GREG RUCKA PRESENTE WONDER WOMAN TOME 1 : TERRE A TERRE

Excellente nouvelle pour les fans de Wonder Woman, puisque le run de Greg Rucka a droit à une splendide édition librairie, chez Urban Comics dans la collection DC Signatures. Le premier tome (sur trois) s'ouvre avec une histoire indépendante des autres, Hiketeia, que vous avez peut-être déjà lu précédemment chez Semic. 
Avis à tous les amateurs de fantasmes sado-masochistes : que penseriez-vous du scénario suivant ? Vous devez vous agenouiller aux pieds d'une brune sculpturale, une demie déesse, et prêter allégeance tout en remettant votre vie entre ses mains expertes, et en récitant le serment d'usage, vous enlacez une de ces jambes bottées, alors qu'au dessus de votre nez flotte un lasso prometteur... Pour la suite, libre à vous d'inventer... Cette cérémonie pour le moins suggestive porte un nom, dans la tradition grecque, c'est l'Hiketeia, donc. N'allez pas croire qu'il s'agisse d'une formalité, le serment lie véritablement les deux parties, et c'est plus encore au supplié à en gérer les conséquences, qu'au suppliant, qui peut dans certains cas utiliser cette allégeance à ses propres fins.
Dans un quartier trouble de Gotham, après une lutte farouche, une jeune femme poignarde un homme... Rapidement elle est pourchassée par Batman, elle réussit à lui échapper. Quelques jours plus tard, elle trouve refuge chez Wonder Woman et se place sous sa protection par ce rite antique, l'Hiketeia, remettant sa vie entre les mains de la belle amazone. Le problème pour Wonder Woman, c'est que Batman, un des ses plus chers collègues et amis, semble bien décidé à ramener l'assassine chez elle, pour que la justice puisse être rendue. Liée par son serment, Wonder Woman ne peut donc pas livrer celle qui s'est offerte à elle, et va devoir la protéger, d'autant plus que derrière ses crimes se cache des motifs qui ne vont pas la laisser indifférente non plus. Au risque, cruel dilemme digne des tragédies grecques, de devoir affronter Batman dans un périlleux duel qui n'a plus rien d'amical... La conception de la justice divine, des siècles passés, se heurte à celle de notre époque, purement légale, et le Dark Knight finit par y jouer un rôle ingrat, dans la peau du justicier psycho rigide pour qui les circonstances atténuantes et les traditions mythologiques n'offrent pas la moindre réduction de peine. Greg Rucka connaît bien ses classiques mythologiques, et cela se sent, notamment quand il convoque les Errinyes, ces figures de la vengeance, qui viennent hanter les coupables jusqu'à les porter au bord de la folie. Il est épaulé efficacement aux dessins par JG Jones, qui évite de tomber dans le piège classique de ceux qui doivent illustrer Wonder Woman, à savoir transformer leurs planches en tentatives ratées de faire du porno-soft ( ou du porno-chic, à vous de juger ) pour ados frustrés. L'action est subtilement dosée, la tension narrative toujours palpable, et les personnages agités par des sentiments et des convictions qui les rendent crédibles. Du bon boulot!

Le run de Greg Rucka peut ensuite vraiment commencer. Sa Wonder Woman est saisie dans sa quotidianité, plus exactement dans ses fonctions d'ambassadrice de l'île de Thémyscira; le lecteur est lui plongé rapidement dans l'univers de l'amazone, grâce à un subterfuge intelligent et classique, l'emploi d'un nouveau personnage, qui apprend lui aussi à se familiariser avec ce monde complexe. Il s'agit de Jonah, qui a postulé pour un emploi de secrétaire/spécialiste en relations publiques auprès de notre héroïne. Elle est d'ailleurs fort occupée puisque le livre qu'elle a publié, sorte d'autobiographie et recueil de ses pensées, l'oblige à faire la tournée des librairies, et déclenche immanquablement les jalousies et les saillies pleines de rancune de la part de certains ennemis. Les associations conservatrices sont en ébullition, comme "Protégez vos enfants" de Darrel Keyes, qui est outré de voir que wonder Woman propose aux nouvelles générations un système de croyances païennes, qui s'accorde mal avec la religion anglo-saxonne dominante aux Etats-Unis. Un prétexte à la haine en fait, stérile car Diana ne tombe pas dans le panneau. Mais dans les coulisses, les nuages s'amoncellent tout de même, et l'orage gronde. Avec le Docteur Psycho qui va revenir sur la scène, exploité, abusé, mais toujours aussi dangereux. Et aussi Arès, Dieu de la guerre, qui est passé maître dans l'art subtil des machinations, et qui se veut maintenant le spécialiste de la discorde. Comme il le dit lui même, quand il s'agit de "jeter un pavé dans la mare" il sait comment s'y prendre. A noter la représentation moderne, désabusée, des dieux grecs, donnée ici par Rucka. S'adaptant à la culture populaire, aux us et coutumes du XXI ° siècle, Aphrodite et les autres semblent sortis d'une série mélodramatique, mais restent attachants, et complexes. Le dessin est en grande partie l'oeuvre de Drew Johnson, et c'est agréable à regarder, avec une mise en page claire et simple à aborder, un trait souple et élégant qui rappelle vaguement Dodson, avec un peu plus d'angles et d'aspérités dans les visages et les silhouettes. Shane Davis suit un peu la même direction, et ce premier tome est au final une vraie bonne tranche de lecture, où l'action super-héroïque, la fiction politique, et une vraie réflexion de société cohabitent sans connaître de temps morts. Nous recommandons sans conditions. 





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