Tout ce qui a fait et fait le succès de la série est ici présent : ésotérisme, courage et abnégation, lutte d’un simple humain contre la folie, la corruption, avec comme seule grande et véritable arme sa grandeur d’âme. C’est tout simplement somptueux et indispensable pour quiconque a un jour lu et apprécié le justicier en collant rouge. Daredevil retrouvait sa place au Panthéon, avant le cycle exceptionnel de Bendis puis Brubaker. Qui n’aurait sûrement pas vu le jour, sans ce «relaunch» sublime de fin de décennie. Dans la foulée, on enchaîne avec Tranches de vide, qui permet à David Mack d'éclabousser le lecteur de son talent cristallin. C'est dans ces épisodes que débarque une nouvelle héroïne désormais connue du grand public, grâce à la télévision : Maya Lopez, alias Echo. C'est le Caïd du crime, Wilson Fisk, qui décide de se servir de la demoiselle en lui faisant croire que son père a été assassiné par Daredevil, alors que c'est lui en réalité et qui s'en est débarrassé, bien des années avant. Maya est sourde mais elle est capable de compenser ce handicap en reproduisant à merveille n'importe quel geste, n'importe quelle technique qui lui tombe sous les yeux. Bref, un profil presque parfait pour consoler ce pauvre Matt, qui vient de perdre Karen et qui est toujours aussi sensible aux jeunes demoiselles problématiques et attirantes qui lui tombent sous le nez. En fait, la méthode de Fisk est très habile : plutôt que de tenter de tout prendre à son adversaire et de le plonger dans le désespoir, peut-être vaut-il mieux au contraire lui apporter ce qu'il désire le plus, et ainsi le rendre véritablement vulnérable. Certaines planches sont de véritables tableaux plutôt que d'être un comic book traditionnel; les didascalies s'insèrent dans le dessin et cela finit par donner une sensation d'ivresse, de transport poétique fabuleux, où chaque petit détail peut-être aussi signifiant que les grandes actions des personnages. C'est véritablement du grand art et ça reste un des sommets artistiques de Daredevil depuis le début de sa carrière. Bref, vous l'aurez compris, même si le format est un peu plus petit que le standard traditionnel, il n'empêche que cette collection de Panini poursuit son œuvre de réédition de grands classiques à des prix hyper accessibles, et que vous avez ici probablement quelque chose qui mérite, sans la moindre hésitation, le terme d'incontournable. Vous n'avez pas encore ça chez vous, sur vos étagères ? Précipitez-vous !
DAREDEVIL : SOUS L'AILE DU DIABLE (PANINI POCKET)
YOUNG HELLBOY LE PAYS CACHÉ : MIGNOLA ET LE JEUNE HELLBOY
Le scénario, coécrit par Mignola et Thomas Sniegoski, va droit au but. Pas de détour inutile ni de prétention excessive : l’objectif est clair, proposer une aventure rythmée, généreuse et accessible, qui lorgne vers un jeune public novice en Hellboyologie. Et sur ce point, le contrat est rempli. Certes, l’intrigue reste simple, presque scolaire dans son déroulement, mais elle avance avec suffisamment d’énergie pour donner envie de s'enfiler les quatre épisodes. Disons que l’on ne vient pas ici chercher une révolution narrative, mais plutôt un plaisir de lecture immédiat, sans rougir. Graphiquement, Craig Rousseau relève un défi délicat : s’inscrire dans l’héritage visuel de Mignola tout en apportant une identité propre. Son trait reprend les ombres marquées et les silhouettes expressives caractéristiques de la série, mais y injecte une légèreté inhabituelle. Les créatures ont du caractère, l’action est lisible, et l’ensemble dégage une énergie communicative. Oui, c'est réussi, enthousiasmant, et ce n'était pas gagné d'avance ! Cette impression est renforcée par les couleurs de Dave Stewart, qui troque les ambiances sombres habituelles pour une palette étonnamment lumineuse. L’île baigne dans une clarté presque insolente, comme si l’insouciance du jeune Hellboy contaminait littéralement le monde qui l’entoure. Le contraste avec les récits plus sombres de la série principale est frappant, et ça nous change avec plaisir. Vous l'aurez compris, Young Hellboy ne cherche pas à réinventer la roue. L'album préfère raconter une bonne vieille histoire d’aventure, avec ses codes, ses créatures et son sens du spectacle. Une parenthèse légère dans une mythologie souvent plus grave, qui rappelle qu’avant de devenir une icône tragique, Hellboy fut aussi un gamin curieux et très vivace. Vous avez dit lecture sympatoche ?
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THE ROCKETFELLERS : CHRONIQUE FAMILIALE FUTURISTE AVEC TOMASI ET MANAPUL
Le récit s’attarde en effet longuement sur des scènes de vie domestique. L’idée n’est pas mauvaise en soi : montrer comment des réfugiés temporels s’adaptent à notre monde pouvait donner lieu à des moments touchants ou décalés. Mais ici, ces passages prennent une place disproportionnée. Choisir un sapin de Noël qui finit par devenir "envahissant", gérer les interactions avec le voisinage ou observer les petites manies de chacun (Rodney, le papy en grande forme pour son âge, que toutes les dames âgées du quartier convoitent), voilà qui finit par ralentir considérablement le récit, sans toujours apporter de réelle profondeur. Pendant ce temps, l’intrigue principale avance à petits pas. Les éléments les plus intrigants (une menace venue du futur, liée à un œil conservé avec soin par le père de famille) ou les secrets encore enfouis restent en retrait, et on se demande si on va finir par avoir toutes les clés avant le fin du tome 1 (spoiler : non, on nous les promet pour le tome 2). Le merveilleux est là, en filigrane, mais il peine à s’imposer. Certains personnages secondaires, comme la chasseuse cybernétique lancée à la poursuite de la famille, laissent entrevoir des développements ambitieux mais noyés dans un océan de possibilités et pas assez explicités. Richi, le fils, vole quant à lui de la cryptomonnaie à deux milliardaires psychopathes, qui envoient ses hommes pour le punir, le tout dans un épisode foutraque mais sympathique. Là encore, on a l'impression que le récit choisit d'avancer masqué, qu'on explore surtout les marges, plutôt que d'aborder le sujet de fond. Soyons positifs, The Rocketfellers demeure une lecture agréable, portée par une équipe créative solide et un univers qui ne manque pas d’idées. Mais là où l’on espérait une grande aventure de science-fiction, riche et dépaysante, on se retrouve souvent face à une chronique familiale légèrement décalée, sympathique mais trop sage. Dans un marché déjà saturé où les nouveautés perdent leur attrait dès la seconde ou troisième semaine de mise en place, il va vraiment falloir croiser les doigts pour cette parution, qui a un vrai capital attachant mais tarde à s'en servir.
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LE PODCAST LE BULLEUR PRÉSENTE : LE PETIT MAIRE
- La sortie de l’album Cécile la shérif que l’on doit à Victor Coutard pour le scénario, Walter Guissard pour le dessin et c’est publié aux éditions Casterman
- La sortie de l’album Le match du siècle que l’on doit au scénario de Julie Billaut, au dessin de Sébastien Piquet et c’est paru aux éditions Dupuis
- La sortie de l’album La gosse, adaptation que fait Cati Baur du récit autobiographique de Nadia Daam, un ouvrage sorti aux éditions Rue de Sèvres
- La sortie du premier tome prévu sur deux d’On était des anges, titre que l’on doit au duo Anne-Caroline Pandolfo au scénario et Terkel Rijsberg au dessin pour un album publié chez Dargaud
- La sortie de l’album Chagrin où le scénariste Rodolphe revisite l’ouvrage de Balzac Peau de chagrin, il en confie le dessin à Griffo pour un album sorti aux éditions Glénat
- La réédition de Jinx, album que signe Brian Michael Bendis et qui est publié aux éditions Delcourt.
THE GOON : RETOUR À LONELY STREET AVEC ERIC POWELL
L’un des grands talents de Powell réside dans sa capacité à équilibrer tous les éléments qui composent l'univers de The Goon. Les dialogues pétillent d’esprit et de malice (souvent avec des sous entendus explicites), les situations absurdes s’enchaînent à un rythme soutenu, et l’humour surgit aussi bien dans les répliques que dans les gags visuels. Powell possède un sens du timing comique redoutable : il sait exactement quand placer une punchline ou un détail graphique capable de déclencher le rire. Les gamins sont de petits adultes coquins et bagarreurs, les ennemis sont aussi menaçants que finalement ridicules et défaits à coups de bourre-pif bien sentis. Ils apparaissent d'ailleurs à la fin des épisodes, avant d'être présenté au début du suivant, sous forme de flashback qui explicite leurs jeunesses et leurs traumas, censé expliquer ce qu'ils sont devenus et pourquoi ils sont aussi méchants (ou pathétiques). Baby Galaad, la goule au cerveau pois chiche, Vinnie le vampire qui se venge de toute la frustration engrangée dans son enfance, Sethi la momie qui s'avère être une malédiction pour qui croise sa route, ou encore Bedon Baffreur. The Goon remonte la chaîne alimentaire et ça cogne dur, à chaque étape. Côté artistique, Powell démontre une maîtrise impressionnante de son trait et des noirs qu’il pose avec une précision instinctive. Les contrastes sculptent les visages, épaississent les ombres et donnent à chaque planche une densité particulière. Au fil des épisodes, l’artiste s’autorise également quelques libertés : il change d’outils, modifie ses textures, expérimente différentes ambiances. Le plaisir de dessiner est palpable, et on en prend plein des mirettes. La mise en couleur, réalisée avec Rachel Cohen et Brett Parson, achève de transformer l'album en bijou. Les teintes installent une atmosphère macabre et légèrement poisseuse, sans jamais alourdir les planches. Le grotesque inhérent au dessin de Powell demeure intact, mais la couleur renforce encore cette impression d’étrangeté inquiétante qui flotte sur l’ensemble. C'est beau, divertissant et flippant. Au fait, réduire The Goon à ses bagarres grotesques et à ses plaisanteries, c'est passer à côté de l’essentiel. Sous son apparence de comédie monstrueuse, la série possède également un véritable cœur. Powell a déjà prouvé par le passé qu’il pouvait transformer cet univers burlesque en récit profondément émouvant lorsque l’histoire l’exige. The Goon est vraiment une œuvre difficile à classer. C’est à la fois du polar, de l’horreur, de la comédie… et en fait c'est unique, inclassable, violent, tordant. Vous devriez essayer, son petit monde est ici accessible et jubilatoire.
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BATMAN LE DERNIER HALLOWEEN : JEPH LOEB ET UN HOMMAGE CHORAL À TIM SALE
La construction du mystère pose également problème. Le scénario multiplie les suspects et les conspirateurs, mais sans toujours nous expliquer leurs motivations ni leurs rôles respectifs. Là où Un long Halloween proposait une intrigue complexe mais finalement lisible, cette nouvelle enquête finit par devenir confuse, et surtout moins captivante. Les révélations manquent d’impact, et certains rebondissements apparaissent presque prévisibles. Les rappels et les clins d’œil au passé se multiplient : situations familières, personnages réutilisés, motifs narratifs recyclés (Enrico Marini s'en sort avec brio)… À petites doses, ce genre d’écho peut renforcer la cohérence d’un univers. Mais à force de répéter certaines idées, le récit donne parfois l’impression de ressasser ses propres souvenirs plutôt que de raconter une histoire véritablement nouvelle. Le traitement de certains personnages illustre bien cette difficulté à renouveler la formule. Harvey Dent, par exemple, occupait une place centrale dans Un long Halloween. Ici, son rôle paraît étonnamment réduit, presque passif, alors que son évolution criminelle semblait promettre une implication bien plus importante dans les affaires de Gotham. À l’inverse, d’autres figures surgissent, participent brièvement à l’action, puis disparaissent sans laisser de trace. On sera aussi triste pour le commissaire Gordon, dont le fils James Jr; est enlevé très rapidement et sert de premier étage à la fusée narrative, et dont la femme a décidé de le quitter, fatiguée de passer la dernière soirée de l'année à attendre que son mari daigne rentrer à la maison, sans parler de Solomon Grundy ou de justiciers encapés. Reste la partie graphique, qui constitue probablement l’aspect le plus intéressant du projet. La disparition de Tim Sale en 2022 a profondément marqué les lecteurs et le processus de fabrication de la série. Plutôt que de chercher un remplaçant unique, Loeb a choisi de confier chaque épisode à un dessinateur différent : la série devient alors un hommage collectif à Sale. Le résultat est forcément hétérogène, mais rarement décevant. Certains artistes livrent des pages particulièrement marquantes, et chacun apporte sa sensibilité propre, de Marini à Scalera, de Samnee à Sienkiewicz, en passant par Risso, Cloonan, que du bon ! Bref, Batman : Le dernier Halloween laisse une impression mitigée. L’album n’est jamais franchement mauvais, et il contient même quelques moments réussis, mais il peine à retrouver la magie des récits qui l’ont précédé. Par contre, Urban Comics nous gâte vraiment, avec une très belle édition, papier au grammage richissime, et plusieurs dizaines de pages de bonus pour s'immerger dans la réalisation de ces onze numéros. Les 36 euros ne sont pas dépensés en vain et l'objet mérite qu'on l'applaudisse.
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SILVER SURFER REQUIEM : RETOUR EN MARVEL PRESTIGE CHEZ PANINI
On retrouve beaucoup, sous la plume de Straczynski, de cette naïveté, cette innocence qui caractérisaient les fondamentaux mêmes du personnage tel que dépeint par Stan Lee. Le Surfer est un un philosophe optimiste, toute création est bénie à ses yeux, et il sillonne les immensités du vide, qui pour lui sont toujours pleins. D'espoir, de beauté, là où nous, nous ne voyons rien. Ici le discours n'est pas noyé dans des dialogues pleins d'emphase, mais au contraire le scénariste va à l'essentiel, cherche le sentiment véritable, la drame humain, et ne se complait pas dans la science fiction grandiloquente ou dans le chemin de croix redondant. Tout en conservant un recul admirable sur l'emploi de situations de facilité pour guérir les maux de ce monde, comme nous le remarquons bien dans l'épisode où apparaît Spider-Man. Bien entendu, ce Requiem est truffé de références bibliques, christiques, jusqu'à son final, qui transcende l'existence et le sens du Silver Surfer, pour en faire quelque chose de plus, un phare qui illumine et réchauffe les cœurs et indique la voie. Un ouvrage absolument somptueux, présenté ici dans une collection à la hauteur pour ceux qui aiment beaux objets et dessins mis en valeur. Tout ceci grâce au talent du croate Esad Ribic. Sa peinture est discrète, suggère autant qu'elle montre. L'ensemble paraît régulièrement baigné dans une sorte de patine laiteuse, avec des couleurs crépusculaires et frugales, et il se dégage des pages un Silver Surfer aussi élégiaque que fantomatique, une sorte de spectre à la droiture morale et au courage exemplaire. L'artiste joue avec dextérité des possibilités de l'histoire, entre moments de tensions cosmiques (le troisième épisode) et le drame intime des personnages bouleversés (l'ouverture et la conclusion). C'est d'ailleurs plus l'emploi de la lumière qui magnifie l'essentiel des scènes, que de la couleur véritablement. Il s'agit certes d'une histoire à part, hors continuité, mais rêver d'un meilleur hommage pour le départ définitif d'un héros aussi singulier n'aurait pas été possible. Une leçon de narration et d'illustration, qui bat la sortie précédemment évoquée à plate couture.
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