C'est la fête autour de Bill Willingham. Tout commence avec une intrigue centrée sur les enfants du couple Bigby Wolf et Blanche-Neige. Le premier, un peu brusque, les envoie promener, leur demandant de ne revenir que lorsqu’ils auront chacun vécu une grande aventure. Ce concept, évidemment unique pour chaque enfant, est une belle excuse narrative pour offrir au lecteur une série d’épisodes pétillants, où l’on découvre combien ces jeunes héros sont ingénieux et pleins de ressources. Mais attention, ces enfants n’ont rien de traditionnel, comme vous pouvez vous en douter. Progressivement, le scénario prend une tournure plus sombre et l’atmosphère devient plus dense. Et nous effectuons un bond de cinq ans dans le temps, en quelques cases ! L’histoire dévoile alors son grand antagoniste : un Peter Pan très éloigné de l’innocent personnage des contes. Ici, il s’agit d’un véritable méchant, manipulateur et redoutable, qui tient sous son contrôle une Clochette dotée de pouvoirs incommensurables. Grâce à elle, il parvient à se sortir de toutes les situations et à avancer ses sombres desseins. Bill Willingham semble ici signer l’épilogue définitif de sa célèbre série, probablement en raison de ses relations tendues avec les dirigeants de DC Comics. Ces tensions auraient été exacerbées par les retards répétés dans la livraison des douze épisodes finaux, un comble attribué, ironiquement, au dessinateur Marc Buckingham. Déjà à l'œuvre chez Marvel avec Miracleman, Buckingham, loin d’être un virtuose des effets spectaculaires, est avant tout un artiste régulier et appliqué. Il excelle à retranscrire fidèlement les récits qui lui sont confiés, et son style est désormais indissociable de l’univers narratif de Fables. Cependant, Willingham semble avoir poussé le bouchon un peu trop loin cette fois, et l’on peut considérer que la série touche bel et bien à sa fin. L’album, bien que riche et captivant, souffre d’un talon d’Achille : le tout dernier numéro. Les dernières pages, en particulier, déçoivent par leur manque de consistance et proposent une conclusion bien en deçà des attentes. Alors qu’on espérait un petit chef-d’œuvre, des secousses éditoriales en coulisses ont réduit la portée de ce come back. Cela dit, l’album reste une lecture fascinante, qui gagne en impact lorsqu’on le découvre d’une traite – ce que l’édition française d’Urban Comics permet heureusement. Ne boudez pas cette Forêt Noire si vous êtes fans de Fables. Ce dernier tome est un chant du cygne digne d'intérêt, promis juré.
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FABLES LA FORÊT NOIRE : LE RETOUR INESPÉRÉ DE L'UNIVERS DES FABLES
Sept ans après la conclusion épique de Fables, la série fait un retour inespéré avec une douzaine de numéros qui reprennent exactement là où tout s’était arrêté (donc à partir du 151). Fabletown, longtemps dissimulée au regard des humains, est désormais visible de tous. Le maire King Cole doit expliquer la situation aux autorités new-yorkaises, tandis que des figures mystérieuses comme Peter Pan et la Fée Clochette observent dans l’ombre, visiblement mécontentes de cette révélation, qu’elles semblent attribuer aux machinations de Gepetto. Enfin, nous devrions dire Geppetto, car son véritable nom s'écrit avec deux P, ce que les français ont tendance à négliger régulièrement (oui, ça me dérange, cet oubli dans la traduction). Au même moment, Bigby Wolf et Blanche-Neige s’installent avec leurs enfants dans une vallée isolée, espérant trouver un semblant de paix au milieu de tous ces bouleversements. Mais leur arrivée attire rapidement l’attention du magistrat local, qui s’interroge sur leurs intentions. Pendant ce temps, dans la Forêt Noire, une jeune femme nommée Gwen, vêtue comme une archère, croise le chemin de Madame Ours. Elle lui confie son intention de reprendre le rôle légendaire de Jack in the Green (le Feuillu en VF), un héros issu du folklore anglais (une sorte de fête du printemps), avant de rendre visite à celui qui porte toujours ce titre merveilleux, pour annoncer sa décision et son intention de lui succéder. Et ce n'est pas tout car à la morgue de New York, un médecin légiste commence l’autopsie d’une habitante de Fabletown. Cendrillon semble carbonisée et trépassée des pieds à la tête, mais ça ne va pas l'empêcher de se rétablir rapidement ! Bref, le nouveau départ temporaire de Fables jongle habilement entre les intrigues. On retrouve des personnages emblématiques auxquels s'ajoutent de nouvelles pièces, on n'a pas le temps de s'ennuyer, les scènes s’enchaînent avec fluidité, et malgré l’ampleur de l’univers, les lecteurs ne se sentent jamais perdus. C'est une véritable réussite, surtout après une longue pause de plusieurs années (annoncée comme une fin définitive).. Si le dernier arc narratif s’était conclu en 2015, ce renouveau montre que l’univers de Fables n’a rien perdu de sa magie.
FABLES INTEGRALE TOME 1 : L'EDITION DEFINITIVE CHEZ URBAN COMICS
Si la série s'est arrêté aux Etats-Unis, après un parcours exemplaire et passionnant, Fables a droit à une fort jolie réédition en France, avec une série d'albums de grande qualité, et votre bibliothèque n'attend plus que ça. D'autant plus que nous tenons là un comic-book pas comme les autres, assurément.
Il s'agit en effet d'une bande-dessinée dont chacun d’entre vous peut connaître les personnages, sans avoir fréquenté ce type de littérature auparavant. Dans Fables, foin de surhommes à la testostérone ou de mutants maléfiques, ici les héros sont Blanche Neige, le Grand méchant Loup ou encore Barbe Bleue. Dans des versions certes modernisées. Ainsi Blanche Neige a divorcé de son prince charmant depuis que celui-ci l’a trompé avec sa sœur, pour ensuite entamer une carrière de gigolo fauché. Le méchant Loup s’est racheté une conduite et il est devenu détective, sous des traits humains, pour la communauté des fables, ces anciennes créatures de légende qui vivent aujourd’hui cachées au milieu des humains normaux. Ils ont été chassés de leurs territoires fiabesques par un ennemi tout puissant et insaisissable, l’Adversaire, et depuis ils préservent jalousement leur secret en lavant leur linge sale en famille, et en évitant soigneusement de frayer avec ceux qui pourrait les démasquer et mettre fin à leur exil doré.
Mais stupeur et damnation, voilà que la sœur de Blanche Neige semble avoir été affreusement massacrée chez elle. Du sang partout, mais pas de cadavre. Le Loup est chargé de l’enquête qui s’annonce délicate, et ce ne sont pas les suspects qui manquent, à commencer par Barbe Bleue, l’amant de la jeune victime, qui est un spécialiste quand il s’agit de trucider des femmes.
Tout ceci dans une BD foutraque et bien menée, où les trois petits cochons travaillent en grand secret dans une ferme fabuleuse, et où la Belle et la Bête traversent une crise conjugale. Une ferme d'ailleurs qui sert de refuge pour tous les personnages ne possédant pas une forme humaine, et qui doivent vivre à l'écart du monde normal. Là-bas la révolte gronde, la dissension commence à rendre la situation intenable. Ceci alors que le lecteur rencontre au détour des pages des héros venus du Livre de la Jungle, ou de Boucle D'Or (et les trois ours).
Fables est issu du catalogue Vertigo, section pour adultes de DC comics. Bill Willingham s’en donne à cœur joie, en mettant en scène tous ces héros de conte et en déviant avec malice leurs caractéristiques premières. Une sorte d’histoire de Walt Disney sous acide, où la morale et les bons sentiments se dissolvent case après case pour le plaisir des lecteurs. De plus, chaque arc narratif vient enrichir la tapisserie, de sorte que c'est une vraie fresque imaginaire qui va se déployer au fur et à mesure de votre lecture, et s'avérer bien plus complexe et dense que les premiers épisodes pouvaient le laisser supposer. Willingham réussit le tour de force de rendre tout cela attachant, notamment avec un sens inné de la réplique, du dialogue, qui crédibilise l'incroyable, humanise au possible des pans entiers de notre enfance, les rend vivants et vraisemblables.
Les dessins pour leur part sont fort plaisants avec Lan Medina, qui a un style à la fois fouillé et fonctionnel avec l'histoire, alors que Mark Buckingham possède une approche plus personnel, en apparence plus expéditive, mais qui gagne en charme au fur et à mesure de la lecture.
Fables est véritablement le type de série que je vous invite à faire découvrir autour de vous, tout spécialement aux personnes allergiques aux héros à super-pouvoirs. Il y a ici un vrai univers narratif séduisant, et il y a peu de chance que vous déceviez l'heureux destinataire de votre cadeau.
Les dessins pour leur part sont fort plaisants avec Lan Medina, qui a un style à la fois fouillé et fonctionnel avec l'histoire, alors que Mark Buckingham possède une approche plus personnel, en apparence plus expéditive, mais qui gagne en charme au fur et à mesure de la lecture.
Fables est véritablement le type de série que je vous invite à faire découvrir autour de vous, tout spécialement aux personnes allergiques aux héros à super-pouvoirs. Il y a ici un vrai univers narratif séduisant, et il y a peu de chance que vous déceviez l'heureux destinataire de votre cadeau.
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Poison Ivy est une criminelle, une séductrice vénéneuse, qui empoisonne les hommes et trompe par ses charmes capiteux. C'est avant tout une malheureuse victime, mais elle n'est pas irrécupérable, et souvent on nous explique qu'elle possède un bon fond, et que la vie ne l'a pas épargnée non plus. Du coup il n'est pas surprenant de voir qu'elle présente des velléités de reconversion. Poison a décidé de changer de vie, elle est devenue chercheuse spécialiste du règne végétal, au jardin botanique de Gotham. Il est vrai que Pamela Isley, qui est devenu en réalité une sorte d'hybride entre plante et être humain, possède des connaissances en la matière particulièrement pointues, qui lui permettent d'ailleurs de faire des expériences dans le dos de ceux qui lui offrent ce travail. En dehors du laboratoire, elle a en effet commencé à développer dans son appartement un projet d'enfants hybrides. Cette nouvelle race inédite est conçue dans une matrice se trouvant à l'intérieur d'une plante géante. Les bébés croissent à une vitesse exponentielle totalement surprenante, et ils sont même dotés de pouvoirs! Voici donc Poison Ivy dans le rôle inédit de mère. Pendant ce temps-là, les affaires se corsent au jardin botanique, puisque Luisa, sa collègue préférée qui l'a introduite dans ce nouveau milieu, est retrouvé assassinée, et il semblerait que le meurtrier ne soit pas un quidam quelconque, mais une créature inquiétante, qui ne va pas tarder à pointer le bout de son nez.
Voici donc venir la série Poison Ivy Cycle of life and death écrite par Amy Chu. Je faisais partie de ceux qui n'attendaient absolument rien de cette publication, que je n'avais d'ailleurs pas lue en version originale. Bonne surprise, l'ensemble n'est pas mauvais , l'histoire se tient et a le mérite de proposer une version intéressante du personnage, qui même si elle se rachète potentiellement garde au fond d'elle une personnalité déranger elle n'est pas seulement présenté sous forme d'une bimbo écervelée, étalent ses courbes sous un léger feuillage. Par contre l'apparition de Harley Quinn, dans le premier épisode, est totalement superflue et même caricaturale. On peut regretter quelques sailles forcées, comme par exemple l'apparition d'un collègue de travail nommé Darshan, qui s'adapte un peu trop facilement aux expériences et à la vie mouvementée de Poison Ivy, mais il faut bien attirer la sympathie et l'empathie du lecteur, et c'est un moyen comme un autre. Côté dessins, Clay Mann assure une prestation de grande qualité, et lorsque c'est au tour de Stephen Segovia de prendre le relais, là aussi on ne peut qu'être satisfait du degré de détail et d'application des planches. Il s'agit d'une histoire sur la science, privée de remords et d'éthique, et une tentative de montrer une Ivy originale qui sort un peu du carcan habituel. En bonus une histoire tirée de Secret origins, datée de 1989, nous raconte plus ou moins quelques éléments du passé de la criminelle, à travers un entretien dans un hôpital psychiatrique, lors d'un possible recrutement pour la Suicide Squad de l'époque. A lire avec curiosité d'autant plus que c'est Neil Gaiman qui est au scénario, et Mark Buckingham au dessin. Pour 5,90 € ce récit complet Batman n'est pas une tromperie, vous pouvez donc vous adonner à sa lecture sereinement.
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