OLDIES : LES ÉTRANGES X-MEN ET LES JEUNES TITANS


 Les (étranges) X-Men et les Jeunes Titans demeure l’un des crossovers les plus emblématiques des années 1980, et sans doute l’un des plus ambitieux (et réussis). À la manœuvre, deux poids lourds : Chris Claremont au scénario et Walter Simonson au dessin. Autant dire que la rencontre entre les mutants de Marvel et les protégés de DC ne relevait pas du simple gadget éditorial, mais d'une envie d'épater les lecteurs. L’album s’ouvre aux confins du cosmos, près du Mur Source, où le mystérieux Metron disparaît après avoir tenté de percer l’énigmatique barrière. Son absence laisse le champ libre à Darkseid, qui met aussitôt en œuvre un plan d’envergure. Grâce à de l’énergie psychique qu’il siphonne à distance, il cherche à matérialiser une puissance bien précise : celle du Phénix. À l’Institut Xavier, les X-Men sont alors confrontés à des visions troublantes de Jean Grey, morte à ce stade de leur histoire. Cyclope, Tornade, Wolverine, Colossus, Diablo et Kitty Pryde partagent les mêmes rêves inquiétants. Au même moment, à New York, les Jeunes Titans vivent une expérience similaire : Raven est hantée par l’image d’un oiseau de feu cosmique, tandis que Starfire reconnaît immédiatement la signature du Phénix. Peu à peu, le récit confirme une idée pas si bizarre à l'époque : les deux équipes évoluent dans le même univers, sans jamais s’être croisées auparavant. C'est le même principe quand Superman croise Spider-Man, aventure bientôt rééditée chez Urban Comics, par ailleurs. Ici, la rencontre n’a rien d’une bataille rangée. Claremont évite habilement l’écueil du combat gratuit entre héros, à l’exception d’un affrontement éclair provoqué par un malentendu (là encore, un classique du genre). La véritable menace vient des Parademons et de Deathstroke, encore souvent appelé le Terminator à l’époque. Son duel avec Wolverine constitue d’ailleurs l’un des sommets du volume : brutal, nerveux, efficace. Ils ne sont pas là pour vider une bière, mais pour en découdre sans pitié.



Lorsque Darkseid parvient à invoquer le Phoenix en exploitant l’énergie des X-Men, l’enjeu prend une ampleur cosmique. Le tyran d’Apokolips, massif et pierreux comme rarement, ambitionne de transformer la Terre en une nouvelle version de son monde infernal avant de s’attaquer à New Genesis. L’idée d’associer deux entités dominées par la noirceur est bien vue et place les héros dans une situation périlleuse et émotivement assez problématique (Scott Summers risque de vriller, et les parents de Jean aimeraient qu'on cesse de les tourmenter avec le destin de leur fille). L’album, assez généreux par rapport à un simple fascicule de passage, multiplie les péripéties sans toujours laisser à chaque personnage l’espace nécessaire pour exister pleinement. Claremont parvient néanmoins à offrir à presque tous un moment significatif. L’amitié spontanée entre Kitty Pryde et Beast Boy apporte une touche de fraîcheur (et suscite la jalousie de Colossus), tandis que quelques interactions plus légères, comme le baiser improvisé de Starfire pour comprendre la langue de Colossus (dans tous les sens du terme), détendent l’atmosphère. La résolution du problème repose sur une idée simple mais cohérente avec l’esprit des deux séries : unir les forces psychiques de Xavier et de Raven pour submerger le Dark Phoenix sous un flot d’émotions positives. L’influence de Cyclope sur l’entité cosmique s’avère décisive, et le retournement final, qui voit Darkseid précipité vers le Mur Source, offre une conclusion spectaculaire, qui n'est bien entendu pas un clap de fin définitif pour celui qui reviendra, encore et encore, ennuyer les héros DC.  Graphiquement, Walter Simonson livre une prestation impressionnante. Il orchestre une distribution pléthorique avec une grande lisibilité. Son trait énergique s’adapte aussi bien aux mutants qu’aux Titans, et l’on perçoit çà et là l’influence de George Pérez sur les séquences consacrées aux jeunes héros. Les scènes cosmiques, en particulier, bénéficient d’une ampleur visuelle remarquable, avec un lettrage et des effets sonores qui sont également typiques des œuvres de ce bon Walt. En gros, l’album séduit surtout par son parti pris narratif. Il ne cherche ni à justifier longuement la coexistence des deux univers ni à multiplier les clins d’œil appuyés et le fan service à volonté. Il raconte une histoire dense, animée par une vraie conviction touchante. L’apparition du Phoenix déchaîné, encore chargée du poids émotionnel de sa disparition, confère au récit une dimension presque tragique. L'ensemble conserve une énergie communicative. Ce one-shot n’a pas vocation à fonder une continuité durable, et c’est sans doute ce qui fait sa force. On y retrouve deux éditeurs majeurs qui ont envie de partager leurs mythologies, pour le simple plaisir des lecteurs, et engranger tout de même un petit paquet de dollars, au passage. En France, le grand format chez Lug, 20 francs pour 64 pages, représente une bouffée de nostalgie capable de terrasser les plus sensibles des collectionneurs ou lecteurs au long cours. 


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