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JENNY SPARKS : L'ESPRIT DU XXe SIECLE AVEC TOM KING


 Tom King persiste à écrire ses histoires comme des thèses universitaires ou des roman à clé : introduction floue, arguments dispersés, conclusion qu’on ne saisira qu’au dernier chapitre… s’il est d’humeur à nous en livrer une. Jenny Sparks suit la recette à la lettre, mais avec un ingrédient en plus : une héroïne qui, à force d’arrogance et de sarcasme, donne envie de lui couper le courant. Pour l'empathie, vous repasserez; imbuvable, qu'on vous dit ! Dans ce récit étiqueté Black Label, Sparks est recyclée en chasseuse de super-héros détraqués. C’est dire si Captain Atom, errant en pleine crise mystique et grillant des passants entre deux crises d’identité, ne pouvait pas mieux tomber. L’opposition entre ces deux importés (Atom venu de Charlton, Sparks exilée du Wildstorm Universe) permet à King de questionner la place de ces pièces rapportées dans le puzzle DC. Symboles d’un autre temps, ils se heurtent à une époque qui ne sait plus très bien quoi faire de ses idoles, surtout quand l’une a été façonnée par l’ombre d’Hiroshima et l’autre par l’ivresse et l'urgence punk du XXe siècle. Batman traverse le premier épisode comme un figurant de luxe, presque avalé par les ombres, tandis que la croix rouge de Sparks et l’éclat métallique d’Atom éclaboussent les pages. Mais difficile de s’attacher à Jenny : elle est intelligente, oui, mordante, certes… mais aussi péremptoire, imbue d’elle-même et constamment figée dans l'idée de sa supériorité. C’est le genre de personnage qui, même quand elle sauve la planète, vous donne envie de changer de trottoir. L'histoire se déplace ensuite dans un bar où Atom retient cinq otages, et poursuit deux lignes dramatiques : la montée en puissance quasi divine de Captain Atom et la résurrection absurde mais chargée de symbolique de Sparks, le 11 septembre 2001. King ne laisse pas de doute : ce jour a montré que le XXIe siècle ne serait pas celui des lendemains qui chantent, mais des coups de tonnerre qui claquent plus fort que les promesses. On n'a toujours pas fini d'en payer le prix, comme l'actualité le démontre régulièrement.



Histoire de brouiller un peu plus les pistes, King convoque Superman, qui non seulement discute tactique avec Sparks, mais nous apprend au détour d’une phrase qu’ils ont eu une aventure à l’université. Un clin d’œil à ces années où Clark pouvait s’amouracher d’une sirène sans que personne ne lève un sourcil. Mais ici, cela ajoute une dimension presque inconfortable : l’arrogance de Sparks se double désormais d’un carnet d’adresses qui frôle la liste VIP de la Justice League ou de Jeffrey Epstein. Jeff Spokes, de son côté, offre un festival visuel : découpage en neuf cases à la Watchmen, tensions dans les regards, contrastes entre l’électricité nerveuse de Sparks et la froideur minérale d’Atom. Ce dernier, figure réinterprétée d’un Doctor Manhattan qui aurait gardé ses gants et ses complexes, se détache du temps, cherche à transcender sa condition et réclame la reconnaissance comme Dieu, avec un grand G et un égo assorti. Les cinq otages ? Peut-être cinq avatars d’une humanité que ni la foi, ni la puissance, ni les éclairs divins de Sparks ne sauveront jamais. King semble nous dire qu’au fond, les dieux sont souvent démodés, avant même d’être installés sur leur piédestal. Et si Sparks est bien l’esprit du XXe siècle, ce siècle est clairement toxique et frelaté. Au final, avec ce volume, Tom King livre un verdict sans appel : le monde ne se répare pas à coups de constats cyniques, encore moins en se cherchant des dieux providentiels pour faire le travail à notre place. Pendant sept numéros, King préfère les joutes verbales aux explosions, les microexpressions aux super-bastons, pour disséquer une idée simple et pourtant universellement bafouée : ceux qui refusent d’apprendre de leurs erreurs se condamnent à les répéter. Jenny Sparks, arrogante, brillante, insupportable, sert ici de miroir impitoyable à l’humanité, confrontée à un Captain Atom en pleine crise de toute-puissance. Qu’il s’agisse donc du 11 septembre, du Covid, de la Grande Crise Economique/Climatique ou de toute autre secousse tellurique, King montre que la fuite en avant, la recherche d’un coupable extérieur, restent nos sports collectifs favoris. Et si Jenny Sparks n’offre pas le réconfort d’un happy end ni l’adrénaline d’un blockbuster, elle claque comme une gifle : soit on change, soit on crame, et pas seulement sous la foudre d’une Anglaise électrisante.



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WONDER WOMAN HORS-LA-LOI TOME 3 : FURIE !


 Wonder Woman : Hors-la-loi, Tome 3, signé Tom King, nous rappelle avec éclat une vérité fondamentale : rien ni personne ne peut briser Diana. Peu importent les moyens déployés — coercition physique, isolement sensoriel, emprisonnement dans des cellules ultra-sécurisées —, la princesse amazone ne plie pas. Elle endure, elle transcende, et finit toujours par ressortir plus forte encore. Dans ce troisième tome, c’est le Souverain — héritier d’une dynastie occulte qui tire les ficelles de l’Amérique en coulisses depuis des générations — qui fait les frais de cette résilience quasi divine. Car Wonder Woman n’est pas qu’une héroïne de plus dans le panthéon DC : elle est une déesse incarnée, animée d’une compassion inébranlable, capable de défier n’importe quelle puissance, institutionnelle ou militaire. Alors, comment l’atteindre ? Comment espérer la faire vaciller ? Le stratagème est brutal : frapper là où ça fait mal. Assassiner Steve Trevor, son amour de toujours. Utiliser l’homme pour tenter de briser la femme, d’extirper la guerrière de sa dignité en l’amenant à céder à la rage, à la peur, à la vengeance. Mais là encore, l’entreprise échoue. Car si Wonder Woman vacille, elle ne s’effondre pas. Oui, elle souffre, elle traverse le chagrin, tente même de revoir Steve une dernière fois… jusque dans les Enfers. Et pourtant, derrière la peine, il y a la stratégie. Car Diana n’est pas seule. Avec l’aide de Chimp, le détective chimpanzé et d’un réseau de super-amis solidaires (tel que Clark Kent), elle orchestre un plan d’une précision chirurgicale, destiné à démanteler l’empire du Souverain pièce par pièce. On ne combat plus seulement un homme, mais tout un système. Ses avoirs, ses relations, son quotidien : tout est visé jusqu’à l’anéantissement.



Et n’oublions pas que Wonder Woman n’est pas seule. À ses côtés, trois jeunes héroïnes perpétuent la légende, et il faudrait aussi parler de sa propre fille, celle qu’on appelle Trinity. Le récit que nous découvrons est d’ailleurs tout entier construit en flashback : il part d’un point situé dans le futur, où le souverain déchu raconte cette sombre aventure à la fille de Wonder Woman. Contrairement aux récentes déclarations de Xavier Dorison dans Le Monde, où il exprimait sa déception face à la dérive autoritaire des super-héros américains devenus, selon lui, des figures aux accents fascisants, Tom King prend ici le contre-pied exact. Rien, absolument rien, dans Wonder Woman : Hors-la-loi ne relève de cette vision caricaturale. Bien au contraire, c’est une véritable leçon de tempérance, mais aussi une démonstration de force intérieure, de lucidité morale, et de résistance face à l’oppression venue des plus hautes sphères du pouvoir. À cela s’ajoute l’apport visuel exceptionnel de Daniel Sampere, dont les planches impressionnent par leur réalisme et leur puissance évocatrice. Son trait, précis et inspiré, donne vie à une Wonder Woman telle qu’on l’attend : lumineuse, imposante, jamais caricaturale, toujours juste, autant dans sa présence que dans ses émotions. Hors-la-loi s’impose donc comme une série à suivre de très près. On y lit, en filigrane, une réflexion profonde sur la liberté, la responsabilité politique, et l’éthique du pouvoir. Plus que jamais, si vous ne l’avez pas encore fait, il est temps de vous y plonger.



Pour en savoir plus :

Tome 1

Tome 2


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WONDER WOMAN HORS-LA LOI TOME 2 : L'AMAZONE INDOMPTABLE


Il se fait appeler le Souverain. Dans le plus grand secret, lui et sa dynastie règnent en maîtres absolus sur le destin des États-Unis, et par extension, du monde entier, depuis plusieurs siècles. Aujourd’hui, il a lancé une vaste offensive contre les Amazones en général, et contre Wonder Woman en particulier. Cette dernière est tombée entre ses griffes, et son objectif principal est clair : la briser à jamais. Mais voilà, anéantir la détermination inflexible, la compassion légendaire et le courage inébranlable de Wonder Woman n’est pas à la portée du premier super-vilain venu. Même pour un mégalomane convaincu que le monde entier lui appartient, la tâche est colossale. Certes, le Souverain possède un atout redoutable : le lasso des Mensonges. Une arme miroir du célèbre lasso de Vérité de notre héroïne, qui, au lieu de contraindre sa cible à dire ce qui est vrai, distille des mensonges insidieux. Pire encore, ces mensonges s’enracinent profondément dans l’esprit de la victime et jouent sur ses doutes les plus enfouis. Et si cela ne suffisait pas ? Pourquoi ne pas priver Wonder Woman de ses alliés, de ses amis, et de tout soutien ? L’isoler complètement. La pousser au bord de la folie. Enfermée dans un sombre cachot, elle doit faire face à des épreuves inédites imaginées un Tom King qui, à sa manière, fusionne les récits super-héroïques classiques avec des thématiques plus ancrées dans notre réalité contemporaine. Son regard se pose sur des enjeux géopolitiques, notamment le rôle des fake news et la façon dont ceux qui détiennent le pouvoir politique, économique ou médiatique redéfinissent le cours des choses, selon leurs propres intérêts. Pour eux, le blanc devient noir dès qu’ils le décident. En parallèle, l’auteur explore des réflexions profondes sur la condition féminine, qui mettent en lumière la façon dont les sociétés patriarcales, souvent appuyées par des doctrines religieuses, ont relégué les femmes à des positions subalternes. Une critique subtile mais percutante, qui renforce la profondeur de son récit.



Ce second volume de Hors-la-loi débute avec une parenthèse beaucoup plus légère, en l'occurrence un épisode dessiné par Guillem March. On y retrouve Wonder Woman et Superman dans une quête improbable : dénicher le cadeau d'anniversaire parfait pour Batman. Leur aventure les mène dans un centre commercial fantasmagorique, perdu au fin fond de l’espace. Les pages, souvent drôles et parfois touchantes, apportent une agréable pause dans le récit bien tendu de Tom King, avant que celui-ci ne reprenne le fil du discours pour seulement trois épisodes. On le rappelle alors : Daniel Sampere est fabuleux. Ses pages sont autant de petites pièces montées finement ciselées et assemblées, c'est du très très beau, à chaque case. C’est là que réside notre principal regret : la brièveté de ce second tome. L’histoire avance efficacement, et il ne fait aucun doute que ce run s’inscrit parmi les plus marquants pour ceux qui recherchent une introspection pertinente et moderne de Wonder Woman. Pourtant, on reste avec une sensation de trop peu, comme si l’on quittait la table avec encore un petit creux à l'estomac. En complément, cet album inclut une série de back-up stories consacrées à Lizzy, la fille (mystérieuse) de Wonder Woman. Élevée aux côtés de Damian Wayne et Jon Kent, qui jouent les grands frères protecteurs, Lizzy vit des aventures complètement déjantées, superbement illustrées par Belen Ortega. Parmi ces péripéties, on trouve notamment un voyage dans le temps pour un devoir scolaire, avec tous les risques de bouleversements chronologiques que cela implique. Ou Damian et Jon transformés en adorables chiots ! La complicité entre les trois jeunes héros fonctionne à merveille et apporte une touche rafraîchissante, qui contraste avec le sérieux de l'intrigue principale. Bref, rien à redire sur la qualité de cette proposition signée Urban Comics, si ce n’est un léger regret face à une pagination un poil trop modeste.



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LE RETOUR DE "LA VISION" DE TOM KING EN MUST-HAVE


 Retour chez Panini de la maxi série de Tom King, qui a su plaire au plus grand nombre, et donc concilier œcuménisme et exigence artistique réelle. Cette fois, sous forme d'un Must-Have à 25 euros, début septembre. La Vision n'est pas fait(e) de chair et de sang. Ce n'est pas non plus une simple créature mécanique, plutôt un synthézoïde, c'est à dire un androïde doté de circuits cybernétiques si complexes qu'il semble être aussi humain que vous et moi, en certaines occasions. D'ailleurs, au long de sa carrière, la Vision a connu l'amour et le mariage avec Wanda Maximoff, puis est devenu père de deux enfants. Hélas, les choses ont vite dégénéré (il serait trop long de tout vous expliquer ici, encore plus comment un être tel que lui pourrait "déposer" la petite graine) et le voici à nouveau sur le chemin de la maîtrise totale des émotions, à travers une expérience paradoxale : s'installer dans une petite bourgade paisible de Virginie, pour y vivre avec sa famille. Car oui, l'Avenger est désormais en couple, avec deux nouveaux jumeaux pour progéniture. Tous les quatre sont des synthézoïdes, les deux petits des croisements des schémas cérébraux de papa/maman, encore en développement, comme de vrais adolescents. Un mystérieux narrateur annonce d'emblée l'arrivée de personnages sur la scène, et leur mort tragique dans les flammes, alors que l'ambiance paisible et caricaturale de la petite maisonnette, avec jardin et american way of life rassurante, s'oppose totalement à la prophétie énoncée, celle de la fin des Avengers et même de notre monde, au terme de cette aventure ! La Vision a sauvé la planète environ 37 fois, comme cela sera énuméré dans un épisode, mais pourra t-il sauver sa propre famille, Virginia, Viv et Vin, lorsque les événements tragiques vont commencer à se succéder, comme un terrible effet domino ? Tout commence alors que le Moissonneur rend visite à l'épouse synthézoïde et la menace, ainsi que ses enfants. Il s'agit là du frère de Simon Williams, dont les schémas cérébraux ont été employés pour bâtir la personnalité de Vision. Le vilain ressent une haine viscérale, et souhaite faire disparaître ces aberrations de la nature, mais il n'est pas de taille, bien qu'en mesure de produire des dégâts notables, comme envoyer la petite Viv sur la touche, en salle de réparation intense. Illusions, incertitudes, logique et illogisme, c'est autour de ces concepts que la vie quotidienne est rythmée au foyer, avec les discussions des époux synthétiques, et les micro-événements de tous les jours, de la visite de courtoisie entre voisins méfiants, à l'adaptation des "enfants" dans un milieu scolaire "hostile".



Une évidence s'impose : cet album ne ressemble en rien à aucune autre parution super-héroïque de ces dernières années. Ici la Vision est au centre d'un récit qui parle certes de meurtre, mais surtout des petits mensonges qui sont les fondations du bonheur, du besoin de cacher tout ou partie de la réalité pour ne pas souffrir, du sentiment d'aliénation que le quotidien des résidences pavillonnaires américaines finit par exercer sur ces familles, prises au piège de la recherche de la perfection apparente. C'est à dire proposer une image lisse et respectable pour l'extérieur, quitte à ce que lorsque la porte se ferme, les choses soient bien différentes au foyer. Vous retrouverez d'ailleurs cette ambiance comme toile de fond de la série Wandavision, surtout dans sa première moitié. Tom King sépare subtilement la trame en trois pistes distinctes. Les errances de la femme de Vision, qui ne se contrôle pas et se laisse gagner par les émotions (même synthétiques) et doit en payer le prix, remords compris. Le mari super-héros, qui pour vivre pleinement cette nouvelle expérience opte pour des choix sans retours, et les enfants, qui se heurtent à une adolescence compliquée, où les interrogations restent la plupart du temps sans réponse précise. En prime, la référence littéraire constante dans cet album est le Marchand de Venise, de William Shakespeare, qui interroge le sens et l'existence du sentiment de vengeance, et de l'amour si absolu qu'il engendre forcément le sacrifice. Nous sautons allégrement des considérations philosophiques à la science-fiction chère à Isaac Asimov, tout en gardant le format et les automatismes d'un comic-book, et si je peux me permettre, d'un extraordinaire comic-bookSi ce thriller fonctionne aussi bien, c'est grâce à Gabriel Hernandez Walta, dont le style épuré et immédiat cherche avant tout à capter l'essence des émotions sans surcharger ses planches, et les couleurs toujours pertinentes de Jordie Bellaire, qui assombrit le propos et parvient à miner la sécurité du foyer par le simple jeu des teintes choisies, qui évoluent au fil des pages. Indispensable, ça va sans dire. Bref, Must-Have. 



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LE PINGOUIN TOME 1 : BEC ET ONGLES


Le Pingouin, vous connaissez, forcément ! Oswald Cobblepot, un des ennemis les plus baroques de Batman, qu'il a longtemps été difficile de prendre au sérieux. Il faut dire qu'au premier regard, le type est replet, particulièrement repoussant, affublé d'un défaut de locomotion, et il a un nez crochu, panoplie singulière qui le rapproche fortement de cet animal habitué à se dandiner sur la banquise, et qui n'est pas célèbre pour être un fauve de premier ordre. Oui, mais voilà, derrière ces caractéristiques peu engageantes se cache un des maîtres de la pègre de Gotham, un de ces types capables d'éteindre les vies de ses ennemis d'un simple claquement de doigts et d'organiser les pires méfaits depuis sa base opérationnelle, une sorte de grand casino appelé la Banquise, où toutes les personnes les moins recommandables de la ville finissent par se retrouver. Enfin, tout ça c'était avant, car le Pingouin est censé être mort, tué par Batman. Du coup, cet album qui présente la première partie de la mini-série qui lui est consacrée, écrite par Chip Zdarsky (le numéro 0) et Tom King (le reste) va relater ce qui a bien pu se passer en réalité, ce qu'est devenu le Pingouin, comment il tente de reconstruire sa vie loin de Gotham, cette fois à Métropolis. Vous avez déjà vu ce genre de récit, quand un vilain absolument incontournable et sanguinaire devient tout à coup raisonnable… vous le provoquez dans la rue, vous l'insultez, vous l'offensez, mais il ne réagit pas de suite, poursuit son petit bonhomme de chemin et semble même manifester l'envie de se racheter, en tous les cas de faire le bien. Vous vous en doutez, derrière cette façade de respectabilité se cache toujours un prédateur capable du pire, et en effet, cela ne va pas tarder !



C'est que dans cet album il est aussi question de l'héritage du Pingouin. Une fois éliminé de la scène, qui va bien pouvoir mettre les mains sur son empire financier, sur son casino, toutes ses relations avec la pègre ? La succession est ouverte et bien entendu, cela risque de faire des étincelles, d'autant plus que chose étonnante, il faut aussi compter sur les enfants d'Oswald ! C'est parmi eux que Catwoman est censé mener sa propre mission afin de les avertir qu'ils vont être concernés. Seulement voilà, à chaque fois que Selina se présente sur les lieux pour en informer l'un d'entre eux, c'est avec un coup de retard : ils sont tous assassinés les uns après les autres. Ce polar reprend tous les codes habituels chers à Tom King, que ce soit sur la forme (les fameux jurons qui sont remplacés par des signes, un langage assez cru) que sur le fond (beaucoup de personnages qui se télescopent, des enjeux assez fumeux qui nécessitent une réelle attention de la part du lecteur, un récit qui ne respecte pas une linéarité parfaite). Aux dessins Rafael De Latorre livre une prestation absolument parfaite pour ce genre d'histoire. Ils sont très réalistes et sombres, l'artiste parvient à magnifier tout le côté glauque de cette mini série et convient parfaitement à Gotham et ses sbires. On retrouve aussi le personnage de l'Aide, vu récemment dans Killing Time, sauf qu'il n'apparaît pas aussi puissant et incontournable qu'alors, mais finit par être mis au pas assez rapidement par le Pingouin. J'admets avoir été surpris. Pour le reste, ça se lit très agréablement et les amateurs du genre devraient y trouver réellement leur compte. On pourra juste regretter ne pas avoir eu directement une édition en un seul gros volume, comme cela est souvent le cas pour les travaux de Tom King. 




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JOKER THE WINNING CARD : LE PREMIER AFFRONTEMENT BATMAN/JOKER


 L'heure est venue de revenir en arrière, et même d'y revenir pour deux raisons. Tout d'abord, place à une aventure située dans le passé de Batman, la première année d'existence du super-héros, encore loin d'être aussi expérimenté et efficace qu'il peut le sembler aujourd'hui. Seconde raison, voici un récit qui dans son style, sa forme, son traitement graphique et son approche, est évidemment une sorte de pendant moderne (ou de relecture) à la célébrissime histoire d'Alan Moore et Brian Bolland, The Killing Joke. Cette fois, nous avons affaire non seulement à la première année de carrière de Batman, mais aussi aux débuts du parcours sinistre du Joker : à l'époque, personne ne le prend encore très au sérieux et la police de Gotham n'a pas compris à qui elle doit se mesurer. Pourtant, ses crimes sont atroces et il se débarrasse même de toute une unité du GCPD, avec le commissaire Gordon à sa merci, mais qu'il choisit de ridiculiser, tandis qu'il expédie ad patres les autres agents au sol. Un joker tellement dingue qu'il raccompagne à son domicile une petite fillette qui s'est perdue, après l'avoir divertie avec des blagues franchement pas drôles, pour finalement assassiner sous ses yeux son père. Un Joker qui doit être arrêté et qui ne peut certainement pas l'être par des forces de police conventionnelles. Face à un type qui ne respecte clairement aucune règle et dont la psychologie ne semble pas répondre au profil habituel, il faut quelqu'un capable d'adopter des méthodes et d'apporter des réponses qui sortent de l'ordinaire. Bref, il faut demander à Batman de s'occuper de cette sombre histoire !



Le Batman que nous présente ici Tom King est encore inexpérimenté; autrement dit, il sous-estime un adversaire qu'il ne connaît pas vraiment et ce dernier est en mesure de le défaire, voire même aurait pu l'éliminer une bonne fois pour toutes s'il l'avait souhaité. Et c'est là que nous nous connectons de manière encore plus évidente à la célèbre histoire The Killing Joke. Batman peut-il fonctionner sans le Joker et vice-versa, ne sont-ils que les deux face de la même pièce, l'un ne pouvant exister sans l'autre ? Alan Moore avait choisi de réunir les deux antagonistes dans un éclat de rire général, aussi sinistre que déroutant. Ici, l'audace est encore plus forte, voire dérangeante, puisque le rire de Batman parvient même à désarçonner le Joker, qui ne comprend pas que son ennemi puisse se permettre d'employer les mêmes méthodes, qu'il recourt à la blague (forcée) et quitte le chemin de la raison. Aux yeux du Joker, ce Batman là est dingue et aux yeux du lecteur, il ne l'est pas moins ! En fait, c'est même un Batman qui sort des rails et qui semble avoir un très gros problème de développement personnel que nous découvrons dans les dernières pages de The winning card : de quoi laisser perplexes les lecteurs, ou en tous les cas ouvrir le débat sur cette dualité entre deux personnages que tout oppose mais qui finissent à immanquablement par se courir après, l'un l'autre. On trouve aussi une belle démonstration de virilité caricaturale dans cet ouvrage, avec des personnages qui choisissent, pour montrer à quel point ce sont eux les "hommes de Gotham, d'attirer le Joker dans leurs filets, simplement en le provoquant, limite dans l'espoir de susciter une compétition pour voir celui qui a la plus grosse ! Bruce Wayne ne prend pas cela très au sérieux mais l'espèce de milliardaire obtus qu'il fréquente se laisse prendre au jeu, à son grand dam. King fonctionne toujours selon ses bonnes vieilles recettes et il peut irriter par sa narration saccadée, son emploi de vignettes uniquement consacrées à du texte, qui se répètent, le gaufrier qui revient encore et encore pour ne plus dire grand chose, mais au final, il a au moins le mérite d'écrire une histoire qui jette un bon caillou dans la mare. Côté dessins, le compère Mitch Gerads est irréprochable et toujours aussi chirurgical lorsqu'il s'agit de mettre en scène le côté glauque de nos héros. Artistiquement, il n'y a rien à redire, mais comment être objectif puisqu'il s'agit d'un des dessinateurs que je préfère actuellement ! Un album assez court qui divisera probablement beaucoup de lecteurs mais qui ne laissera pas insensible. 



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WONDER WOMAN HORS-LA-LOI : LES AMAZONES CONTRE LES ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE


 Parmi toutes les nouvelles séries DC comics récentes, la plus attendue, pour ce qui nous concerne, était probablement celle consacrée à Wonder Woman, écrite par Tom King et dessinée de manière absolument époustouflante par Daniel Sampere. Nous y voici déjà, puisque Urban comics propose la semaine prochaine le tome 1 de Hors-la-loi, le nouveau grand récit qui mérite absolument votre intérêt le plus sincère. Une fois n'est pas coutume, nous allons commencer avec le travail du dessinateur : Sampere n'a jamais été aussi exceptionnel et c'est peu de le dire ! Chaque vignette est une œuvre d'art en soi; l'héroïne qu'il présente est une synthèse merveilleuse de tout ce que nous apprécions trouver chez Diana. Elle est belle, forte, majestueuse, imposante, élégante, et dans les scènes de combat, elle dégage une aisance impressionnante, qui la place à part sur un piédestal, très loin au-dessus du commun des mortels, dont il faut le souligner, elle ne fait pas partie. King poursuit son travail de déconstruction (ou dans ce cas précis, d'analyse minutieuse) pour écrire quelque chose d'inédit, de pertinent, capable de coller à l'actualité et au préoccupations contemporaines. Wonder Woman est une amazone, c'est-à-dire fondamentalement une "femme" qui appartient à une race de déesses, dont les valeurs et la structure sociétale ne sont pas exactement les mêmes que les nôtres (et plus particulièrement que les États-Unis d'Amérique). Les hommes, dont beaucoup se sentent déjà menacés par les revendications féministes du 21e siècle, sont tous indésirables sur l'île Paradis, le repère féerique des compagnes de notre héroïne. Si les Amazones vivent parmi nous et sont présentes dans tous les États-Unis, la cohabitation va être mise à très rude épreuve le jour où un meurtre de masse est commis dans un bar. 19 hommes ont été battus à mort et laissés dans un bain de sang, tandis que les deux femmes ayant assisté à la scène ont elles été épargnées. L'auteure de ce crime est une amazone, les premiers indices, les premières pages, nous laissent à penser qu'elle a été molestée et que sa réaction a été ultra violente. Reste que le gouvernement américain réagit à sa manière, c'est-à-dire en donnant la chasse aux Amazones, en décidant de les expulser du territoire américain, quitte à utiliser la manière forte, c'est-à-dire les exterminer. Et c'est un certain Sergent Steel qui est chargé de mener à bien l'assaut, qui comprend, bien évidemment, l'objectif ultime de s'en prendre à Diana, la plus célèbre de toutes. Wonder Woman, quoi.



King fait ce qu'il sait faire de mieux, en prenant appui sur un domaine qu'il maîtrise à la perfection, grâce à ses anciennes activités professionnelles. Il plonge dans les arcanes de la politique, la manière dont le gouvernement est capable d'instrumentaliser un fait divers et d'orienter l'opinion, pour parvenir à ses fins. King explore la veine complotiste, avec la présence d'un groupuscule qui contrôle ce même gouvernement, plus particulièrement la figure du Souverain, une sorte de roi véritable du pays, dont il tire en secret les ficelles. Les présidents l'écoutent et lui obéissent, c'est lui qui impose son agenda et sa vision du monde au reste de la nation. Mais que peut-on vraiment imposer à Wonder Woman, elle qui est capable de défier une armée toute entière, de soulever des chars d'assaut pour balayer les soldats qui se dressent contre elles, d'affronter quelques uns de ses pires ennemis, dans une coalition assassine, qui n'a guère de chance face à celle que rien n'arrête définitivement. King n'oublie pas non plus d'écrire des dialogues sincères et parfois profonds, notamment lorsque Diana et Steve Trevor sont amenés à se confronter. L'homme qu'elle aime est au service de l'armée américaine, il doit être soumis à son devoir, pour autant il devient aussi le pion de ses supérieurs dans une machination où chaque acte de violence en appelle un successif, encore plus violent. Le lecteur est de plus gratifié de scènes extraites du passé qui ajoutent solennité et grandeur au personnage de Wonder Woman, et d'une parenthèse assez étonnante : alors que l'Amérique donne la chasse à la plus grande héroïne de la planète, celle-ci décide de passer la journée avec un enfant malade et condamné, qu'elle emmène sur son île, là où aucun "mâle", quel que soit son âge, n'est censé poser le pied. Et ça n'est pas sans heurts. Encore et toujours, Sampere accompagne le récit dans ses chemins de traverse, par des planches qui laissent pantois. Du grand art. Un numéro spécial consacré à Trinity, la "fille" de Wonder Woman, vient achever ce premier tome. Trinity est par ailleurs celle à qui est censée être narrée l'aventure que nous lisons dans Hors-la-loi, ce qui explique l'importance qu'on lui accorde à ce stade de la série. Une publication très intelligente, soignée, fascinante.  (sortie vendredi 24 mai)


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BATMAN REBIRTH : QUATRIÈME VOLUME DE L'INTÉGRALE AVEC CITY OF BANE


 Mettez-vous un peu à la place de Tom King, ou tout simplement des ennemis de Batman : trouver un moyen original et surtout efficace pour terrasser le Chevalier Noir n'est pas une chose facile. Ils sont tellement nombreux à avoir essayé et rien n'a jamais fonctionné, de manière durable. Et si finalement pour en finir avec Batman, il fallait lui donner la possibilité d'être réellement heureux, pour supprimer cette espèce de psychose qui l'anime et qui fait qu'il s'accroche à son rôle de justicier violent ? C'est ainsi qu'on pourrait interpréter le rapprochement et le mariage avorté avec Catwoman. En tous les cas, ce tome 4 s'ouvre avec un héros dans de bien mauvais draps : il est attaché à une machine et depuis plusieurs semaines, il baigne dans les cauchemars, toutes sortes de séquences oniriques absurdes ou tragiques, dans lesquelles il repasse le cours des événements. Mais Batman réalise petit à petit le piège dans lequel on l'a enfermé. L'occasion de faire le point de s'amuser par moments, avec la complicité qui règne entre Lois Lane et Selina Kyle, d'interroger le véritable sens derrière le refus de cette dernière d'épouser Bruce Wayne ou encore d'enquêter du côté des super vilains, Bane en tête, qui a programmé depuis très longtemps un plan machiavélique, qui va nous être enfin révélé. Mais comme vous le savez, c'est la vie tout entière de Batman qui ressemble à un long cauchemar; il est donc fort peu probable de venir à bout de la Chauve-souris de la sorte ! Quand il se réveille, c'est bien évidemment pour rentrer dans une colère noire, mais aussi pour constater que son esprit a peut-être été, cette fois, bel et bien brisé. Il a beau rassembler autour de lui l'armée de ceux qui le soutiennent, reste à savoir s'il a toujours l'esprit clair et si il n'est pas en train de vaciller et de tomber dans le puits sans fond de la folie.


City of Bane. C'est le titre du très long arc narratif qui sert de conclusion aux quatre intégrales Batman Rebirth. Pour résumer, disons que c'est le bouquet final : la ville de Gotham est tombée entre les mains de Bane (et du père de Bruce, Thomas, en provenance d'une autre réalité) tandis que Batman a été défait, corps et âme, peut-être pour la première fois de sa carrière. Un accord avec le gouvernement américain a été stipulé et aucun héros ne peut entrer sur le territoire de Gotham, sans être neutralisé par des super vilains qui autrefois faisaient régner la terreur et qui aujourd'hui s'occupent de la sécurité; la jeune Gotham Girl représentant une force de frappe très convaincante. Aucun membre de la Bat-family non plus ne peut débarquer, sous peine de représailles sanglantes, comprenant notamment le meurtre du majordome Alfred. Le destin de ce dernier fait partie des moments clés du run de Tom King, qui bénéficie des splendides dessin (entre autres) de Clay Mann, Tony Daniel ou Mikel Janin, sans oublier le style différent et davantage accès sur le story telling de Jorge Fornes, que nous aimons beaucoup. Des derniers épisodes qui sont capables d'alterner la romance entre Bruce et Selina, le retour à la vie de Batman (qui se prépare non pas grâce à un entraînement ultra violent mais plutôt une reconstruction personnelle et affective) et en parallèle, la situation à Gotham, qui flirte avec l'absurde. Une ville que tout le monde considère comme un cloaque immonde, où il est impossible d'assurer un minimum de sécurité et qui a donc été abandonnée aux mains des anciens malfrats, en échange d'une tolérance zéro et d'une paix illusoire. Bane et Batman vont s'affronter une dernière fois pour un dénouement explosif et attendu durant des années : rien que pour cela, le quatrième tome de l'Intégrale (si vous ne possédez pas déjà ces histoires) mérite réellement votre attention. Reste l'allergie de certains au style d'écriture de Tom King, ultra décompressé, qui aura osé la déconstruction du Chevalier noir en le soumettant à ses peurs les plus intimes et son immaturité sentimentale et affective. Un défi réellement inédit pour un run qui est entré dans la légende, quoi que vous puissiez en penser.


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HUMAN TARGET : LES DOUZE DERNIERS JOURS DE LA CIBLE HUMAINE


 Si vous ne connaissez pas vraiment Christopher Chance, alias la cible humaine, personne ne vous en tiendra rigueur. Certes, il a été le héros de nombreux petits récits de complément publiés il y a de cela plusieurs décennies et aussi au centre d'une série à succès, scénarisée par Peter Milligan. On a pu voir en outre Human Target à la télévision, dans une série que je n'ai personnellement jamais regardée et qui propose une itération différente du personnage qu'on retrouve aujourd'hui dans les comic books. Pour ce grand récit en douze parties publié en une seule fois chez Urban comics, c'est le scénariste Tom King qui est à la baguette. Bonne nouvelle, en général quand il se concentre sur un héros moins connu, voire ignoré et qu'il a la possibilité de le modeler de la manière qu'il souhaite, sans devoir s'astreindre à des règles canoniques castratrices, c'est là qu'il peut donner sa pleine mesure. Ici, l'intention est même dans finir avec Chance, de lui offrir un dernier baroud d'honneur, avant qu'il meurt. L'ambition est annoncée dès la première page : on comprend qu'une sorte de compte à rebours est enclenché et nous revenons au tout début de l'action, à travers une succession de flashback d'une case chacun. Il reste douze jours à vivre, pas un de plus, à un Christopher qui a pour spécialité de prendre le visage et l'apparence de celui qui l'emploie, se faisant ainsi assassiné à la place de la vraie victime, de manière à pouvoir ensuite mener l'enquête et démasquer l'assassin. Il a été engagé par Lex Luthor, le célébrissime milliardaire et génie du crime, mais les choses ne se sont pas passées exactement comme prévu. Il y a bien eu, certes, un tireur qui s'est manifesté, mais ce n'est pas cela qui a condamné notre Human Target, c'est un café qu'il a pris quelques minutes avant de monter sur scène, dans un meeting, et qui contenait un poison particulièrement retord et élaboré, qui nécessite des connaissances et une technique dont très peu de personnes disposent sur cette planète. Les premiers indices l'amène à se tourner vers les différents membres de la défunte Justice League Internationale, à commencer par la très jolie Ice.



 Entreprendre une relation avec Ice, c'est l'assurance de se retrouver avec un obstacle de poids : Guy Gardner, le Green Lantern le plus anticonformiste qui soit, ancien petit ami de la jolie héroïne glacée et qui n'a jamais véritablement compris que leur histoire était terminée. Tom King prend un malin plaisir à tourner en dérision ce personnage mal dégrossi, mais aussi à nous présenter le reste de la Justice League International, avec par exemple Booster Gold et Blue Beetle en têtes d'affiche. Chaque épisode est censé représenter un des jours qui reste à vivre à Christopher Chance; telle la construction d'un roman de Chandler, il faut s'armer de patience et additionner toutes les pièces du puzzle, peu à peu, pour vraiment comprendre ce qui a pu se passer, qui a pu empoisonner notre cible humaine et pourquoi. Si le scénario est loin d'être d'un abord évident pour tous le dessin de Greg Smallwood permet lui de conserver une lisibilité totale. Le trait est d'une pureté raffinée, la construction des planches est merveilleuse, l'alternance des atmosphères, en fonction de ce qui est en train de se dérouler, remarquable. Grâce notamment à une jolie variété chromatique rétro et un découpage qui s'adapte au temps long de King et sait s'adapter aux petites choses, à ces menus instants et gestes, qui scandent le rythme de cet album. Il existe un parallèle évident entre Human Target et Heroes in crisis, également scénarisé par Tom King; une filiation que l'on retrouve à travers le flux de conscience continu de Christopher Chance, les différentes pistes qui progressent grâce à une introspection et une remise en question de la vérité établie, à chaque rencontre ou à chaque fait nouveau élaboré. Là où le scénariste est le plus fort, c'est lorsqu'on lui laisse la possibilité de jouer avec le sous-bois de l'univers super héroïque, de s'éloigner des grands récits à super pouvoirs pour aller gratter ce qui se cache derrière et mettre à nu une (super) humanité fragile, parfois pathétique et risible. Un travail de déconstruction qui est accompli ici à merveille et qui fait de Human Target une des trois ou quatre meilleures œuvres de King ces dernières années. Une excellente surprise qui mérite vraiment que vous lui laissiez une chance.

Mentionnons, pour conclure, l'introduction lumineuse et le travail à la traduction de Maxime Le Dain. Pas que des banalités et de la répétition, mais un texte pertinent et agréable à consulter, avant d'entamer l'ouvrage. 






 

 

BATMAN KILLING TIME : BRACAGE PUZZLE AVEC TOM KING ET DAVID MARQUEZ


Le fait est que si je vous raconte que cette histoire commence par un braquage à la banque centrale de Gotham, impliquant plusieurs personnages costumés de la ville comme Catwoman, le Pingouin ou le Riddler, vous allez me répondre que ça ressemble furieusement à quelque chose que vous avez déjà lu un nombre incalculable de fois. En général, ça se termine de la même manière : un projecteur qui déchire le ciel de Gotham, une chauve-souris qui apparaît et qui tabasse les criminels ou les poursuit, jusqu'à récupérer le butin. Cette fois, ce qui change, c'est la narration de Tom King, le scénariste. Tout cet album, du premier au dernier épisode, présente une chronologie des faits extrêmement fragmentée; il arrive que d'une page à l'autre nous sautions du présent au passé proche, sans oublier des renvois à l'époque de l'Antiquité, lorsque le roi Penthée, selon la légende, fut démembré par les Ménades. Ce qui importe donc dans Killing Time, c'est l'objet qui a été dérobé à la banque, une relique d'une importance telle que tout le monde est sur sa piste. Et lorsque le Pingouin se fait un violemment tabassé par ses alliés qui retournent leur veste, le prétexte est bon pour engager un nouveau personnage appelé l'Aide, qui ferait passer Batman et ses techniques de combat pour un jeune débutant fragile, ayant encore tout à apprendre. Bref, l'histoire progresse de manière (en apparence) très chaotique et c'est petit à petit que nous récoltons les informations et associons les pièces du puzzle les uns aux autres, pour former une grande tapisserie échappant aux règles classiques de l'univers DC. Puisqu'il n'y a pas ici de continuity à respecter, juste une histoire à savourer.


Enchaînons tout de suite avec ce qui pourrait en rebuter certains, c'est-à-dire Tom King et sa petite manie de se laisser gagner par la digression, de vouloir ajouter couche sur couche, au point par moments de perdre une partie de ce qu'il voulait raconter en cours de route. Par exemple ici, il n'est pas certain que toutes les incursions dans le passé, notamment l'Antiquité, soient réellement pertinentes. De plus, il exagère avec cette tendance à porter un regard omniscient sur l'intégralité de l'action et nous inonde de détails dont en réalité on peut parfaitement se passer. Killing Time aurait probablement gagné à être un graphic novel publié en une seule fois, plutôt qu'une mini série. Et encore, nous sommes gâtés puisque Urban Comics nous permet de lire l'intégralité sans devoir patienter entre chaque numéro, comme les lecteurs américains. David Marquez est présent pour donner beaucoup d'énergie à une histoire qui par endroits en manque un peu. Ses personnages sont qualifiés par l'éditeur de semi-réalistes; en effet, les figures, les expressions, le matériel employé relève d'une recherche de crédibilité figurative et évidente, mais certaines scènes, certains cadrages sont totalement improbables et destinés à dynamiter l'ensemble, pour offrir un comic book chargé en adrénaline. L'ensemble est beau ou en tous les cas correspond parfaitement à ce que l'on veut trouver dans une histoire de super-héros de ce type. Killing Time soufre finalement d'un manque d'ambition. King est excellent lorsqu'il prend un personnage de derrière les fagots et qu'il exploite ses failles, son passé, ce qu'il signifie, qu'il le réinvente totalement. Ici, il se contente de nous proposer un Batman qui n'est pas encore le grand Batman que nous allons connaître, de jouer avec quelques morceaux de la mythologie, sans réellement les pervertir. Il essaie d'associer le Riddler et Catwoman, pour former une doublette dérangeante et criminelle. S'il n'y avait ce personnage de l'Aide qui est lui, par contre, franchement réjouissant avec sa manière de palabrer tout en ridiculisant Batman au combat. Un album qui reste plaisant globalement, mais qui est loin d'atteindre tout le potentiel que l'on aurait aimé y découvrir.



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BATMAN/CATWOMAN : LE CHAT, LA CHAUVE-SOURIS ET L'AMOUR


 Si vous avez lu la longue prestation de Tom King sur le titre Batman, vous savez qu'une des grandes questions qui traversent son travail est le rapport qui peut unir la chauve-souris Batman et Catwoman, la cambrioleuse entourée de chats. Une évolution assez inattendue de cette attraction coupable et fatale entre les deux est survenue lorsque Bruce Wayne a proposé à Selina Kyle de l'épouser. Vous savez tous comment cela s'est terminé mais ce que vous savez peut-être moins, c'est qu'il n'y a pas vraiment de point final dans cette histoire, puisque les événements sont toujours en évolution, tout du moins pour ce qui concerne la version française. Ici, nous allons faire un bond dans un futur assez lointain tout de même, pour assister aux tout derniers jours de Bruce. Il a risqué sa vie au quotidien mais c'est finalement la maladie qui va le terrasser. Il ne mourra pas seul puisque Selina est devenue sa femme et qu'elle est à son chevet, même pour les ultimes instants. Le couple a une fille, Helena, qui a repris le rôle de justicière de Gotham, tandis que Dick Grayson est pour sa part un inspecteur de police dévoué. Le récit va proposer différentes pistes narratives qui sont autant de voies temporelles (ou alternatives); non seulement nous nous concentrons sur les jours qui suivent la disparition de Bruce Wayne mais nous remontons également dans le passé, à une époque où Batman et Catwoman se fréquentaient, se cherchaient, se désiraient, mais aussi se repoussaient à travers des méthodes différentes et une idéologie forcément divergente. On apprend aussi beaucoup de choses sur le rapport très étrange qui pouvait rapprocher Catwoman et le Joker. Nous découvrons encore Andrea Beaumont, le tout premier grand amour de Bruce, qui vient solliciter son aide, ou plutôt celle de Batman, pour retrouver la trace de son fils, qui aurait été enlevé par le Joker. Un événement traumatique qui ne se terminera pas bien et qui va être à la base d'un des points saillants de l'histoire. Tout ceci, au premier abord, peut sembler assez complexe; en effet, il est difficile à la lecture des tout premiers épisodes, de comprendre véritablement ou veut en venir Tom King. Si l'introduction de cet ouvrage, représenté par le second annual de la série Batman est d'une facture plus classique, articulée autour du jeu du chat et de la (chauve)souris entre nos deux tourtereaux, tout le reste est en fait une mini série, prolongement de toute la prestation du scénariste sur Batman. Initialement prévue pour constituer son dernier grand arc narratif, Batman/Catwoman se déploie de manière indépendante, pour se concentrer sur la relecture d'un des rapports de couple les plus énigmatique et problématique des comics.




Vous êtes déjà probablement habitués à la narration de Tom King, je ne vais donc pas vous expliquer comment le scénariste use et abuse de différentes couches, multiplie les pistes avant de révéler où il voulait véritablement en venir, à la manière d'un oignon qu'il serait nécessaire de peler encore et encore, pour comprendre véritablement le sens du geste qu'on effectue. Le petit théâtre qu'il met en scène ici concerne donc deux couples; pour simplifier, Batman et Catwoman, d'un côté le redresseur de torts qui refuse de tuer et de basculer définitivement dans le mal, et la cambrioleuse criminelle en qui le Chevalier Noir voit potentiellement une véritable héroïne, mais qui refuse d'être un parangon du bien et accepte toutes les nuances d'ombre qui résident en elle. Mais également le Joker, élément indispensable pour que la mythologie gothamienne prenne sens, et Andrea, grimée en Phantasm, encapuchonnée et bien décidée à faire payer les autres pour leur bonheur alors qu'elle a perdu son fils, dont la perte est attribuée au Joker. Bien entendu, la vérité est beaucoup plus complexe; le rapport qui unit les deux dernières personnes que je viens de citer est assez dérangeant, lorsqu'on finit par comprendre de quoi il s'agit. De même un autre type de rapport se dévoile peu à peu, celui entre Selina Kyle et sa fille, Helena Wayne, qui en apparence a plus particulièrement hérité le caractère et l'obsession du géniteur. Comme toujours, voici un album qui ravira les amateurs de Tom King et que ceux qui détestent cette manière alambiquée de présenter les choses pourraient bien abhorrer. Nous ne sommes d'ailleurs pas loin, au final, d'un travail semblable à ce qui a pu être fait avec Adam Strange par exemple. Le dessin est particulièrement soigné, c'est graphiquement un plaisir de regarder l'œuvre de Clay Mann, qui est désormais un de ceux qui présentent avec le plus de classe l'univers de Batman. On retrouve aussi des épisodes illustrés par Liam Sharp, dont le style volontairement "sali" évoque un Bill Sienkiewicz de la grande époque, avec des vignettes cauchemardesques et volontairement caricaturales. C'est aussi l'occasion de voir à en action le regretté John Paul Leon et de constater à quel point sa mise en page et sa science du récit vont nous manquer énormément, alors qu'il avait encore tant à nous offrir. Une petite postface touchante et assez éloquente à ce sujet est proposée en complément. Comme d'habitude, une belle galerie de couvertures alternatives vient enrichir ce gros pavé qui se révèle être le complément indispensable de tout ce que Tom King a écrit jusque-là; une manière définitive d'enterrer ou entériner un run qui aura marqué les esprits, y compris pour ce qui est de la cerise sur le gâteau, c'est-à-dire le mariage de Batman et Catwoman. Acte final en toute fin de volume, à vous d'aller voir si la cérémonie vous tente.






SUPERGIRL WOMAN OF TOMORROW : L'ÉPOPÉE EXISTENTIELLE


 Il est forcément un peu plus difficile de susciter la considération et le respect, voire la crainte, quand on est une agréable jeune fille aux cheveux blonds, portant la jupette, d'aspect menu et engageant, plutôt qu'un type ultra musclé chargé en testostérone. D'ailleurs, Kara Zor-El a beau être "super", elle n'en reste pas moins une girl là où son cousin est lui présenté comme un man et non pas un boy; une petite différence sémantique qui démontre bien que l'héroïne a toujours dû mettre les bouchées doubles pour trouver sa place au sein de l'univers DC comics. Notons qu'il en existe différentes incarnations, et que sa carrière éditoriale est pour le moins chaotique. À première vue, on pourrait la croire plus faible, et d'ailleurs certains ennemis de Superman n'hésitent pas à s'en prendre à elle pour se venger, lorsqu'ils la croisent dans l'espace. Mais ce serait une erreur. C'est ce que nous montre assez rapidement Tom King dans cette nouvelle mini série en 8 volets, qu'Urban Comics présente dans sa collection Black Label. L'histoire démarre sur une lointaine planète, dans une ferme de roche, où une jeune fille (Ruthye) assiste au meurtre de son père, des mains de Krem des collines d'ocre, un assassin impitoyable, qui laisse son épée enfoncée dans le poitrail de sa victime.  Commence ainsi une vengeance personnelle contre Krem, avec l'idée d'enrôler un mercenaire pour obtenir réparation dans le sang, en se servant de la fabuleuse épée abandonnée par Krem, comme monnaie d'échange pour la transaction. Mais rien ne se passe comme prévu pour la pauvre jouvencelle. Fort heureusement, dans le même bar où se déroule la négociation, nous retrouvons Supergirl, bien occupée à fêter son 21e anniversaire (c'est-à-dire selon la loi américaine celui de sa majorité, autrement dit elle a désormais le droit de consommer de l'alcool) en se mettant minable grâce à la bouteille. Et quand une demoiselle en détresse rencontre une super héroïne en proie au doute et à la recherche de son destin personnel, les conditions sont réunies pour mettre sur pied une petite épopée spatiale attachante et fantasmagorique, qui va nous emmener rencontrer des mondes singuliers et interroger ce qui constitue notre humanité, à des années lumières au fin fond du cosmos.




On embarque donc avec Tom King pour un voyage merveilleux. À travers les mondes, le cosmos, pendant de longs mois. Supergirl et sa protégée vont affronter toute une série d'aventures qui seront autant de jalons vers l'acceptation et la compréhension de soi. Ne croyez pas que la toute-puissance de la charmante blondinette lui permette de faire face à tout et n'importe quoi; tout d'abord parce qu'une partie de ce périple va se dérouler sur une planète baignée d'un soleil vert qui se révèle être hautement toxique pour qui vient de Krypton, et c'est cette fois au contraire Ruthye qui va devoir protéger l'héroïne. Mais aussi parce que cette poursuite à travers les étoiles, pour mettre la main sur Krem et obtenir réparation, constitue une preuve de force intérieure : est-il nécessaire de tuer quand la magnanimité permettrait d'opter pour un autre châtiment ? C'est là que tout le génie de Tom King frappe le lecteur, avec deux dernières pages absolument splendides qu'il est impossible d'aborder concrètement sans spoiler l'histoire, mais qui ne correspondent pas forcément à tout ce à quoi vous pouvez vous attendre en lisant ce qui précède. Cette histoire au demeurant fort belle et poétique est rythmée par un phrasé et une langue soignée, excellemment traduite en français par Jérôme Vicky. Le dessin est de Bilquis Evely, et s'il peut surprendre notamment pour ce qui est du visage de Supergirl (assez anguleux, voire caricature, avec le bleu des yeux qui mange ou illumine le reste) le côté féerique de l'ensemble compense largement cet aspect un peu moins gracieux que d'habitude. Les planches sont vivantes, truffées de petits détails, et surtout elle ne se ressemblent pas ou tout du moins leurs différences finissent par s'accorder, pour orchestrer un ensemble de mondes, ce qu'on appelle un univers graphique. Un long voyage, une quête personnelle, presque un récit légendaire comme on le comprend en fin de parcours, nous sommes là face à une bande dessinée qui échappe à la norme, l'envie de convoquer la surenchère et le bain de sang, pour donner la parole à un personnage aussi fort que fragile, aussi sous-évalué que potentiellement magnifique, et qui l'espace de huit longs épisodes nous enchante régulièrement. Woman of tomorrow a donc tout pour être également woman of the summer, le temps que nous y sommes. Woman, et pas juste girl





RORSCHACH : AMERICAN PSYCHÉ AVEC TOM KING


 Un attentat sur la personne du candidat au poste de Président des Etats-Unis, le Sénateur Turley, est déjoué au dernier moment, en plein meeting. Les deux assaillants sont abattus avant qu'ils puissent commettre l'irréparable. Il s'agit d'une toute jeune femme vêtue comme une cow-girl, et de… Rorschach ? Ne vous laissez pas prendre par les apparences, même si cette œuvre complexe et dense de Tom King et Jorge Fornes est bien plus proche de Watchmen, dans l'esprit, que tout ce qui a été écrit par la suite, il ne sera pas question de super-héros en costume ou de la version originelle du justicier à cagoule énigmatique. Plutôt de son héritage, de manipulations, de la politique en eaux troubles, de ce que l'idée de justice et de vérité évoque en chacun des lecteurs. Le rythme est par ailleurs assez lent, et c'est principalement une enquête de longue haleine qui débute avec cette double mort violente, tout comme c'était celle encore plus effroyable du Comédien qui servait de point de départ au travail d'Alan Moore et Dave Gibbons. Un détective est chargé de comprendre et rassembler les preuves, et en apparence, chacun de ses pas le mène vers une folle théorie et le camp adverse, celui du président sortant Robert Redford, qui brigue un cinquième mandat consécutif, fort des voix des habitants du Vietnam qui lui sont acquises (dans l'univers de Watchmen, les américains ont remporté la guerre en Asie grâce au Docteur Manhattan, ce qui a modifié l'Histoire telle que nous la connaissons). La mise en page de Fornes et le story-telling discret mais toujours d'une minutie exemplaire, permettent de guider progressivement le lecteur à travers une forêt de détails, de points communs, de fausses routes, qui s'assemblent pour former un tout cohérent, pathétique et complotiste. L'ambiance est si particulière qu'elle occulte également les repères temporels pour situer l'action. Si le ton général, de la couleur à certaines représentations graphiques, évoquent les années 1970 (et la technologie plus rudimentaire, dont l'absence du téléphone portable, remplacé par de simples bipeurs), des faits régulièrement annoncés permettent de comprendre le caractère contemporain du récit (Ben Laden a été arrêté en 2001 alors qu'il préparait un attentant, vous devinez lequel… ou encore le suicide de Saddam Hussein quelques années plus tard). Pour ce qui est de Rorschach lui-même… et bien disons qu'ici, son incarnation est un dessinateur de bandes dessinées. Il s'agit de Will Myerson, l'auteur de nombreuses œuvres, écrasé par le succès de sa série Ponce Pirate, qui vivait en reclus dans son appartement/refuge depuis des décennies, avant qu'il ne soit contacté par une jeune fille persuadée d'avoir raté sa vie, et qu'un échange épistolaire ne s'installe entre ces deux âmes en peine, à la recherche d'un sens à un quotidien qui leur échappe. Celle qu'on nommera "Kid" est persuadée que les "héros" n'ont pas disparus après l'attaque du calmar géant qui vient conclure Watchmen, mais que leurs esprits habitent désormais de nouveaux corps, en attendant la nouvelle guerre qui se prépare et approche. 


Si Will Myerson est devenu célèbre pour avoir mis en scène les aventures d'un pirate (Ponce Pirate, dans le cas qui nous occupe), il n'est qu'un des éléments de méta-bande dessinée présents dans cette œuvre. On peut même découvrir Frank Miller en personne, ou tout du moins le Frank Miller d'un univers subtilement différent, où il aurait réalisé The Dark Fife Returns, au lieu du Dark Knight. Sans qu'il soit d'ailleurs bien clair si Tom King rend alors un vibrant hommage au travail séminal de son ainé, ou s'il en critique l'évolution récente, et disons-le franchement, assez réactionnaire. Ce qui n'est plus très clair, au fur et à mesure qu'on progresse dans l'intrigue, c'est ce qui relève de la réalité, de faits physiques et vérifiables, de ce qui se déroule dans la tête des personnages; et d'ailleurs parfois les deux plans narratifs se superposent, se répondent, dans des pages où la folie lucide n'est jamais très loin. C'est qu'une grande part du travail d'interprétation est laissée au lecteur. Même le détective qui mène son enquête n'est qu'un individu anonyme, dont il n'est rien dévoilé si ce n'est sa mission, et les chemins qu'il arpente pour la porter à son terme. On peut parfois saisir la manière dont ses pensées sont contaminées par l'héritage de Walter Kovacs, par ce que représente Rorschach et le doute qu'il instille dans l'esprit de ceux qui le contemplent, à travers de petits indices comme ce "hurm" qui ponctue la dernière vignette d'un épisode, et permet d'enchaîner sur le suivant, en explicitant silencieusement ce qui se joue dans les pensées d'un homme qui se heurte au mensonge, à l'absurdité d'un mal vertueux, ou de la vertu du mal (nécessaire, forcément). Un héritage qui se perd dans des délires complotistes, des thèses qui confinent à la démence totale (la réincarnation des esprits des héros de Watchmen), et qui finalement s'ajustent parfaitement aux interprétations personnelles d'individus désorientés, mais qui sont intimement convaincus d'avoir entrevu la lumière, et de marcher dans sa vérité, en lutte contre la décadence globale.   Violence, intolérance, fascisme larvé, derrière le masque de Rorschach se cachent de sombres pulsions, les errances d'individus qui érigent le destin personnel au dessus de la communauté, dans laquelle leurs fantasmes trouvent toujours matière à justifier l'injustifiable. Si l'ennemi dans Watchmen était un héritage de la guerre froide, il est ici typiquement ce vide post moderne qui résonne en beaucoup d'âmes perdues, pour lesquelles le héros masqué et costumé est aussi la signe d'une possible revanche sur la vie. Du super héroïsme au nihilisme, Tom King et Jorge Fornes livrent ici une transition remarquable, impitoyable, cliniquement fascinante, et qui exigera de votre part une vraie lecture attentive. 



LA SIMULATION (DE LOIC HECHT) : ET SI NOUS VIVIONS DANS UN MONDE QUI N'EXISTE PAS ?

La question est proprement vertigineuse, raison pour laquelle nous avions tant envie de découvrir La simulation , enquête réalisée par Loïc ...