Le personnage qui permet de mettre en lumière un aspect plus sensible de notre Fauve de Combat est le Prince Salaka, sorte d'extraterrestre souffreteux et à demi dévoré, qui fait de sa fragilité et dépendance deux armes redoutables pour forger une étrange amitié. Ajoutons aussi une intelligence artificielle qui pilote un vaisseau spatial et n'a de cesse de trouver le meilleur moyen de se débarrasser du Fauve : comment unir l'utile à l'agréable, à la demande même de celui qui ne rêve que d'un affrontement définitif, son propre trépas à la clé. De son côté, Ryan Ottley semble s’amuser comme rarement. Son dessin est toujours aussi nerveux, mais il se permet ici encore plus de variations, passant de scènes presque comiques à des planches beaucoup plus spectaculaires, parfois très épurées, qui rappellent certaines ambiances de la science-fiction des années 1970. Les affrontements sont d’une efficacité redoutable, lisibles, dynamiques, et franchement impressionnants. Et les détails si soignés et nombreux qu'on ne peu que constater une progression vraiment remarquable depuis les premières heures d'Invincible. Les couleurs d’Annalisa Leoni viennent renforcer l’ensemble avec une vraie richesse visuelle, ce qui ne gâche rien ! Autre bon point : ce comic book reste très accessible. Même sans connaître parfaitement Invincible, on peut entrer dans l’histoire sans difficulté. Le point de départ est clair, les enjeux le sont tout autant, et il suffit de se laisser porter. Les lecteurs déjà familiers de cet univers apprécieront en revanche les nombreux clins d’œil disséminés au fil des pages. Inutile non plus d'avoir un prix Nobel en analyse du comic book moderne pour savourer l'ensemble. Ici, c'est l'entertainment qui prime, baby. En gros, Battle Beast coche toutes les cases du bon spin-off. C’est fun, violent, généreux, parfois un peu excessif, traduit encore et toujours par Edmond Tourriol (important pour la continuité du monde de Kirkman) et sans le moindre complexe. Ne demandez pas à ce titre d'être ce qu'il n'est pas, et ne boudez pas votre plaisir (d'autant plus que l'édition chez Delcourt regorge de variant covers et autres bonus).
BATTLE BEAST : UN FAUVE DE COMBAT DANS L'UNIVERS D'INVINCIBLE
LA CROISADE DE L'INFINI : UN OMNIBUS DIVIN ?
Certains objecteront que cette saga, qui constitue la troisième et dernière partie d'une trilogie, commence sérieusement à manquer de souffle. Ils n'auront pas tout à fait tort. Inutile de préciser que c'est le volet le moins indispensable, et d'ailleurs les dessins aussi ressentent une certaine lassitude. Ron Lim avait du augmenter la cadence de son travail d'une manière conséquente, et il n'avait plus trop le temps de faire œuvre de précision chirurgicale. Son encreur, Al Milgrom, n'est de toute évidence pas non plus à la hauteur, et cela finit par se voir. Semic avait opté en son temps pour une publication Vf sous formes de trois albums hors-série, qui existent également en version reliée, facilement trouvable sur les sites de ventes aux enchères, tout comme les différentes versions en librairie depuis l'arrivée de Panini. Mais l'intérêt de l'omnibus, c'est bien entendu la publication d'une énorme fournée de tie-in, ces épisodes annexes qui rythment les événements narrés dans les séries régulières des héros Marvel. La Division Alpha, Spider-Man, le Docteur Strange, Deathlok, Darkhawk, Moon Knight… ils sont nombreux, ils sont parfois inédits, ce sont des moments d'histoire oubliés de chez Marvel, à déguster sans modération. Du bon gros comic-book mainstream, qui correspondait bien à l'idée que le lecteur des nineties avait d'un "event" ces années là. Je reste d'avis qu'il y avait dans ce genre d'aventure un parfum de naïveté et une volonté de raconter qui n'est pas toujours évidente aujourd'hui, à une ère sombre et chirurgicale, où le comic-book se doit se singer les travers de la réalité et de se perdre dans une narration décompressée, qui rebute forcément les nouveaux lecteurs occasionnels. Ou bien qui ne prend plus rien au sérieux, et use et abuse de la dérision pour faire chuter les héros de leurs piédestaux. Point de raton laveur dans l'espace ou de Guerres Secrètes à l'horizon, voici venir un bain de jouvence recommandé pour ceux qui à l'époque étaient de fidèles clients de Semic, ancêtre toujours choyé (avec Lug) parmi les plus anciens d'entre nous. Qui trouvent chez Panini l'archivage ultime, définitif, qui devrait finir sur vos étagères ?
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KIDS : FAITES DES GOSSES AVEC GARTH ENNIS ET DALIBOR TALAJIC
Ce décalage n’empêche pas le récit de maintenir une tension intéressante, notamment grâce à l’ambiguïté morale qu’il installe. Peut-on lutter contre ces êtres alors qu’ils restent, au fond, des bébés ? Toute la force du début repose sur cette idée, à la fois absurde et profondément dérangeante. Mais sur la (courte) durée, le scénario montre ses limites. Le format très bref ne permet pas d’explorer pleinement les thèmes esquissés, que sont la parentalité, l’égoïsme humain, ou encore la pression sociale liée à la famille. Certains comportements de personnages manquent de naturel, comme si l’histoire les forçait à agir de manière peu crédible pour aller là où elle veut. On sent que le concept aurait mérité plus d’espace pour respirer. Signalons aussi la présence d'une tierce personne, qui est "embarquée" par la famille au centre de cette histoire, et qui est utilisée à des fins de résolution hâtive, par le truchement d'un coup de baguette qui vient quand même faire drastiquement chuter la tension (même si la dernière vignette ose la promesse d'un nouveau retournement de situation). Pour ce qui est du dessin, Dalibor Talajić fait le job avec une grande efficacité (avec les couleurs de Stjepan Bartolic). Ses personnages sont volontairement dérangeants : des adultes aux gestes maladroits, aux postures improbables, dégingandées, qui créent un malaise immédiat. Il parvient à rendre crédible l'idée de corps qui ne “savent” pas encore exister, qui n'ont pas encore de mode d'emploi, ni de limites clairement affichées. Talajic prouve qu'on peut jouer avec le réalisme, le distordre juste ce qu'il faut pour le rendre personnel, tout en secondant à merveille la folie d'Ennis. Du coup, Kids s'avère être une lecture à la fois intrigante, intelligente et imparfaite. Une bande dessinée qui repose sur une idée très forte, mais qui peine à en exploiter toutes les implications. Une récréation quand même percutante, mais un poil courte sur pattes.
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RESURRECTION MAN : LA RÉSURRECTION D'UN PERSONNAGE QU'ON N'ATTENDAIT PLUS
C’est là que l'album peut diviser. Car à force de privilégier une approche conceptuelle, parfois volontairement tortueuse, le scénariste met ponctuellement à distance le plaisir immédiat de lecture. La narration se fragmente, les enjeux se dérobent, et le lecteur doit accepter de lâcher prise, au risque de se sentir tenu à l’écart. Une démarche cohérente avec le propos, certes, mais qui demande un certain abandon et un peu de patience. Les comics qui doivent être cool, offrir du divertissement, être accessibles à tous, n'ont pas grand chose à voir avec les choix de Ram V. En contrepoint, la dimension émotionnelle demeure étonnamment solide. Le récit oppose ainsi deux visions de l’amour : l’une, lumineuse, fondée sur le lien et la transmission ; l’autre, déformée par la violence et la domination, incarnée par une figure antagoniste issue des ténèbres de l’Histoire. Car oui, ce Resurrection Man là est bien le frère de Vandal Savage, et c'est d'une lutte fratricide primordiale que tout le reste est né. Ou presque. Le contraste n’a rien de subtil, mais il donne au récit une ossature claire, presque nécessaire face à la complexité du reste. Visuellement, Anand RK accompagne cette ambition avec une classe singulière. Il joue sur des contrastes marqués entre des figures humaines, parfois esquissées, et des structures abstraites d’une précision presque froide. Les couleurs de Mike Spicer accentuent cette dualité, tandis que le tout baigne dans une ambiance indouiste, avec notamment un logo qui n'est pas sans rappeler une certaine croix dont il conviendrait de taire le nom. Croix qui n'est que l'avatar mortifère et haineux d'une autre représentation hindouiste. Tout n’est pas parfaitement fluide, ni totalement accessible (loin de là), et l’on sent donc parfois le récit préférer l’idée à l'explication. Mais il en reste quelque chose de fascinant : une œuvre qui, derrière ses effets de manche conceptuels, cherche sincèrement à interroger ce qui nous définit. Et qui rappelle, au passage, que même dans un univers où l’on ressuscite à l’infini, l'amour et la singularité de chaque individu ont encore un sens et un attrait.
SPIDER-MAN NOIR : CINQUANTE NUANCES DE NOIR AU FORMAT POCHE
Si nous sommes sincèrement enthousiastes à l’idée de relire les deux premiers arcs narratifs, les choses se gâtent quelque peu par la suite. À commencer par les numéros suivants, qui viennent s’insérer dans la grande tapisserie du Spider-Verse. Autrement dit, notre version Noir rencontre d’autres Hommes-araignées du multivers. Sur le papier, la nécessité ne sautait pas aux yeux, mais, comme vous le savez, le Spider-Verse a depuis acquis ses lettres de noblesse sur grand écran, et il faut bien, dès lors, montrer patte blanche. L’occasion nous est donnée de voir à l’œuvre une version étrange du Mysterio, de découvrir ce que devient une Felicia Hardy cruellement défigurée quelques pages auparavant, mais aussi de recroiser la route du Peter Parker à six bras, sans oublier une sorte de version steampunk du Shocker. Le tout se déroule sur fond de Seconde Guerre mondiale sur le point d’éclater et de tentative des nazis de s’installer sur le sol américain. Nous en arrivons ensuite à une série de cinq épisodes, sobrement intitulée, une nouvelle fois, Spider-Man Noir, et publiée à l’origine en 2020. Cette fois, c’est Margaret Stohl qui s’occupe du scénario et, il faut bien le dire, les raisons de se laisser emporter par une histoire assez peu intéressante sont rares. Il y est question du vol d’un bijou très particulier, arraché à une serveuse du bar The Black Cat, ce qui contraint notre Spider-Man des années 1930 à prendre le chemin de l’Europe (puis de Babylone) en compagnie de la sœur de la victime. S’ensuit un double parcours, entre vengeance et compréhension des enjeux, qui se révèle bien plus complexe que prévu et se termine en mythologie et ésotérisme brouillon. Je vais être très honnête : cette partie m’a toujours fait bâiller, littéralement. Hormis les dessins de Juan Ferreyra, que je trouve particulièrement dynamiques et tout à fait adaptés à ce type de récit (son style s’inscrivant d’ailleurs dans une forme de continuité avec celui de Di Giandomenico avant lui), le reste est aussi vite lu qu’oublié. Dommage, car le personnage est fascinant et, au vu de la qualité graphique de ces pages, on aurait rêvé de quelque chose de bien plus pertinent et spectaculaire. Au final, un contenu qui alterne le très bon et le plus dispensable, mais pour un prix toujours aussi réduit. C’est là l’un des grands atouts de cette collection, qui se permet en outre le luxe d’aller séduire (même débaucher) des lecteurs habitués à d’autres formes de bande dessinée.
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LE LIVRE SANS NOM (CHEZ SONATINE COMIX) TOMES 1 ET 2
Ce qui frappe surtout, c’est la capacité de l’adaptation (signée Koe') à conserver la sensation de chaos maîtrisé qui faisait le sel des romans. L’ensemble fonctionne comme une sorte de film d’action halluciné, où les références pop et les clins d’œil s’entrechoquent dans un joyeux désordre. On passe d’une fusillade à une discussion absurde, d’un mystère ésotérique à une scène de pure brutalité, avec une fluidité qui confine à l’évidence. Du coup, Tarantino ou pas Tarantino ? Le mystère demeure sur l'auteur de l'histoire de base (qu'on nomme Anonyme) qui reste une chimère de la pop culture mondiale, une des dernières (Banksy vient de se faire griller, probablement). Côté dessins, le choix d’un noir et blanc très contrasté peut surprendre dans un premier temps. Le trait, nerveux, parfois presque rugueux, demande un léger temps d’adaptation. Mais rapidement, ça finit par le faire. Le parti pris esthétique renforce l’atmosphère poisseuse de Santa Mondega, accentue le carnage et donne aux scènes d’action une intensité presque suffocante. Je vous le dis en passant, je suis loin d'être un fans des mangas et des codes graphiques inhérents. Du coup, juger autrement le boulot de Yello qu'avec ces quelques lignes serait malhonnête. Ce n'est pas ma tasse de thé, mais ce n'est pas pour autant un thé désagréable, promis. Les deux premiers tomes posent ainsi des bases solides. Ils installent un univers, présentent une galerie de personnages hauts en couleur (et souvent en hémoglobine), et lancent une aventure suffisamment intrigante pour donner envie de poursuivre la lecture. Et ça fuse de partout, c'est drôle, grinçant, dérangé, impossible de s'ennuyer. Voilà un univers aussi excessif que jubilatoire où le grotesque flirte en permanence avec le tragique. Une coolitude qui fait des envieux et s'adresse, à priori, à tous les publics possibles.
Sortie aujourd'hui du tome 2 !
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LE PODCAST LE BULLEUR PRÉSENTE : DIPLOMATIE CLANDESTINE
- La sortie de l’album Les enfants de Chatom, adaptation par Cyrille Pomès d’un roman jeunesse signé Thomas Lavachery pour un ouvrage sorti aux éditions Rue de Sèvres
- La sortie de l’album Bascoulard que l’on doit à Frantz Duchazeau, un ouvrage paru aux éditions Sarbacane
- La sortie de l’album Tout mais pas Beyrouth que l’on doit au récit de Mathieu Diez que met en dessin Jibé et qui est sorti aux éditions Delcourt dans la collection Encrages
- La sortie de l’album Pour quelques miettes de pain que l’on doit à Kasia Babis paru aux éditions des Aventuriers d’ailleurs
- La sortie de l’album Un été loin des hommes que l’on doit au duo de scénaristes Fabienne Blanchut et Catherine Locandro, au dessin de Thomas Campi et c’est sorti aux éditions Dargaud
- La réédition de Jean Doux et le mystère de la disquette molle aux éditions Delcourt, un ouvrage signé Philippe Valette qui retrouve le chemin des rayonnages à l’occasion des 40 ans de la maison d’édition.
BATTLE BEAST : UN FAUVE DE COMBAT DANS L'UNIVERS D'INVINCIBLE
Avec la sortie de Battle Beast chez Delcourt, l’univers de Invincible reprend du service de la plus belle des manières. Plus de sept ans ap...
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Comme chaque samedi désormais, nous vous proposons de plonger dans l'univers de la bande dessinée au sens le plus large du terme,...
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3,99 €, c'est la somme fort modique qu'il vous en coûtera pour découvrir Deadpool la collection qui tue , chez Hachette. Le ...
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UniversComics Le Mag 55 Septembre 2025 Magazine comics BD gratuit. Votre copie vous attend ici : https://madmagz.app/fr/viewer/6887f35b69c...


















