CORUM TOME 1 : LE CHEVALIER DES ÉPÉES (CHEZ GLÉNAT)


 Avec Corum : Le Chevalier des Épées, premier tome d’une trilogie publiée chez Glénat, David Chauvel s’attaque à un chantier délicat. Adapter l’univers de Michael Moorcock, ce n’est jamais une promenade de santé, surtout lorsqu’il s’agit de faire vivre en bande dessinée un personnage aussi chargé que Corum (Jhaelen Irsei). Le genre de tâche qui a de quoi filer le vertige, rien qu'à y penser. Dès l’ouverture, cette nouvelle tentative annonce la couleur. Ici, pas de montée en puissance progressive ni de parcours héroïque classique. Corum revient de mission pour découvrir son peuple anéanti, et la suite s’enchaîne avec une brutalité presque sèche. Sa vengeance tourne court, il est capturé, mutilé, puis sauvé de justesse pour être aussitôt embarqué dans une quête qui le dépasse complètement. Le message est clair, Corum n’est pas vraiment aux commandes de son destin. Une marionnette, dans le meilleur des cas. C’est d’ailleurs ce qui fait le sel de ce premier tome. Chauvel choisit une narration rapide, parfois même un peu précipitée (les enchaînements entre certaines scènes sont un poil abruptes), qui peut donner l’impression que les informations et noms à enregistrer sont plus que ce que le lecteur moderne est en mesure d'assimiler. Mais cette urgence sert aussi le propos. Le monde décrit ici est instable, violent, dominé par des forces qui échappent à toute logique humaine. Les dieux manipulent, les peuples s’entretuent, et au milieu de tout ça, Corum tente simplement de survivre, sans jamais vraiment comprendre les règles du jeu. D'ailleurs, le récit dépasse peu à peu la simple vengeance. Il installe une ambiance plus sombre, tendance fataliste, où le héros avance davantage contraint que volontaire. Impossible de ne pas penser à Elric de Melniboné, autre figure emblématique de Moorcock, avec qui Corum partage cette fragilité et ce rapport compliqué au pouvoir (à lire chez Delirium, pour la plus belle version). Cette dimension tragique donne au récit une épaisseur bienvenue, une forme de solennité que les dialogues inspirés renforcent clairement.



Visuellement, c'est la fête ! Luca Merli signe un travail remarquable et généreux. Son dessin est riche, parfois chargé, mais toujours au service de l’ambiance. Les décors donnent de l’ampleur, les créatures impressionnent, et surtout, les visages traduisent bien la dureté de ce que traverse le personnage. Les scènes d’affrontement sont de véritables tableaux dramatiques, grâce à une mise en page dynamique, et certaines compositions flirtent avec un imaginaire onirique déviant, qui souligne l’étrangeté d'un monde où le danger et la duplicité sont partout. Corum, lui, finit donc par se mesurer à Arioch. Dans l’univers imaginé par Michael Moorcock, le Chevalier des Épées n’est pas un simple adversaire qu’on croise au détour d’un chemin. C’est une entité divine, une puissance du Chaos qui joue avec les mortels comme d’autres manipulent des figurines sur un échiquier. Corum, déjà bien amoché physiquement (mais "réparé" de manière mystique), va surtout découvrir qu’il est embarqué dans une partie qui le dépasse largement, où Arioch semble récrire les règles qu'il fixe au détriment des joueurs. Tout cela, Luca Merli s'en empare, le malaxe, lui donne corps et une vitalité brute. Excellent. Il existe aussi une magnifique version en noir et blanc de ce premier tome, pour ceux qui voudraient encore plus s'enivrer du trait brut de l'artiste italien. Cela dit, les couleurs sont aussi de son fait, l'ensemble est cohérent et maîtrisé de bout en bout, c'est vous qui voyez, vraiment ! Je vous le rappelle et promets, ce premier tome va à l’essentiel. Il pose les bases, installe son héros et son monde, sans chercher à tout développer immédiatement. Cela peut donner une impression de densité, risque de perdre le lecteur distrait (Corum se lira dans un canapé, au calme, pas aux toilettes pour passer le temps), mais l’ensemble est clairement efficace et accrocheur. Le démarrage est solide, sombre comme il faut, et suffisamment intrigant et sanguinolent pour donner envie de voir où tout cela va mener. La fantasy ne meurt jamais, et avec une doublette comme Chauvel/Merli, a encore de bien beaux jours devant elle (la suite fin août, si tout va bien).



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