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SENTRY LA SENTINELLE : PAUL JENKINS ET JAE LEE POUR UN VRAI MUST HAVE


 Après avoir abordé la renaissance du personnage, remontons de quelques années pour retrouver la toute première mini-série consacrée à Sentry, écrite par le Britannique Paul Jenkins. Nous voici au cœur du problème : ce personnage existe-t-il réellement, ou bien n’est-il que le fruit des délires d’un homme d’une banalité affligeante, qui confond alcoolisme, bouffées psychotiques et souvenirs d’un passé de super-héros dont dépendrait, rien que ça, le destin du monde ? La question est cruciale, car Sentry est censé avoir existé. Il aurait été l’ami de la plupart des super-héros de l’univers Marvel. On découvre par exemple que Mister Fantastic fut son témoin de mariage, ou encore qu’il entretenait des liens étroits avec des figures comme Hulk ou Spider-Man. Seulement voilà : aucun d’entre eux ne semble se souvenir d’avoir partagé quoi que ce soit avec ce colosse blond en costume doré, qui sauve la planète un jour sur deux. Il y a une raison à cet oubli. Certains super-héros, parfaitement conscients de l’existence de Sentry, ont volontairement choisi d’oublier ce qui s’est passé. Car s’ils devaient un jour retrouver la mémoire, ce serait forcément le signe qu’une catastrophe d’ampleur cosmique est en train de se profiler — à savoir le retour de Void, l’alter ego maléfique du plus grand héros de tous les temps. À moins, bien sûr, que Void ne soit qu’une autre facette de lui-même, née lorsque sa psyché vacille et qu’il bascule du côté obscur de la Force… comme on le dit désormais depuis que Star Wars est devenu une référence culturelle planétaire. Nous sommes donc ici face à une mini-série profondément introspective et tourmentée. Petit à petit, le lecteur est amené à comprendre que ce qui arrive à Robert Reynolds est bien réel. Il n’est pas juste un type ordinaire, porté sur la bouteille, dont le mariage bat de l’aile. Il est victime d’un phénomène qui le dépasse, et de très loin. Et de cette prise de conscience pourrait bien dépendre le salut du monde. Ah, et il faut le dire aussi : au dessin, il y a un génie. Jae Lee.




Le travail sur les ombres, la manière de figurer un monde presque expressionniste, où chaque page est à la fois dérangeante et plastiquement fascinante : tout cela fait de ce dessinateur une denrée rare. En tout cas, il était la bonne personne, au bon endroit, au bon moment. Grâce à lui, cette histoire interroge la place et le rôle du mythe populaire, de la mémoire collective, du surhomme tel que nous le montre la tradition des comics américains — ou, tout simplement, l’impact que ces figures peuvent avoir sur l’imagination débridée de leurs lecteurs. Tout cela est mis en scène de manière remarquable, notamment à travers l’usage fréquent de fausses couvertures, pastiches d’anciennes scènes d’action qu’on nous présente comme « canoniques », alors même que l’on sait qu’elles ne se sont jamais produites. Le récit s’inscrit dans le cadre d’une fabuleuse opération de retcon, où l’on peut jusqu’à la dernière page douter de la véracité de ce que l’on nous donne à lire. Cerise sur le gâteau : l’idée qu’un traître pourrait avoir activement contribué à la longue éclipse de Sentry — et que ce traître pourrait même être l’un de ses meilleurs amis. Lorsque vient le moment d’affronter Void, et que la bataille finale se profile, le récit se fragmente alors en une série d’épisodes indépendants, chacun centré sur des figures iconiques telles que Spider-Man, les Quatre Fantastiques, Hulk ou encore les X-Men. Chacun de ces héros replonge dans ses souvenirs, dans sa première rencontre avec Sentry, et dans ce que ce dernier lui a apporté : la manière dont il lui a permis de comprendre ce que signifie l’héroïsme, d’évoluer, de se hisser à un autre stade de sa carrière. Les dessinateurs chargés de ces différentes parties sont eux aussi des pointures brillantes, comme Mark Teixeira, Bill Sienkiewicz, Phil Winslade ou encore Rick Leonardi. Inutile de le dire : cet album représente l’un des sommets de ce que Marvel a pu produire durant la période bouillonnante de la fin du XXe siècle et du début du XXIe. Si nous n’avons pas toujours pris la mesure, à l’époque, de la chance que nous avions de lire ces épisodes, nous en sommes aujourd’hui venus à les regretter sincèrement. Le film Thunderbolts aura donc été une excellente occasion, pour Panini, de nous reproposer ces petits trésors qui n’attendaient que d’être redécouverts.



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NAMOR THE SUB-MARINER : UN OMNIBUS INCONTOURNABLE AVEC JOHN BYRNE ET JAE LEE

 


John Byrne est canadien, il a la réputation de pouvoir écrire et/ou dessiner des centaines de pages par trimestre. Il n'a pas son pareil pour incarner le Marvel Style des années 1980 et tout ce qu'il touche finir briller de mille feux (Fantastic Four, Alpha Flight, X-Men...). Mais Namor, ce n'est pas de la tarte ! Le héros se prête facilement au persiflage : nous avons face à nous un souverain soupe au laid aux grandes oreilles, toujours prêt à péter un câble à la moindre contrariété, qui passe le plus clair de son temps à déambuler dans un maillot de bain moulant et qui doit, forcément, dégager une certaine odeur de poissonnerie, ce qui n'est jamais un atout pour les relations sociales. Rendre Namor glamour, mission improbable ? Demandez donc à John Byrne, il vous répondra qu'à l'impossible, nul n'est tenu. 



En 1990, il décide de proposer sa version du Sub-Mariner, revue et corrigée pour le public de la fin du siècle. Exit le super-héros incompris et rageur, place à un mutant enfin libéré de ses angoisses, plus posé, qui se lance dans le monde de la haute finance pour protéger efficacement les mers dont il est le gardien écologiste implacable. Scénario et dessins, on n'est jamais aussi bien servi que par soi même, surtout lorsqu'on a du talent. Première mesure, expliquer les sautes d'humeur d'un Namor irritable. Pour ce faire, notre héros rencontre dès les premières pages Cab Alexander, un vieux scientifique amateur, et sa fille, dont il va par la suite tomber amoureux. Cab lui explique avoir deviné la source du problème : un déséquilibre sanguin occasionné par le trop plein, ou la carence en oxygène, consécutive à la dualité terrestre/amphibienne du Prince des mers. Dès lors, Namor décide de profiter de sa nouvelle stabilité caractérielle pour investir la finance, via une compagnie écran, la Oracle Incorporated. C'est en puisant dans les innombrables trésors qui jonchent les reliefs marins qu'il va lever des fonds et lancer sa nouvelle croisade. Qui va lui valoir de perfides nouveaux ennemis, comme les jumeaux Marrs, rivaux à la bourse. Ce qui ne l'empêchera pas de tomber amoureux de la sœurette, à elle seule sorte de gravure de mode ultime du monde de Wall Street d'il y a trente ans. Vous l'avez forcément deviné, notre héros du jour est un chaud lapin. Byrne met ensuite le mutant aux prises avec le Griffon (qu'il dompte aisément) et une créature engendrée par la pollution ambiante, un certain Slug, et lui fait éviter une catastrophe écologique provoquée par des fanatiques de l'environnement. Le Namor de notre omnibus est certes un homme d'affaires, il comprend parfaitement les rouages de Wall Street et il réussit très rapidement à se faire une place parmi les noms qui comptent, parmi les capitaines d'industrie craints et respectés. Mais c'est aussi un écologiste convaincu : il sait le drame de la pollution de notre planète, notamment des océans, dont il est après tout le souverain, et une de ses ambitions évidentes est de ramener un peu d'équité et de propreté dans le débat. Nous pouvons ainsi dans le 6e épisode voir la jeune cousine Namorita prise au piège du cauchemar écologique qu'est Slug, tandis que dans le même temps les jumeaux Marrs acquièrent une importance capitale dans la première partie de l'omnibus, car ils représentent la version diabolique du monde des affaires, des gens sans aucun scrupule et qui ont même d'ailleurs un rapport assez ambigu entre eux. Certes, Phoebe met peu à peu mais de l'eau dans son vin, tandis que le frère, lui, semble être une pourriture que rien ne peut racheter. Namor va aussi croiser la route du Griffon (qu'il va dompter et utiliser comme un coursier ailé) et de Headhunter, la chasseuse de têtes qui permet d'écrire un épisode assez étrange où le lecteur est induit (à tort) à penser que Namor a perdu la sienne ! Un Namor qui perd vraiment ses jolies petites ailes aux pieds, et donc sa faculté de voler, suite à l'exposition à l'agent viral qui a permis de le sortir d'affaire contre la créature composée de déchets, dont nous vous avons déjà parlé. Suivront les créatures végétales de K'un Lun (les H'yltris) et le retour sur scène de Iron Fist, que tout le monde croyait mort. Une visite en Allemagne, à peine réunifiée, pour un mano a mano contre les restes du troisième Reich, guidés par Master Man, le super soldat vert de gris. Le tout avec brio, humour, un sens certain de la narration fluide, et des dessins lumineux et toujours d'une lisibilité appréciable. Byrne restera 25 numéros durant, avant de céder le flambeau à un artiste alors quasi inconnu. Mais qui ne va pas le rester longtemps…


Difficile de faire mieux, en arrivant derrière. On avait atteint un véritable pic de qualité qui faisait craindre le pire pour le successeur. Sauf que ce dernier, à la surprise générale, releva le défi avec brio. Place donc à Jae Lee, un coréen d'origine de dix neuf ans à l'époque, avec à son actif une simple pige chez Marvel, pour la revue anthologique Marvel Comics Presents. Mais quand on a du talent, on peut compenser aisément le manque d'expérience. Le Namor de Jae Lee est radicalement différent de celui de Byrne, il n'essaie pas de singer ou de rendre hommage à son aîné, mais bien d'imposer une nouvelle direction artistique au titre, en le gratifiant de pages ultra expressionnistes, sombres et paroxystiques. Le Prince des mers y apparait massif, doté d'un physique dopé aux anabolisants et noueux, une force sauvage de la nature aux veines saillantes. Les différents personnages n'ont de cesse de se lover dans l'ombre et en sortir brièvement, alors que les cases implosent, saignent, fondent ou se mêlent. Le classicisme de Byrne est foulé aux pieds par un vent de modernité, une déferlante technique impressionnante, qui va redynamiser un comic book plutôt gâté par le sort, avec de tels artistes à sa tête. Pour le scénario, Byrne prolonge quelques mois, le temps de dénouer les fils de l'intrigue précédente : Namor est devenu amnésique, privé de ses souvenirs (il ignore même son identité) par Maître Khan, et il erre dans le midwest américain ou il prête main forte à des activistes écologistes, avant de tomber nez à nez avec Fatalis himself, à bord d'un chalutier de nouvelle génération, qui menace de porter atteinte à la faune marine. C'est ensuite Bob Harras qui prend la relève dans l'écriture, le temps de ramener le Prince des mers à Altantis, où une lourde menace pèse sur son peuple, celle de légendes et de mythes oubliés et craints, qui reviennent à la vie pour détruire le royaume fabuleux. 
Le Namor de Jae Lee constitue une rupture totale par rapport à ce qui a été fait avant, du point de vue de l'approche graphique et risque d'en étonner certains. Je suis même d'opinion que c'est lorsque ce dessinateur est arrivé sur la série qu'elle a atteint son plein potentiel. Byrne a toujours été un dessinateur très compétent, très régulier, avec une souplesse de trait admirable, mais ce qu'a produit Lee dépasse l'entendement. Il suffit de se replonger dans les souvenirs en temps réel, à la découverte des premières planches, dans les pages de Strange : un véritable choc, non seulement artistique, mais philosophique, avec une question essentielle, est-ce que j'aime ou je n'aime pas ce que je suis en train de voir ? C'était véritablement ça l'interrogation, la première fois, avec ces planches expressionnistes, truffées de personnages dont les veines saillantes parcourent des corps anguleux. La couleur, qui est tout à coup disparaît, avec des cases qui ressemblent à des tableaux du Caravage, exposés par un soir d'orage… Bref, ce sont ces épisodes-là qui sont à mon sens les véritables pépites de l'omnibus et qui méritent d'être conservés à jamais. Omnibus que vous devez lire !


 Malheureusement, pour un ouvrage si attendu, de 90 euros, on pouvait s'attendre à une dernière couche plus soignée, pour éviter certaines erreurs étonnantes (la première à la… première page) ou des formulations malheureuses. Panini continue de faire relire et/ou de lettrer en Italie, sauf erreur de ma part. C'est un vrai problème. Exemple flagrant ici : 


Notre vidéo sur cet omnibus dispo ici :

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HELLSHOCK : JAE LEE ET L'IMAGE COMICS DES 90s

Dans les années 90, vous avez peut-être subi le charme vénéneux des planches expressionnistes de Jae Lee, qui avait vraiment révolutionné la manière de présenter un héros comme Namor, ou le groupe X-Factor, chez Marvel. Profitant du phénomène Image et de la possibilité d'écrire ses propres histoires, l'artiste propose alors une première mini série au parcours tourmenté, Hellshock, qui va finalement éclore en 1994 sur le label Top Cow. S'il y aura une seconde mini série quelques années plus tard, c'est sur cette première version que nous allons nous attarder.
Comme souvent dans les comics de l'époque, il y est question du mal, du bien, de la lutte mystique entre ces deux notions fondamentales, et d'anches déchus, ou de démons, au choix (tiens, ça ressemble pas mal à Spawn, sur le fond). 
Isabelle, encore adolescente, s'est laissée séduire par un ange aux ailes magnifiques, avec qui elle a connu l'amour physique, et qui a laissé une trace de son passage. Un enfant est né de cette union singulière, un gamin qui a vite été éliminé, et qui a grandi en ignorant tout de sa double nature, tout en se démontrant instable, presque dément. Daniel, c'est son nom, a tout du Namor précédemment cité, en terme visuel. Visage marqué et sauvage, chevelure longue et d'une noirceur ténébreuse, il reprend la plupart des codes qui ont fait la fortune de Jae Lee avec le Prince des Mers. Le lecteur le rencontre vingt ans plus tard, dans une église, aux pieds de l'autel, avec à proximité le corps d'un prêtre assassiné. Bien entendu, le détective chargé de l'affaire découvre la scène, et révolté, il décide de provoquer le coupable apparent, pour ouvrir le feu et épargner à la communauté un procès coûteux. Sauf que...

Daniel n'est pas mort, contrairement à ce qu'une balle en pleine tête pourrait laisser supposer. Il est même du genre à ne pas pouvoir mourir, comme on l'apprend rapidement. Il parvient alors à sévèrement blesser Haight, le flic à la gâchette facile, et s'enfuir. Le détective va s'en remettre, mais il a d'autres chats à fouetter, puisque son gamin, qu'il frappe régulièrement à coups de ceinture, fait une fugue, et rencontre un double maléfique qui tente de s'approprier son âme. Pour couronner ce récit de dingos qu'il faut lire attentivement pour tout comprendre, Jonakand, l'ange d'autrefois, est revenu sur Terre pour emporter Isabelle avec lui. Il est toujours amoureux, à sa manière maladive et possessive, mais n'a plus rien de la créature de lumière d'alors. Il est devenu un horrible démon mutilé et torturé, qui va rencontrer aussi, pour la première fois, le fils qu'il ne savait pas avoir laissé derrière lui, le futur Hellshock...
La noirceur ce ces pages est envoûtante. Elle explose avec fracas, traversée par des intuitions fantasmagoriques, des apparitions sulfureuses, une lumière blafarde et tout à coup aveuglante. Jae Lee surjoue largement toute la partie démoniaque et angélique, et brosse un tableau quasi caricatural de cette opposition ancestrale et céleste. Mais c'est tellement sombre, glaçant, que les amateurs du genre sont séduits, happés par des planches qui laissent une forte impression, et sont la véritable raison de s'immerger totalement dans ce titre. Où l'amour fait mal, blesse au sang, et laisse des cicatrices qui résistent au temps.







NAMOR PAR JOHN BYRNE ET JAE LEE

Namor, le Prince des mers, c'était avant tout une série régulière de qualité (publiée dans Strange) avec deux énormes artistes, fort différents, qui se sont succédés. Une époque où il faisait bon suivre ses aventures, et où on sentait une vraie ambition, une vraie envie d'écrire quelque chose de cohérent et censé sur le personnage.
Bien qu'étant un des doyens de l'univers Marvel, bien qu'ayant connu un "golden age" des plus florissants et étant le tout premier mutant à avoir eu les honneurs d'une série mensuelle, l'ami Namor n'a pas pour autant un nombre d'estimateurs à la hauteur de son curriculum. Il faut dire que coté crédibilité, le héros se prête facilement au persiflage : nous avons affaire à un souverain soupe au laid, toujours prêt à péter un câble à la moindre contrariété, qui passe le plus clair de son temps à déambuler dans un slibard moulant et qui doit, forcément, dégager une certaine odeur de poissonnerie, ce qui n'est jamais un atout pour les relations sociales. Rendre Namor glamour, mission improbable? Demandez donc à John Byrne, il vous répondra qu'à l'impossible, nul n'est tenu. En 1990, il décide de proposer sa version du Submariner, revue et corrigée pour le public de la fin du siècle. Exit le super héros incompris et rageur, place à un mutant enfin libéré de ses angoisses, plus posé, qui se lance dans le monde de la haute finance pour protéger efficacement les mers dont il est le gardien écologiste implacable. Scénario et dessins, on n'est jamais aussi bien servi que par soi même, surtout lorsqu'on a du talent.
Première mesure, expliquer les sautes d'humeur d'un Namor irritable. Pour ce faire, notre héros rencontre dès les premières pages Cab Alexander, un vieux scientifique amateur, et sa fille, dont il va même tomber amoureux. Cab lui explique avoir deviné la source du problème : un déséquilibre sanguin occasionné par le trop plein, ou la carence en oxygène, consécutive à la dualité terrestre/amphibienne du prince des mers. Dès lors, Namor décide de profiter de sa nouvelle stabilité caractérielle pour investir la finance, via une compagnie écran, la Oracle incorporated. C'est en puisant dans les innombrables trésors qui jonchent les fonds marins qu'il va lever des fonds et lancer sa nouvelle croisade. Qui va lui valoir de perfides nouveaux ennemis, comme les jumeaux Marrs, rivaux à la bourse. Ce qui ne l'empêchera pas de tomber amoureux de la sœurette. Car oui, le Sub Mariner est un chaud lapin. Byrne met ensuite le mutant aux prises avec une créature engendrée par la pollution ambiante, un certain Slug, et lui fait éviter une catastrophe écologique provoquée par des fanatiques de l'environnement. Suivront les créatures végétales de K'un Lun (les H'yltris) et le retour sur scène de Iron Fist, que tout le monde croyait mort. Une visite en Allemagne, à peine réunifiée, pour un mano a mano contre les restes du III° Reich, guidé par Master Man le super soldat vert de gris. Le tout avec brio, humour, un sens certain de la narration fluide, et des dessins lumineux et toujours d'une lisibilité appréciable. Byrne restera 25 numéros durant, afin de céder le flambeau à un artiste alors quasi inconnu.

Le run de Byrne a donc été un très grand moment de lecture, pour beaucoup de jeunes Marvel fans de l'époque. Difficile de faire mieux, en arrivant derrière. On avait atteint un véritable pic de qualité qui faisait craindre le pire pour son successeur. Sauf que ce dernier, à la surprise générale releva le défi avec brio. Place donc à Jae Lee, un coréen d'origine de dix neuf ans à l'époque, avec à son actif une simple pige chez Marvel, pour la revue anthologique Marvel comics presents. Mais quand on a du talent, on peut compenser aisément le manque d'expérience. Le Namor de Jae Lee est radicalement différent de celui de Byrne, il n'essaie pas de singer ou de rendre hommage à son aîné, mais bien d'imposer une nouvelle direction artistique au titre, en le gratifiant de pages ultra expressionnistes, sombres et paroxystiques. Le Prince des mers y apparait massif, doté d'un physique dopé aux anabolisants et noueux, une force sauvage de la nature aux veines saillantes. Les différents personnages n'ont de cesse de se lover dans l'ombre et en sortir brièvement, alors que les cases implosent, saignent, fondent ou se mêlent. Le classicisme de Byrne est foulé aux pieds par un vent de modernité, une déferlante technique impressionnante, qui va redynamiser un comic-book plutôt gâté par le sort, avec de tels artistes à sa tête. Pour le scénario, Byrne prolonge quelques mois, le temps de dénouer les fils de l'intrigue précédente : Namor est devenu amnésique, privé de ses souvenirs (il ignore même son identité) par Master Khan, et il erre dans le midwest américain ou il prête main forte à des activistes écologistes, avant de tomber nez à nez avec Fatalis himself, à bord d'un chalutier de nouvelle génération, qui menace de porter atteinte à la faune marine. C'est ensuite Bob Harras qui prend la relève dans l'écriture, le temps de ramener le Prince des mers à Altantis, où une lourde menace pèse sur son peuple, celle de légendes et de mythes oubliés et craints, qui reviennent à la vie pour détruire le royaume fabuleux de Namor. De biens beaux épisodes qui furent publiés à l'époque sur les pages de Strange (pour les allergiques à la VO, sinon allez voir les Omnibus!) qui méritent absolument toute votre considération. C'est aussi l'occasion de voir naître un dessinateur inspiré, encore limité par une folle envie d'épater, et en recherche d'une maturité artistique, mais qui va laisser une empreinte substantielle dans les années suivantes. A la suite de Jae Lee, le titre va passer entre d'autres crayons moins experts (Geoff Isherwood notamment) qui tenteront sans succès de lorgner vers une synthèse maline du travail de John et Jae. Rien à faire, c'est la panne sèche, un scénario faiblard, et le déclin. Pour nous, la Nostalgie, un N majuscule de rigueur.


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THE PUNISHER COUNTDOWN : LA FIN DU PUNISHER EN 1995


Et oui, le Punisher sur Netflix, c'est donc terminé, comme pour toutes les autres séries Marvel par ailleurs. Du coup, on sèche nos larmes avec les comics, et allant puiser dans la réserve intarissable de ceux qui restent inédits en Vf. Et si on relisait les numéros qui voyaient la disparition du personnage, voici plus de vingt ans? Comment ça vous ne connaissez pas? Je vous explique :
Le proverbe, il ne vous échappe pas : tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle se casse. Trois titres mensuels pour le Punisher, c'était beaucoup (trop), nonobstant le succès réel rencontré par le justicier urbain au début des années 90. Lorsque Marvel s'est rendu compte que les trois titres avaient du plomb dans l'aile, les têtes pensantes ont vite réagi, en souhaitant effacer de la carte les coupables, pour un relaunch plus rationnel et explosif. La fin de "Punisher", du "Punisher War Journal" et de "Punisher War Zone" devait être synchro, et pleine de panache. Cela faisait plusieurs mois que le terrain avait été défriché : Castle était devenu encore plus violent et psychotique, traqué de toutes parts, aux abois. Au point que son ami et soutien logistique d'alors, le regretté Microchip, avait opté pour une thérapie de choc : retenir le Punisher prisonnier dans un studio aménagé dans le sous-sous sol d'un dépôt désaffecté, ressemblant en tous points au salon des Castle, à l'époque de leur vie familiale heureuse, avec mari, femme et deux enfants. Une thérapie cognitive très discutée, qui n'aura eu qu'un seul résultat : raviver la rage du Punisher, qui décide de dessouder Micro dès sa sortie. Ce dernier n'a pas perdu de temps de son coté : il a recruté un jeune latino avide de vengeance (sa famille aussi a connu une mort tragique), un certain Carlos Cruz, qu'il a affublé d'un costume de Punisher modifié, notamment équipé d'un masque effrayant et bien pratique pour les balles en pleines tête à bout portant. Leur cible privilégiée : Rosalie Carbone, héritière du clan du même nom, une garce sans foi ni loi, qui ambitionne le contrôle des mafieux de la côte est. 

C'est Chuck Dixon qui a reçu l'adoubement et l'honneur de mener à terme les aventures du Punisher, avec la collaboration de Chris Sottomayor. Un véritable choc à l'époque : Castle qui se retourne contre son seul et unique allié de toujours, Linus Lieberman, alias Microchip. Au moment de le tuer, toutefois, notre justicier inébranlable hésite une fraction de seconde, juste assez pour que le destin tranche avant qu'il n'ait à appuyer sur la gâchette. C'est la débandade, un parfum de fin de règne flotte sur ces cinq parties de "Countdown", à commencer par les couvertures magnifiques toutes réalisées par un Jae Lee des grands jours, et sur lesquelles campe un compte à rebours angoissant. Rod Wigham n'est pas un des artistes les plus raffinés chez Marvel, mais son Punisher massif, à bout de souffle, hagard, et seul contre un monde qu'il ne comprend plus, qui semble le rejeter, finit par être transcendé, comme un martyre épuisé à la recherche de la paix de l'âme et de l'esprit, qu'il ne pourra trouver qu'au travers de l'épreuve ultime, la mort. Pour suivre en intégralité ce run éprouvant pour les nerfs, voici l'ordre de lecture. Tous ces comic-books sont de 1995, et ils commencent à se raréfier sur les sites de ventes aux enchères et les collectionneurs. Ne tardez pas trop à vous les procurer, car pour les acquérir ensemble en "near mint" ou "very fine", il faut déjà mettre la main au porte-monnaie. Si vous attendez une publication Vf, c'est que vous êtes résolument optimistes/ingénus.

 

- The Punisher 103
- The Punisher War Journal 79
- The Punisher War Zone 41
- The Punisher 104
- The Punisher War Journal 80

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HELLSHOCK : LA MINI SERIE DIABOLIQUE DE JAE LEE EN 1994

Dans les années 90, vous avez peut-être subi le charme vénéneux des planches expressionnistes de Jae Lee, qui avait vraiment révolutionné la manière de présenter un héros comme Namor, ou le groupe X-Factor, chez Marvel. Profitant du phénomène Image et de la possibilité d'écrire ses propres histoires, l'artiste propose alors une première mini série au parcours tourmenté, Hellshock, qui va finalement éclore en 1994 sur le label Top Cow. S'il y aura une seconde mini série quelques années plus tard, c'est sur cette première version que nous allons nous attarder.
Comme souvent dans les comics de l'époque, il y est question du mal, du bien, de la lutte mystique entre ces deux notions fondamentales, et d'anches déchus, ou de démon, au choix (tiens, ça ressemble pas mal à Spawn, sur le fond). 
Isabelle, encore adolescente, s'est laissée séduire par un ange aux ailes magnifiques, avec qui elle a connu l'amour physique, et qui a laissé une trace de son passage. Un enfant est né de cette union singulière, un gamin qui a vite été éliminé, et qui a grandi en ignorant tout de sa double nature, tout en se démontrant instable, presque dément. Daniel, c'est son nom, a tout du Namor précédemment cité, en terme visuel. Visage marqué et sauvage, chevelure longue et d'une noirceur ténébreuse, il reprend la plupart des codes qui ont fait la fortune de Jae Lee avec le Prince des Mers. Le lecteur le rencontre vingt ans plus tard, dans une église, aux pieds de l'autel, avec à proximité le corps d'un prêtre assassiné. Bien entendu, le détective chargé de l'affaire découvre la scène, et révolté, il décide de provoquer le coupable apparent, pour ouvrir le feu et épargner à la communauté un procès coûteux. Sauf que...

Daniel n'est pas mort, contrairement à ce qu'une balle en pleine tête pourrait laisser supposer. Il est même du genre à ne pas pouvoir mourir, comme on l'apprend rapidement. Il parvient alors à sévèrement blesser Haight, le flic à la gâchette facile, et s'enfuir. Le détective va s'en remettre, mais il a d'autres chats à fouetter, puisque son gamin, qu'il frappe régulièrement à coups de ceinture, fait une fugue, et rencontre un double maléfique qui tente de s'approprier son âme. Pour couronner ce récit de dingos qu'il faut lire attentivement pour tout comprendre, Jonakand, l'ange d'autrefois, est revenu sur Terre pour emporter Isabelle avec lui. Il est toujours amoureux, à sa manière maladive et possessive, mais n'a plus rien de la créature de lumière d'alors. Il est devenu un horrible démon mutilé et torturé, qui va rencontrer aussi, pour la première fois, le fils qu'il ne savait pas avoir laissé derrière lui, le futur Hellshock...
La noirceur ce ces pages est envoûtante. Elle explose avec fracas, traversée par des intuitions fantasmagoriques, des apparitions sulfureuses, une lumière blafarde et tout à coup aveuglante. Jae Lee sujout largement toute la partie démoniaque et angélique, et brosse un tableau quasi caricatural de cette opposition ancestrale et céleste. Mais c'est tellement sombre, glaçant, que les amateurs du genre sont séduits, happés par des planches qui laissent une forte impression, et sont la véritable raison de s'immerger totalement dans ce titre. Où l'amour fait mal, blesse au sang, et laisse des cicatrices qui résistent au temps.


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SUPERMAN AMERICAN ALIEN : UN PORTRAIT FORT JUSTE DE MAX LANDIS

Autant le dire tout de suite, la grande qualité de Superman American Alien, en apparence, ce n'est pas l'originalité. Il s'agit d'une mini série en sept volets, censée nous raconter des épisodes inédits de l'enfance de Superman, dans sa ferme du Kansas et entouré de l'amour des Kent, ses parents adoptifs. Le genre de choses que vous avez déjà lu quelque part, et qui forcément ne peut donner naissance à des récits inoubliables ou cruciaux, car depuis le temps, on serait au courant! Max Landis passe sur l'arrivée du bambin sur Terre à bord de sa capsule, et choisit de commencer son histoire avec un ado aux premières armes, qui découvre la faculté extraordinaire de pouvoir voler. Enfin, ce mot est un peu exagéré, car il ne contrôle ni le moment où ça lui arrive, ni se semble en mesure de planifier ses trajectoires et d'utiliser son don comme il le voudrait. Du coup Clark a des difficultés aussi bien à l'école que lors des sorties entre amis (quand il se rend avec Lana Lang au cinéma en plein air, par exemple). Le futur homme d'acier est ici dans une position de faiblesse : un enfant (presque) comme les autres qui subit l'apparition de pouvoirs non désirés, mais fichtrement extraordinaires. Assez logiquement, et devant ce genre de situation, les Kent décident de faire appel à un médecin pour pouvoir examiner le garçon. Bien sur le praticien se rend compte que son patient n'est pas exactement comme les autres. Et la discrétion dans tout ça? Le monde extérieur n'est-il pas censé ignorer les pouvoirs de Clark? Vous connaissez un médecin qui ne serait pas alarmé de découvrir un enfant qui émet des radiations, à la manière d'un four à micro-ondes? Passons sur cet point absurde et allons droit au style.

Sept épisodes, avec plusieurs dessinateurs qui se succèdent. D'habitude cette manie nous agace au plus haut point, mais ici, dans la mesure où cela se justifie, ça semblerait presque un bonus qu'on est heureux de recevoir. Défilent donc Nick Dragotta, Tommy Lee Edwards, Joelle Jones, le stupéfiant Jae Lee, le non moins bon Francis Manapul, ou encore Jock et Jonathan Case. Je fais alors mon mea culpa. En Vo je n'avais lu que le premier épisode, me forgeant une opinion faussement décevante, et perdant le sens du travail de Landis, capable de parfaitement cerner le personnage, et de proposer un jeune Clark Kent des plus crédibles et attachants. Sur la durée, il est admirable de voir que ce portrait d'un étranger abandonné, mal à l'aise avec un corps en mutation, à la découverte de dons formidables mais qui risquent de l'éloigner de ce et ceux qu'il aime, fonctionne très bien et trouve un sens profond. On retrouve aussi au détour des récits un merveilleux Dick Grayson, un Bruce Wayne ou un Oliver Queen en pleine croissance, à deux moments différents de son existence, mais aussi, ça va sans dire, Lex Luthor. S'il fallait réaliser un portrait juste et touchant de Clark Kent, et de sa transformation progressive en ce Superman qu'il est appelé à devenir, sans que personne ne lui ai demandé son avis, cet American Alien touche sa cible et étonne par sa justesse. Une bonne surprise chez Urban Comics, qui mérite qu'on s'y attarde en cette rentrée. 




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Un Superman badass avec Jonboy Meyers





L'INTEGRALE X-MEN 1993 (1) : LE CHANT DU BOURREAU (X-CUTIONER'S SONG)

Le mois de mars apporte son lot de petit bonheur pour les fans des X-Men que nous sommes. Séquence nostalgie, retour en 1994, avec un crossover en douze parties, que nous avions suivis, lors de sa première parution, à travers le jeu de piste habituel proposé par Semic, à savoir aller puiser dans différentes revues kiosque, dont les célèbres versions intégrales de 48 pages. Je parle bien sûr du Chant du Bourreau, qui porte le titre ronflant et un poil aggressif en vo de X-Cutioner's song. Tout commence au Madison Square Garden. Charles Xavier, comme à son habitude, fait de son mieux pour assurer la cohabitation pacifique entre humains et mutants. Un joli discours émouvant, avec ses élèves et disciples qui assurent une protection rapprochée mais inefficace : Cable (en apparence) lui tire dessus et le blesse grièvement, laissant le mentor dans un état critique, qui plus est infecté par le virus techno-organique qui ronge déjà le corps du leader de la X-Force des années 90. Cable s'est enfui et il va falloir le retrouver, pour comprendre ses motivations, et lui faire payer cet affront. En parallèle, les lecteurs découvrent peu à peu, épisode après épisode (jusque la grande révélation finale sur son identité, qu'on voyait venir gros comme un camion, mais qui n'en fut pas moins choquante pour autant) un nouveau vilain inquiètant du nom de Stryfe. Celui-ci semble en vouloir particulièrement au couple Jean Grey / Scott Summers, au point que les enlever ne lui suffit pas, il souhaite les humilier, les faire payer pour des crimes, des fautes, que les deux amants auraient commis sans en avoir le souvenir. Stryfe est un criminel efficace, motivé par un profond ressentiment et une honte familale, et il permet de laisser planer un suspens insoutenable au long de ces épisodes. Comme Cable est activement recherché, forcément son équipe aussi doit prendre le maquis. X-Force en péril donc, et c'est tout le petit monde mutant qui s'agite sous la houlette de Scott Lobdell et Fabian Nicieza. Et on a beau chercher la petite bête, plus de vingt ans après, il n'empêche, oui, le Chant du Bourreau c'était vachement bien!

Car nous avons affaire là à un vrai récit épique et tragique, qui comme dans les bonnes tragéies greques, convoque la famille et ses affres, le sens du devoir et le rôle du destin. Scott Summers a abandonné son fils, ou a t-il accompli un geste d'amour extrême pour le sauver, lui donner une chance d'exister? Selon notre sensibilité, et le fait d'avoir toutes les informations en main, l'opinion peut-être divergente sur ce point. En parallèle les X-Men d'alors sont vraiment crédibles, très bien caractérisés, bénéficiant certes de l'héritage sublime de Chris Claremont, mais entamant une mue passionante, avec toute une série de micro drames personnels, de doutes insidieux, qui minent la stabilité des différentes équipes. C'est évident quand on voit Scott Summers tout émoustillé devant le physique sculptural de Psylocke, Archangel se complaire dans une violence latente qu'il a du mal à contenir, ou Bishop qui se heurte aux méthodes trop gentillettes de ses compères, lui qui souhaiterait sortir les gros calibres plus souvent. Au dessin, différents artistes se succèdent, avec des styles qui ne collent pas forcément entre eux. D'habitude j'ai tendance à penser que c'est rédhibitoire pour un récit de ce type, que ça brise l'unité, mais pas ici, car c'est une brochette de talents incroyables. Andy Kubert défend le super-héroïsme classique et incisif, avec un trait nerveux et détaillé. Jae Lee donne dans la colère, livre des planches sombres, torturées, où explose rage et violence, dans un jeu d'ombres somptueux. Brandon Peterson assure le job avec classicisme, et Greg Capullo démontre qu'il est en train de se faire une place au soleil parmi les tous meilleurs, ce qui n'était pas gagné quelques années auparavant (voir son passage sur Quasar pour comprendre...). En prime, on a droit à Mister Sinister dans toute sa splendeur énigmatique, et aux prémices d'une fin de décennie que nous regrettons aujourd'hui, de Onslaught au virus Legacy, en passant par Age of Apocalypse.
En gros, il existe certaines intégrales qui sont plus indispensables et bienvenues que d'autres. Celle-ci est totalement nécéssaire. Pour retrouver les X-Men au sommet de leur forme, sans jamais s'ennuyer, pas même une page.



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OLDIES : NAMOR DANS LES ANNEES 90 (JOHN BYRNE ET JAE LEE)

Namor, le Prince des mers, c'était avant tout une série régulière de qualité (publiée dans Strange) avec deux énormes artistes, fort différents, qui se sont succédés. 
Bien qu'étant un des doyens de l'univers Marvel, bien qu'ayant connu un "golden age" des plus florissants et étant le tout premier mutant à avoir eu les honneurs d'une série mensuelle, le personnage de Namor n'a pas pour autant un nombre d'estimateurs à la hauteur de son curriculum. Il faut dire que coté crédibilité, le héros se prête facilement au persiflage : nous avons affaire à un souverain soupe au laid, toujours prêt à péter un câble à la moindre contrariété, qui passe le plus clair de son temps à déambuler dans un slibard moulant et qui doit, forcément, dégager une certaine odeur de poissonnerie, ce qui n'est jamais un atout pour les relations sociales. Rendre Namor glamour, mission improbable? Demandez donc à John Byrne, il vous répondra qu'à l'impossible, nul n'est tenu. En 1990, il décide de proposer sa version du Sub-mariner, revue et corrigée pour le public de la fin du siècle. Exit le super héros incompris et rageur, place à un mutant enfin libéré de ses angoisses, plus posé, qui se lance dans le monde de la haute finance pour protéger efficacement les mers dont il est le gardien écologiste implacable. Scénario et dessins, on n'est jamais aussi bien servi que par soi même, surtout lorsqu'on a du talent.
Première mesure, expliquer les sautes d'humeur d'un Namor irritable. Pour ce faire, notre héros rencontre dès les premières pages Cab Alexander, un vieux scientifique amateur, et sa fille, dont il va même tomber amoureux. Cab lui explique avoir deviné la source du problème : un déséquilibre sanguin occasionné par le trop plein, ou la carence en oxygène, consécutive à la dualité terrestre/amphibienne du prince des mers. Dès lors, Namor décide de profiter de sa nouvelle stabilité caractérielle pour investir la finance, via une compagnie écran, la Oracle incorporated. C'est en puisant dans les innombrables trésors qui jonchent les fonds marins qu'il va lever les fonds et lancer sa nouvelle croisade. Qui va lui valoir de perfides nouveaux ennemis, comme les jumeaux Marrs, rivaux à la bourse. Ce qui ne l'empêchera pas de tomber amoureux de la soeurette. Car oui, le Sub Mariner est un chaud lapin. Byrne met ensuite le mutant aux prises avec une créature engendrée par la pollution ambiante, un certain Slug, et lui fait éviter une catastrophe écologique provoquée par des fanatiques de l'environnement. Suivront les créatures végétales de K'un Lun (les H'yltris) et le retour sur scène de Iron Fist, que tout le monde croyait mort. Une visite en Allemagne, à peine réunifiée, pour un mano a mano contre les restes du III° Reich, guidé par Master Man le super soldat vert de gris. Le tout avec brio, humour, un sens certain de la narration fluide, et des dessins lumineux et toujours d'une lisibilité appréciable. Byrne restera 25 numéros durant, afin de céder le flambeau à un artiste alors quasi inconnu.

Le run de Byrne a donc été un très grand moment de lecture, pour beaucoup de jeunes Marvel fans de l'époque. Difficile de faire mieux, en arrivant derrière. On avait atteint un véritable pic de qualité qui faisait craindre le pire pour son successeur. Sauf que ce dernier, à la surprise générale releva le défi avec brio. Place donc à Jae Lee, un coréen d'origine de dix neuf ans à l'époque, avec à son actif une simple pige chez Marvel, pour la revue anthologique Marvel comics presents. Mais quand on a du talent, on peut compenser aisément le manque d'expérience. Le Namor de Jae Lee est radicalement différent de celui de Byrne, il n'essaie pas de singer ou de rendre hommage à son aîné, mais bien d'imposer une nouvelle direction artistique au titre, en le gratifiant de pages ultra expressionnistes, sombres et paroxystiques. Le Prince des mers y apparait massif, doté d'un physique dopé aux anabolisants et noueux, une force sauvage de la nature aux veines saillantes. Les différents personnages n'ont de cesse de se lover dans l'ombre et en sortir brièvement, alors que les cases implosent, saignent, fondent ou se mêlent. Le classicisme de Byrne est foulé aux pieds par un vent de modernité, une déferlante technique impressionnante, qui va redynamiser un comic-book plutôt gâté par le sort, avec de tels artistes à sa tête. Pour le scénario, Byrne prolonge quelques mois, le temps de dénouer les fils de l'intrigue précédente : Namor est devenu amnésique, privé de ses souvenirs (il ignore même son identité) par Master Khan, et il erre dans le midwest américain ou il prête main forte à des activistes écologistes, avant de tomber nez à nez avec Fatalis himself, à bord d'un chalutier de nouvelle génération, qui menace de porter atteinte à la faune marine. C'est ensuite Bob Harras qui prend la relève dans l'écriture, le temps de ramener le Prince des mers à Altantis, où une lourde menace pèse sur son peuple, celle de légendes et de mythes oubliés et craints, qui reviennent à la vie pour détruire le royaume fabuleux de Namor. De biens beaux épisodes qui furent publiés à l'époque sur les pages de Strange (pour les allergiques à la VO) qui méritent absolument toute votre considération. C'est aussi l'occasion de voir naître un dessinateur inspiré, encore limité par une folle envie d'épater, et en recherche d'une maturité artistique, mais qui va laisser une empreinte substantielle dans les années suivantes. A la suite de Jae Lee, le titre va passer entre d'autres crayons moins experts (Geoff Isherwood notamment) qui tenteront sans succès de lorgner vers une synthèse maline du travail de John et Jae. Rien à faire, c'est la panne sèche, un scénario faiblard, et le déclin. 


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THE ART OF JAE LEE (DC COMICS)





Aujourd'hui, petit arrêt sur images avec Jae Lee, et certaines des plus belles covers et illustrations chez Dc de cet artiste. Dans son style inimitable, de magnifiques dessins qui jouent avec dextérité sur les ombres, les silhouettes, les contours, dans un univers onirique qui lorgne vers la cauchemar, et l'allégorie. Un exemple de ce que Jae Lee est capable de produire. Un très grand du dessin, assurément. 









BEFORE WATCHMEN : OZYMANDIAS

Urban Comics poursuit l'édition des différentes séries liées au projet Before Watchmen dans de très beaux albums librairie, et ceci quelques mois seulement après avoir offert ces mêmes histoires à son public kiosque. Ce mercredi intéressons-nous à Ozymandias, alias Adrian Veidt, l'homme le plus intelligent du monde, dans les idées d'Alan Moore. Qui en avait fait un homme d'affaires ultra riche, austère, presque ascète. Un super-héros poussé à l'extrême, un être si au dessus du commun des mortels qu'il s'en retrouve isolé et enfermé dans une conception élitaire et utopique de la société, selon ses propres standards éthiques bien particuliers. Ozymandias avait aussi la particularité d'être très versé sur l'antiquité, et en particulier attaché à la figure d'Alexandre; à ses yeux un exemple à émuler. Coté sexualité, le personnage reste nimbé d'un certain mystère, au point que Rorschach se soit d'ailleurs posé la question.

C'est à partir de tous ces détails que Len Wein a pu s'atteler à sa propre conception du prequel. Un artiste au passé très chargé, plus forcément sur les lèvres des plus jeunes, mais qui a toujours su garder un style et une vision des comics propres à épater et innover. C'est lui qui inventa Swamp Thing et nombre de récits d'horreur, pour Dc. C'est aussi le créateur de Wolverine, et l'artisan (avec Karin Berger) de l'arrivée d'Alan Moore lui même sur la série consacrée à la créature des marais, outre l'editor de Watchmen. Avec la réussite et la clairvoyance que l'on sait tous. Bref, une pointure reconnue et indiscutable.

Wein raconte les origines d'Ozymandias en partant d'un des moments les plus dramatiques de Watchmen : l'instant où il attend les autres héros dans son quartier général, prêt à un ultime et dramatique affrontement. Séances d'introspection, avec des souvenirs issus de l'enfance, et de l'adolescence. Il est clair que pour l'auteur, c'est justement la différence (intellectuelle et émotionnelle) qui le caractérise le mieux. Adrian est habile, calculateur, le jouet pourtant d'obsessions qui l'amèneront un temps sur les terres autrefois gouvernées par les Pharaons, en Phénicie, et dans les landes inaccessibles du Tibet. Wein nous fournit des révélations sur la bisexualité de Veidt, et introduit un personnage féminin qui aura une importance positive pour lui. Mais c'est le crime (et particulièrement Moloch) qui modifie son destin, et le pousse à devenir un justicier. Le scénariste garde un ton détaché et souverain lorsqu'il narre toutes ces étapes, créant volontairement un effet d'éloignement raffiné en exposant les faits. Aux dessins, quel plaisir de retrouver Jae Lee, dont les traits ombragés, torturés, hyperréalistes, magnifient la figure imposante du personnage principal, sa majestuosité, et enrichissent les décors liés à la culture classique, sous influence néo-classique. Coté composition des planches, nous retrouvons parfois une vignette ronde au centre, entourée par d'autres vignettes rectangulaires. Ailleurs c'est l'image d'un demi cercle qui se détache, avec encore et toujours l'idée, le concept de la sphère qui prédomine. Gothique, impressionnisme, et surréalisme finissent par s'unir, et former un récit en images d'une beauté stupéfiante et riches en moments forts. Une mini série totalement réussie, qui sans trahir vraiment l'esprit d'Alan Moore, vient compléter idéalement le chef d'oeuvre que nous connaissons, avec une classe folle.


PUNISHER : COUNTDOWN LA FIN DU PUNISHER EN 1995


 
Retour ce vendredi sur la fin du Punisher. En 1995. Pour être honnête, sur une "des fins" du Punisher. En tant que nostalgique, j'y tiens beaucoup, à celle-ci.
 
Vous connaissez le proverbe : tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle se casse. Trois titres mensuels pour le Punisher, c'était beaucoup (trop), nonobstant le succès réel rencontré par le justicier urbain au début des années 90. Lorsque Marvel s'est rendu compte que les trois titres avaient du plomb dans l'aile, les têtes pensantes ont vite réagi, en souhaitant effacer de la carte les coupables, pour un relaunch plus rationnel et explosif. La fin de "Punisher", du "Punisher War Journal" et de "Punisher War Zone" devait être synchro, et pleine de panache. Cela faisait plusieurs mois que le terrain avait été défriché : Castle était devenu encore plus violent et psychotique, traqué de toutes parts, aux abois. Au point que son ami et soutien logistique d'alors, le regretté Microchip, avait opté pour une thérapie de choc : retenir le Punisher prisonnier dans un studio aménagé dans le sous-sous sol d'un dépôt désaffecté, ressemblant en tous points au salon des Castle, à l'époque de leur vie familiale heureuse, avec mari, femme et deux enfants. Une thérapie cognitive très discutée, qui n'aura eu qu'un seul résultat : raviver la rage du Punisher, qui décide de dessoudre Micro dès sa sortie. Ce dernier n'a pas perdu de temps de son coté : il a recruté un jeune latino avide de vengeance (sa famille aussi a connu une mort tragique), un certain Carlos Cruz, qu'il a affublé d'un costume de Punisher modifié, notamment équipé d'un masque effrayant et bien pratique pour les balles en pleines tête à bout portant. Leur cible privilégiée : Rosalie Carbone, héritière du clan du même nom, une garce sans foi ni loi, qui ambitionne le contrôle des clans de la côte est. 
 
 
C'est Chuck Dixon qui a reçu l'adoubement et l'honneur de mener à terme les aventures du Punisher, avec la collaboration de Chris Sottomayor. Un véritable choc à l'époque : Castle qui se retourne contre son seul et unique allié de toujours, Linus Lieberman, alias Microchip. Au moment de le tuer, toutefois, notre justicier inébranlable hésite une fraction de seconde, juste assez pour que le destin tranche avant qu'il n'ait à appuyer sur la gâchette. C'est la débandade, un parfum de fin de règne flotte sur ces cinq parties de "Countdown", à commencer par les couvertures magnifiques toutes réalisées par un Jae Lee des grands jours, et sur lesquelles campe un compte à rebours angoissant. Rod Wigham n'est pas un des artistes les plus raffinés chez Marvel, mais son Punisher massif, à bout de souffle, hagard, et seul contre un monde qu'il ne comprend plus, qui semble le rejeter, finit par être transcendé, comme un martyre épuisé à la recherche de la paix de l'âme et de l'esprit, qu'il ne pourra trouver qu'au travers de l'épreuve ultime, la mort. Pour suivre en intégralité ce run éprouvant pour les nerfs, voici l'ordre de lecture. Tous ces comic-books sont de 1995, et ils commencent à se raréfier sur les sites de ventes aux enchères et les collectionneurs. Ne tardez pas trop à vous les procurer, car pour les acquérir ensemble en "near mint" ou "very fine", il faut déjà mettre la main au porte-monnaie. Si vous attendez une publication Vf, c'est que vous êtes résolument optimistes/ingénus.
 
 
 
 

- The Punisher 103
- The Punisher War Journal 79
- The Punisher War Zone 41
- The Punisher 104
- The Punisher War Journal 80

MURDER FALCON : WARREN JOHNSON ET LE METAL POUR SAUVER LE MONDE

 Avec un titre pareil, on s’attend à du bruit, de la fureur et une aventure fracassante. Murder Falcon (ici réédité dans une version augmen...