LOGAN : LA REVIEW DU WOLVERINE ULTIME DE JAMES MANGOLD

Le doute nous avait plus qu'effleuré, en regardant les précédents films consacrés à Wolverine; une impression persistante que le personnage a été jusque-là sommairement abordé, que personne n'est parvenu à creuser sous la surface. En résumé, tout ce qui s'est déroulé au cinéma (à ce jour) est à des années lumières du meilleur de la production des comics. Ceci était valable jusqu'à ce que nous assistions à la projection en avant-première de Logan, dernier chapitre poignant, atypique et définitivement abouti, de la carrière du mutant griffu. James Mangold a adapté ici à sa façon le grand classique Old Man Logan, la saga post apocalyptique de Mark Millar. Ne jouissant pas des droits de la plupart des personnages de la bande dessinée, il interprète l'ensemble très librement, pour en fournir en bout de chaîne une version qui n'a plus grand chose à voir avec l'original. De nombreux éléments de la carrière de Wolverine s'entrechoquent, se télescopent, et au final fonctionnent parfaitement ensemble. Ceci à commencer bien entendu par la présence d'une fillette, dotée des mêmes attributs que ce cher vieux Logan. Plus même, puisque augmentée aussi de griffes aux pieds. Si vous lisez les comics, vous avez compris tout de suite de qui il s'agit : la petite Laura a pris la relève de celui dont elle est juste le clone, depuis déjà quelques mois chez Marvel, et ce n'est guère une surprise de la voir aussi crever l'écran.
Le film se déroule dans le futur... un futur pas si lointain et qui n'est pas sans ressembler à ce que pourrait bien devenir notre avenir, notamment lorsqu'on regarde la direction politique que les États-Unis de Trump envisagent de prendre. Il y a une légère pointe de Mad Max dans ce scénario d'anticipation, avec la race mutante au bord de l'extinction complète. Les grandes compagnies gèrent le monde dans les coulisses, et certains savants fous jouent avec la génétique, pour créer une nouvelle race d'esclaves, ou d'armes corvéables à merci. La force de ce Logan de James Mangold, c'est d'être capable de quitter les frontières étroites du cinécomics, pour flirter la plupart du temps avec le film d'auteur. L'image est somptueuse, les thèmes affrontés semblent pertinents, et le film surprend d'un bout à l'autre, en évitant systématiquement la panne d'inspiration ou le manque de rythme. 

Le futur de Mangold est calciné, on traverse des paysages lunaires ou rôtis par le soleil, à bord de caisses rutilantes et de carcasses de métal. Un road movie sans direction fixe, juste porté par l'espoir illusoire que les rêves d'une gamine, élevée en laboratoire et ne sachant rien de la vie en société, puissent être porteurs d'une dernière chance pour la race mutante. Le Professeur Xavier, longtemps le mentor et la figure de référence absolue pour les X-Men, n'est plus qu'un vieillard malade, qui contrôle à grand peine ses pouvoirs, en abusant de substances pharmacologiques pour ne pas perdre la boule. Logan lui même n'est pas au mieux. Son corps le trahit, l'empoisonne, et de toutes manières, l'esprit non plus n'est pas au beau fixe. Fatigué, usé jusqu'à la corde, sans guère d'illusion sur de quoi demain sera fait, on le sent prêt à en finir, de sa propre main (ou griffes) s'il le faut. On se pince en regardant ce film, qui nous replonge par moments dans les meilleurs westerns crépusculaires de Clint Eastwood ou Sam Peckimpah, mais tout à coup explose, dans des accès de rage aveugle qui prennent aux tripes, et expliquent clairement pourquoi ce long métrage est interdit à une certaine catégorie d'âge. Des minutes sanguinolentes où la raison s'enfuit, ne subsiste plus que la haine, le mal, l'adrénaline et la fusion de la raison, comme si tout à coup l'animal reprenait le dessus sur l'homme, et que ce n'était plus Logan, mais le Wolverine, par contradiction, à dominer la scène. Le temps qui s'écoule n'apporte rien d'autre que la mort certaine dans ce film, jusqu'à ce que d'autres jeunots sortis un peu de nulle part viennent donner l'occasion au héros de jouer des griffes une dernière fois. Pour Laura aussi, et surtout. Libérer la bête pour un carnage ultime, et enfin mourir en homme. 
Pour en arriver là, il fallait des acteurs excellents. Hugh Jackman bien entendu, qui ne déroge pas à sa grande maîtrise du personnage. Patrick Stewart, entre auto dérision et élans poétiques, et la révélation de ce film, l'impensable performance de Dafne Keen, inconnue au bataillon et toute jeunette, qui est dotée d'une gestuelle, d'une présence, qui resteront longtemps gravées dans les mémoires des spectateurs. On attend d'ailleurs la suite, avec un premier rôle qui semble inévitable.
Alors certes, la fin est annoncée avec une bonne demie-heure d'avance, certes certains points du scénario souffrent d'incohérence ou de superficialité, mais cela importe peu, quand on rapporte ces imperfections structurelles, au produit fini. Qui est un film, un vrai grand film, pas seulement un divertissement avec un super-héros qui possède des griffes dans les avants-bras, et un facteur de régénération (par ailleurs en berne). 
N'hésitez pas une seconde à rendre un dernier hommage à Logan.



Et nous remercions encore une fois Jean et toute l'équipe du Pathé Masséna de Nice (et Alfa Bd, bien sûr!), pour nous avoir permis d'animer une petite soirée avant-première fort sympathique. D'ici au prochain rendez-vous de ce genre, on vous dit bon(s) film(s) et bonne(s) lecture(s)



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