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SPIDER-MAN L'EMPIRE 2 : KAARE ANDREWS ET LA SUITE DU "REIGN"


 Kaare Andrews persiste et signe : Spider-Man: Reign 2 n’est pas là pour caresser les fans dans le sens du poil (d’araignée). Après avoir scandalisé et fasciné avec son premier Empire — une dystopie crépusculaire où Peter Parker tuait accidentellement Mary Jane à force de trop l’aimer (littéralement) — voici la suite, et c’est peu dire qu’elle débute dans un climat de dépression la plus totale. Dès la première page, le Caïd surgit des ruines de l’Empire State Building, pas mort du tout, mais affamé au point de croquer un être humain pour reprendre des forces. On est dans l'exagération hardcore, avec un Wilson Fisk bestial dont l’ambition n’est plus de diriger New York, mais d’en devenir le roi, façon tyran biblique sous stéroïdes. Le trait de Kaare Andrews, rehaussé des couleurs granuleuses de Brian Reber, joue la carte rétro, avec des corps et des poses tirés des années 1990 et une esthétique qui évoque les grandes heures de Dark Knight Returns. Sauf que chez Andrews, tout est plus sale, plus fou, plus outrancier. Au cœur de ce délire post-apocalyptique, un Peter Parker vieilli, ridé, usé jusqu’à la moelle, lové dans une réalité virtuelle où il vit heureux avec une Mary Jane fantasmée. Branché à des tuyaux et enfermé dans un cocon d’illusions, il refuse le monde réel. Jusqu’à ce qu’une nouvelle version de Black Cat vienne jouer les infirmières de choc et le réveille sans lui demander son avis. La méthode est rude. Le Spider-Man qui renaît est hagard, à moitié nu, barbu comme un gourou survivaliste et peu porté sur la subtilité. S’ensuit une fuite psychédélique dans une ville gangrenée par la folie, avec des Bouffons miniatures (Norman Osborn aussi sera brièvement de la partie), de la violence à tous les niveaux, des ennemis historiques bodybuildés jusqu’au ridicule, et des morts gratuites, dont certaines sont presque parodiques (Jameson qui dégaine un fusil à pompe pour tirer sur Spidey et abat Robbie Robertson, on n'invente rien).


Reign 2 joue la surenchère permanente. Violence graphique, twists en rafale, timeline bancale, histoire délirante : l’ensemble a des allures de cauchemar éveillé où les repères explosent. Ce sera le grand point fort du travail d'Andrews, la raison pour laquelle beaucoup vont adorer, tandis que beaucoup d'autres vont détester. Peu importe les raisons rocambolesques qui permettent cela, Peter va avoir l'occasion de revenir en arrière et d'effacer la mort de Mary Jane. S'il avait su la laisser partir, peut-être n'aurait-elle pas succomber à la maladie, les choses auraient pu être fort différentes… seulement voilà, dans cette nouvelle réalité qui attend le Tisseur, il y a aussi une version inédite de Venom qu'il va falloir affronter, tout en composant avec la présence de Miles Morales, qui a lui aussi connu une existence tragique et qui a bien changé depuis le personnage gentillet que nous connaissons. Andrews s'amuse avec de nombreux points de l'histoire que nous avons tous en tête, à commencer par le Spider-Man de McFarlane, pour brouiller les pistes, redistribuer les cartes, revenir en arrière, pour nous raconter ce qui aurait pu être ou plutôt ne sera jamais, en raison de la malédiction de Parker, ici portée à son paroxysme au niveau de ses conséquences. Peu importe si le scénario n'est pas toujours très clair, si par moments ce que l'on lit semble perdre un peu de sens, ce qui est en jeu ici, c'est la représentation graphique explosive qui caractérise son travail, qui a subi une évolution ultérieure depuis l'Empire (premier du nom), au point de devenir aujourd'hui une version survitaminée et postmoderne des années 1990. Alors oui, c'est clairement brouillon, ça n'est pas quelque chose d'indispensable, mais pour autant, le produit fini à quelque chose de fascinant dans son imperfection. Notez que vous pouvez trouver une édition présentant les deux histoires, premier et second récit, disponible chez Panini Comics, dans un coffret pour 39 euros.



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IRON FIST L'ARME VIVANTE : DU KAARE ANDREWS EN MARVEL DELUXE


 Le mois de mai est aussi l'occasion de fêter les 50 ans d'un personnage qui n'est pas forcément à ranger parmi les plus connus de l'univers Marvel, mais qui a eu l'occasion, ces dernières années, de bénéficier d'une belle exposition médiatique. Avec principalement une série diffusée (à l'époque) sur Netflix. Certes, Iron fist n'a pas eu droit au produit télévisé le plus inspiré de tous, néanmoins la tentative est louable et elle a permis d'ouvrir les yeux du grand public sur les aventures de Danny Rand. Signalons donc l'apparition d'un Marvel Deluxe qui reprend une série sobrement intitulée The Living weapon confiée aux bons soins de Kaare Andrews. Exit le Danny cool et prêt à croquer la vie à plein dents, place à un héros torturé et glacial : rien ne semble l'atteindre, même au lit en compagnie d'une jolie journaliste. Un héros dont les secrets remontent à l'enfance, liés à la famille, aux premières années, ce qui permet une relecture intelligente et utile de ses origines. Ce Deluxe présente alors une recherche de K'Un Lun -cité mystique qui se manifeste sur notre plan de réalité une fois par décennie - qui se termine en tragédie pour le petit Danny. Ceci est exposé sous forme d'un flash-back répété, alors que le héros passe d'une interwiew, à une soirée au resto, puis une nuit très intime, avec sa conquête du soir, dont au final il ne se rappellera plus même le nom lorsqu'elle sera mise en danger par sa faute. Il y a de l'humour dans ce titre, un humour froid et cynique, qui colle avec ce personnage qui se voudrait adepte d'une certaine forme d'ataraxie, derrière laquelle semble plutôt se cacher un vide émotionnel, une carence émotive peut être inévitable, chez qui prétend maîtriser à la perfection les arts martiaux, au point de gagner le statut pas forcément envié d'arme vivante. Car qui dit arme dit combats, batailles, et cette série n'échappe pas à l'axiome. Danny subit un raid au petit matin, et il va devoir mettre à profit ses capacités physiques exceptionnelles pour rester en vie, et protéger celle qui vient de malencontreusement passer la nuit avec lui. Tout ceci est admirablement bien raconté par le biais de planches inventives et expressionnistes, qui empruntent autant à Frank Miller, Jim Steranko, ou Quentin Tarantino. Un tourbillon visuel et narratif saupoudré de zombies ninjas cybernétiques et de combats au dernier sang.



Danny Rand a beau vouloir s'en affranchir et vivre sa vie américaine, il est happé par son passé, ses premières années, et ce qui se passe en son absence dans la cité de K'Un Lun. Une petite messagère est censée le rappeler "chez lui" car de bien sombres événements se déroulent en son absence. Qui impliquent le Tonnerre, son maître et formateur, et pourraient remettre en question tous les choix que Iron Fist a pu accomplir jusque là, qui ont fini par faire de lui une arme vivante, au détriment de l'immortalité, et probablement d'une certaine idée de la sérénité et du bonheur. On apprécie un Kaare Andrews très convaincant et inspiré. Des dessins personnels, racés, avec une mise en page inventive et diaboliquement brute et percutante. Voici là une histoire qui donne envie d'aller plus loin, avec une narration contrôlée, rythmée, et un personnage qui sait être attachant d'emblée, tout en évitant la répétition de ce qui a été fait précédemment, sur les pages de The Immortal Iron Fist (omnibus prévu pour début juin, après quelques jours de retard sur la date initiale). Andrews est aussi réalisateur de longs métrages (deux à ce jour) et cela se perçoit dans le découpage, dans son story-telling. Certaines intuitions, comme de voir apparaître les os des avant-bras lorsqu'il use de ses pouvoirs, ou l'utilisation des couleurs (le rouge surtout) et d'un costume simplifié qui lorgne vers le Bruce Lee de la légende, sont autant de coups de génie qui contribuent à forger un style et un ton unique pour ce titre jamais banal. Les scènes de combat sont puissantes et expressives, et on ne relève que bien peu de défauts dans cet album maîtrisé de bout en bout. Même si vous ne connaissez que très peu Iron Fist, foncez!


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E-RATIC RECHARGÉ : DE RETOUR AVEC DIX MINUTES DE SUPER POUVOIRS PAR JOUR




 Il existe en effet un cousinage évident entre le personnage de E-Ratic et Spider-Man; après tout, vous n'êtes pas si naïf que cela, vous avez bien compris de quoi il retourne ! Lorsqu'un adolescent s'enferme dans sa chambre et fabrique de la toile bien gluante en cachette de sa tante, avec la hantise qu'on le surprenne en action… ce genre d'allusion divertissante se retrouve avec Oliver Leif, qui dispose uniquement de dix minutes de super pouvoirs par jour, qu'il a peur de libérer et qu'il doit ensuite recharger jusqu'à la prochaine manifestation de ses dons. Non, je n'ai pas l'esprit mal placé, c'est juste drôle et ça sert d'introduction, pour vous parler du second tome des aventures de ce personnage publié aux États-Unis par AWA et en France chez Black River. Kaare Andrews est un artiste complet capable de choses excellentes, notamment d'adapter et de faire évoluer son style graphique, année après année et selon les exigences de l'histoire. Ici, il nous offre un comic book bubble gum et électrisant, qui est un peu la synthèse de décennies d'histoires du genre super héroïque. On y retrouve l'inspiration des grands classiques comme le Spider-Man de Lee et Ditko, contaminé par l'énergie du manga. Tout comme Spider-Man autrefois, Oliver fréquente l'école. Il est encore très jeune et il a un frère mieux bâti, dans les classes supérieures, tandis que lui est une sorte de petit nerd qui subit les brimades des autres camarades de sa classe. Le système scolaire américain est différent du nôtre et dès le plus jeune âge, certains élèves vivent sur une sorte de petit campus, dont l'atmosphère est ici présentée d'une façon tout à fait irréaliste mais qui permet de brosser une galerie de portraits attachants. Que ce soit la petite amie jalouse, rancunière et youtubeuse ou la principale déjantée et mièvre au possible, chaque personnage ajoute son grain de sel à la tragicomédie juvénile d'E-Ratic. Cette série fonctionne aussi grâce à cela, une plongée dans la préadolescence, ce moment où tout change, à fortiori quand vous êtes dotés de super pouvoirs et qu'on compte sur vous pour sauver le monde.




Cet album, c'est aussi l'occasion d'en apprendre un peu plus sur les pouvoirs du protagoniste, même si nous sommes encore loin, tout comme lui d'ailleurs, de maîtriser parfaitement la situation. Tout ça commence par un cauchemar assez effrayant, qui met en scène une créature qu'Oliver va rencontrer par la suite. Son identité sera à révélée dans les dernières pages; et ça se poursuit avec l'apparition d'une sorte de princesse venue d'un autre monde et une situation totalement improbable à l'école, avec des agents gouvernementaux qui viennent suivre la piste des possibles "renaissants" (c'est-à-dire individu doté de super pouvoir) et qui imposent d'étranges colliers pour contrôler tous les adolescents, dans leur moindre faits et gestes. Kaare Andrews est un meilleur dessinateur que scénariste et ce n'est pas lui manquer de considération que d'affirmer cela. Le récit est prenant, truffé de rebondissements, mais on a toujours cette sensation que certains d'entre eux sont un peu mal ficelés ou forcés. Néanmoins, on sourit beaucoup, on ne s'ennuie pas et les dessins sont absolument magnifiques. Alors bien sûr, il faut apprécier ce style clairement hérité du manga, cette énergie débordante qui suite largement de chaque page, ce petit côté cartoony avec des figures féminines toutes plantureusement avantageuses. La couleur de Brian Reber est au diapason et apporte un bénéfice très efficace. En réalité, si vous voulez convaincre un ado qui ne lit que du manga de se mettre aux comics, E-Ratic est peut-être la série qu'il faut pour le reconvertir progressivement en client fidèle. Loin d'être le titre qui révolutionnera le genre, voici en tous les cas le second volume d'un nouveau petit personnage au capital sympathie débordant, qu'on retrouve finalement avec plaisir chez Black River. 




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E-RATIC CHEZ BLACK RIVER : 10 MINUTES POUR ÊTRE UN HÉROS


 Quand vous êtes un ado pas très sûr et complexé, avec une mère célibataire qui peine à trouver du boulot pour payer le loyer et un frère "athlète" du lycée, qui n'a que peu de points communs avec vous, il est possible que l'arrivée dans une nouvelle petite bourgade qui ne paie pas de mine (et l'inscription sur le campus local) puisse tourner au film d'horreur. Rien à faire pour Oliver Leif, cette nouvelle réalité est bien difficile à assumer et on sent que le gamin est en manque de repère. Oui mais voilà, il possède une particularité très étonnante : dix minutes par jour, il est capable de manifester des supers pouvoirs qui en font une sorte de Spider-Man revisité. Il y a forcément beaucoup de clins d'œil au personnage de Lee et Ditko (voir Bendis et Bagley) dans la création de Kaare Andrews. Le look, ce qu'il est capable de faire, la manière dont cela est représenté, mais aussi l'ambiance très "teenager", la perte d'un être cher et même des petits détails, comme la charmante blondinette qu'il rencontre sur le campus et qui porte le nom de Kirsten (ça fait penser à une actrice qui fut en son temps une bien jolie Gwen Stacy). Mais nous sommes en 2023, les choses ont bien changé et l'innocence des années 1960 s'est transformée en un monde où il suffit d'avoir un portable à la main pour tenter de filmer des événements extraordinaires (qu'on vous a pourtant demander de taire) pour devenir "quelqu'un". Et puis l'établissement scolaire dans lequel se retrouve Oliver est tout de même assez particulier : la communauté enseignante est soit complètement inapte (l'occasion de brocarder les travers des Américains aujourd'hui) soit composée de types qui ont apparemment de lourds secrets à cacher (c'est le cas de Alvarez, qui enseigne la sociologie, mais semble doté d'une voix qui pousse ceux qui l'entendent à accomplir ses désirs. Bien pratique, quand on souhaite prendre la place du proviseur, qui comme par hasard se défenestre le jour où il nomme comme adjoint la collègue de français). 



Visuellement parlant, c'est une claque. On a l'impression de lire une histoire qui représente la fusion de nombreux styles, quelque chose capable de s'adresser aussi bien à un public adolescent qu'à un lecteur chevronné, à une aventure aux contours simplistes mais à l'ambition évidente. Andrews est un dessinateur remarquable et il le prouve, d'autant plus que les couleurs de Brian Reber se mettent au diapason, explosent de franchise et de lumière, et même les scènes les plus statiques sont portées par un rythme qu'impose le montage intelligent et la charge cinétique des différentes vignettes. Ce qui est bien pratique d'ailleurs, compte tenu des pouvoirs du jeune héros. Par contre, en tant que scénariste, Andrews a encore une marge de progression. Certaines transitions sont abruptes et son envie de bien faire, de manier à la fois l'humour, l'action, la satire et le spectaculaire, finit par faire se télescoper tout cela, au détriment de la lisibilité. Par contre on pourra souligner la capacité de donner à chacun des personnages un moment pour briller. Ce qui permet d'aborder des thèmes comme le besoin plus qu'existentiel d'exister, à travers le regard des autres et avec les réseaux sociaux. C'est désormais une priorité pour la plupart des jeunes ! Ou encore l'envie de trouver un moule dans lequel se fondre, pour appartenir à une communauté… et son contraire, la singularité à tout prix, être différent par peur de n'être personne. E-Ratic se referme avec la nette impression d'avoir lu quelque chose d'extrêmement pétillant, l'effet d'une bonne boisson gazeuse fraîche et bien sucrée, par temps de canicule. La nature des pouvoirs du héros est une allusion évidente à la pandémie que nous venons de connaître, bien évidemment, mais elle trouve aussi son explication dans la volonté de AWA de créer un univers partagé et dont la pierre d'achoppement est la mini-série The Resistance, qui a été publiée par Panini Comics. Même si ici il n'y a aucun renvoie particulier ou nécessaire pour faire la jonction, il est tout de même intéressant de constater que le grand œuvre final s'étend donc en langue française chez plusieurs éditeurs. Vous cherchez une lecture sympathique et fichtrement bien dessinée, vous l'avez peut-être trouvée chez Black River. 




JE SUIS WOLVERINE : L'ANTHOLOGIE DE LOGAN

Je suis Wolverine. A part Hugh Jackman, le temps d'un dernier film, pas facile de revendiquer cela. Le mutant griffu signe son adieu (momentané, le mot n'a guère de sens dans les comics) au cinéma, et Panini Comics propose une anthologie qui revient sur certains des moments marquants de la carrière du sieur Logan. Avec un menu riche et varié.
L'occasion pour ceux (il en reste encore) qui ne le savent pas de constater que le personnage est apparu pour la première fois sur les pages de la série The Incredible Hulk (en 1974), dans un face à face avec le géant vert. Invité pour l'occasion, une autre créature légendaire, le Wendigo, abominable monstre à fourrure du nord canadien. Len Wein et Herb Trimpe signent là les débuts d'un phénomène qui allait devenir planétaire, mais ça ils ne le savaient pas encore.
C'est bien entendu dans les pages de Uncanny X-Men que Wolverine va devenir une référence pour les lecteurs. Plus âgé, violent, et désabusé que ses collègues de travail (des jeunots recrutés par le Professeur Xavier, pour palier initialement à la disparition des premiers X-Men, captifs de l'île mutante de Krakoa), il est cet élément perturbateur et énigmatique, plus sauvage et animal qu'humain, qui vient équilibrer la doctrine pacifiste et naïve du mentor chauve, et apporter cette touche badass que le premier Scott Summers et ses amis étaient loin de posséder. Dans cette anthologie nous dégustons deux épisodes. Tout d'abord le célèbre #205 où le personnage, attaqué et traqué par les cyborgs de Lady Deathstrike, est réduit à un état bestial, et rencontre la petite Katie Power, en pleine tempête de neige. La gamine sait qu'il est un héros, et pour cause, car elle appartenait alors au groupe Puissance 4 (pas le jeu Mattel, la traduction Vf de la série Power Pack). C'est dessiné par le grand Barry Windsor Smith (l'artiste derrière l'Arme X) dont chacune des rares apparitions sur le mensuel X-Men a donné lieu à des pages qui ont traversé le temps, droit vers la légende. Le #268 lui nous ramène en 1941 à Madripoor, cette île asiatique où la pègre joue à domicile. Un épisode qui se gausse de la chronologie officielle puisqu'on y trouve aussi Captain America (logique), Ivan Petrovitch et sa protégée (Natasha Romanof, encore enfant), les ninjas de la Main, et des nazis. C'est le grand Jim Lee qui donne vie à tout ceci, sous les ordres d'un Chris Claremont qui approchait de son chant du cygne, et qui fut le grand artisan de l'ascension de Wolverine au firmament des comics. 

Place aussi à la propre série de Wolverine, son titre à lui. En 1988 la popularité de Logan est telle que le griffu a obtenu depuis quelques mois sa parution régulière. On y retrouve Madripoor, mais surtout un des ennemis récurrents, dotés d'à peu près les mêmes facultés, mais sans la morale et le self contrôle qui en font un super-héros. Sabretooth (Dents de Sabre) est une pourriture qui aime infliger la souffrance aux autres, et dont le chemin croise depuis des décennies celui de son antagoniste. Bill Sienkiewicz et son style si particulier, sa folie graphique, que demander de plus pour un tel choc? 
C'est ensuite Larry Hama qui prend en main le destin de Wolverine, et ce scénariste va laisser des traces profondes, et appréciées des lecteur dans sa carrière. Avec Marc Silvestri (autre poids lourd qui allait vite atteindre le sommet de la vague) Logan se rend au Canada pour aller saluer Puck le nain (pardon, héros de petite taille) de Alpha Flight, qui joue temporairement les videurs dans un bar, histoire de remplacer la titulaire du poste, le temps qu'elle guérisse d'une fracture. La suite flirte avec l'incroyable, accrochez-vous donc : Lady Deathstrike, grâce aux pouvoirs de téléportation de Gateway, arrive sur les lieux pour en découdre avec Wolverine, histoire de se venger après avoir appris que les nouvelles de sa mort étaient grandement exagérées. Oui mais voilà, petit cafouillage dans le vortex qui permet de voyager dans le temps et l'espace, et tout ce joli monde se retrouve projeté en 1937, durant la guerre civile espagnole, en présence d'un certain... Ernest Hemingway. Oui, comics et littérature vont bon ménage, mais dans les moments les plus improbables.
On effectue un petit détour en 1995, le temps d'un numéro réalisé par Hama et le formidable Adam Kubert, et on saute à la série Wolverine considérée comme la "troisième volume, ou V3 pour les spécialistes", avec un tour dans la tête du personnage, dérangeant et surprenant, grâce au duo gritty et sombre Robertson et Rucka. Ensuite viennent Millar et Andrews, pour une plongée horrifique dans un camp de concentration, durant la seconde guerre mondiale. Un récit qui avait frappé les esprits à sa première publication, et pour cause. A découvrir si vous n'avez jamais eu ces pages sous les yeux. Enfin on a droit à une excursion dans des épisodes plus récents, notamment avec le scénariste Jason Aaron, qui va être lui aussi un artiste d'importance pour la représentation plus moderne et relâchée du mutant griffu.
Un Wolverine qui au fil des ans est devenu moins anguleux, moins bestial, au point de devenir le directeur d'un institut pour mutants, et d'avoir sous son aile de jeunes pousses mutantes ayant besoin d'être dirigées et conseillées. Et pourtant, en secret, Wolverine est aussi cet exécuteur implacable des basses besognes, dont X-Force avait grand besoin, quand d'autres ne voulaient pas se salir les mains. Une anthologie qui forcément ne peut pas embrasser toutes les facettes d'un héros qui demanderaient une encyclopédie grosse un double omnibus, mais qui offre de belles tranches de vie, pour un personnage momentanément "disparu" mais jamais aussi présent (X-23 ayant repris le flambeau, et la version Old Man Logan étant le meilleur Wolverine depuis longtemps, grâce à Jeff Lemire)





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OLDIES : SPIDER-MAN L'EMPIRE (THE REIGN) DE KAARE ANDREWS

Commençons par la fin : il y avait une grande attente autour de cette mini série dessinée par l’artiste aux multiples facettes, Kaare Andrews, et comme chacun le sait, à grandes attentes, grands risques également de se casser la figure. Cela dit, ne vous laissez pas égarer par cet incipit : The Reign (L'Empire en Vf) est une bonne histoire et bien illustrée (les couvertures sont aussi très belles) et vaut probablement le prix de l’album, mais ce n'est pas non plus le chef d’œuvre annoncé, à tort. Le pitch? Dans un futur proche, Spiderman a fini par raccrocher ses toiles, et la ville de New York est sous le joug d’une direction fascisante où le contrôle est aux mains des mass médias et de politiques qui exacerbent les peurs des habitants. Peter Parker, comme à son habitude, survit d’un petit boulot à l’autre, d’une crise existentielle à l’autre. On le retrouve même humble fleuriste, bien loin du héros qu'il fut, au service des new-yorkais. La population finit par se soulever et tente d’améliorer son quotidien, par le biais de petites émeutes rapidement et durement réprimées. Parker n’a aucunement l’intention de se laisser emporter par ce problème, jusqu’à ce qu’un de ses fans les plus improbables vienne frapper à sa porte. On découvre ainsi que certaines vieilles connaissances sont elles toujours en activité (JJJ, un acronyme comme indice), ce qui contraindra progressivement le tisseur de toile à reprendre du service, pour le bien de la ville, et à affronter ses démons issus du passé. Il était temps, car le pauvre se fait même tabasser sans réagir dans une ruelle, et il semble devenu l'ombre de lui même, de celui qu'il était à ses grandes heures.

Andrews se lance, avec cet ouvrage, dans un gigantesque What if... (cette série qui s’interroge sur des scénari alternatifs à notre réalité ; du genre Et si Peter Parker n’avait pas été mordu par une araignée mais par une méduse ?) peuplé d’une multitude de personnages, au risque de sembler par moments un peu brouillon. Evidemment les amateurs de comics l’auront compris : il s’agit d’une tentative d’émuler le chef d’œuvre de Frank Miller, Dark Knight Returns, mettant en scène un Batman vieillissant, dans des circonstances presque analogues. Mais cette imitation stylistique, qui arrive 20 ans après son modèle, n’a pas le même impact ni le même panache. Autre point négatif : la volonté (probablement imposée par Marvel) de reprendre certains points et personnages tels que présentés dans la série des films de Spider-man avec Maguire, tout particulièrement le troisième (comme le costume noir). La puissance du cinéma ne date pas d'aujourd'hui. Toutefois cette aventure reste appréciable et appréciée, un bon divertissement typique des affres de notre cher Homme Araignée, qui sans être révolutionnaire ou destiné à l’Olympe du comics, vous fera probablement passer une agréable heure de lecture. Avec un artiste complet à la barre, qui pose des questions pertinentes comme ce qui se produit lorsqu'un homme, par fatigue, lâcheté ou douleur, tourne le dos aux valeurs qui ont toujours été les siennes, ou bien les conséquences pour une femme de vivre sa vie avec un mari dont les pouvoirs dérivent d'une morsure radioactive. En effet, Andrews nous explique clairement que Mary-Jane est morte car empoisonnée par les fluides corporels de Peter, à savoir, pour être clair, le sperme de ce dernier, qui s'est révélé fatal au fil des ans. Un récit qui est aussi tout particulièrement notable à une époque où le mouvement des "indignés"  a récemment fait tâche d'huile, et où on ressort les vieux masques-sourires de "V For Vendetta" pour éprouver le frisson de la rébellion, sans pour autant aller jusqu'au bout des actes ou des idées. 

Album sorti dans la collection Spider-Man 100% Marvel 5tome 7) et Marvel Collector en kiosque (le #4)





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IRON FIST (THE LIVING WEAPON) : TOME 1

Iron Fist n'est jamais guère absent très longtemps, et c'est une bonne nouvelle. Après de récentes aventures produites par des artistes aussi talentueux qu'appréciés, comme Ed Brubaker, Matt Fraction, ou encore David Aja, voici venir une nouvelle série sobrement intitulée "The living weapon", qui est confiée aux bons soins de Kaare Andrews. Exit le Danny Rand cool et prêt à croquer la vie à pleines dents, place à un héros torturé et glacial (rien ne semble l'atteindre, même au lit avec une jolie journaliste), dont les secrets remontent à l'enfance, liés à la famille, aux premières années. Ce qui permet une relecture intelligente et utile des origines mêmes du personnage. Ce premier volume commence par la  recherche de K'Un Lun -cité mystique qui se manifeste sur notre plan de réalité une fois par décennie- qui se termine en tragédie pour le petit Danny. Ceci est présenté sous forme d'un flash-back répété, alors que le héros passe d'une interwiew, à une soirée au resto, puis une nuit très intime, avec sa conquête du soir, dont au final il ne se rappellera plus même le nom lorsqu'elle sera mise en danger par sa faute. Il y a de l'humour dans ce titre, un humour froid et cynique, qui colle avec ce personnage qui se voudrait adepte d'une certaine forme d'ataraxie, derrière laquelle semble plutôt se cacher un vide émotionnel, une carence émotive peut être inévitable chez qui prétend maîtriser à la perfection les arts martiaux, au point de gagner le statut pas forcément envié d'arme vivante. Car qui dit arme dit combats, batailles, et cette série n'échappe pas à l'axiome. Danny subit un raid au petit matin, et il va devoir mettre à profit ses capacités physiques exceptionnelles pour rester en vie, et protéger celle qui vient de malencontreusement passer la nuit avec lui. Tout ceci est admirablement bien raconté par le biais de planches inventives et expressionnistes, qui empruntent autant à Frank Miller, Jim Steranko, ou Quentin Tarantino. Un tourbillon visuel et narratif saupoudré de zombies ninjas cybernétiques et de combats au dernier sang.

Danny Rand a beau vouloir s'en affranchir et vivre sa vie américaine, il est happé par son passé, ses premières années, et ce qui se passe en son absence dans la cité de K'Un Lun. Une petite messagère est censée le rappeler "chez lui" car de bien sombres événements se déroulent en son absence. Qui impliquent le Tonnerre, son maître et formateur, et pourraient remettre en question tous les choix que Iron Fist a pu accomplir jusque là, qui ont fini par faire de lui une arme vivante, au détriment de l'immortalité, et probablement d'une certaine idée de la sérénité et du bonheur. J'ai trouvé Kaare Andrews très convaincant, et inspiré. Des dessins personnels, racés, avec une mise en page inventive et diaboliquement bruts et percutants. Voici là une histoire qui donne envie d'aller plus loin, avec une narration contrôlée, rythmée, et un personnage qui sait être attachant d'emblée, tout en évitant la répétition de ce qui a été fait précédemment, sur les pages de The Immortal Iron Fist. Andrews est aussi réalisateur de longs métrages (deux à ce jour) et cela se perçoit dans le découpage, dans son story-telling. Certaines intuitions, comme de voir apparaître les os des avants-bras lorsqu'il use de ses pouvoirs, ou l'utilisation des couleurs (le rouge surtout) et d'un costume simplifié qui lorgne vers le Bruce Lee de la légende, sont autant de coups de génie qui contribuent à forger un style et un ton unique pour ce titre attendu. Les scènes de combat sont puissantes et expressives, et on ne relève que bien peu de défauts dans ce premier tome maîtrisé de bout en bout, qui tombe à point nommé, alors que Netflix fait monter la pression, avec une série télévisée à venir qu'on souhaite au moins aussi bonne que celle consacrée à Daredevil. Un Iron Fist d'auteur qui atteint des hauteurs. 


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