
Il se passe énormément de choses durant ce crossover qui concerne trois séries régulières, à savoir Uncanny X-Men, X-Factor et New Mutants. Trois fois trois épisodes, soit neuf au final. Chris Claremont est bien sur l'architecte déclinant de cette aventure. Près de la sortie, après des années à forger le destin des mutants, il truffe son récit d'événements et de micro-événements, exagère avec les dialogues, le pathos, et parvient à ses fins comme d'habitude, avec une lente réunion de tous les mutants arborant le X, et un ultime crossover haletant avec un ennemi crédible et sortant du conflit habituel entre le grand et preux héros et le super vilain du moment. La politique et ses arcanes, l'esclavagisme et ses épigones, voilà de quoi donner du blé à moudre au démiurge des X-Men. A ses cotés, on trouve Louise Simonson, qui préfère une approche du problème plus radicale, plus bourrin. On arrive au dessin. Mesdames et messieurs, Jim Lee le maître est à l'oeuvre ici. On devine un artiste majeur, on admire des planches plastiquement impressionnante et usant de poses lascives, sexy, fières, iconiques, et on savoure les années à venir en se disant que les mutants ont de la chance d'avoir un tel as dans la manche. Et puis après le beau temps, c'est le déluge. Les giboulées, même, avec Jon Bogdanove, qui sort une prestation dégueulasse sur X-Factor. C'est mon pire souvenir de lecture, au niveau iconographique, de mes années d'étudiant. Certaines cases sont si vilaines, avec des visages grossiers et finis à la hâte et du pied gauche, qu'on peine à comprendre comment Marvel a pu accepter et payer un tel torchon. Surtout que l'artiste n'est pas le premier venu, et qu'il a du talent, le bougre! On saute ensuite sur le cas Rob Liefeld. Tout a déjà été dit et redit, dois-je en rajouter? Le dynamisme et l'action sautent aux yeux et assaillent le lecteur, qui se demande tout de même où a bien pu passer le concept de proportion, et a l'impression d'avoir avalé un tube de champignons hallucinogènes entre un épisode et l'autre. Liefeld et ses tics d'artiste, ses détracteurs et ses admirateurs, à jamais. Bilan de tout cela? Nous apprécions la capacité de dépeindre un univers aliénant, ces mutants au crâne rasé, prisonniers de leurs tenues moulantes, dépossédé de l'esprit et de la liberté la plus fondamentale, traités comme du bétail au nom de la réussite économique d'un état esclavagiste. Et nous nous souvenons avec ironie de quelques scènes mythiques, comme Scott et Alex Summers se rouant de coups en shorty, ou le baiser fougueux entre Jean Grey et Wolverine, qui n'a pas du faire plaisir à Scottie, justement. Le genre d'histoire qu'on aime détester, et qu'on déteste admettre aimer.
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