ALL-NEW PUNISHER TOME 1 : OPERATION CONDOR

Une impression de déjà-vu ou de lassitude pourrait être tout à fait justifiée, car vous ne le savez peut-être pas, mais nous en sommes déjà à la dixième série du Punisher à être publiée chez Marvel, d'une manière ou d'une autre. Le dessinateur non plus n'est pas une nouveauté, Steve Dillon a déjà travaillé sur le personnage et il en est ici à sa sixième prestation avec notre anti-héros...C'est un coup porté au coeur que de voir ici ses dernières planches pour le personnage, puisque cet artiste nous a quitté en 2016. Bref avant de commencer cette nouvelle série all new all different j'admets avoir eu quelques doutes sur la pertinence de ce que j'allais lire. Et du reste les premières pages nous emmènent tout de suite sur un terrain connu. Nous avons affaire à un nouveau cartel de la drogue, le Condor, qui compte également dans ses rangs un ancien militaire qui fut en son temps  opérationnel sur le terrain avec Frank Castle. Aujourd'hui il a retourné sa veste et donne dans le trafic d'une nouvelle substance surpuissante (l'EMC) sans se faire trop de scrupules. L'essentiel de ces premières pages se développe autour d'un axe double : d'un côté nous avons une opération des forces anti-drogue (menée par la détective Ortiz, qui est appelée à jouer un rôle important par la suite) et qui est étudiée minutieusement depuis des semaines. Nous sommes à la veille du grand coup de filet et chaque détail doit être vérifié de multiples fois. De l'autre côté nous avons le Punisher, qui lui ne s'embarrasse pas de préparatifs et de la paperasse administrative, mais recourt à une technique bien plus meurtrière et expéditive. Du reste il va devancer la police pour faire le ménage à sa façon. Becky Cloonan nous offre donc une introduction sombre, violente, sans grande surprise, mais qui replace d'emblée le personnage dans un contexte qui a toujours été le sien, et dans lequel il s'avère très efficace. Une force de la nature inarrêtable, qui laisse derrière lui des cadavres de criminels qui l'ont bien mérité. 

Démanteler (ou plutôt éradiquer) Condor ne sera pas de tout repos. Il y a différentes strates à franchir, comme Face, un cinglé de première catégorie qui accroche les visages découpés de ses victimes comme des trophées. Ou de pauvres criminels du dimanche, qui pour faire tomber Frank Castle sont même prêts à utiliser une fillette, équipée d'une ceinture explosive, comme kamikaze innocente. Cloonan n'invente rien de nouveau mais n'épargne pas les scènes chocs, les moments de malaise qui font qu'on en vient, tout naturellement, à souhaiter un bain de sang catharsique avec le Punisher en grand artificier.
Dillon aux dessins nous fait plaisir, car on voit clairement qu'il s'applique et sort des planches qui comptent parmi les plus claires et précises qu'il a produites ces dernières années. Ce sont des épisodes qui respecte pleinement le cahier des charges, mais qui manque peut-être encore de cette folie propre à un auteur comme Garth Ennis (soupirs...).  Les visages sont inexpressifs, volontairement, et on devine dans ce masque figé de Castle toute la froideur d'un homme qui n'a plus guère de liens avec les sentiments du commun des mortels. Sauf qu'en cours de route, cela peut encore changer.. Un dernier hommage pleinement réussi donc à l'artiste, décédé brusquement l'an passé des suites d'une maladie, et qui a marqué de son empreinte la carrière éditoriale de notre justicier à la tête de mort. Dont la nouvelle série, chez Panini, joue la carte du classicisme désespéré, et cela fonctionne bien, et plonge le lecteur dans une aventure noire et sordide, qui ne nous fait pas aimer le genre (in)humain. 







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