JE SUIS WOLVERINE : L'ANTHOLOGIE DE LOGAN

Je suis Wolverine. A part Hugh Jackman, le temps d'un dernier film, pas facile de revendiquer cela. Le mutant griffu signe son adieu (momentané, le mot n'a guère de sens dans les comics) au cinéma, et Panini Comics propose une anthologie qui revient sur certains des moments marquants de la carrière du sieur Logan. Avec un menu riche et varié.
L'occasion pour ceux (il en reste encore) qui ne le savent pas de constater que le personnage est apparu pour la première fois sur les pages de la série The Incredible Hulk (en 1974), dans un face à face avec le géant vert. Invité pour l'occasion, une autre créature légendaire, le Wendigo, abominable monstre à fourrure du nord canadien. Len Wein et Herb Trimpe signent là les débuts d'un phénomène qui allait devenir planétaire, mais ça ils ne le savaient pas encore.
C'est bien entendu dans les pages de Uncanny X-Men que Wolverine va devenir une référence pour les lecteurs. Plus âgé, violent, et désabusé que ses collègues de travail (des jeunots recrutés par le Professeur Xavier, pour palier initialement à la disparition des premiers X-Men, captifs de l'île mutante de Krakoa), il est cet élément perturbateur et énigmatique, plus sauvage et animal qu'humain, qui vient équilibrer la doctrine pacifiste et naïve du mentor chauve, et apporter cette touche badass que le premier Scott Summers et ses amis étaient loin de posséder. Dans cette anthologie nous dégustons deux épisodes. Tout d'abord le célèbre #205 où le personnage, attaqué et traqué par les cyborgs de Lady Deathstrike, est réduit à un état bestial, et rencontre la petite Katie Power, en pleine tempête de neige. La gamine sait qu'il est un héros, et pour cause, car elle appartenait alors au groupe Puissance 4 (pas le jeu Mattel, la traduction Vf de la série Power Pack). C'est dessiné par le grand Barry Windsor Smith (l'artiste derrière l'Arme X) dont chacune des rares apparitions sur le mensuel X-Men a donné lieu à des pages qui ont traversé le temps, droit vers la légende. Le #268 lui nous ramène en 1941 à Madripoor, cette île asiatique où la pègre joue à domicile. Un épisode qui se gausse de la chronologie officielle puisqu'on y trouve aussi Captain America (logique), Ivan Petrovitch et sa protégée (Natasha Romanof, encore enfant), les ninjas de la Main, et des nazis. C'est le grand Jim Lee qui donne vie à tout ceci, sous les ordres d'un Chris Claremont qui approchait de son chant du cygne, et qui fut le grand artisan de l'ascension de Wolverine au firmament des comics. 

Place aussi à la propre série de Wolverine, son titre à lui. En 1988 la popularité de Logan est telle que le griffu a obtenu depuis quelques mois sa parution régulière. On y retrouve Madripoor, mais surtout un des ennemis récurrents, dotés d'à peu près les mêmes facultés, mais sans la morale et le self contrôle qui en font un super-héros. Sabretooth (Dents de Sabre) est une pourriture qui aime infliger la souffrance aux autres, et dont le chemin croise depuis des décennies celui de son antagoniste. Bill Sienkiewicz et son style si particulier, sa folie graphique, que demander de plus pour un tel choc? 
C'est ensuite Larry Hama qui prend en main le destin de Wolverine, et ce scénariste va laisser des traces profondes, et appréciées des lecteur dans sa carrière. Avec Marc Silvestri (autre poids lourd qui allait vite atteindre le sommet de la vague) Logan se rend au Canada pour aller saluer Puck le nain (pardon, héros de petite taille) de Alpha Flight, qui joue temporairement les videurs dans un bar, histoire de remplacer la titulaire du poste, le temps qu'elle guérisse d'une fracture. La suite flirte avec l'incroyable, accrochez-vous donc : Lady Deathstrike, grâce aux pouvoirs de téléportation de Gateway, arrive sur les lieux pour en découdre avec Wolverine, histoire de se venger après avoir appris que les nouvelles de sa mort étaient grandement exagérées. Oui mais voilà, petit cafouillage dans le vortex qui permet de voyager dans le temps et l'espace, et tout ce joli monde se retrouve projeté en 1937, durant la guerre civile espagnole, en présence d'un certain... Ernest Hemingway. Oui, comics et littérature vont bon ménage, mais dans les moments les plus improbables.
On effectue un petit détour en 1995, le temps d'un numéro réalisé par Hama et le formidable Adam Kubert, et on saute à la série Wolverine considérée comme la "troisième volume, ou V3 pour les spécialistes", avec un tour dans la tête du personnage, dérangeant et surprenant, grâce au duo gritty et sombre Robertson et Rucka. Ensuite viennent Millar et Andrews, pour une plongée horrifique dans un camp de concentration, durant la seconde guerre mondiale. Un récit qui avait frappé les esprits à sa première publication, et pour cause. A découvrir si vous n'avez jamais eu ces pages sous les yeux. Enfin on a droit à une excursion dans des épisodes plus récents, notamment avec le scénariste Jason Aaron, qui va être lui aussi un artiste d'importance pour la représentation plus moderne et relâchée du mutant griffu.
Un Wolverine qui au fil des ans est devenu moins anguleux, moins bestial, au point de devenir le directeur d'un institut pour mutants, et d'avoir sous son aile de jeunes pousses mutantes ayant besoin d'être dirigées et conseillées. Et pourtant, en secret, Wolverine est aussi cet exécuteur implacable des basses besognes, dont X-Force avait grand besoin, quand d'autres ne voulaient pas se salir les mains. Une anthologie qui forcément ne peut pas embrasser toutes les facettes d'un héros qui demanderaient une encyclopédie grosse un double omnibus, mais qui offre de belles tranches de vie, pour un personnage momentanément "disparu" mais jamais aussi présent (X-23 ayant repris le flambeau, et la version Old Man Logan étant le meilleur Wolverine depuis longtemps, grâce à Jeff Lemire)





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