DIVINITY TOME 2 : SUPER COMMUNISME ET POUVOIRS DIVINS CHEZ BLISS COMICS

Alors que les Américains tentaient fébrilement d'envoyer le premier homme sur la Lune, l'Union soviétique elle avait déjà pris plusieurs longueurs d'avance dans la course à l'espace, en grand secret. Trois cosmonautes avaient été envoyé au fin fond de l'univers, trois bons communistes fidèles au régime, orphelins et donc sacrifiables. L'incident est survenu lors de la rencontre avec une entité mystérieuse, l'Inconnu, qui les a transformés en quelque chose de presque divin. Nous avons suivi le retour sur Terre, bien des décennies plus tard, du premier d'entre eux, Abram. C'était la trame du premier tome. Voici donc le second volume de Divinity, comprenant les quatre épisodes de la série Divinity II. La question qui se pose est : que sont devenus les deux autres, notamment Myshka, la femme copilote, qui elle est profondément marquée par l'idéal et l'idéologie communistes, et pourrait être un adversaire encore plus dangereux que Abram, qui finalement a été vaincu par l'équipe Unity (regroupant les principaux super-héros de l'univers Valiant) uniquement parce qu'il l'a bien voulu. D'ailleurs il a même accepté de coopérer. Myshka aussi est de retour vers la Terre, et elle aussi constate avec dépit et amertume que tout ce en quoi elle avait foi a désormais été éclipsé, que la Russie n'est plus ce qu'elle était autrefois... elle se met donc au service de Vladimir Poutine (oui oui le vrai, il apparaît dans le comics) pour restaurer la grandeur de la patrie. Paradoxalement le seul à pouvoir contrer son pouvoir divin est en fait Abram. Ce sera le point de départ d'une opposition titanesque, deux entités devenus pratiquement divines, et deux idéologies se faisant face, sorte de remake tout personnel de la guerre froide, dans un monde où ce genre de tensions auraient du être oublié depuis longtemps. Encore que l'actualité géopolitique du moment donne quelques sueurs froides alors... 




Trevor Hairsine est un dessinateur extraordinaire. Je vous l'avais déjà dit? L'alternance de plans resserrés et plus large, le dynamisme des combats, l'émotion qui suinte d'un regard, d'un geste, il y a du panache et de la variété dans cet album, qui est graphiquement d'un niveau excellent. Matt Kindt démontre lui qu'il est possible d'écrire une vraie bonne histoire sans avoir recours à des super-héros ultra connus du grand public, et en jouant habilement avec les idéologies occidentales et soviétiques sans pour autant condamner ou louer aveuglément. Il y a de la nuance, et en fait ces grandes valeurs de la patrie sont tempérées par les individus, leurs rêves, leurs passés, qui sont les moteurs de l'histoire, là où les traumatismes et les failles sont apparus pour la première fois, et la manière dont ils ont su les gérer et vivre avec par la suite. Les autres héros de l'univers Valiant ne sont que des fétus de paille, de simples parasites (il voir Ninjak impuissant...) qui n'ont aucune chance de s'opposer à ces forces primaires, qui jouent de l'espace et du temps, tentant d'en modifier le cours en susurrant au réveil de Staline, ou en incitant Gorbatchev à ne pas céder face aux pressions du capitalisme. Mais chez Valiant, l'histoire ne peut être récrite si facilement, et c'est tant mieux, cela évite de semer la zizanie dans la timelime, et on y gagne en lisibilité.
Encore une belle petite sortie à se procurer chez Bliss Comics donc, d'autant plus que ce second tome est riche en bonus, avec la genèse expliquée et commentée par les auteurs, les artistes. Ce qui est fort appréciable.







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