SUPERGIRL WOMAN OF TOMORROW : DE RETOUR CHEZ URBAN COMICS


 Il est forcément un peu plus difficile de susciter la considération et le respect, voire la crainte, quand on est une agréable jeune fille aux cheveux blonds, portant la jupette, d'aspect menu et engageant, plutôt qu'un type ultra musclé chargé en testostérone. D'ailleurs, Kara Zor-El a beau être "super", elle n'en reste pas moins une girl là où son cousin est lui présenté comme un man et non pas un boy ; une petite différence sémantique qui démontre bien que l'héroïne a toujours dû mettre les bouchées doubles pour trouver sa place au sein de l'univers DC comics. Notons qu'il en existe différentes incarnations, et que sa carrière éditoriale est pour le moins chaotique. À première vue, on pourrait la croire plus faible, et d'ailleurs certains ennemis de Superman n'hésitent pas à s'en prendre à elle pour se venger, lorsqu'ils la croisent dans l'espace. Mais ce serait une erreur. C'est ce que nous montre assez rapidement Tom King dans cette désormais célèbre mini série en 8 volets, qu'Urban Comics représente aujourd'hui dans une belle version augmentée et une autre en noir et blanc. L'histoire démarre sur une lointaine planète, dans une ferme de roche, où une jeune fille (Ruthye) assiste au meurtre de son père, des mains de Krem des collines d'ocre, un assassin impitoyable, qui laisse son épée enfoncée dans le poitrail de sa victime.  Commence ainsi une vengeance personnelle contre Krem, avec l'idée d'enrôler un mercenaire pour obtenir réparation dans le sang, en se servant de la fabuleuse épée abandonnée par l'assassin, comme monnaie d'échange pour la transaction. Mais rien ne se passe comme prévu pour la pauvre jouvencelle. Fort heureusement, dans le même bar où se déroule la négociation, nous retrouvons Supergirl, bien occupée à fêter son 21e anniversaire (c'est-à-dire selon la loi américaine celui de sa majorité, autrement dit elle a désormais le droit de consommer de l'alcool) en se mettant minable grâce à la bouteille. Et quand une demoiselle en détresse rencontre une super héroïne en proie au doute et à la recherche de son destin personnel, les conditions sont réunies pour mettre sur pied une petite épopée spatiale attachante et fantasmagorique, qui va nous emmener rencontrer des mondes singuliers et interroger ce qui constitue notre humanité, à des années lumières, au fin fond du cosmos.



On embarque donc avec Tom King pour un voyage merveilleux. À travers les mondes, le cosmos, pendant de longs mois. Supergirl et sa protégée vont affronter toute une série d'aventures qui seront autant de jalons vers l'acceptation et la compréhension de soi. Ne croyez pas que la toute-puissance de la charmante blondinette lui permette de faire face à tout et n'importe quoi ; tout d'abord parce qu'une partie de ce périple va se dérouler sur une planète baignée d'un soleil vert qui se révèle être hautement toxique pour qui vient de Krypton, et c'est cette fois au contraire Ruthye qui va devoir protéger l'héroïne. Mais aussi parce que cette poursuite à travers les étoiles, pour mettre la main sur Krem et obtenir réparation, constitue une preuve de force intérieure : est-il nécessaire de tuer quand la magnanimité permettrait d'opter pour un autre châtiment ? C'est là que tout le génie de Tom King frappe le lecteur, avec deux dernières pages absolument splendides qu'il est impossible d'aborder concrètement sans spoiler l'histoire, mais qui ne correspondent pas forcément à tout ce à quoi vous pouvez vous attendre en lisant ce qui précède. Cette histoire au demeurant fort belle et poétique est rythmée par un phrasé et une langue soignée, excellemment traduite en français par Jérôme Vicky. Le dessin est de Bilquis Evely, et s'il peut surprendre notamment pour ce qui est du visage de Supergirl (assez anguleux, voire caricatural, avec le bleu des yeux qui mange ou illumine le reste) le côté féerique de l'ensemble compense largement cet aspect un peu moins gracieux que d'habitude. Les planches sont vivantes, truffées de petits détails, et surtout elle ne se ressemblent pas ou tout du moins leurs différences finissent par s'accorder, pour orchestrer un ensemble de mondes, ce qu'on appelle un univers graphique. Un long voyage, une quête personnelle, presque un récit légendaire comme on le comprend en fin de parcours : nous sommes là face à une bande dessinée qui échappe à la norme, l'envie de convoquer la surenchère et le bain de sang, pour donner la parole à un personnage aussi fort que fragile, aussi sous-évalué que potentiellement magnifique, et qui l'espace de huit longs épisodes nous enchante régulièrement. Woman of tomorrow a donc tout pour être également woman of the summer, le temps que nous y sommes, avec un film derrière la porte. Woman, on a dit, et pas juste girl.



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DC K.O. TOME 1 : LA BATTLE ROYALE COMMENCE ICI !


Vous êtes désormais habitués et vous le savez, les comic books américains vivent d'événements réguliers qui essaient à leur façon de bouleverser l'équilibre super-héroïque qui règne chez l'éditeur qui décide de les publier. Ainsi, chez DC Comics, place à quelque chose d'assez spectaculaire et singulier : DC K.O. Le principe est simple (c'est en tout cas ce qui est annoncé dans les intentions de départ), une sorte de Battle Royale qui va permettre de déterminer, enfin, qui est le plus fort entre tous. Et tout ça à cause de Darkseid, le mal incarné, qui cette fois encore a fait des siennes. Il faut dire que sa dernière incursion sur Terre a été la bonne. Cette fois, le tyran d'Apokolyps a vraiment triomphé, il n'est pas possible d'en venir à bout, l'univers lui appartient. D'autant plus qu'au cœur de notre planète, une sorte de noyau, de coeur de matière Omega (n'allez surtout pas me demander des explications scientifiques plausibles) ne fait que confirmer sa puissance et son inéluctabilité. La seule manière de l'arrêter, ce serait alors de stopper l'activité de ce noyau, un peu comme si on voulait le rebooter, et par la même lui offrir un champion capable de canaliser et d'incarner toute la puissance Omega pour défaire et prendre la place de Darkseid. Comme le projet est plutôt risqué et ne tient pas debout, expliqué comme cela (vous le savez, dans le monde des super-héros, les règles de la physique sont très différentes), il faut tout de même préparer un plan B, c'est-à-dire l'évacuation de la Terre ! Tenez-vous bien, la Justice League et leurs amis ont vraiment l'intention d'emmener les habitants sur d'autres plans d'existence ou mondes lointains, le temps que les choses se calment, si cela est possible. Le pire c'est que ce plan complètement dingue semble fonctionner et que le nouveau champion ne va pas être désigné par hasard, mais au terme d'une sorte de grand tournoi à élimination auquel vont prendre part 32 personnages parmi les plus puissants ou influents de DC Comics. Le premier tour consistera en une sorte de quête aux artefacts propres à certains de ces héros, tandis que par la suite, tout le monde va devoir taper sur tout le monde et mettre de côté les concepts d'empathie, d'entraide et de gentillesse. Même Superman ramène avec lui des poings américains dans lesquels sont incrustés des mini soleils ! Subtilité, quand tu nous tiens.



C'est presque une évidence : un scénario aussi dingue, avec des implications aussi faramineuses, c'est forcément l'œuvre de Scott Snyder ! Du côté du dessin, Javi Fernandez et Xermanico s'en sortent à merveille et permettent d'assister à une sorte d'apocalypse jouissive, où le lecteur, page après page, s'attend à voir certains personnages éliminés, tandis que d'autres vont continuer leurs courses vers le succès. Et à priori, les super-vilains ne sont pas invités et devaient être mis hors de l'équation, mais c'était compter sans Lex Luthor, qui au dernier moment est parvenu à pénétrer avec effraction dans la compétition, accompagné par quelques autres gros calibres des forces du Mal. Urban Comics publie l'événement sous la forme de trois tomes (le dernier prévu fin juin) ; autrement dit, vous allez pouvoir y découvrir non seulement la série mère mais tout un tas d'épisodes annexes, les fameux tie-in, avec par exemple ceux qui sont insérés dans la série des Titans, où nous allons pouvoir mieux comprendre comment fonctionne cette évacuation fantastique dont nous parlions ci-dessus. Mais aussi des épisodes du titre Superman où nous allons en apprendre plus sur le destin de Loïs Lane, qui a brièvement obtenu des supers-pouvoirs au point de devenir Superwoman et qui va ici tout simplement les récupérer. Notons également dans ce premier volume les deux premiers épisodes de DC K.O. Knightfight, où il est question de s'intéresser à que ce devient le grand absent du tournoi, celui qui n'est pas parvenu à se qualifier, à savoir Batman. Du coup, le chevalier noir va vivre ses propres aventures en parallèle, entre fantasmes, vérités distordues et versions très singulière de Gotham, et avec les dessins de Dan Mora pour magnifier l'ensemble. On est toujours preneur tant cet artiste est vraiment doué. DC K.O. c'est donc une véritable orgie super héroïque, au-delà de ce qu'on peut croire ou raisonnablement accepter. Il faut vraiment se laisser porter par la vague mainstream et voir ça comme une espèce de vaste récréation frappadingue, la Coupe du monde avant l'heure, où les équipes de football sont en fait remplacées par quelques-uns des personnages iconiques de chez DC Comics. Qui va se qualifier, qui va être éliminé, les paris sont ouverts !



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LA SIMULATION (DE LOIC HECHT) : ET SI NOUS VIVIONS DANS UN MONDE QUI N'EXISTE PAS ?


La question est proprement vertigineuse, raison pour laquelle nous avions tant envie de découvrir La simulation, enquête réalisée par Loïc Hecht sur une théorie qui fascine la Silicon Valley, comme le dit la couverture. Et si notre monde n’existait pas ? Pour entrer dans les détails : et si nous n’étions que des programmes, des pions, des personnages occupés à vivre une existence qui n’est, en réalité, non pas le réel, mais le fruit d’une immense simulation ? À un tel niveau que tenter d’appréhender la chose a de quoi nous filer la migraine pour toute la soirée. Pour parvenir à répondre à cette question (spoiler : aucune réponse tranchée n’est en réalité possible), il faut donc aller rencontrer ceux qui se sont penchés sur le sujet, c’est-à-dire traverser l’océan Atlantique et aller converser avec des physiciens, ou tout simplement les amis de ces milliardaires qui se passionnent pour la question, ceux qui sont en train de refaçonner notre monde et la manière dont nous nous y connectons. Hecht réalise tout cela avec un brio certain et un style capable d’alterner une écriture léchée et, à d’autres moments, plus complice (et intime, comme lorsqu'il réalise que sa relation sentimentale est en train de se déliter lentement), ce qui rend la lecture extrêmement agréable. Les cent premières pages défilent à un rythme soutenu, jusqu’à ce que l’enquête se focalise plus particulièrement sur un individu : Tom Campbell, ancien de la NASA. Et là, La simulation, qui jusque-là prenait en compte tout un ensemble d’hypothèses qui avaient tendance à nous ramener du côté d’une forme d’interprétation digitale du monde, comme si toute notre réalité avait été encodée par des programmateurs dont nous ne soupçonnons pas l’existence (à moins que ce ne soit nous-mêmes et que nous ne soyons que nos propres avatars) se met dès lors à définir ce qu’est la conscience. De Matrix à Bouddha, en quelque sorte. Car ce bon vieux Campbell, qui à bien des égards nous semble quand même un type extrêmement perché, à mi-chemin entre le gourou et le maître des arts mystiques dans un film Marvel, affirme être capable de sortir de son corps, d’opérer ce que l’on appelle le remote viewing, c’est-à-dire identifier des scènes ou des objets à distance, voire même d’entrer en contact avec d’autres entités et d’accompagner les morts au moment où ils quittent notre plan d’existence. C’est quand même bien difficile à croire, même si l’auteur, qui va assister en distanciel à un séminaire d’une semaine organisé par le type, fait tout son possible pour rendre ces informations accessibles au lecteur, tout en conservant un indiscutable recul critique qui permet de ne pas crier à la supercherie ou au complotisme.


Reste le fait que je suis un indécrottable sceptique et que cet ouvrage (il faut le signaler avant que vous ne vous précipitiez en librairie pour l’acquérir) est davantage pensé pour ceux qui sont disposés à réfléchir au caractère mystique et transcendantal de l’existence. Autrement dit : savoir si l’existence est définie par la conscience ou si c’est la conscience qui définit l’existence. Peu importe, finalement. Plutôt que pour les fans de science-fiction à la Matrix, prêts à déceler les failles de la machine comme on interpréterait des pixels défaillants sur un écran d’ordinateur. La méthode de Loïc Hecht n’est d’ailleurs pas scientifique en soi : il participe à des séminaires où il est question de sortir de soi, ingère des substances psychotropes, dont il a, de toute manière, déjà l’habitude de faire usage. Bref, nous sommes davantage sur un terrain à la Jack Kerouac que dans les élucubrations d’un Elon Musk ; plutôt que les champignons, lui, ce serait une orgie de kétamine. Et puis, le problème avec ce genre d’enquête, c’est qu’elle repose essentiellement sur des témoignages, ou plutôt des assertions : quelqu’un vient vous expliquer qu’il a fait ceci ou cela, et vous devez y croire, autrement tout l’édifice s’effondre. On vous explique que des expériences secrètes ont été menées dans des laboratoires appartenant à des agences gouvernementales : vous devez partir du principe que c’est vrai, même s’il vous est impossible, là, maintenant, à l’instant, d’en contrôler les résultats d’une manière suffisamment claire et honnête pour chasser le moindre doute. Bien entendu, beaucoup des faits rapportés sont troublants. Mais on peut se demander si toutes ces expériences de sortie du corps, ces capacités à deviner des images à distance, ou même à entrer en communication avec des morts et à se balader sur une sorte de plan astral, ne relèvent pas, finalement, d’une vaste supercherie reposant sur un effet de logique : si cela était possible, plus personne ne pourrait réellement disparaître de la surface de la planète, et il serait alors envisageable d’anticiper toutes les grandes problématiques, voire d’en trouver un remède en ayant recours à ce paranormal bien pratique. Ou pas ? La Simulation est donc un livre tout aussi fascinant que bancal, et c’est bien pour cela qu’il est attachant. Il tente de remettre en cause la réalité, tout d’abord en essayant de la définir, mais aussi en l’attachant à une forme extrême de subjectivité, c’est-à-dire en la faisant dépendre de notre conscience, de nos états de conscience. Dès lors, la conclusion nous ramène, presque logiquement, dans le domaine de la machine : l’intelligence artificielle. ChatGPT, par exemple, est-il une entité que l’on peut qualifier de consciente, ou simplement un instrument que l’on pourrait maltraiter à l’envi ? Là encore, il n’y a pas de réponse, si ce n’est celles que le lecteur pourra se forger au terme d’un livre qui ouvre beaucoup de portes sans jamais les refermer. Un voyage des plus divertissants et perturbants, mais qui apporte encore davantage de questions que de réponses. Disponible aux éditions Les Arènes. 



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CORUM TOME 1 : LE CHEVALIER DES ÉPÉES (CHEZ GLÉNAT)


 Avec Corum : Le Chevalier des Épées, premier tome d’une trilogie publiée chez Glénat, David Chauvel s’attaque à un chantier délicat. Adapter l’univers de Michael Moorcock, ce n’est jamais une promenade de santé, surtout lorsqu’il s’agit de faire vivre en bande dessinée un personnage aussi chargé que Corum (Jhaelen Irsei). Le genre de tâche qui a de quoi filer le vertige, rien qu'à y penser. Dès l’ouverture, cette nouvelle tentative annonce la couleur. Ici, pas de montée en puissance progressive ni de parcours héroïque classique. Corum revient de mission pour découvrir son peuple anéanti, et la suite s’enchaîne avec une brutalité presque sèche. Sa vengeance tourne court, il est capturé, mutilé, puis sauvé de justesse pour être aussitôt embarqué dans une quête qui le dépasse complètement. Le message est clair, Corum n’est pas vraiment aux commandes de son destin. Une marionnette, dans le meilleur des cas. C’est d’ailleurs ce qui fait le sel de ce premier tome. Chauvel choisit une narration rapide, parfois même un peu précipitée (les enchaînements entre certaines scènes sont un poil abruptes), qui peut donner l’impression que les informations et noms à enregistrer sont plus que ce que le lecteur moderne est en mesure d'assimiler. Mais cette urgence sert aussi le propos. Le monde décrit ici est instable, violent, dominé par des forces qui échappent à toute logique humaine. Les dieux manipulent, les peuples s’entretuent, et au milieu de tout ça, Corum tente simplement de survivre, sans jamais vraiment comprendre les règles du jeu. D'ailleurs, le récit dépasse peu à peu la simple vengeance. Il installe une ambiance plus sombre, tendance fataliste, où le héros avance davantage contraint que volontaire. Impossible de ne pas penser à Elric de Melniboné, autre figure emblématique de Moorcock, avec qui Corum partage cette fragilité et ce rapport compliqué au pouvoir (à lire chez Delirium, pour la plus belle version). Cette dimension tragique donne au récit une épaisseur bienvenue, une forme de solennité que les dialogues inspirés renforcent clairement.



Visuellement, c'est la fête ! Luca Merli signe un travail remarquable et généreux. Son dessin est riche, parfois chargé, mais toujours au service de l’ambiance. Les décors donnent de l’ampleur, les créatures impressionnent, et surtout, les visages traduisent bien la dureté de ce que traverse le personnage. Les scènes d’affrontement sont de véritables tableaux dramatiques, grâce à une mise en page dynamique, et certaines compositions flirtent avec un imaginaire onirique déviant, qui souligne l’étrangeté d'un monde où le danger et la duplicité sont partout. Corum, lui, finit donc par se mesurer à Arioch. Dans l’univers imaginé par Michael Moorcock, le Chevalier des Épées n’est pas un simple adversaire qu’on croise au détour d’un chemin. C’est une entité divine, une puissance du Chaos qui joue avec les mortels comme d’autres manipulent des figurines sur un échiquier. Corum, déjà bien amoché physiquement (mais "réparé" de manière mystique), va surtout découvrir qu’il est embarqué dans une partie qui le dépasse largement, où Arioch semble récrire les règles qu'il fixe au détriment des joueurs. Tout cela, Luca Merli s'en empare, le malaxe, lui donne corps et une vitalité brute. Excellent. Il existe aussi une magnifique version en noir et blanc de ce premier tome, pour ceux qui voudraient encore plus s'enivrer du trait brut de l'artiste italien. Cela dit, les couleurs sont aussi de son fait, l'ensemble est cohérent et maîtrisé de bout en bout, c'est vous qui voyez, vraiment ! Je vous le rappelle et promets, ce premier tome va à l’essentiel. Il pose les bases, installe son héros et son monde, sans chercher à tout développer immédiatement. Cela peut donner une impression de densité, risque de perdre le lecteur distrait (Corum se lira dans un canapé, au calme, pas aux toilettes pour passer le temps), mais l’ensemble est clairement efficace et accrocheur. Le démarrage est solide, sombre comme il faut, et suffisamment intrigant et sanguinolent pour donner envie de voir où tout cela va mener. La fantasy ne meurt jamais, et avec une doublette comme Chauvel/Merli, a encore de bien beaux jours devant elle (la suite fin août, si tout va bien).



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KING SPAWN 2024 2025 : UN AN DE SPAWN IMPITOYABLE


 Publié chez Delcourt, King Spawn s’inscrit pleinement dans la seconde jeunesse que connaît l’univers du personnage. Ce titre, désormais le deuxième pilier après la série historique éponyme, inaugure avec son volume 2024-2025 une nouvelle formule éditoriale : à l’instar des autres séries de cet univers, chaque album regroupe désormais une année complète de publication, soit douze épisodes. Le contexte reste globalement fidèle à celui introduit précédemment : la grande guerre entre anges et démons s’est achevée de manière inattendue, contraignant toutes les factions à se retrouver prisonnières sur Terre, privées de leurs pouvoirs. Al Simmons lui-même ne peut plus recourir à son costume de nécroplasme. Pourtant, il conserve un avantage décisif : une maîtrise absolue du combat, forgée sur tous les champs de bataille imaginables. Véritable machine de guerre, il demeure un adversaire redoutable, capable de renverser des situations qui sembleraient désespérées pour d’autres. Dans ce nouvel équilibre des forces, les vampires tirent habilement leur épingle du jeu. Menés par le redoutable Bludd, ils entendent bien prendre leur revanche et éradiquer ceux qui les ont jadis asservis ou méprisés. Parallèlement, l’intrigue s’ouvre sur l’enlèvement de la grand-mère Blake (mamie de Wanda, quoi). Une erreur fatale : Spawn se lance immédiatement à sa recherche et intervient avec sa brutalité coutumière. Car tel est le leitmotiv de ces épisodes : quiconque s’en prend à lui ou à ses proches déclenche une riposte fulgurante. Le sang coule, les affrontements s’enchaînent, et l’action ne connaît aucun répit. Au cœur de cette déferlante, le retour de Cy-Gor, gorille cybernétique d’une violence extrême, qui sert de catalyseur à l’une des scènes les plus démesurées et mémorables de ces dernières années.



Je cite cette double page saisissante où Spawn est agrippé par les pieds tandis que Cy-Gor le fait tournoyer sur lui-même, dans un déluge de tirs automatiques. Cette scène résume à elle seule le ton de la série : un basculement assumé vers le grand-guignolesque, où les affrontements, d’une violence extrême, ne laissent aucune place à la pitié. L’ambiance y est perpétuellement sombre, sans la moindre lueur d’espoir ni véritable moment de répit, dans un volume mené tambour battant. La bonne nouvelle réside alors  dans la qualité exceptionnelle de la partie graphique. Comme souvent dans l’univers de Spawn, les artistes mobilisés sont de tout premier plan. Jason Shawn Alexander impressionne par son style viscéral et habité, tandis que Javi Fernández, Jeremy Haun, Javi Fernandez ou encore Yildiray Cinar (dans un registre plus classique et rassurant) livrent des planches d’une grande maîtrise, capables de séduire aussi bien les amateurs d’expérimentations graphiques que les adeptes d’un comic book mainstream. Certes, les enjeux peuvent parfois sembler nébuleux, voire dilués dans la durée. Mais c’est là qu’intervient une seconde bonne surprise : même un lecteur novice pourra progressivement recoller les morceaux sans trop de difficulté. Les nombreuses références au passé, ainsi que l’apparition de figures déjà établies (comme le gorille cybernétique évoqué plus haut ou certaines entités symbiotiques à la Haunt ) peuvent susciter quelques interrogations, sans jamais rendre l’ensemble hermétique. Au fond, l’essentiel est ailleurs : pour peu que l’on recherche un divertissement gothique, outrancier et volontiers excessif, la série remplit parfaitement son contrat. Todd McFarlane continue ainsi de développer un univers qu’il n’a jamais cessé de faire évoluer, solidement épaulé ici par Rory McConville, sur ce titre parallèle. Grâce à un rythme de publication désormais plus lisible et des volumes généreux, les lecteurs peuvent s’immerger avec facilité dans ces ténèbres foisonnantes où le rouge sang domine. La subtilité n’est peut-être pas au cœur de King Spawn, mais après tout, ce n’est pas ce que l’on attend de ce comic book et de son univers, non ?



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LA LONGUE MARCHE DE LUCKY LUKE : LE NOUVEAU LUCKY LUKE DE MATTHIEU BONHOMME


Lucky Luke, c'est le cowboy solitaire par essence. On ne lui connait pas de relation suivie, que ce soit avec une femme ou un homme, tout juste un rapport presque fusionnel et amical avec le célèbre cheval Jolly Jumper, qui accompagne chacune de ses aventures, jusqu'au final où est entonnée la ritournelle de la séparation. Alors l'imaginer en père chargé de veiller de veiller sur un jeune adolescent turbulent, c'est assez improbable. C'est pourtant (presque) ce qui se passe dans le troisième album des aventures de Lucky Luke par Matthieu Bonhomme. Ici, il va devoir escorter un garnement qui porte le nom indien de Nuage Rouge. Mais c'est en fait le fils de l'héritière de l'empire du magnat Ronald Cramp, qui a dû se réfugier dans la tribu des Pieds Bleus après avoir été abandonnée en pleine tourmente de neige avec son enfant, pour la faire disparaître elle et sa progéniture. Une sombre affaire de succession est le motif de ce geste tragique, le meilleur moyen de se débarrasser de ceux qui étaient appelés un jour à posséder l'immense fortune de la dynastie Cramp. Qui est d'ailleurs une sorte de projection de Trump, comme on se surprend à le penser à plusieurs reprises, à travers quelques clins d'œil savants qui permettent d'établir un lien. Et puis dans cette histoire, on retrouve aussi les Dalton, bien entendu. Ils ont été engagés pour empêcher Lucky Luke de mener sa mission à bien, c'est-à-dire tout faire pour qu'il ne puisse pas emmener le gamin jusqu'au Canada, à travers les forêts enneigées et tous les pièges qu'on peut rencontrer en milieu hostile, pour que la justice soit enfin rendue. Les Dalton sont toujours aussi stupides et peu efficaces, néanmoins, il s'agit tout de même de rester sur ses gardes, d'autant plus que la trahison n'est jamais bien loin. Ils sont ici ceux qui poursuivent, à défaut d'être poursuivis. Au fil de de l'aventure, les liens se resserrent en tous les cas, et Lucky Luke se prend à apprécier sincèrement le jeune indien, qui s'avère avoir plus d'un tour dans son sac !



Il faut être honnête, ce troisième album hommage réalisé par Matthieu Bonhomme était-il nécessaire ? La question, en fait, ne se pose pas en ces termes. Depuis quand une bande dessinée doit-elle être nécessaire ? Ce que l'on attend d'elle, c'est une qualité artistique qui fasse de l'histoire une proposition pertinente, susceptible de toucher un lectorat large. Ici, Lucky Luke est loin d'être la pâle copie du cowboy solitaire; bien au contraire, le style beaucoup plus réaliste de l'artiste par rapport à celui de Morris produit un résultat absolument formidable pour les yeux, d'autant plus que le côté fantomatique et hivernal de nombreuses scènes renforcent le sentiment de proximité que nous avons vis-à-vis des personnages. Les thématiques écologistes et anticapitalistes sont également présentes, et quand on voit la manière dont aujourd'hui s'enfonce notre société dans une inéluctable tragédie commune, on ne peut qu'être content de voir qu'il est possible d'insuffler ces sujets avec humour et légèreté, dans ce genre de produit moderne. Alors oui, les Dalton n'ont peut-être pas un rôle aussi central qu'ils ont pu l'avoir dans l'œuvre fondatrice de Lucky Luke, oui le cowboy n'est pas ici en train de livrer un one man show et d'occuper le devant de la scène de la première à la dernière vignette, mais il n'empêche, cette longue marche est réellement exécuté avec maestria et relève du plaisir artistique, de bout en bout. Matthieu Bonhomme n'est certainement pas Morris et n'a jamais prétendu l'être : son Lucky Luke, par contre, tout en n'étant clairement pas celui de nos grandes années de jeunesse, en est un digne avatar. C'est tout simplement beau, bien écrit, et il faudrait vouloir se faire du mal que de vouloir s'en priver, pour les mauvaises raisons.

Chez Lucky Comics / Dargaud

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SUPERGIRL (DC PRIME) TOME 1 : MÉSAVENTURES À MIDVALE


 Promis, par respect pour le travail des artistes – et parce que j’aime me montrer aussi objectif que possible. Au fait, ne venez pas me casser les pieds avec les tirets cadratins et Chat GPT – je n’ai aucune intention de descendre en flammes ce premier tome des nouvelles aventures de Supergirl. Mais un distinguo s’impose d’emblée : je ne suis absolument pas, même de très loin, le public cible de ce titre. À première vue, il s’agit d’une tentative de DC Comics de séduire un lectorat adolescent. La série respire le young adult, bien loin des aventures plus solennelles et tragiques de Superman. Ici, la cousine de l’Homme d’Acier retourne à Midvale, le petit bourg dans lequel elle a grandi. Elle est censée y reprendre l’identité de Linda Danvers et retrouver ses parents. Sauf que l’accueil est pour le moins tiède, et que rien ne va se dérouler comme prévu. À peine revenue dans ce qui fut autrefois son foyer, Kara découvre que tous les habitants semblent sous le charme de Supergirl. Problème : personne ne connaît sa double identité, et cela fait longtemps qu’elle n’est pas revenue accomplir de nouveaux exploits. L’explication est aussi simple qu’inattendue : une autre Supergirl sévit en ville. Il s’agit en réalité d’une habitante de la cité-bouteille de Kandor, Lesla-Lar, bien décidée à imiter (voire supplanter) celle qu’elle jalouse. Pour parfaire l’illusion, elle va jusqu’à hypnotiser les parents de Kara afin qu’ils l’adoptent comme leur propre fille. Et comme si cela ne suffisait pas, cette nouvelle venue entreprend de ridiculiser la véritable Supergirl, la présentant aux yeux de toute la ville comme une pâle copie (un plagiat, même). Entre quiproquos, retournements de situation et démonstrations de pouvoirs, la série ne se prend jamais au sérieux. On est ici très proche de la bande dessinée humoristique, bien plus que d’un récit super-héroïque classique. L’ensemble est d’ailleurs truffé de super-animaux, qu’ils soient alliés (comme Krypto le chien ou Streaky le chat) ou ennemis, à l’image d’une version féminine de King Shark. Un peu plus loin, un lapin doté de super-pouvoirs vient compléter ce bestiaire improbable. Autant dire que prendre tout cela au premier degré n'est pas très recommandé.



Les motivations et la caractérisation de Lesla-Lar restent, elles, réduites à l’essentiel. D’où cette impression persistante d’un comic book pensé pour un public adolescent. Passée sa jalousie envers Supergirl, le personnage se révèle animé par un besoin simpliste : être aimé, se faire des amis. Et, comme chacun sait, l’amitié change une vie. Dès lors, la dynamique évolue rapidement : entre une jeune fille sauvée par Supergirl, l'entrée en scène de la fille de Lex Luthor, et cette rivale devenue alliée, une étrange sororité se met en place. Avec au menu une virée entre copines dans un bar gothique, tandis que Supergirl prend sous son aile celle qui, quelques pages plus tôt, cherchait à l'humilier, afin de lui apprendre les bases du métier de super-héroïne. Le tout est rapide, coloré, presque bubble gum, et ne cherche jamais la profondeur. Ce qui surprend davantage, en revanche, c’est de voir ce type de récit publié sous le label DC Prime. Un album de ce genre aurait trouvé toute sa place dans une collection parallèle, pour assumer pleinement son orientation juvénile. Mais ici, avec des épisodes qui font ponctuellement référence à la continuité récente de DC Comics, la rupture de ton interroge. Comment passe-t-on d’une héroïne évoluant dans l’ombre de son célèbre cousin à une adolescente aux préoccupations et fréquentations aussi légères ? Le contraste a de quoi dérouter (euphémisme). Côté dessin, le travail de Sophie Campbell (également scénariste, donc) se révèle correct sans être particulièrement marquant. À ce jeu du décalage stylistique, d’autres artistes, comme Michael Allred, assument bien davantage leurs choix esthétiques et en tirent une véritable identité visuelle. Bref, vérifiez bien que vous avez compris de quoi il en retourne, avant l'achat de ce premier tome qui annonce le film que vous savez… 



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SUPERGIRL WOMAN OF TOMORROW : DE RETOUR CHEZ URBAN COMICS

 Il est forcément un peu plus difficile de susciter la considération et le respect, voire la crainte, quand on est une agréable jeune fille ...