre, et d'instaurer sa domination et sa tyrannie. Nous sommes là dans l'univers Dc Comics, juste après Crisis on Infinite Earths. Il s'agit de reconstruire, de relancer de nouvelles séries; Légendes a donc une importance particulière, et introduit de nouveau concept, de nouvelles parutions, comme la Suicide Squad d'Amanda Waller. 




Les démiurges au scénario sont deux. John Ostrander écrit ces six épisodes, tandis que Len Wein s'occupe des dialogues, histoire de donner une voix crédible à chacun des personnages, car ils sont fort nombreux dans Légendes! John Byrne est quand à lui fraîchement arrivé chez Dc pour les dessin de cette saga, après un long contrat chez Marvel. Il a le mérite de travailler vite, et bien, tout en fluidité, caractérisant avec aisance tout ce joli monde, qui a certes de bien curieuses manies en terme de tenues vestimentaires. Les années 80 sont cruelles, comme pour Captain Boomerang et sa tunique bleutée assez improbable, ou le voleur de Temps Chronos, qui n'a pas peur du ridicule. Légendes, c'est donc le récit d'une humiliation, un maître plan diabolique orchestré par Darkseid, avec la présence de Ronald Reagan lui-même, qui cède à la tension ambiante, et signe un décret obligeant les super-héros à rester sur la touche. Superman s'exécute, Batman n'en a cure, et la police est en ébullition. Un album qui lorgne donc sur les problèmes sociaux et politiques, et ne se contente pas d'empiler des baffes et des combats, même si la réthorique et la morale sont parfois lourdes, comme lorsque Ostrander nous rappelle, régulièrement, que les enfants eux ne sont pas affectés par cette violence, et qu'ils ont toujours foi en leurs héros. Du vintage, c'est toujours bon à prendre, en somme, et c'est avec plaisir que nous constatons que la collection Dc de Eaglemoss n'oublie pas de faire, de temps en temps, un bond en arrière nécessaire. 




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