HAWKEYE (MATT FRACTION/DAVID AJA) : LA SERIE INTEGRALE EN MARVEL ICONS

Pour les plus jeunes lecteurs, Hawkeye est ce Vengeur doté d'un arc et d'une habileté hors du commun, reconnu sous les traits de Jeremy Renner au cinéma, avec plus ou moins de conviction. Pour les plus anciens, ce personnage est aussi "Oeil de Faucon", comme Clint Barton était traduit de par chez nous, à la bonne époque. Un justicier un peu hâbleur, grande gueule, mais fort attachant. Le voici de retour en librairie, chez Panini, dans la collection Marvel Icons, qui abrite quelques uns des arcs narratifs les plus remarquables, des auteurs les plus éminents de la maison des idées. Hawkeye par Fraction et Aja, c'est de l'indispensable, un superbe cadeau hivernal. C'est l'intégralité de la série qui est ici rassemblée, nous permettant de suivre tout d'abord trois récits indépendants, dans lesquels Clint à maille à partir avec la mafia russe qui contrôle l'immeuble où il réside (et plus particulièrement le prix des loyers), fait équipe avec la jeune Kate Bishop (elle aussi a pris l'identité de l'archer durant son séjour chez les Young Avengers, et elle devient dans ces pages la co-titulaire du titre) contre une bande de criminels du cirque, qui vole d'autres mauvaises graines, et enfin séduit une belle rousse qui a toute une cohorte de malfrats aux trousses, mais aussi une belle voiture vintage que Barton est décidé à acheter. Le lecteur n'a pas le temps de souffler car les pages suivantes sont dédiés à une aventure en deux parties, La Cassette, où il est question d'aller jusqu'à Madripoor (une île fictive sur le modèle de Hong-Kong, paradis de la pègre mondiale, bien connue des amateurs de Wolverine) pour récupérer une vieille cassette vhs, sur laquelle Hawkeye assassine un criminel et risque de compromettre son propre gouvernement. Une vente aux enchères de l'objet est organisée, qui va vite virer au délire et à l'aventure la plus rocambolesque. Rien à dire, on ne s'ennuie guère dans avec le duo Clint Barton / Kate Bishop. Comme le veut le leit-motiv qui accompagne chaque introduction, ça s'annonce mal. Pour les héros peut-être, mais pas pour nous qui en profitons pleinement. L'Avenger saisi sur le vif de son quotidien, entre ses déboires sentimentaux, son incapacité à protéger les siens, et une certaine immaturité personnelle. Une tranche d'existence où pleuvent les flèches et les ennuis, et mise en image par un David Aja ultra inventif.

Aja n'est peut-être pas le meilleur dessinateur de sa génération, mais il a un sens du story-telling et de la mise en page qui le différencie largement de nombreux autres. L'alternance d'un découpage traditionnel, et d'une multitude de petites cases qui se focalisent sur des détails, des objets, des mouvements, permet de décomposer les scènes, de laisser le regard virevolter à travers le champ du visible, pour percevoir plus encore que voir ce qui va se produire, les causes et les conséquences. L'épisode 11 est en ce sens un véritable coup de génie. Il met en scène le chien de Hawkeye, sauvé des griffes de la mafia russe. L'animal s'est habitué à l'immeuble dans lequel il vit, et lorsqu'un des locataires est abattu sur le toit, c'est à travers ses sensations, ses réactions, que le lecteur découvre ce qui va se produire. Comment traduire la perception de la réalité dans la tête d'un chien, plus de vingt pages durant, sans recourir à des dialogues (forcément) et en adoptant un tout autre code pour assimiler le réel? Une leçon magistrale. Qui se répète, quand c'est au tour du langage des signes d'être adapté au média comics.
Par la suite a série se scinde en deux, avec d'un coté Kate Bishop qui part sur la côte Ouest, du coté de Los Angeles, pour vivre de nouvelles aventures, et se trouver une archi ennemie en la personne de Madame Masque, qu'elle avait eu le tort d'assomer et d'imiter, dans les premiers épisodes de l'album. Clint Barton, lui, reste fidèle au poste dans son appartement, et face à ses problèmes du quotidien. Les deux trames étaient publiées en alternance, en gros on passait d'un mois à l'autre de Bishop à Barton. Cela permettait à David Aja d'assurer et rassurer au niveau des deadlines, et à Annie Wu de démontrer que même dans un style plus conventionnel et caricatural, elle avait la carrure pour s'adapter au ton Hawkeye, et rendre attachante la jeune protégée, elle aussi source formidable de pépins et méprises en tout genre.
Non seulement cette collection est remarquable et présente des épisodes de grande qualité, mais la papier granuleux et épais permet une restitution agréable des couleurs, et évite l'effet "planches criardes" que l'aspect glacé procure parfois. Vous l'aurez compris, j'ai un faible particulier pour les Icons, désormais. 





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