La situation n'a jamais été aussi catastrophique pour Tony Stark, que depuis la fin de l'invasion Skrull et la prise de pouvoir de Norman Osborn. Une des premières mesures de ce dernier a été de tenter de mettre la main sur l'incroyable et décisive source de renseignements que constituent les dossiers privés de son prédécesseur à la tête du contre espionnage (le S.h.i.e.l.d). Stark connaissait l'identité de tous les héros recensés à la suite de Civil War, il détenait des informations capitales sur leur modus operandi à tous, leurs atouts, leurs alliés et base d'opération, ainsi que des tas de renseignements susceptibles de créer et développer de nouvelles armes meurtrières. Afin que le rouquin ne puisse mettre les mains sur tout cela, Tony a tout d'abord "télécharger" ces dossiers dans son propre cortex cérebral, puis il a décidé l'impensable : effacer son propre cerveau, faire disparaître toutes ces données en s'auto lobotomisant, avec l'aide des deux dernières personnes qui lui sont restées fidèles, la sexy secrétaire Pepper Pots, et son ancienne aide de camp au S.h.i.e.l.d, Maria Hill. La première citée hérite au passage de ce qui reste des entreprises Stark délabrées, et une armure toute à elle, la version féminine de celle d'Iron Man. Quand à Hill, elle devient elle aussi une fugitive traquée, et l'avenir du plus grand play-boy de l'ère super-héroïque dépend également de sa capacité à survivre en milieu hostile.
Matt Fraction offre ici à Tony Stark l'aventure ultime, pour celui qui a toujours tenté de repousser les frontières du possible et de l'impossible, avec ses recherches dans le cadre des nouvelles technologies. Désormais, l'être humain et le disque dur se confondent. Le cerveau de Tony devient l'ordinateur le plus complexe jamais rencontré, il peut se (télé)charger, rebooter, bref, où commence la machine, où finit l'homme? A ceci s'ajoute une trame basée sur une course poursuite pratiquement inéluctable, et le terrible déclin d'un empire Stark, dans un nouveau monde corrompu et violent, où Osborn règne en maître. C'est aussi une sorte de parcours expiatoire que Stark doit affronter, lui qui a donné la chasse à Captain America et aux héros rebelles durant la Guerre Civile, et qui se retrouve dorénavant dans la peau du fugitif recherché par tous, contre la loi. Salvador Larroca associe sobriété et qualités plastiques évidentes (sans pour autant éviter un aspect figé qui irrite à la longue) pour illustrer cette longue traque, qui sur le moment, lors d'une première lecture mensuelle peut se révéler décevante et redondante. Mais une fois compilés, tous ces numéros prennent un autre sens et gagnent en ampleur. Car Fraction, comme la plupart des auteurs de nos jours, écrit avec l'esprit tourné vers la version Tpb. Voilà le type d'album qui contribuera grandement à la mort du comic-book sérial tel que nous le connaissons, au profit des volumes de collection dont sont friands les lecteurs de ce siècle. Soporifique et trop lent à petites doses mensuelles, cette saga se montre convaincante et même haletante par moments, si absorbée en une seule prise. D'où mon incitation à vous procurer ce Marvel Deluxe, qui offre à la saga une pertinence qui m'avait échappé sur l'instant, tant attendre trente jours entre chaque volet était mortifère. Au passage, Matt Fraction s'est vu décerner un Eisner Award pour son oeuvre de scénariste pour World's most Wanted, en 2009, ce qui démontre bien que le bonhomme a gagné le respect des siens. Mais en dénaturant le coté mensuel du comic-book, et en diluant ses histoires à la la limite du lisible, il s'est aussi aliéné pas mal de lecteurs de par chez nous. Du coup, voilà un Deluxe qui pourrait diviser critiques et fans de Tête de fer.