IVAR, TIMEWALKER : UN DELIRE TEMPOREL CHEZ BLISS COMICS

L'histoire débute au CERN de Genêve, en Suisse. Voilà un lieu qui attise les fantasmes scientifiques et autres récits d'anticipation. Qui sait ce qui sortira un jour de ces équipements futuristes, où l'homme explore les limites de l'atome. La doctoresse Neela Sethi par exemple, est sur le point de conclure des années de recherche, lorsqu'un individu mystérieux fait irruption dans son laboratoire, pour la mettre en garde sur les conséquences de ses découvertes. Neela a probablement inventé sans le savoir le moyen de voyager dans le temps, et ce que le dénommé Ivar (le majeur de la fratrie des Anni-Padda, bien connu des lecteurs de Valiant) est venu empêcher est le début d'une crise temporelle sans précédent. Seulement voilà, la jeune femme l'assomme, et ils doivent ensuite prendre la fuite, ensemble, à travers une série de sauts dans les courants du temps (des vortex) avec à leurs trousses des créatures artificielles issues de la 5ème dimension. Le pitch de départ est totalement barge et les épisodes qui défilent renforcent l'idée d'une trame ample, ambitieuse, qui part des confins de la préhistoire jusqu'au plus lointain des futurs, où une version singulière et androïde de Neela parait avoir des envies d'hégémonie totale. Les bonds dans l'histoire sont l'occasion de tranches fort divertissantes, avec notamment deux trouvailles jouissives. La première, c'est cette inflation de voyageurs temporels, qui dissimulés derrière des hologrammes les banalisant aux yeux des "locaux", ont pour passe-temps favori la chasse à Adolf Hitler, celui que tous rêvent d'éliminer afin de changer l'Histoire avec un grand H. Mais celle-ci ne se laisse pas faire, et personne n'y parvient jamais. L'autre, c'est l'arrivée d'un lurker, à savoir un agrégat futuriste de restes humains et de réseaux sociaux, qui ne s'exprime qu'avec des expressions empruntées à Internet et ses forums de discussion, ou carrément par émoticone. Neela elle aurait bien une bonne raison de changer le cours des choses : sauver son père décédé, des conséquences tragiques d'une opération qui s'est mal déroulée. 


Ivar, Timewalker souffre d'un seul handicap visible : celui de ne pas avoir à l'affiche de héros fortement identifiables et "bankables". Honnêtement, les frères Anni-Padda, ce n'est pas Batman ou les Avengers. Du coup, beaucoup pourraient se dire que cela ne vaut pas la peine d'investir 28 euros pour cette parution, que Bliss Comics a eu la bonne idée, et le respect du lecteur, de sortir dans un seul gros volume. Erreur, belle erreur. Car nous avons là un exemple flagrant de comic-book drole, bien fichu, attachant, qui n'a pas besoin de stars du box office pour séduire dès les premières pages. Peu importe si le concept de sauts temporels, d'enchaînements logiques des faits et des réactions est aussi bizarre que confus, c'est volontaire et participe à ce joyeux foutoir où une belle équipe totalement dysfonctionnelle se lance dans une mission aussi nébuleuse que vertigineuse, qui les pousse vers Oubli-1, base orbitale aux limites extrêmes du temps. Ce pavé s'articule autour de trois axes (quatre épisodes chacun) nommés marquer l'histoire, défaire l'histoire, achever l'histoire et il permet à Fred Van Lente de donner la pleine mesure de son inventivité, ici avec carte blanche totale de la part de Valiant pour pousser son concept le plus loin possible. Les trois dessinateurs principaux qui se relaient sont tous soignés dans leur travail, et présentent des planches claires, détaillées, d'une lisibilité parfaite.  Clayton Henry, Pere Perez ou Francis Portela ne font pas dans l'expérimentation artisanale, mais bien dans le labeur rassurant de ceux qui savent ce qu'attendent les lecteurs, et savent leur offrir aisément. On a souvent parlé, un peu partout sur le net, d'une accointance avec la série Doctor Who, et si cela se vérifie sur la thématique ou une certaine dynamique, c'est dans l'esprit encore plus dingue et mérite vraiment que vous lui consacriez de votre temps. Ivar, Timewalker, est le petit coup de coeur inattendu de ce début de printemps. 







A lire aussi : 




Commentaires