FAITH TOME 1 (BLISS COMICS) : À LA CONQUÊTE D'HOLLYWOOD

Faith Herbert n'a pas eu de chance, étant petite. Elle est devenue orpheline après avoir perdu ses parents dans un accident de la route. Après une enfance passée à devenir ce qu'on qualifierait aujourd'hui de parfaite geekette, Faith s'est rendue compte qu'elle possédait des pouvoirs de télékinésie, pouvant même voler. Au sein d'un groupe de jeunes apprenant à maîtriser leurs facultés (les Renégats, voir pour ceci la série Harbinger) et face à la menace de Toyo Harada et ses hommes, elle a compris que ses dons pouvaient faire d'elle une super héroïne. Oui mais voilà, Faith adopte un profil bas, se construit une double identité, et travaille désormais pour un site web d'actualités médiatiques, écrivant des articles qui n'obtiennent pas un franc succès. Chez Zipline, affublée d'une perruque et de lunettes, personne ne fait le rapprochement entre la timide et pas très affirmée journaliste, et la super héroïne Zephyr en tenue blanche et cheveux blonds. Jusque là, le pitch de départ emprunte à tous les codes du genre (Superman), et ne brille pas par son originalité. Alors pourquoi le succès et le buzz autour de ce titre en particulier? Tout simplement car Faith n'est pas une bimbo en maillot de bain moulant, à la plastique parfaite. Nous sommes loin de Psylocke ou Emma Frost. Faith est une jeune femme bien en chair, ayant même un embonpoint fort prononcé. Elle a des kilos à perdre mais ne semble pas trop s'en soucier. Elle s'assume ainsi, ce qui est quand même plus simple quand vous pouvez voler, que vous avez des super pouvoirs, et que votre précédent petit ami est assez canon. Mais bête comme ses pieds, au point de participer à une émission de télé réalité stérile, avec sa nouvelle petite copine comme cerise sur le gâteau. Faith doit donc supporter ce genre de banalités navrantes, bosser pour ses articles, et mener l'enquête dans les cieux de Los Angeles (capitale du surfait)


Faith, c'est aussi une série (enfin ici c'est la première mini série qui est publiée) qui puise ses racines dans le quotidien, routinier, voire morose. L'héroïne fantasme sur un acteur de cinécomics, et au boulot elle n'as pas des relations faciles avec sa supérieure. Personne ne sait qu'elle a des dons spéciaux mais cela ne l'empêche pas de vivre. En réalité, son poids, sa silhouette particulière (pour une série de ce type) sont finalement très marginaux comparé à l'intrigue, qui par ailleurs tarde à décoller et se révèle plutôt mince. Nous sommes dans l'univers Valiant, alors attendez-vous à quelques références, comme la présence de Archer (sans Armstrong), mais cela ne constituera absolument pas un barrage pour le nouveau lecteur. Lentement, la scénariste Jody Houser donne de l'épaisseur (jeu de mot douteux) à son personnage, mais il est clair qu'il faut avoir envie de s'attacher à ce type de récit, intimiste et drôle, journalier et presque gossip, qui évacue en grande partie la dynamique traditionnelle des combats de super-héros. Cette notion est présente avec l'apparition d'un peuple alien qui a formé une secte et se pose en menace du jour, mais cela aurait pu être n'importe quoi d'autre, tant on sent que ce n'est pas la préoccupation majeure du jour.
Au dessin, Francis Portela est clair, concis, agréable. Pas d'effets spéciaux ou d'innovations éclatantes, tout est fait pour privilégier lisibilité et clarté. Avec aussi la participation de Marguerite Sauvage, qui s'occupe de plusieurs pages qui dévient de la réalité de l'intrigue, des excursus oniriques qui nous permettent de se sentir plus proches encore de cette geekette qui nous ressemble peut-être.
Au final, nous avons là un album assez attachant, mais dénué d'enjeux majeurs. C'est une tranche de vie, un portrait de jeune fille maladroite et qui cherche sa place, avec en prime des pouvoirs, mais pas vraiment une sortie super-héroïque classique. Faith puise ses forces dans le filon girly actuel (Miss Marvel, Captain Marvel) tout en mettant en avant l'humanité de son personnage, laissant ses facultés à l'arrière-plan, et ne cachant aucune rondeur (la chair entre à grand peine dans le costume). A défaut d'être un tome 1 inoubliable, il y a du capital sympathie évident, et qui plus est Bliss Comics le propose à dix euros, ce qui pourrait justifier l'achat. A ce prix, on peut tenter. 




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