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LES DERNIERS JOURS DE LEX LUTHOR : REQUIEM CHEZ URBAN COMICS


 Cela fait partie des éléments constitutifs de la mythologie de Superman : tout le monde (ou presque) le sait, Lex Luthor est l’un de ses ennemis les plus acharnés, sans doute même son adversaire intime le plus dangereux. Tout les oppose. À l’altruisme, au courage et à la noblesse de Superman répondent l’égoïsme, la froideur et l’orgueil démesuré de Luthor, capable des pires exactions sans le moindre état d’âme. Humain face à un extraterrestre tout-puissant, Luthor nourrit une haine que l’on peut en partie expliquer par un profond sentiment d’infériorité, doublé d’une obsession maladive : prouver, encore et toujours, qu’il est supérieur. Mais la sécheresse émotionnelle qui le caractérise fait de lui, paradoxalement, un être de moindre valeur. Dans ces conditions, il est bien difficile d’imaginer Lex Luthor frapper un jour à la porte de Superman pour lui demander de l’aide. Il préfère donc l’attirer autrement, en provoquant une catastrophe, méthode bien plus conforme à sa nature. Le problème, cette fois, est d’une gravité inédite : Luthor va mourir. Une dégénérescence cellulaire fulgurante est en train de le consumer de l’intérieur, et il ne lui reste plus que quelques jours à vivre. Au regard de son lourd passif, on pourrait penser que Superman refuserait d’intervenir, ou qu’il se contenterait du strict minimum. C’est mal connaître le personnage, comme le rappelle Mark Waid. Superman est là pour servir, sans jamais faire de distinction selon l’identité de celui qui a besoin d’aide. Même si, en apparence, rien ne peut sauver Luthor, il va tout tenter. Il mobilise alors ses ressources les plus extraordinaires : la science kryptonienne de la Forteresse de Solitude, un voyage dans le futur au XXXIe siècle auprès de la Légion des Super-Héros, un détour par l’île des Amazones, ou encore une incursion dans la Zone Fantôme. Superman met tout ce qu’il sait, tout ce qu’il est, au service de son pire ennemi, sans que cela ne semble pourtant infléchir le cours des événements.



L’essentiel du récit prend ainsi la forme d’un duel psychologique. Luthor conserve toujours un coup d’avance, car il connaît parfaitement Superman, ses réactions et ses failles, et sait quelles cordes sensibles faire vibrer pour parvenir à ses fins. Mais il est condamné. Aussi brillant soit-il, si Superman échoue à trouver un remède, le parcours de Luthor touche à sa fin. Et Superman, de son côté, ne renonce jamais, d’autant plus que le monde entier est prêt à condamner Lex Luthor sans appel. D’une certaine manière, il devient son unique sauveur possible, lui qui a pourtant toujours cherché à le détruire. L’album réunit les trois chapitres de cette mini-série publiée sous le Black Label. Autant le dire : la dernière partie tranche radicalement avec ce qui précède. Un twist majeur vient remettre en question l’ensemble du récit et faire évoluer de façon inattendue la relation entre Superman et Luthor. La conclusion s’avère ainsi plus surprenante qu’on ne l’aurait imaginé, et offre une véritable récompense aux lecteurs hésitants. La lecture est fluide, agréable, portée par des dialogues finement ciselés, et propose une exploration passionnante de la dynamique complexe qui unit ces deux figures incapables d’exister l’une sans l’autre. Certains éléments tirés du passé du jeune Clark Kent éclairent même, en filigrane, le sentiment de culpabilité qu’il éprouve face à son adversaire. Côté dessin, Bryan Hitch livre une prestation absolument remarquable. Les amateurs de silhouettes sculpturales, d’anatomies volontairement amplifiées et de compositions qui donnent aux personnages une présence presque monumentale seront comblés. Le grand format de l’album permet d’apprécier pleinement chaque planche, chaque mise en scène, et renforce encore l’impact visuel de l’ensemble. Si cette sortie ne figurait pas, de prime abord, parmi les plus attendues de ce début d’année, elle s’impose finalement comme l’une des propositions les plus intelligentes et les mieux construites autour du mythe de Superman et de son plus vieil ennemi.



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SUPERMAN UNLIMITED TOME 1 : LE ROYAUME DE KRYPTONITE


 Comme vous n’êtes pas sans l’ignorer, Superman possède un talon d’Achille qui lui a toujours causé bien des problèmes au cours de sa très longue carrière : la kryptonite. Il s’agit d’une roche, d’un minerai extrait de sa planète natale, dont subsistent plusieurs fragments sur Terre. Chaque fois que Superman entre en contact avec la kryptonite, c’est la catastrophe : il se met à transpirer abondamment, se sent très mal, se retrouve incapable de poursuivre le combat, voire plongé dans un état de faiblesse tel qu’on a l’impression de le voir dépérir à vue d’œil. Manque de chance, dans la nouvelle série écrite par Dan Slott, de retour chez DC Comics, un énorme astéroïde se dirige vers la Terre, et Superman a pour mission de l’arrêter avant une catastrophe susceptible de provoquer l’extinction de toute vie sur notre planète. Ce n’est pas la première fois que le héros se trouve confronté à un cataclysme de ce genre et, bien évidemment, il parvient à éviter la collision. Problème : en interceptant et en détruisant l’objet céleste, il découvre que, sous une fine couche de surface composée d’un matériau futuriste et imperméable à sa vision à rayons X, se cache une quantité astronomique de kryptonite, qui va alors se déverser sur Terre. Récupérée par les industriels, elle devient rapidement un nouveau terrain de spéculation financière extrêmement lucratif. En clair, elle crée un marché colossal et représente une menace mondiale pour l’ensemble des personnages de la « Superman Family ». Le héros, quant à lui, est si gravement atteint que tous ses proches ont l’impression qu’il va mourir. Après trois mois passés dans une sorte de coma, durant lesquels il parvient peu à peu à se remettre sur pied, Superman est finalement de retour, doté d’un nouveau super-pouvoir : la capacité de devenir totalement imperméable et insensible à la kryptonite pendant deux minutes, en libérant toute l’énergie solaire stockée dans ses cellules. Évidemment, au terme de ces 120 secondes, il devient extrêmement faible et peut être blessé, voire mis hors de combat très facilement. Un nouveau statu quo s’installe donc pour Superman, qui réduit fortement ses capacités et l’oblige à revoir sa stratégie. Pour l’instant, la kryptonite est partout : dans les rouges à lèvres, dans l’aéronautique, dans l’armement, et bien sûr entre les mains des ennemis de Superman.




Bonne nouvelle pour un peu tout le monde, cette histoire est lisible facilement car elle semble déconnectée du reste de l'univers DC. Vous ne savez rien des derniers événements qui ont bouleversé le monde de Superman ? Ce ne sera pas trop difficile de comprendre ou de relier les points. Autre bonne nouvelle, on ne s'ennuie jamais, tant Slott va vite, offre de nombreuses pistes, et orchestre des rebondissements qui lorgnent vers les comics d'antan, au niveau de la suspension de l'incrédulité. L'épisode centré sur Krypto, dans sa candeur, est assez réussi. On n'avait jamais aussi bien présenté et donné du corps au chien de Superman. C'est bête à dire, mais c'est ainsi. Reste qu'il faut aussi l'admettre, cette histoire de kryptonite partout et donc, de la relativisation totale des pouvoirs de Superman, qui risque de devenir aussi fragile qu'un simple humain qui soulève de la fonte en salle, a quelque chose de trop sidérant. Elle bouleverse tant les codes établis du héros que ça en est dérangeant. Comment Superman peut encore être Superman, dans un monde où il est possible de le mettre à genoux avec un simple produit cosmétique (ça arrive à un certain point) ou si ses ennemis ont tous accès à une technologie qui peut leur permettre de prendre le dessus grâce à un même stratagème ? Dan Slott a trouvé une manière originale de secouer l'univers de Superman, mais il a peut-être agité un peu fort la bouteille, et l'effervescence risque de noyer le poisson. Albuquerque s'en sort très bien aux dessins, ses compositions sont intelligentes, dynamiques, avec juste (mais c'est récurrent chez lui) quelques visages moins convaincants quand on les observe de près. La vue d'ensemble est magnifique, l'effet loupe n'est pas une idée incontournable. Superman Unlimited a de bons arguments pour séduire les uns ou faire enrager les autres, et vous allez de toute façon avoir l'occasion de vous forger votre propre opinion cette semaine, en librairie.  



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SUPERMAN : PAIX SUR TERRE (SUPERMAN CONTRE LA FAMINE)


 À sa sortie, Superman : Paix sur Terre s’imposa d’emblée comme un ouvrage à part. Couronné par un Eisner Award l’année suivante, l’album réunissait deux noms appelés à marquer durablement l’imaginaire DC et des comics tout simplement : Alex Ross, déjà célébré chez la distinguée Concurrence pour Kingdom Come, et Paul Dini, dont le travail sur les séries animées Batman et Superman des années 1990 avait profondément redéfini les personnages. Le choix d’un format géant, dans la nouvelle ligne DC Treasury, qui a l'avantage de magnifier les peintures de Ross, est clairement un petit cadeau de la part d'Urban Comics, pour une collection qui va vite rallier des fidèles autour de sa chapelle (mais trouve difficilement sa place sur nos étagères). Plutôt que de céder à la tentation du spectaculaire, Dini adopte ici une approche plus risquée, presque délibérément désarmante. Il confronte Superman à un problème sans visage, sans coupable unique, et surtout sans solution simple : la faim dans le monde. La question sous-jacente est aussi ancienne que le personnage lui-même. Si Superman peut tout faire, pourquoi ne met-il pas fin à la misère une bonne fois pour toutes ? Interventionnisme super-héroïque, au nom du bien (j'essaie de coller à l'actualité, maladroitement). Le scénariste évite toutefois le piège du conte moralisateur. L’élan initial du héros se heurte rapidement aux réalités politiques, aux frontières, aux rapports de force et aux intérêts économiques. Nourrir aujourd’hui ne garantit pas que tous auront la panse pleine demain, et la bonne volonté se fracasse souvent contre des systèmes bien plus solides qu’elle. Du reste, le contexte géopolitique actuel nous montre que c'est l'ambiguïté qui domine, dans toutes les situations.



L’ouverture du récit donne le ton avec une délicatesse presque désarmante. Superman installe le sapin de Noël au cœur de Metropolis, rituel annuel chargé de symboles. Dans les airs, il se remémore les paroles de son père, la patience nécessaire pour semer correctement, l’idée que chaque graine mérite une chance de pousser (c'est cela, grandir dans une ferme du Kansas). Ce souvenir simple, presque banal, ancre le personnage dans une humanité tangible. La fête, la générosité affichée, l’effervescence médiatique masquent pourtant une vérité plus sombre, celle d’une misère invisible, présente au milieu même de la foule. À partir de cette prise de conscience, le récit quitte le registre du symbole pour affronter une réalité bien plus inconfortable. Graphiquement, Paix sur Terre est une suite d’images iconiques qui marquent durablement. Ross compose ses pages comme autant de tableaux, il multiplie les contre-plongées qui placent le lecteur dans la position de ceux qui lèvent les yeux vers Superman. Il n’y a ni super-vilain ni déferlement d’action, mais une iconographie puissante, presque sacrée, où chaque geste du héros semble peser plus lourd qu’un combat. Même les détails les plus quotidiens, comme le Daily Planet encore encombré de dossiers papier (avant l'ère du digital déshumanisant), contribuent à ancrer l’album dans une époque précise, à la lisière d’un monde en mutation. C’est précisément là que l’album peut diviser. Car cette sincérité assumée, ce refus du cynisme et cette foi presque candide en la capacité de l’humanité à faire le bien pourront paraître, pour certains lecteurs, trop appuyés, voire franchement mièvres. La symbolique est parfois lourde, l’émotion frontale, et le Superman de Dini et Ross flirte ouvertement avec une figure quasi christique qui peut filer de l'urticaire. Mais c’est aussi ce qui fait la force singulière de l’ouvrage. Paix sur Terre ne cherche ni l’ironie ni la distance critique. Il revendique une émotion pure, une bonté sans filtre, ce qui peut rebuter en ces temps de révisionnisme permanent et de violence assumée. Comics et idéologie d'antan, à l'ère de la sinistrose. Promis, l’album conserve ainsi une chaleur et une douceur rares. Il ne prétend pas offrir de solution miracle, mais rappelle que l’espoir, même fragile, demeure un choix. L'humanité et ce qu'elle a de meilleure, à trouver chez un extraterrestre ? 



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SUPERMAN Vs WONDER WOMAN CHEZ URBAN COMICS (DC TREASURY)



 En parcourant Superman vs. Wonder Woman, on découvre bien plus qu’un duel spectaculaire entre deux icônes de DC : on tombe sur un récit vintage où les idéologies s’entrechoquent autant que les poings. En 1942, Superman fait confiance au gouvernement américain, persuadé que ses plus hauts responsables sauront faire un usage moralement irréprochable de la bombe atomique (rires). Il lui suffit qu’on lui promette que jamais l’arme ne sera détournée de son noble objectif pour qu’il accorde une confiance totale (quel naïf ce Superman) à l’establishment. Face à lui, Wonder Woman a le regard plus acéré. L’Amazone connaît trop bien les dérives du monde des hommes : une arme aussi fabulée, une fois créée, finira nécessairement par être utilisée pour écraser l’ennemi, quitte à provoquer un désastre planétaire. L’énergie nucléaire devient alors le cœur d’un désaccord fondamental, un schisme moral qui mène les deux alliés de la Ligue de Justice à mettre de côté l'amitié pour régler la question comme seuls deux surhommes le peuvent : à coups de poing magistraux. Et, pour ne blesser personne, autant aller se cogner… sur la Lune. Littéralement. Pendant que l’escapade lunaire fait trembler les cratères, la situation sur Terre vire au chaos : le projet Manhattan est compromis, l’ébauche de la bombe a été dérobée par un mélange aussi explosif que l’arme elle-même : scientifiques nazis, soldats fanatisés et un super-vilain samouraï japonais décidé à tirer son propre profit du vol. Le récit joue avec talent des codes vintage des comics de guerre et d’espionnage de l’époque. Il renoue avec un pan d’histoire américaine tout en proposant une rencontre insolite entre les deux plus grands poids lourds de DC (désolé Bruce, on parle ici de puissance brute, tu ne boxes pas dans la même catégorie).



Ce qui rend cette aventure écrite par Gerry Conway particulièrement savoureuse, c’est aussi le travail de réédition. Urban Comics la repropose dans un grand format luxueux, qui inaugure une collection (DC Treasury) visant à restaurer les grands récits de différentes périodes des comics et à les présenter avec le soin qu’ils méritent. Et dans le cas qui nous intéresse aujourd'hui, nous avons la chance d'avoir du José Luis García-López au menu. Dès la fin des années 1970, son style clair, élégant, fluide, est devenu la référence visuelle de DC, celui que l’éditeur a placé partout (lunch boxes, jouets, papeterie, affiches, vêtements, et comics, ça va de soi). Ce n’est pas un hasard : García-López capture mieux que quiconque la puissance tranquille de Superman et la grâce martiale de Wonder Woman. Si, au fil de sa carrière, il est resté un dessinateur rare, son travail sur Superman vs. Wonder Woman représente l’un des sommets de son art. Les encrages de Dan Adkins révèlent la limpidité du trait, le dynamisme des compositions, et cette façon unique d’équilibrer puissance et élégance. La réédition offre pour la première fois une reproduction haute fidélité de cette confrontation mythique, déjà offerte au public français chez Sagéditions. L’album est une leçon de mise en scène, un plaisir esthétique constant, et un rappel de ce que le dessinateur a apporté au Bronze Age de DC. Et même si ce grand format (souple, c'est important) est une véritable plaie à ranger dans une bibliothèque, il reste difficile de lui résister : pour une quinzaine d’euros, c’est un morceau d’histoire, une vitrine du génie de García-López et l’un des plus beaux affrontements du panthéon DC, truffé de caricatures criminelles (même les noms. Blitzkrieg, Sumo…), telles que les américains les voyaient encore il y a peu de temps de cela. Subtilité, tu n'habites pas ici. Les amateurs de super-héros, de BD patrimoniale, ou tout simplement de beaux livres ont de nouveaux achats à réaliser avant les fêtes, avec cette collection/tentation qui vous propose aussi une double dose de Superman (à venir dans ces colonnes, si vous êtes bien sages).


Traduction de Jean-Marc Lainé. On valide. 


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SUPERMAN THE WORLD : ANTHOLOGIE COSMOPOLITE POUR LE KRYPTONIEN


 Il n’y aura donc pas de jaloux. Après Batman : The World, cette anthologie cosmopolite qui offrait une série d’épisodes courts mettant en scène le Chevalier Noir dans divers contextes nationaux, c’est au tour de Superman d’avoir droit au même traitement. Le timing, il faut le reconnaître, est parfait : l’Homme d’Acier est plus que jamais sous les feux des projecteurs. Commençons pour une fois, par deux remarques qui ne sont pas des plus flatteuses, mais qu’il convient néanmoins d'aborder librement. La première concerne les équipes artistiques mobilisées ici. Il faut le noter : le principe d’une représentation “nationale” est parfois réduit à un simple prétexte. Certains auteurs choisis, comme Jorge Jimenez pour l’Espagne ou Stevan Subić pour la Serbie, sont déjà des habitués des super-héros, et travaillent régulièrement pour DC Comics. Leur confier une histoire se déroulant dans leur pays d’origine est une idée logique, certes, mais qui s’avère peut-être moins surprenante – et donc moins stimulante – que lorsqu’un véritable pont culturel est établi entre DC et un autre univers graphique. Du coup, on préférera les contributions issues d’auteurs extérieurs à la sphère super-héroïque traditionnelle. Par exemple, Fabio Celoni pour l’Italie, bien plus connu pour son travail chez Disney, propose une relecture plus audacieuse.. Deuxième réserve : les histoires elles-mêmes. Trop souvent, elles cèdent à la tentation du cliché touristique. À Florence, Superman affronte une intrigue directement inspirée de La Divine Comédie ; en Allemagne, il est question d’un acier ultra-résistant ; au Brésil, au Cameroun ou au Mexique, il se heurte à des divinités locales ou à des échos incas. Bref, on surfe sur la carte postale, sur le folklore facilement identifiable, au détriment de la singularité ou de la profondeur. Un soupçon d’audace narrative n’aurait pas été de trop. À ce jeu-là, la France s’en tire mieux que beaucoup. L’épisode signé Sylvain Runberg (avec Martial Toledano) s’affranchit des clichés en nous immergeant dans un enfer urbain très quotidien : celui du métro parisien. La population y est… disons, pas toujours des plus chaleureuses. Offrir des vacances romantiques à Lois Lane dans la Ville Lumière n’a donc rien d’une sinécure, et le couple finira par s’échapper vers une destination bien plus logique – et recommandable – pour deux amoureux venus de Métropolis : la Provence. Ce récit, drôle et malin, compte parmi les meilleurs de tout le recueil.



Il est suivi, juste derrière, par un autre excellent épisode, lui aussi particulièrement éclairant sur ce qui fait l’essence même de Superman. Et comme par hasard, il s’agit du récit américain, signé Dan Jurgens et Lee Weeks – ce dernier prouvant une nouvelle fois qu’il est un dessinateur exceptionnel. Dans cette histoire, Superman affronte une créature gigantesque venue d'ailleurs, que l’armée s’empresse de vouloir éliminer sans chercher à comprendre les raisons de son apparition. Mais Superman, ce n’est pas la peur de l’Autre. Ce n’est pas un va-t-en-guerre, ni un soldat obtus. C’est un homme – ou plutôt un surhomme – qui tente toujours de comprendre ce qui pousse l’adversaire à agir. Il tend la main avant de brandir le poing. Et ces quelques pages, d’une grande justesse, condensent à elles seules l’éthique fondamentale du personnage, et la recette de son succès depuis plus de 85 ans. S'agissant d'une anthologie, il serait totalement inutile de dresser une liste exhaustive de tous les artistes et des différents synopsis, pour chacun des épisodes. Je vous laisse le plaisir de découvrir et de picorer ; clairement, certains sont vraiment très touchants et vont vous plaire énormément, d'autres sont probablement plus anecdotiques et cela va dépendre aussi de votre sensibilité. On retrouve un Superman à ses débuts pour la parenthèse en Inde, et même un superman beaucoup plus âgé, pour ce qui est de la République Tchèque. J'en ai déjà parlé plus haut, mais j'ai aimé les pages réalisées par Jorge Jimenez, qui emmène Superman dans sa ville natale de Granada, pour une journée malheureusement sans super pouvoirs, où il va faire tout un tas de petites rencontres et tenter de rester fidèle à ses habitudes, sans être capable de voler ou être invulnérable. Toute cette petite histoire reflète très bien ce que nous savons et aimons de Superman. Petite déception pour ceux qui auraient aimé retrouver Krypto dans les différents épisodes, ou qui aurait souhaité que les récits s'ouvrent à d'autres membres de la famille, comme Supergirl : ici c'est Superman et uniquement Superman, avec en plusieurs occasions lLois Lane et plus rarement Lex Luthor, des histoires de kryptonite. Une plongée donc vers l'essentiel, qui comme toutes les tentatives de ce genre n'a pas vocation à entrer au Panthéon du genre mais juste à souligner l'universalisme d'un personnage, qui peu importe sous quelle latitude on l'observe et on le lit, conserve des caractéristiques qui font de lui le héros part excellence, une image de ce que l'être humain peut avoir de meilleur. Silence final pour le dernier épisode au Japon, qui prouve que Superman et mangas sont aussi bien assortis que le jus de pomme et le saumon. 




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SUPERMAN FOR ALL SEASONS : LES 4 SAISONS DE L'HOMME D'ACIER


 Il y a des œuvres qui s’attachent à raconter les origines d’un mythe, assez besogneuses, et d’autres qui cherchent à comprendre ce qu’il y a derrière, avec intelligence et savoir faire. Superman : For All Seasons fait indéniablement partie de cette deuxième catégorie. Publiée à la fin des années 1990 par Jeph Loeb et Tim Sale, cette mini-série en quatre épisodes se place dans le sillage de Batman : Year One ou The Long Halloween, non pour offrir une réécriture spectaculaire des débuts du héros, mais pour dresser un portrait intime, fragile et profondément humain de Clark Kent. Le pari est simple : montrer Superman non pas comme l’Homme d’Acier invincible, mais comme le garçon du Kansas qui doute, qui tombe, qui espère – et surtout, qui fait ses propres choix. Si ça ne vous rappelle pas ce que vous venez (peut-être) de voir au cinéma, que le grand cric me croque. Chaque épisode de la quadrilogie est calé sur une saison – printemps, été, automne, hiver, je ne vous apprends rien – et porté par un narrateur différent. Quatre voix, quatre regards qui participent à définir qui est Superman. Au printemps, Jonathan Kent prend la parole. C’est l’époque des promesses et des commencements : Clark est encore lycéen à Smallville, ses pouvoirs évoluent, et son identité est en pleine mutation. Cette saison inaugure une transition, celle de l’enfance vers l’âge adulte, de Clark vers Superman. Loeb y excelle dans la simplicité avec la figure du père, dépassé par ce fils devenu plus fort que lui, mais déterminé à lui transmettre une boussole morale. Tim Sale, de son côté, pare cette chronique douce-amère de couleurs pastel, de traits ronds, presque tendres, qui soulignent la chaleur d’un foyer, mais aussi le vertige d’un futur incertain. En été, c’est Lois Lane qui prend le relais. Nous voilà à Metropolis, en pleine lumière. Superman est apparu au grand jour, et ses actes héroïques captivent les foules autant qu’ils déconcertent. Pour Lois, figure cynique du journalisme urbain, l’homme venu des cieux est une énigme troublante : pourquoi, avec de tels pouvoirs, choisir d’aider plutôt que de dominer ? Cette question fondamentale irrigue toute l’œuvre. Le Superman de Loeb n’est pas une divinité bienveillante, mais un homme qui choisit chaque jour de faire le bien. La scène où il rentre seul dans son appartement, baigné d’un bleu crépusculaire, dit mieux que mille discours le poids de cette vocation. Ce serait si facile de céder, après tout.



Puis vient l’automne, le temps du doute, du déclin. Lex Luthor s’empare du récit. Génial, manipulateur, visionnaire, Luthor est ici dépeint comme un homme blessé d’amour-propre, ulcéré de voir sa ville préférer ce messie tombé du ciel. Pauvre chou. Son combat contre Superman n’est pas motivé par la kryptonite, mais par une jalousie fondée : il hait ce que Superman révèle de lui-même, son impuissance à inspirer, à élever. Et, plus retors encore, il décide de s’en prendre non pas aux muscles de son rival, mais à sa morale. C’est en cela que Luthor est grand : il comprend que la véritable faille de Superman, c’est son humanité. L’hiver, enfin, est confié à Lana Lang. Amie d’enfance, amoureuse contrariée, elle incarne à la fois le souvenir d’une innocence perdue et l’amertume d’un avenir rêvé puis trahi. Elle aussi souffre du départ de Clark, de sa transformation. L’hiver est celui des regrets, des chemins séparés. Mais c’est aussi, à travers la neige et le silence, le moment d’une renaissance. Lana et Clark, chacun à leur manière, acceptent leur solitude, et tirent de cette mélancolie une force nouvelle. Superman n’est jamais aussi grand que lorsqu’il doute – et ces Saisons nous le rappellent avec une infinie tendresse. Le point commun de ces quatre histoires, c’est Smallville. La ferme des Kent devient le cœur battant : un refuge, un repère, une ancre. Clark y revient toujours, que ce soit pour se reconstruire, pour se souvenir, ou simplement pour respirer. Là où Batman est né dans une ruelle, Superman, lui, a grandi dans un champ de maïs et baigné d'amour. Toute la différence est là. Le trait de Tim Sale sublime cette approche. Il capture à la perfection la dualité Clark/Superman : corps massif dans une salopette trop courte, puis silhouette filante dans le ciel. Son art est fait d’ellipses, de suggestions. Peu de lignes, mais toujours le bon geste. Et les couleurs enveloppent l’ensemble d’une lumière douce, presque sépia, qui évoque autant les souvenirs d’enfance que les instants suspendus. For all seasons est l’une des plus belles œuvres jamais consacrées à l’Homme d’Acier. Elle répond à une question que trop peu de récits prennent le temps de poser : pourquoi ? Pourquoi Superman est-il Superman ? Et la réponse, ici, ne tient ni à Krypton, ni au soleil jaune, ni aux collants rouges. Elle tient à une poignée de gens ordinaires, à un père et une mère qui croient en lui, à une amie d’enfance, à une ville qui l’a vu partir et où il a ses racines. Urban Comics en propose une version "prestige" depuis la fin juin, sur le modèle de ce qui vient d'être fait avec All-Star Superman.




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LE SUPERMAN DE JAMES GUNN : SUPERMAN EST TOUJOURS BEL ET BIEN VIVANT !


 Avec son Superman tant attendu, James Gunn ne signe peut-être pas un film destiné marquer à jamais le cinéma de son empreinte… mais il livre assurément un excellent film de super-héros. Un de ceux qui réussissent à conjuguer spectacle familial, réflexion humaniste et passion/connaissance pour son médium d’origine. Le pari était risqué : relancer l’univers de la Distinguée Concurrence après les échecs et les errements du DCU précédent. Mais Gunn, en vieux briscard du genre, semble avoir compris l’essentiel : Superman ne se résume pas à une cape rouge et une mâchoire carrée en béton armé. Il est, d’abord, un symbole de bonté désarmante, d’humanité sans filtre, d’espoir candide dans un monde qui s’en méfie. Subversif, non ? Dès les premières scènes, Gunn coupe court aux poncifs et nous évite la litanie des origines : pas de chute de Krypton, pas de révélation larmoyante des pouvoirs, pas même le sempiternel malentendu avec Lois Lane, qui se laisser berner par une simple paire de lunettes : ici, elle est déjà en couple avec Clark depuis trois mois et sait tout la double identité de son fiancé à l'épreuve des balles. Superman existe déjà, reconnu des foules, actif depuis plusieurs années, dans un monde où les méta-humains font partie de l’histoire depuis trois siècles. C’est un univers inédit qui n'a pas l'ambition d'être trop réaliste, inspiré par les pages bariolées des comics plutôt par les manuels de stratégie militaire. Tant mieux, car on n'en pouvait plus de la sinistrose ambiante, de l'envie de tout rendre tendu, contemporain, martial, iconique. Un peu de sain divertissement, de temps en temps, personne n'est contre. Loin du dieu tourmenté incarné jadis par Henry Cavill, le Superman de David Corenswet est sans doute le plus vulnérable à ce jour. Il saigne, vacille, doute, tombe, mais se relève. Dans le privé, il est même susceptible de se prendre le chou avec sa fiancée pour des questions déontologiques ou d'idéaux. Il n’a pas non plus besoin de lunettes pour jouer les humains : il l’est profondément, jusque dans ses maladresses, ses hésitations, et une politesse old school qui ferait rougir Captain America. Gunn le montre généreux, parfois naïf, mais jamais ridicule. Une figure de l'héroïsme d'autrefois, devenue presque incongrue à force d’être sincère, qui mord la poussière et s'en remet à un super chien (Krypto) quand les événements l'y poussent. Face à lui, un Lex Luthor glaçant, campé par Nicholas Hoult, mi-Elon Musk mi-sociopathe visionnaire, obsédé par le pouvoir technologique et la domination symbolique. Certes, le personnage manque clairement d’épaisseur et de subtilité, mais sa dangerosité réside justement dans cette simplicité brutale : il incarne les travers d’un monde obsédé par le rendement, l’influence et l’immortalité digitale. Son armada de singes-bots occupés à troller Superman sur les réseaux sociaux est une des fulgurances les plus drôles et mieux senties de toute l'histoire des cinécomics. Rien que pour ce genre de moment, on l'aime, James Gunn.



La réussite du film repose aussi sur son casting presque impeccable. Rachel Brosnahan donne à Lois Lane un mélange d’aplomb, d’ironie et de détermination qui en fait une co-protagoniste à part entière, sans avoir besoin de la sexualiser à outrance. Les personnages secondaires, de Jimmy Olsen à Guy Gardner en passant par Mr. Terrific ou Hawkgirl, existent chacun à leur manière, sans jamais faire tapisserie. Et sans qu'il soit nécessaire de revisiter leurs costumes improbables des comics, sans parler de l'odieuse coupe au bol du Green Lantern, nec plus ultra de l'audace capillaire. Même les scènes d’action, un peu trop nombreuses en fait, sont convaincantes et nous font trembler pour un héros qui à priori à toutes les cartes en règle pour s'en sortir sans gros ennuis. Ce Superman ne se contente pas de tordre le cou aux habitudes : il revendique un héritage, celui du Superman de Richard Donner, dont il utilise ouvertement le thème musical, tout en injectant çà et là des clins d’œil à All-Star Superman, aux Super Friends, ou à d'autres versions plus loufoques du passé. Gunn connaît la matière, et surtout, il en devine le potentiel. Il sait que Superman, depuis ses origines, est un personnage politique, un immigré surpuissant dont l’histoire parle d’exil, d’acceptation, et de bien commun. Pas besoin de discours appuyés : le film le rappelle avec tact, humour et une forme de tendresse un peu désuète mais assumée. De quoi donner des sueurs froides aux super trous du cul qui parlent de long métrage super woke. Cet instant jouissif et pathétique où vous réalisez que malgré des décennies d'aventures et une ribambelle de films, ces rachitiques du bulbe n'ont toujours pas saisi qui est Superman. Alors oui, tout n’est pas parfait. La bande-son, sans éclat. Quelques longueurs en milieu de parcours. Un monde en construction qui peine parfois à trouver son équilibre entre exposition et narration. Mais ces défauts, loin d’handicaper le film, lui donnent un certain charme artisanal (c'est drôle quand on connait le budget), une sincérité qui contraste agréablement avec le cynisme ambiant du genre. Avec Superman, James Gunn lance son DC Universe sur des bases solides : pas de révolution esthétique, pas de complexité tordue à la Nolan, pas de testostérone monochrome à la Snyder. Juste un film qui croit encore en quelque chose, qui croit aussi que le super-héroïsme dans les salles obscures peut avoir des lendemains qui chantent encore. C’est peut-être ça, aujourd’hui, être original, ou punk rock, comme le dit Lois à un certain point. Ramer contre le courant pour se rapprocher de la source, accepter l'idée que ce n'est pas l'exotisme de la destination qui compte, mais là où on veut aller vraiment, et pourquoi. Gunn a coché presque toutes les cases, sans avoir peur de la dérision, du grand guignol, du ridicule. Il a fait un film qui ressemble fort à ce qu'il aime trouver dans un comic book, et par là-même, il a peut-être bien ressuscité tout un genre moribond et lui a offert un semblant de début de nouvelle légitimité. Super fort, non ?



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SUPERMAN ORIGINES SECRÈTES EN DC PAPERBACK CHEZ URBAN COMICS


 Les origines de Superman ont déjà servi de prétexte à de nombreux récits, tous proposant des variations sur le même thème, avec à chaque fois une version subtilement différente des moments fondateurs du plus grand héros de l’univers DC Comics. Mais c’est peut-être Geoff Johns qui livre ici la version la plus accessible et la plus naturelle, avec ses Origines Secrètes, republiées chez Urban Comics dans la nouvelle collection DC Paperback. Personne, en effet, n’ignore la genèse de Superman. Même ceux qui ne lisent jamais de comic books savent que le petit Kal-El a atterri sur notre planète à bord d’une fusée, dernier survivant de la planète Krypton, et qu’il a été recueilli par une famille d’Américains moyens du Kansas, les Kent. Geoff Johns, qui avait déjà signé un Green Lantern : Secret Origins au cours de sa prolifique carrière, s’amuse ici avec le personnage le plus iconique de toute la bande dessinée super-héroïque. Le cahier des charges est respecté à la lettre : de l’émotion, de bons sentiments (les parents adoptifs et l’amour inconditionnel qu’ils transmettent à leur fils), les figures incontournables de la série (Lex Luthor, la première romance avec Lana Lang, suivie de Loïs Lane), et tous les piliers qui soutiendront ensuite la légende du héros. C’est aussi un récit initiatique, dans lequel le jeune Clark découvre peu à peu ses incroyables pouvoirs — invulnérabilité, vol, vision thermique, entre autres. John Byrne avait déjà raconté à merveille à peu près la même histoire juste après Crisis on Infinite Earths, avec Man of Steel, un titre qui avait permis de remettre un peu d’ordre et de cohérence dans le panthéon parfois chaotique de Superman. Vingt ans de récits et de continuité malmenée ont sans doute justifié cette nouvelle relecture. Et soit dit en passant, elle constitue un excellent point d’entrée pour les nouveaux lecteurs. Elle propose en effet une version claire et définitive des événements ayant précédé les aventures modernes de Superman, du moins pour la période classique de l’univers DC. Depuis, les New 52 et toute une série de nouvelles "époques" sont passés par là, et la donne a encore changé. Pas forcément pour le mieux, si vous voulez mon avis.



Il faut aussi dire que l’ensemble est raconté avec beaucoup de justesse, et même une certaine légèreté. Certaines scènes font sourire, comme celle où le jeune Kent, encore novice, embrasse pour la première fois la douce Lana — ce qui déclenche au passage sa vision thermique. Une jolie parabole qu’il est inutile de vous expliquer davantage… (Dans le même registre, on pense à Peter Parker, ado frustré, s’entraînant seul dans sa chambre à projeter une toile d’araignée gluante.) Clark Kent devra aussi apprendre ce qu’est l’amitié, ou du moins tenter de l’approcher, face à un génie arrogant et retors comme Lex Luthor. L’écueil d’une relation ambiguë, saturée de bons sentiments (on pense à Smallville, par exemple), est ici évité avec brio. Ce Luthor-là est un véritable salaud, qu’on prend un malin plaisir à détester. Clark devra aussi trouver les bons stratagèmes pour préserver son identité secrète — ce qui, rétrospectivement, fait sourire quand on se rappelle qu’il y parvient depuis des décennies avec un peu de gel et une vieille paire de lunettes. Johns nous entraîne également dans le futur, aux côtés des Légionnaires de Brainiac ou de Saturn Girl, histoire de revisiter avec habileté la période Superboy du personnage. Les nouveaux lecteurs de l’univers DC qui souhaitent en apprendre davantage sur le plus célèbre des Kryptoniens, tout comme les nostalgiques qui ont apprécié à sa juste valeur Superman for All Seasons de Loeb et Sale, ne passeront pas à côté de cet album simple, efficace et sincère. Le tout est sublimé par le trait pur, clair et rassurant d’un Gary Frank très inspiré. Une maîtrise graphique qui suinte l’émotion, la retenue, et surtout l’amour du personnage et de son univers délicieusement rétro.


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SUPERMAN DARK PROPHECY TOME 1 : SUPERWOMAN


 Quand on évoque Superman auprès de lecteurs encore vierges — ceux qui n’ont jamais vraiment mis le nez dans un comic book — on se heurte souvent à une image simplifiée, presque caricaturale du héros : celle d’un extraterrestre solitaire, dernier survivant de Krypton, parfois épaulé par sa cousine Supergirl, et affublé d’une version adolescente de lui-même, Superboy. Mais les lecteurs aguerris savent qu’il n’en est rien. Superman, ce n’est pas seulement un personnage : c’est une véritable franchise, une constellation de figures ayant hérité, peu ou prou, des pouvoirs de l’Homme d’Acier. La dernière en date à rejoindre ce panthéon inattendu n’est autre que Lois Lane. Oui, la Lois Lane, l’indomptable journaliste du Daily Planet, épouse de Clark Kent à la ville, vient elle aussi d’acquérir des facultés résolument spectaculaires. Au terme du grand crossover Absolute Power — dont on taira ici les détails pour le moins rocambolesques —, la voici capable de voler, dotée d’une force surhumaine et quasiment invulnérable. En somme, elle n’a plus grand-chose à envier à son célèbre mari. Mais ces dons extraordinaires n'effacent pas les soucis ordinaires : comme Clark, Lois doit désormais jongler avec sa double identité. Sauver le monde, oui, mais sans oublier de trouver un coin discret pour se changer. Et surtout, éviter que la presse — son propre domaine de compétence — ne découvre ce secret encombrant. Ce paradoxe ironique constitue le cœur du numéro spécial qui ouvre l’album, avant que l’on ne bascule dans la série régulière Superman, avec le numéro 19. Et là, changement de ton : fini les dilemmes domestiques, place à la baston sans retenir les coups. Car c’est ni plus ni moins que Doomsday qui fait son grand retour. Oui, ce Doomsday. Cette masse destructrice qui, jadis, tua Superman, revient semer le chaos à Métropolis. Et comme si cela ne suffisait pas, le récit nous propulse également à la fin des temps, où Superman doit s'entretenir avec un certain Piégeur Temporel.



Il ne s’agit donc pas, à proprement parler, d’un relaunch ou d’une nouvelle série, mais bien de la continuation du titre Superman. Certes, on atteint ici un excellent point d’entrée pour de nouveaux lecteurs, d’où l’idée, chez Urban Comics, de lancer une série d’albums intitulée Dark ProphecyLe scénario est confié à Joshua Williamson, qui introduit toute une série de nouveautés. À commencer par la relation naissante entre Jimmy Olsen et Silver Banshee, ou encore un nouveau Lex Luthor, désormais amnésique, qui semble sincèrement animé par une volonté de rédemption — et visiblement troublé à l’idée du mal qu’il a pu infliger par le passé. Les actions de Superman et des autres personnages à super-pouvoirs qui gravitent autour de lui sont désormais coordonnées par une sorte de cellule de supervision high-tech, conçue pour maximiser leur efficacité : être au bon endroit, au bon moment. Et il faut bien ça, car, comme nous vous l’avons déjà dit, le retour de Doomsday s’annonce particulièrement problématique. Ce dernier, fidèle à sa nature, revient après chaque défaite sous une nouvelle forme, enrichie des erreurs précédentes. Pire encore : une ancienne civilisation, autrefois victime de sa violence, débarque sur Terre pour le capturer — ou plutôt pour l’exploiter. Et la requête n’a rien d’amical : il s’agit clairement d’un ultimatum. Heureusement, Superman et Lois, qui forment plus que jamais un couple uni et redoutablement efficace, vont devoir affronter ensemble cette menace. Sous des costumes assez proches, les deux héros incarnent une nouvelle forme de synergie super-héroïque. Côté dessins, on est gâté : seuls des artistes de tout premier plan sont mobilisés, avec notamment l’excellente Laura Braga, et l’omniprésent — mais toujours convaincant — Dan Mora. Deux styles complémentaires qui confirment que, sur le plan graphique, DC Comics conserve peut-être une légère avance sur ses concurrents. Bref, un album à la fois très agréable et facilement accessible, même pour les lecteurs novices.



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SUPERMAN SPACE AGE : L'HOMME DE DEMAIN D'HIER À AUJOURD'HUI


Lorsque la fin de toute chose approche, vient également le moment de se retourner sur le passé, d'examiner ce qui a été, de reconsidérer les existences et d'en tirer une leçon. Ainsi, face à la catastrophe d'une destruction planétaire, Superman remonte le fil de son histoire, depuis l'immédiat après-guerre – époque où l'humanité entre dans une nouvelle ère avec l'avènement de l'énergie nucléaire – jusqu'à l'assassinat du président Kennedy. C'est à ce moment charnière que Clark Kent, extraterrestre recueilli et élevé par les époux Kent dans une ferme du Kansas, décide de révéler ses dons au grand public. Il devient Superman, non pas seulement pour sauver ce qui peut l’être, mais surtout pour insuffler de l’espoir au monde. Car en vérité, l’humanité n’a pas tant besoin d’être sauvée qu’elle a besoin d’un guide, d’une lueur d’espérance. C’est dans cet esprit que Superman, accompagné de ses camarades dotés de pouvoirs extraordinaires, fonde une association de justiciers, réunis au sein d’un vaste Hall de Justice. Ensemble, ils affrontent des menaces telles que Brainiac, un envahisseur extraterrestre, ou encore la folie de Lex Luthor, prêt à précipiter le monde dans une guerre atomique pour ensuite régner sur ses ruines. Tout cela, vous le savez déjà. Vous en avez entendu parler, vous avez lu ces histoires sous des formes diverses, réinterprétées selon l’inspiration des auteurs. Alors, pourquoi revenir une fois encore sur l’existence hypothétique d’un Superman perdu au cœur d’un multivers en perpétuelle réécriture ? Tout simplement parce que le scénariste s’appelle Mark Russell. Et avec lui, impossible d’être déçu. Son travail recèle toujours une subtile ironie, un équilibre fascinant entre les grandes aspirations héroïques et des considérations sociales, culturelles et philosophiques d’une rare pertinence. Mieux encore, Russell a ce don unique de nous émouvoir tout en nous divertissant. Le nombre de fois où il parvient à nous toucher, à nous faire sourire ou réfléchir, est tout simplement impressionnant. Le rythme du récit est d’une vivacité réjouissante, et cette relecture des exploits de Superman, qui s’éloigne progressivement de ce que nous en connaissons, s’avère irrésistible.




La poésie de cet album n’en est que plus puissante du fait que le combat de Superman est, dès le départ, voué à l’échec. On le sait dès les premières pages : cette histoire finira très mal. Et pourtant, cela n’empêche pas Superman d’épouser Lois Lane, d’avoir un enfant, de fonder une famille – en somme, de continuer à porter l’espoir pour l’humanité tout entière. Il n’est d’ailleurs pas le seul super-héros à entrer en scène, puisque tous les membres majeurs de la Justice League sont de la partie – à commencer, bien entendu, par Batman. Là encore, le personnage reste fidèle à celui que nous connaissons, tout en affichant des différences notables : Bruce Wayne semble ici bien décidé à passer aux choses sérieuses, prêt à employer la manière forte pour libérer Gotham des mafieux en col blanc qui cherchent à s’emparer de la ville en spéculant sur l’immobilier. Pour donner naissance à une mini-série en trois volets aussi passionnante, intelligente que résolument rétro, il fallait un artiste capable d’en épouser pleinement l’esprit. Michael Allred, toujours épaulé par son épouse Laura aux couleurs, incarne parfaitement cette exigence. Il y a chez lui une forme de naïveté dans la représentation des personnages, dans sa façon de faire vivre le geste super-héroïque – et c’est justement cela qui touche. Cette manière de laisser affleurer l’humanité avant tout, plus encore que les exploits grandioses d’un justicier trop immense pour notre monde. On réécrit alors l’histoire, petit à petit. On rembobine le film pour en proposer une nouvelle version. Et, quel que soit l’angle adopté, la conclusion reste inchangée : Superman demeure le symbole du positif, de la confiance en l’avenir, de cet homme qui n’en était pas un au départ, mais qui l’est devenu en refusant de céder au découragement, et en s’appropriant les plus belles leçons transmises par l’humanité. Une lecture édifiante, chez Urban Comics et le Black Label.



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SUPERMAN CHRONICLES 1988 VOLUME 2 : DE SMALLVILLE AU TOIT DU MONDE


 L'été, c'est aussi le moment idéal pour remonter le temps et se replonger dans la collection Chronicles que propose Urban Comics. Et ça tombe bien, nous avions le volume le 2 de l'année 1988 à terminer. Au menu pour débuter, une mini série, World of Smallville, autrement dit l'occasion de faire un petit tour dans cette bourgade du Midwest américain où a grandi le jeune Superman, avec des parents adoptifs aimants et un cadre de vie bucolique. Et ça démarre très fort avec des révélations inattendues qui concernent le passé de Martha Kent : vous l'avez toujours vu comme une épouse modèle, destinée à se mettre en couple avec ce cher Jonathan depuis le lycée… en fait, elle a été mariée une première fois à un richissime homme d'affaires local, atteint d'un cancer. Tout ceci vous est raconté (par Byrne et Schaffenberger) dans les deux premiers épisodes, avant que l'histoire se concentre sur Lana Lang, la petite amie parfaite pour Superman durant son adolescence, mais qui s'est révélée être l'objet des Traqueurs, une sorte d'espionne contre sa volonté, qui est depuis en quête de rédemption et semble avoir beaucoup à se faire pardonner. Mais ça tombe bien, Superman pardonne toujours, il a grand cœur ! Le cœur de Superman qui peut aussi l'amener à commettre quelques impairs. Il a beau être un super-héros quasi invulnérable et affronter des menaces cosmiques invraisemblables, lorsqu'il s'agit de parler de ses sentiments et de ses rapports avec les femmes, il se révèle être plutôt maladroit. Le jour où il décroche enfin le rencard qu'il espère avec Wonder Woman, c'est pour se jeter sur elle et l'embrasser directement, ce qui lui vaudrait en 2024 une campagne sur Twitter pour le contraindre à abandonner la cape et formuler des excuses publiques. Les deux membres les plus puissants de la Justice League ensemble ? En fait, John Byrne (et George Perez) nous expliquent qu'ils viennent de deux mondes différents, et cela va se sentir lors d'un combat face à Darkseid, qui a décidé de mettre les mains sur la demeure des dieux grecs, le Panthéon dont est issue Wonder Woman. Un épisode particulièrement intéressant à relire aujourd'hui, qui fait suite à d'autres un peu plus anecdotiques. Nous y retrouvons notamment les Metal Men ou la Silver Banshee, qui n'est pas forcément le personnage le plus réussi de l'époque. 




Le problème avec Superman, c'est qu'il dispose de pouvoirs incommensurables, qui le mettent à l'abri de toutes les mauvaises surprises. Alors John Byrne fait comme tous les scénaristes, ils tentent d'escogiter des moyens qui permettront de faire redescendre le héros les pieds sur terre, le temps de un ou plusieurs épisodes. Quand ce n'est pas une sorte de nuage de particules fines provenant de l'explosion de Krypton, survenu bien des années auparavant (probablement une des excuses les plus invraisemblables jamais écrites), ce sont deux éclaireurs venus d'un monde extraterrestre, qui parviennent à faire croire à leurs ennemis qu'ils perdent tous leurs super-pouvoirs, un à un, et même Superman semble tomber dans leurs filets ! Un besoin d'humaniser absolument le personnage pour qu'il puisse avoir face à lui une menace de taille susceptible de lui procurer autre chose qu'un désagréable sentiment de chatouille. Lex Luthor a bien une bague de kryptonite autour du doigt, mais celle-ci a fini par contaminer son organisme, au point qu'il va falloir lui couper la main et lui en greffer évidemment une autre, toute robotique. Mais dans ces épisodes où intervient aussi la Doom Patrol et la mère de Jimmy Olsen (une jolie quadra aux cheveux blancs argentés, qui apparemment ne laisse pas Clark Kent de marbre), il y a un personnage particulièrement intéressant, qui est développé pour l'époque d'une façon assez audacieuse : le capitaine Maggie Sawyer, de la police de Métropolis. N'oubliez pas que nous sommes à la fin des années 1980, aux États-Unis, dans ce qui est probablement un des comic books les plus mainstream qui puisse être publié. Un personnage comme Maggie, une femme qui aime les femmes, ce n'était pas si courant, et ça l'était encore moins quand ses préférences sexuelles furent l'objet d'une tentative de chantage de la part de Luthor. Même si jamais la chose est toujours exprimée par des sous-entendus, ces derniers sont toutefois de plus en plus clairs, au point que personne ne peut se tromper. Aujourd'hui, ce serait quelque chose de totalement banal, voire incongru, mais en 1988, ça restait encore ce genre de secret qui pouvait peser sur une carrière et qu'on n'avait pas l'habitude de lire sur les pages de Superman. Ce gros volume est bien entendu complété par de nombreuses pages rédactionnelles, des fiches sur les personnages, la publication du courrier des lecteurs de l'époque, ou des articles qui approfondissent certains points clés des récits. L'ensemble est écrit ou traduit par Jean-Marc Lainé, toujours aussi efficace et sérieux, que nous saluons au passage ! Bref, si ce n'était une couverture dont la frise est parfois légèrement décalée et qui ne résiste pas trop au temps, nous serions convaincus de tenir, avec ces Chronicles, la plus belle collection jamais produite sur l'univers DC en langue française. 




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SUPERMAN LOST : UN SUPERMAN PERDU ET RETROUVÉ


 Comment partir d'une situation des plus banales, pour se lancer dans un récit épique qui défie l'imagination ? Comment échapper à la logique et au quotidien des choses, pour placer un héros dans une situation inextricable, dans un ailleurs où le temps s'écoule inexorablement, pendant que les affects, eux, sont restés sur Terre ? Comment s'éloigner à des milliards d'années-lumière de notre planète pour en dresser un constat humain et sociétal ironique, par la même occasion ? Comment reproduire un des grands drames fondateurs du super-héroïsme, placer Superman face à ses démons, l'essence même de son rôle si singulier ? Il va y avoir de tout cela au menu de Superman : Lost, une mini (ou maxi, cela dépend comme vous préférez) série en 10 parties, écrite par Christopher Priest et dessinée en large majorité par Carlo Pagulayan. Un récit qui débute avec une journée comme les autres chez Loïs et Clark; les deux amoureux entendent bien passer un peu de bon temps ensemble. La journaliste semble avoir levé un lièvre politique tandis que le super-héros est pour sa part appelé précipitamment pour une de ces missions de sauvetage de dernière seconde qu'il est coutumier recevoir, à n'importe quelle heure du jour et de la nuit. Sauf que celle-ci est un peu particulière, un tissu de mensonges, qui va l'amener à disparaître pendant très longtemps. Un ancien navire stellaire vient de s'échouer sur la Terre et son moteur étant alimenté par une singularité quantique (en gros, un trou noir artificiel) et se révélant défaillant, le risque est que toute la planète finisse par être engloutie dans l'espèce de vortex, de néant en cours de formation. Personne ne saurait refermer ce dernier à mains nues; seul un seul être est capable d'un prodige du genre : Superman ! Quitte à se sacrifier et être lui-même aspiré par le trou noir. Superman qui disparaît donc de notre plan d'existence et qui ne refait son apparition chez Loïs que vingt ans plus tard, vingt ans qui pour nous se résument d'emblée en quelques cases, puisque nous découvrons dès le premier épisode un héros de retour, littéralement choqué, presque prostré. Les neuf épisodes suivants vont nous compter ce qui lui est arrivé.


Superman Lost est une œuvre véritablement ambitieuse; elle se permet même de réécrire le mythe de Superman ou plutôt de le faire advenir à nouveau. Le concept est fascinant ! Alors que Loïs tape son article et que quelques minutes s'écoulent, son super héros de mari est piégé dans un secteur aussi lointain qu'inconnu de l'espace et il va mettre vingt ans à revenir à son point de départ, sans que le temps se soit vraiment écoulé. Comment cela est possible ? Et bien disons que c'est un subterfuge que je vous laisse découvrir, mais qui remet clairement en question l'identité même du personnage. C'est extrêmement bien vu et réjouissant à lire. Entre-temps, ce Superman isolé va devoir affronter la solitude, la diminution de ses pouvoirs (qui sont toujours sujets à l'intensité et la couleur du soleil des mondes sur lequel il évolue); il va incarner à nouveau l'espoir de tout un peuple, puis une fois encore risquer de tout perdre. Il va s'habituer et s'attacher à de nouveaux êtres, mais également devoir résister à la tentation : vingt ans sans sa femme, ce n'est pas rien. On va croiser toute une série de personnages qui oscillent entre le truculent (de petits extraterrestres bien pétulants) et le menaçant, tandis que Superman ne baisse jamais les bras. Mais il va toutefois (et c'est fort humain) se laisser gagner parfois par le découragement mais aussi par la conviction et la motivation qui l'habitent depuis toujours, c'est-à-dire ne jamais tourner le dos aux opprimés, à ceux qui sont en danger, même si cela est en contradiction totale avec ses propres désirs. Voilà pourquoi ce Lost est de grande qualité et qu'il respecte bien les caractéristiques principales de l'Homme de demain, en le plaçant dans une situation qui a tout de l'aporie, conceptuelle et technique. Le dessin de Carlo Pagulayan s'adapte très bien à ce récit et il nous offre quelques planches de toute beauté, en tout cas d'un fort impact émotionnel, tout comme le sont celles des autres dessinateurs qui viennent prêter main-forte, pour des moments bien particulier de l'histoire, à commencer par Lee Weeks, que nous adorons, et qui illustre le crépuscule d'un héros que nous croyions intouchables. Une lecture poignante par endroits, assurément intelligente.

Sortie vendredi


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SUPERMAN CHRONICLES 1987 VOL.3 : DES VOYOUS ET DES FEMMES


 L'heure est venue d'achever l'année 1987 pour ce qui concerne Superman. Bien entendu, le nom sur toutes les lèvres reste celui de John Byrne, mais c'est avec le scénariste Marv Wolfman et le titre Adventures of Superman que nous allons commencer cette petite chronique. Le fait est que ce qu'il écrit est profondément différent des histoires classiques de super-héros dotés d'extraordinaires pouvoirs. Son regard plonge dans la fange et la misère. Metropolis a beau être une ville qui conjugue technologie et modernisme, elle présente aussi un quartier sombre, un endroit où il ne fait clairement pas bon vivre, que l'on appelle Suicide Slum. Les habitants les moins nantis peinent à y survivre, entre criminalité et absence de perspective. Les jeunes sont les plus touchés et il n'y a rien de surprenant à les voir s'associer en bandes puis être manipulés par Lex Luthor, qui entend les utiliser comme matériau génétique pour ses expériences. Il y a aussi du bon là-bas, comme par exemple un assistant social du nom de Jose Delgado, qui fait de son mieux pour sortir certains de ces paumés de l'impasse. Il s'occupe en particulier du fils de Perry White, le directeur du Daily Planet, quotidien où travaillent Clark Kent et Lois Lane. Le gamin s'est mis dans de sales draps et le moment est arrivé pour lui de choisir entre les affres de la délinquance et le retour dans le droit chemin. Delgado va d'ailleurs peu à peu évoluer, au point de devenir une sorte de justicier urbain (Gangbuster). Illustrés par Jerry Ordway pour la plupart, ces épisodes sont l'héritage des années Reagan et de cette période où il devenait quasiment impossible de traverser certaines zones dans les grandes villes américaines, sans y laisser des plumes. Ce gros volume de fin 1987 propose aussi deux annuals assez intéressants, qui donnent l'occasion de lire un Superman qui affronte une créature extraterrestre, débarquée sur Terre pour soumettre et assimiler (entendez par là, détruire) tout un village. Notre héros va être obligé d'opérer un choix cornélien qui s'apparente à du suicide assisté ! Un autre long épisode, dessiné par Arthur Adams, met aux prises Superman avec des vampires et confirme que tout ce qui a trait à la magie n'est pas franchement du goût du kryptonien. Heureusement que Batman est là pour lui prêter main-forte…


Et puis donc, John Byrne. Le Canadien continue de tenir le rythme avec pas moins de deux séries mensuelles à produire, à savoir Superman et Action Comics où il est la plupart question de duos, de guest stars qui viennent le temps d'un ou deux épisodes s'associer à l'Homme de demain. Plutôt que de vous présenter une litanie de faits et de résumés succincts des épisodes, je préfère mettre l'accent sur un point qui me semble intéressant : l'usage des héroïnes ou tout simplement des femmes dans les épisodes de Byrne. Quel que soit le contexte, il est toujours question de l'élément féminin, confronté à Superman ou à Clark Kent. Que ce soit lorsqu'on nous présente la première femme dont il est tombé amoureux (Lori Lemaris) mais qui s'est révélée être au final une sirène (Clark a quand même mis bien du temps pour s'en rendre compte, on peut imaginer que le flirt n'est pas allé très loin) ou lorsque c'est le triangle amoureux Kent-Lane-Grant qui est mis en évidence, notamment quand la célèbre journaliste (je veux dire Lois) est invitée par un superbe Apollon (à condition bien sûr d'aimer le style des années 1980) qui lui retourne la tête et l'hypnotise. Certes, il s'agit en fait d'un gnome issu d'une autre dimension (Mister Mxyzptlk) qui pose bien des problèmes à Superman, ce dernier étant obligé de le pousser à prononcer ou écrire son nom à l'envers s'il veut le renvoyer là d'où il vient (personnellement, je n'arrive pas à le dire à voix haute, à l'endroit) avant une prochaine incursion sur notre plan d'existence, au bout de 90 jours. Byrne s'amuse également beaucoup avec Big Barda, qui est la femme de Mister Miracle, rappelons-le. Un autre extraterrestre en provenance de la planète de Darkseid est un bon prétexte pour laver le cerveau de la splendide et sculpturale créature, qui se retrouve dans une chambre d'hôtel sordide avec Superman (qui a subi le même sort) pour filmer une petite vidéo amateure coquine. L'histoire ne nous dira jamais si les deux "acteurs" sont allés au bout et s'il existe vraiment des images choquantes. En tous les cas, suffisamment pour que Mister Miracle s'offusque lorsqu'on lui présente une première "performance". Le scénariste canadien assiste également beaucoup sur le caractère mauvais et manipulateur de Lex Luthor, qui lui aussi utilise les femmes à sa convenance. Il les manipule et les abandonne de manière abjecte, quand elles ne sont plus d'aucune utilité à ses projets. Il est en outre capable d'envoyer des robots à l'effigie de Superman en ville. Tout le monde s'imagine qu'il s'agit du vrai, tandis que la créature est dotée d'une sorte d'ogive nucléaire prête à exploser à l'intérieur de la poitrine. Superman parvient à sauver la situation et il faut beaucoup de crédulité pour accepter qu'ensuite Luthor ne soit pas plus inquiété que cela ! C'est aussi une des marques de fabrique de ces épisodes de fin de décennie : on ne s'attarde pas trop sur les conséquences réelles et les comparaisons avec le monde tel que nous le connaissons. Ici, il s'agit de fiction, d'outrance, de personnage bigger than life et pour profiter de ces numéros, il ne faut pas confondre la vie, la vraie, ou l'art. Reste à mentionner pour finir de très nombreuses pages de rédactionnel, qui viennent compléter admirablement l'album, contextualiser les faits ou bien reproduire le courrier des lecteurs d'alors. Il n'y a pas à dire, cette collection d'Urban Comics est vraiment incontournable.


 
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