MURDER FALCON : WARREN JOHNSON ET LE METAL POUR SAUVER LE MONDE


 Avec un titre pareil, on s’attend à du bruit, de la fureur et une aventure fracassante. Murder Falcon (ici réédité dans une version augmentée) ne déçoit pas : dès les premières pages, nous sommes plongés dans une ville assiégée par un monstre, les habitants fuient, la police brille par son absence… et voilà qu’une fourgonnette tout droit sortie des années 1980 surgit, portière ouverte sur notre héros, Jake. Pas de flingues, pas d’armes secrètes : Jake brandit une guitare électrique. Quelques accords, et le redoutable Murder Falcon fait irruption pour terrasser la bête. Le ton est donné : heavy metal, absurdité assumée et jubilation pure. Et ce n’était que l’échauffement, la suite va monter en gamme, les cordes vont vibrer ! Car Daniel Warren Johnson, qui assure à la fois scénario et dessin, n’en reste pas à une parodie bruyante du metal eighties. Très vite, l’histoire bascule dans quelque chose de plus profond. Jake, musicien en panne de riffs et de confiance, traîne un passé douloureux, il s'est confronté à la maladie, au cancer. On devine chez lui une perte de confiance, la tentation de tout abandonner. Tandis que ses proches ont essayé autrefois de le pousser à reprendre la musique, à ne pas saborder le groupe dans lequel il jouait, lui s’est enfoncé dans une mélancolie que Johnson restitue avec une justesse rare : un regard fuyant, une silhouette voûtée, des dialogues où chaque mot pèse son poids de regrets. La comédie héroïque se double alors d’une méditation sur la mort, l’amitié et la rédemption. Mais qu’on se rassure : l’introspection ne freine jamais l’adrénaline. Plus Jake gratte, plus le Murder Falcon s’électrise, et plus les monstres tombent. 



Pour combattre ces créatures horribles qui essaiment un peu partout, il faut reformer le groupe d'autrefois, retrouver un bassiste et même partir en quête d’une basse magique dans les enfers. Et ce ne sera pas tout, il faudra également penser aux percussions ! Bref, la formation d'antan va renouer avec le bon vieux metal, dernier rempart pour sauver la planète ! La force du titre tient dans ce mélange savoureux : une idée de départ totalement délirante, traitée avec un sérieux graphique explosif qui la rend crédible. Warren Johnson excelle dans la mise en scène. Son dessin explose de vitalité : les combats semblent bondir hors de la page, chaque onomatopée s’intègre à la composition comme une rafale sonore, chaque éclat de couleur signé Mike Spicer accentue la frénésie ambiante. Les monstres, entre insectes difformes et kaijus purulents, suintent de pustules et éclatent en gerbes vert toxique sous les coups du Faucon. Ce dernier gagne en efficacité, en puissance, au fur et à mesure de ce que joue Jake, et la recette est applicables aux autres avatars.  Mais Murder Falcon est bien plus qu’un défouloir métalleux sous acide. C’est un comic qui parvient à concilier le rire, l’action outrancière et une émotion sincère. Les coups de médiator de Jake ne servent pas seulement à réveiller un faucon vengeur : ils redonnent souffle à un homme brisé. Que la maladie a éloigné de sa femme. Et cette dernière a aussi l'occasion, dans une scène poignante et magnifique, d'exprimer toute l'impuissance, la frustration, la colère, de ceux qui vivent la maladie d'un être cher en tant que spectateur. Chaque monstre ici rappelle aussi que la douleur peut être combattue, qu'il faut savoir trouver un exutoire et lâcher prise, pour ne pas sombrer. Murder Falcon, un ouvrage bien plus profond et touchant que ce que beaucoup pourraient imaginer.



UniversComics, la communauté Facebook :

www.facebook.com/universcomics

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Vous nous lisez? Nous aussi on va vous lire!

MURDER FALCON : WARREN JOHNSON ET LE METAL POUR SAUVER LE MONDE

 Avec un titre pareil, on s’attend à du bruit, de la fureur et une aventure fracassante. Murder Falcon (ici réédité dans une version augmen...