RESURRECTION MAN : LA RÉSURRECTION D'UN PERSONNAGE QU'ON N'ATTENDAIT PLUS


 Certains récits de fin du monde misent tout sur le spectaculaire. It's Armaggedon time, baby !  Et puis il y a ceux qui prennent ce décor comme un simple point de départ pour explorer des questions autrement plus vertigineuses (et bizarrement, intimistes). Avec Resurrection Man, Ram V appartient clairement à la seconde catégorie. Sous l’apparence d’un récit cosmique, il livre avant tout une méditation sur l’amour. Ce qui, dans un univers où la mort est une formalité administrative, relève presque de la provocation. Pourquoi aimer ou s'attacher, puisque rien ne dure forever ? Au centre du dispositif, Mitch Shelley, alias Resurrection Man (logique), continue de défier les lois les plus élémentaires de la condition humaine : chaque mort est suivie d’un retour, accompagné d’un nouveau pouvoir en lien avec les modalités du décès, comme si l’existence n’était pour lui qu’une succession de variations sur un thème morbide. Un concept que Ram V choisit de détourner avec une idée à la fois simple et imparable : que se passe-t-il lorsque cet homme, condamné à recommencer, décide enfin de s’arrêter ? De vivre une vie entière. De s’attacher. D’aimer. Le récit s’ouvre ainsi sur une fin, celle d’un homme entouré des siens, prêt à mourir. Pour de vrai. Une anomalie, presque une hérésie pour un personnage qui n’a jamais eu droit au repos des braves. Et c’est dans cet interstice que notre histoire trouve sa voix : dans la tension entre un destin cyclique et le désir profondément humain d’y échapper. L’amour, ici, n’est pas un simple moteur narratif, mais une forme de résistance. À partir de ce point d’ancrage, le récit se déploie en cercles concentriques, multiplie les allers-retours temporels et les variations de ton. Une menace cosmique se profile, non pas tant pour détruire l’univers que pour en effacer jusqu’à l’existence même. La nuance donne presque le vertige. Ram V s’aventure alors sur un terrain résolument métaphysique, questionne la mémoire, l’identité, la trace laissée par les êtres et, surtout, ce qu’il advient de l’amour lorsque plus rien n’a jamais existé. Le lecteur, lui, s'assure qu'il lui reste un peu de paracétamol. 



C’est là que l'album peut diviser. Car à force de privilégier une approche conceptuelle, parfois volontairement tortueuse, le scénariste met ponctuellement à distance le plaisir immédiat de lecture. La narration se fragmente, les enjeux se dérobent, et le lecteur doit accepter de lâcher prise, au risque de se sentir tenu à l’écart. Une démarche cohérente avec le propos, certes, mais qui demande un certain abandon et un peu de patience. Les comics qui doivent être cool, offrir du divertissement, être accessibles à tous, n'ont pas grand chose à voir avec les choix de Ram V. En contrepoint, la dimension émotionnelle demeure étonnamment solide. Le récit oppose ainsi deux visions de l’amour : l’une, lumineuse, fondée sur le lien et la transmission ; l’autre, déformée par la violence et la domination, incarnée par une figure antagoniste issue des ténèbres de l’Histoire. Car oui, ce Resurrection Man là est bien le frère de Vandal Savage, et c'est d'une lutte fratricide primordiale que tout le reste est né. Ou presque. Le contraste n’a rien de subtil, mais il donne au récit une ossature claire, presque nécessaire face à la complexité du reste. Visuellement, Anand RK accompagne cette ambition avec une classe singulière. Il joue sur des contrastes marqués entre des figures humaines, parfois esquissées, et des structures abstraites d’une précision presque froide. Les couleurs de Mike Spicer accentuent cette dualité, tandis que le tout baigne dans une ambiance indouiste, avec notamment un logo qui n'est pas sans rappeler une certaine croix dont il conviendrait de taire le nom. Croix qui n'est que l'avatar mortifère et haineux d'une autre représentation hindouiste. Tout n’est pas parfaitement fluide, ni totalement accessible (loin de là), et l’on sent donc parfois le récit préférer l’idée à l'explication. Mais il en reste quelque chose de fascinant : une œuvre qui, derrière ses effets de manche conceptuels, cherche sincèrement à interroger ce qui nous définit. Et qui rappelle, au passage, que même dans un univers où l’on ressuscite à l’infini, l'amour et la singularité de chaque individu ont encore un sens et un attrait. 



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