
Vous souhaitez tout récupérer de Spider-Man Noir, et vous ne souffrez pas d'une vue défaillante ? Le format pocket de Panini est fait pour vous, et vous offre un véritable cours particulier en quatre étapes, pour la modeste somme de dix euros. Spider-Man Noir débute par un diptyque réussi, revisitation du mythe de Peter Parker, plongé dans une Amérique des années 1930 où la misère sociale le dispute à la corruption généralisée. Autant dire que les bons mots du Tisseur sont restés coincés sur Terre-616. Le récit s’ouvre sur un New York crépusculaire, gangrené par les inégalités et tenu d’une main de fer par Norman Osborn, ici chef mafieux plus brutal que stratège. Peter, encore adolescent, y grandit auprès d’une tante May engagée, presque militante insoumise, et voit son existence basculer après la mort de son oncle Ben. La fameuse morsure d’araignée est vite expédiée et le confronte à l'occulte. Choix original, peut-être trop désinvolte, toujours est-il que ce Spider-Man-là ne plaisante pas : il cogne, il chute, et il doute, souvent. Dans Illusions perdues, David Hine (sur un sujet et un monde imaginé par Fabrice Sapolski) privilégie les trajectoires humaines à l’escalade spectaculaire. Le résultat est dense, tendu, et surtout incarné. Ben Urich devient un journaliste brisé, miné par ses propres démons, tandis que Felicia Hardy s’impose en figure trouble, à la fois magnétique et dangereuse. Entre tenancière d'un bar et maquerelle chic, notre cœur balance. Même les seconds rôles bénéficient d’un traitement soigné, tous adaptés à cette ambiance de polar noir où chacun cache plus qu’il ne montre. Graphiquement, Carmine Di Giandomenico impose une atmosphère étouffante. Les planches sont chargées, les ombres omniprésentes, et la ville semble constamment sur le point de s’effondrer sur ses habitants et de suffoquer dans la crasse. Du coup, le texte et la couleur, dans ce format, ne sont pas toujours très lisibles passée la quarantaine. Vous voilà avertis. La seconde partie, Les Yeux sans visage, radicalise encore plus le propos. L’intrigue se complexifie, les enjeux se durcissent, et le récit s’aventure sur un terrain franchement dérangeant. Un Doctor Octopus grimé en savant monstrueux (Frankenstein Vs Stephen Hawkins) y mène des expériences inhumaines, dans un contexte où le racisme et les dérives idéologiques ne sont jamais édulcorés. L’ensemble gagne en ambition, même si la multiplication des sous-intrigues nuit parfois à la lisibilité. C'est en tous les cas une belle manière de jouer sur une partition connue, tout en adoptant un instrument inédit, et les huit épisodes forment un tout séduisant et bien troussé.

Si nous sommes sincèrement enthousiastes à l’idée de relire les deux premiers arcs narratifs, les choses se gâtent quelque peu par la suite. À commencer par les numéros suivants, qui viennent s’insérer dans la grande tapisserie du Spider-Verse. Autrement dit, notre version Noir rencontre d’autres Hommes-araignées du multivers. Sur le papier, la nécessité ne sautait pas aux yeux, mais, comme vous le savez, le Spider-Verse a depuis acquis ses lettres de noblesse sur grand écran, et il faut bien, dès lors, montrer patte blanche. L’occasion nous est donnée de voir à l’œuvre une version étrange du Mysterio, de découvrir ce que devient une Felicia Hardy cruellement défigurée quelques pages auparavant, mais aussi de recroiser la route du Peter Parker à six bras, sans oublier une sorte de version steampunk du Shocker. Le tout se déroule sur fond de Seconde Guerre mondiale sur le point d’éclater et de tentative des nazis de s’installer sur le sol américain. Nous en arrivons ensuite à une série de cinq épisodes, sobrement intitulée, une nouvelle fois, Spider-Man Noir, et publiée à l’origine en 2020. Cette fois, c’est Margaret Stohl qui s’occupe du scénario et, il faut bien le dire, les raisons de se laisser emporter par une histoire assez peu intéressante sont rares. Il y est question du vol d’un bijou très particulier, arraché à une serveuse du bar The Black Cat, ce qui contraint notre Spider-Man des années 1930 à prendre le chemin de l’Europe (puis de Babylone) en compagnie de la sœur de la victime. S’ensuit un double parcours, entre vengeance et compréhension des enjeux, qui se révèle bien plus complexe que prévu et se termine en mythologie et ésotérisme brouillon. Je vais être très honnête : cette partie m’a toujours fait bâiller, littéralement. Hormis les dessins de Juan Ferreyra, que je trouve particulièrement dynamiques et tout à fait adaptés à ce type de récit (son style s’inscrivant d’ailleurs dans une forme de continuité avec celui de Di Giandomenico avant lui), le reste est aussi vite lu qu’oublié. Dommage, car le personnage est fascinant et, au vu de la qualité graphique de ces pages, on aurait rêvé de quelque chose de bien plus pertinent et spectaculaire. Au final, un contenu qui alterne le très bon et le plus dispensable, mais pour un prix toujours aussi réduit. C’est là l’un des grands atouts de cette collection, qui se permet en outre le luxe d’aller séduire (même débaucher) des lecteurs habitués à d’autres formes de bande dessinée.

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