CAPTAIN AMERICA : L'AMERIQUE AUX MAINS DE L'HYDRA

Afin de bien comprendre le prochain "event" qui vous attend chez Marvel (Secret Empire), il convient de suivre actuellement les séries consacrées à Captain America (principalement celle nommée Captain America : Steve Rogers) et scénarisées par Nick Spencer. Tout le monde le sait désormais, suite à l'intervention de Kobik (cube cosmique qui s'est incarné sous la forme d'une fillette, et manipulée subrepticement par le Crâne Rouge) le passé et la personnalité de Steve Rogers ont été profondément modifié, de sorte que maintenant l'icone américaine par excellence roule pour l'ennemi, à savoir l'Hydra, dont il est un agent dormant depuis le tout début (tout du moins en est-il intimement convaincu). Trop occupés à se disputer entre eux, à soigner leur statut de demi-dieux et à se chamailler pour d'obscures raisons internes, les super-héros n'ont rien vu venir, se sont divisés une fois de trop (Civil War II) et ils ont perdu ce lien privilégié qui pouvaient unir la plupart d'entre eux avec la nation. Une parabole évidente sur la prise de distance des américains avec la politique, renforcée encore plus par le discours tenu par Steve Rogers, dans le numéro spécial The Oath qui vient de sortir aux States, au chevet de Tony Stark inconscient. (spoiler possible, abandonnez la lecture si vous ne souhaitez rien savoir)
Steve est donc au service de l'Hydra, mais sa version toute personnelle de l'Hydra, motivée par une idéologie forte, même si dévoyée et anti-libertaire. Il s'inscrit en opposition à l'Hydra actuelle, qui frappe sans discrimination, dans le but de semer la terreur, le chaos (comme peut le faire le terrorisme islamique radical ces dernières années). Face à Tony, dans une scène qui inverse ce qui s'est produit au terme de la première Civil War, il expose clairement ses idées sur la communauté super-héroïque et Carol Danvers, la manière dont il conçoit le monde, ses plans à venir. On sent clairement l'influence de la politique de Donald Trump dans ces mots, d'autant plus que Spencer ne cache pas son aversion pour le nouveau président américain. Steve Rogers veut donc suivre la ligne qui semble déjà tracée par Ulysse (le jeune Inhumain qui est le facteur déclenchant de la seconde Civil War), qui a prédit ce futur dominé par l'Hydra, mais aussi la mort du Captain America des mains de Miles Morales, le nouveau Spider-Man. Le jeu en vaut la chandelle pour Steve, qui a toujours été un gran rêveur.

Oui mais voilà, l'utopie tourne au cauchemar xénophobe. Les images de Rod Reis (dans The Oath) sont claires, ce qui attend l'Amérique fait froid dans le dos. Toutefois ce Captain America là (devenu entre temps directeur du Shield à la place de Maria Hill) est aussi l'homme qui tente de convaincre Carol Danvers de ne pas ériger un mur entre la Terre et le cosmos, et d'isoler ainsi la planète. Toute allusion à ce qui pourrait se produire à la frontière américano-mexicaine est tout sauf fortuite, cela va de soi. 
Le travail de Nick Spencer est donc absolument fascinant. Nous avons là un vilain inédit, qui a gagné au fil des ans la confiance du grand public, et qui est en son for intérieur la plus grande menace que l'Amérique et le monde ont rencontré depuis longtemps. Un ennemi qui plus est motivé par de vraies préoccupations politiques et stratégiques, et pas un nihilisme exacerbé par une soif de pouvoir, ce qui le rend plus dangereux encore. Le paradoxe est que cet individu est celui qui a toujours représenté les plus nobles idéaux humanistes, renforçant de la sorte le coté choquant (certains diront peu crédibles) de ce revirement. La trame est à mon sens excellente, bien écrite, et constitue une mise en abime fascinante de ces dernières années, entre tensions sociales, peur du terrorisme, et pertes des repères et des valeurs amenant à se réfugier dans les bras du populisme rassurant, mais mensonger. Le grand plan de Steve Rogers est sur le point de porter ses fruits, et Secret Empire s'annonce comme une des productions les plus ambitieuses et abouties de ce que Marvel a offert au XXI° siècle. On souhaite juste que Nick Spencer ne perde pas le fil en route, et que la Maison des idées le laissera aller jusqu'au bout des siennes, d'idées. 




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