FREDDIE L'ARRANGEUR : GARTH ENNIS ET MIKE PERKINS CHEZ DELCOURT


 Avec Freddie, publié chez Delcourt, Garth Ennis ouvre le bal d’un nouvel univers horrifique estampillé Ninth Circle. Le point de départ tient en une formule efficace : imaginez un polar totalement déjanté, situé dans un Hollywood où les monstres ne sont pas juste des métaphores… mais des vedettes sous contrat. Freddie, Anglais noir installé à Los Angeles, exerce le métier peu reluisant d' « arrangeur». Il efface les scandales des puissants. À ceci près que ses clients ont des crocs, des tentacules ou des griffes. Loups-garous incapables de maîtriser leurs pulsions, vampires amateurs de soirées très privées, créatures amphibies syndiquées, crabes parlants reconvertis dans le divertissement pour adultes, sans oublier une vallée de dinosaures adeptes du méthodisme : Ennis a mis au point un bestiaire délirant avec un sérieux imperturbable. Lorsque la mort suspecte du Croque-Mitaine menace d’éclabousser un grand studio, Freddie accepte donc d’étouffer l’affaire… et s’enfonce dans une enquête qui respecte scrupuleusement les codes du roman noir. Mais avec la voix de Garth Ennis ! Ne nous y trompons pas : Freddie ne cherche pas à effrayer. L’horreur sert surtout de décor. Le véritable moteur du récit, c’est la comédie grinçante. Le scénariste imagine un monde où le cinéma d’exploitation occupe la place des blockbusters super-héroïques de notre réalité. L’idée est excessive, comme souvent avec lui, mais elle permet une avalanche de gags visuels et de situations absurdes. Lorsque des dinosaures débattent de leurs problèmes de dos après avoir trouvé la foi, ou que des crustacés intelligents discutent des contraintes techniques d’un tournage X en direct, l’auteur excelle dans cet art très particulier : traiter l’absurde comme une évidence.



Graphiquement, Mike Perkins adopte une approche radicalement sérieuse. Son trait réaliste, dense, chargé d’ombres et de textures différentes, confère au récit une matérialité sombre, presque poisseuse. Ce contraste entre la gravité du dessin et la folie du scénario crée un décalage qui fonctionne. Là où un style plus caricatural aurait allégé l’ensemble, Perkins ancre chaque extravagance dans une réalité brutale. Le résultat est visuellement impressionnant, mais accentue aussi la rudesse d'un album qui n'est clairement pas à mettre entre toutes les mains. Car Ennis reste fidèle à lui-même. Son goût pour la provocation, la sexualité outrancière et le grotesque ne surprendra personne. Ceux qui apprécient son humour sans filtre y trouveront leur compte ; les autres risquent de décrocher très vite. L’auteur maîtrise parfaitement cette partition, mais il donne parfois le sentiment de rejouer une gamme familière. Là où certaines de ses œuvres dépassaient la farce pour atteindre une véritable satire, Freddie semble avant tout animé par le plaisir de la surenchère, même si l'idée de faire des monstres de la haute société des monstres au sens littéral du terme est assez pertinente, en ces temps marqués par une actualité sordide comme l'affaire Epstein. L'écho est parfois troublant, vous le verrez. On devine au fil des pages qu’une série au long cours pourrait exploiter toutes les possibilités de ce Freddie. En l’état, ce one-shot ressemble davantage à une mise en bouche qu’à une œuvre pleinement aboutie. Mais c'est super drôle, et ça ne prend jamais de gants. Freddie, c'est en réalité une récréation noire et irrévérencieuse. Ennis et Perkins s’y amusent visiblement, et le lecteur avec eux… à condition d’accepter un humour cru et un goût assumé pour l’excès. Les fidèles ont toutes les raisons d'être encore au rendez-vous. 


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LES DERNIERS JOURS DE LEX LUTHOR : REQUIEM CHEZ URBAN COMICS


 Cela fait partie des éléments constitutifs de la mythologie de Superman : tout le monde (ou presque) le sait, Lex Luthor est l’un de ses ennemis les plus acharnés, sans doute même son adversaire intime le plus dangereux. Tout les oppose. À l’altruisme, au courage et à la noblesse de Superman répondent l’égoïsme, la froideur et l’orgueil démesuré de Luthor, capable des pires exactions sans le moindre état d’âme. Humain face à un extraterrestre tout-puissant, Luthor nourrit une haine que l’on peut en partie expliquer par un profond sentiment d’infériorité, doublé d’une obsession maladive : prouver, encore et toujours, qu’il est supérieur. Mais la sécheresse émotionnelle qui le caractérise fait de lui, paradoxalement, un être de moindre valeur. Dans ces conditions, il est bien difficile d’imaginer Lex Luthor frapper un jour à la porte de Superman pour lui demander de l’aide. Il préfère donc l’attirer autrement, en provoquant une catastrophe, méthode bien plus conforme à sa nature. Le problème, cette fois, est d’une gravité inédite : Luthor va mourir. Une dégénérescence cellulaire fulgurante est en train de le consumer de l’intérieur, et il ne lui reste plus que quelques jours à vivre. Au regard de son lourd passif, on pourrait penser que Superman refuserait d’intervenir, ou qu’il se contenterait du strict minimum. C’est mal connaître le personnage, comme le rappelle Mark Waid. Superman est là pour servir, sans jamais faire de distinction selon l’identité de celui qui a besoin d’aide. Même si, en apparence, rien ne peut sauver Luthor, il va tout tenter. Il mobilise alors ses ressources les plus extraordinaires : la science kryptonienne de la Forteresse de Solitude, un voyage dans le futur au XXXIe siècle auprès de la Légion des Super-Héros, un détour par l’île des Amazones, ou encore une incursion dans la Zone Fantôme. Superman met tout ce qu’il sait, tout ce qu’il est, au service de son pire ennemi, sans que cela ne semble pourtant infléchir le cours des événements.



L’essentiel du récit prend ainsi la forme d’un duel psychologique. Luthor conserve toujours un coup d’avance, car il connaît parfaitement Superman, ses réactions et ses failles, et sait quelles cordes sensibles faire vibrer pour parvenir à ses fins. Mais il est condamné. Aussi brillant soit-il, si Superman échoue à trouver un remède, le parcours de Luthor touche à sa fin. Et Superman, de son côté, ne renonce jamais, d’autant plus que le monde entier est prêt à condamner Lex Luthor sans appel. D’une certaine manière, il devient son unique sauveur possible, lui qui a pourtant toujours cherché à le détruire. L’album réunit les trois chapitres de cette mini-série publiée sous le Black Label. Autant le dire : la dernière partie tranche radicalement avec ce qui précède. Un twist majeur vient remettre en question l’ensemble du récit et faire évoluer de façon inattendue la relation entre Superman et Luthor. La conclusion s’avère ainsi plus surprenante qu’on ne l’aurait imaginé, et offre une véritable récompense aux lecteurs hésitants. La lecture est fluide, agréable, portée par des dialogues finement ciselés, et propose une exploration passionnante de la dynamique complexe qui unit ces deux figures incapables d’exister l’une sans l’autre. Certains éléments tirés du passé du jeune Clark Kent éclairent même, en filigrane, le sentiment de culpabilité qu’il éprouve face à son adversaire. Côté dessin, Bryan Hitch livre une prestation absolument remarquable. Les amateurs de silhouettes sculpturales, d’anatomies volontairement amplifiées et de compositions qui donnent aux personnages une présence presque monumentale seront comblés. Le grand format de l’album permet d’apprécier pleinement chaque planche, chaque mise en scène, et renforce encore l’impact visuel de l’ensemble. Si cette sortie ne figurait pas, de prime abord, parmi les plus attendues de ce début d’année, elle s’impose finalement comme l’une des propositions les plus intelligentes et les mieux construites autour du mythe de Superman et de son plus vieil ennemi.



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INSTANTS D'ANNÉES - 40 ANS DANS L'INTIMITÉ DE LA MAISON DELCOURT


 Avec Instants d’années, Delcourt choisit de célébrer ses quarante ans non pas en dressant un bilan pompeux et ennuyeux de ses quatre premières décennies, mais en ouvrant une boîte à souvenirs. Alfred orchestre cet hommage sous la forme d’un leporello foisonnant, c'est-à-dire un livre-accordéon qui se déploie comme une mémoire vivante, faite d’images, de réminiscences et de fragments. Rien ici d’un récit linéaire ou d’une histoire officielle : le projet revendique d’emblée l’éclatement, la circulation libre, l’émotion avant l’inventaire. Vous pouvez le dévorer comme une boite de chocolats, à votre rythme, suivant ce qui attire le regard. D'ailleurs, le dispositif graphique impressionne. Près de deux cents vignettes carrées plus ou moins grandes se succèdent, au point de composer une immense mosaïque où cohabitent styles, époques et ambiances. Alfred joue sur les textures, les couleurs, les variations de registre, et assume cette hétérogénéité qui rend le tout aussi attachant. À l’image du catalogue Delcourt, le livre revendique la diversité comme moteur, point de hiérarchie ou de panthéon figé, tout y est possible et tout y sera, on le souhaite, encore pour longtemps possible. La figure de Guy Delcourt affleure régulièrement, non comme sujet biographique central, mais comme fil rouge discret. Quelques scènes, quelques lieux, des moments décisifs esquissés en creux qui suffisent à donner chair à une aventure éditoriale profondément humaine dès le départ. On croise des bureaux encombrés, des rencontres déterminantes, des auteurs en dédicaces, des arrivées marquantes, des couvertures devenues mythiques. Chaque image est une descente en rappel dans les profondeurs nostalgiques de notre mémoire, et il est fort probable que beaucoup de lecteurs au long cours se reconnaîtront dans plusieurs de ces souvenirs sur le vif.



Instants d’années ressemble donc à une promenade, presque comme une exposition itinérante que l’on déplie sur une table (à défaut que je puisse aller l'admirer à Angoulême, que j'ai déserté cette année pour cause de non festival). Le plaisir est immédiat et presque ludique. Mais les lecteurs en quête de repères historiques précis, de clés sur les orientations éditoriales ou les grandes mutations de la maison pourront rester légèrement sur leur faim. Les légendes et notes finales éclairent certains passages, mais il faut se cantonner aux dos de couverture et se munir de bonnes lunettes loupes pour aller chercher toutes les informations. Bon, est-ce bien grave, après tout ? Alfred ne documente pas Delcourt, il raconte l'éditeur à hauteur d’homme, nous abreuve d'anecdotes et de moments forts. Instants d’années ressemble moins à des archives (poussiéreuses) qu’à un carnet intime, offert aux lecteurs complices, à ceux qui connaissent déjà cette maison et prennent plaisir à en explorer les coulisses. Une sorte de Les Jardins Suspendus (le formidable et bouleversant ouvrage récent de l'artiste, dont la chronique est disponible ici, car on l'adore, Alfred !) mais dont le sujet serait une aventure éditoriale, à peine masquée par une trajectoire humaine. Objet graphique soigné, sincère, et geste artistique singulier, l’album célèbre avant tout une certaine idée de l’édition : artisanale, passionnée, parfois chaotique, toujours guidée par l’image et le désir de création. Un livre à déplier, à parcourir, à ressentir, histoire de reparcourir un des pans de l'édition française, enviée et imitée à travers le monde. 40 précieuses années à l'ère de la crise et des lecteurs qui (parfois, pas toujours) fichent le camp. Mais racontée par le barde des images, le poète des sentiments au bout des pinceaux, Alfred. On ne peut décemment décliner l'invitation. 



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ABSOLUTE GREEN LANTERN TOME 1 : LA MAIN NOIRE


 Avec Absolute Green Lantern, Urban Comics poursuit la publication française de l’un des projets les plus stimulants des comics américains de ces dernières années, l'Absolute Universe. Al Ewing s’empare de la mythologie de Green Lantern pour en proposer une relecture radicale, bien plus proche de l’horreur cosmique que de la grande aventure spatiale telle que nous la lisons depuis des décennies. Les éléments fondateurs (et les personnages) sont toujours là, mais ils sont volontairement détournés, présentés sous un jour clairement inattendu ! Ce tome 1 s’ouvre sur une image forte : Hal Jordan, épuisé, hagard, errant dans le désert. Très vite, l’étrangeté laisse place à une évidence dérangeante, et l’on comprend que quelque chose a très mal tourné. Ewing installe un climat de malaise durable, fondé sur une narration fragmentée et la certitude que cet Hal Jordan là n'a rien à voir avec le type en costume vert qui ne craint pas la peur et joue les shérifs de l'espace au service des Gardiens d'Oa. La réinvention d’Abin Sur est au cœur de cette nouvelle approche. Ici, il n’a rien d'un mentor bienveillant qui va devoir trouver un héritier pour prolonger sa tâche. Il apparaît comme une intelligence radicalement étrangère, incompréhensible, presque indifférente au sort des humains (on dirait même du Hickman). Son arrivée est accompagnée par la création d’un immense dôme vert au cœur de la ville d'Evergreen, qui transforme l’espace urbain en cauchemar claustrophobe. Abin Sur observe, juge, expérimente, sans que ses critères ou ses intentions soient jamais clairement formulés. Hal Jordan victime d’une force qu’il ne contrôle pas, se révèle aussi dangereux pour les autres que pour lui-même. La puissance qu’il a rencontrée se manifeste sous une forme sombre et létale : le voici dotée d'une main noire (d'où le titre de ce premier tome) qui apporte la mort instantanée, dès qu'il la sort de la poche dans laquelle il tente tant bien que mal de la dissimuler. Une fragilité qui donne au personnage une épaisseur nouvelle, et explique pourquoi l'héroïne du récit, la vraie, sera une autre Lantern. Aperçue dans Far Sector, que nous avions rechroniqué récemment (ici).



C'est donc Jo Mullein qui endosse progressivement le rôle de Green Lantern. Pourtant, elle reste au départ en retrait, principalement chargé de dialoguer avec ses collègues (Hal, John Stewart, Guy Gardner…)  et de comprendre ce qui s’est produit. Un choix narratif qui va peu à peu évoluer, jusqu'à ce qu'elle devienne une bonne fois pour toutes l'héroïne tant attendue, lors d'un affrontement avec Jordan. Le dessin de Jahnoy Lindsay accompagne efficacement l'atmosphère oppressante de ces six épisodes. Son trait fin et anguleux, parfois déroutant au premier abord, devient rapidement expressif. Les visages traduisent la peur et l’incompréhension, tandis que la représentation d’Abin Sur, à la fois réaliste et profondément alien (vous vous souvenez des Bâtisseurs, chez les Avengers ?), rompt nettement avec les codes visuels traditionnels de Green Lantern. La couleur verte, omniprésente, structure le récit et accentue le sentiment d’enfermement. J'admets que son style ne correspond pas à ce que j'aime le plus, mais on ne peut nier que le job est fait. Sans chercher à tout expliquer, Absolute Green Lantern préfère installer une tension durable et poser de nouvelles bases. Al Ewing interroge frontalement l’idée d’un pouvoir forcément vertueux et rappelle que l’inconnu est avant tout (la plupart du temps) terrifiant. Même si les questions trouvent peu à peu des réponses (avec l'apparition aussi d'un Victor Hammond en milliardaire dérangé et tyrannique), cette série est à rapprocher d'Absolute Martian Manhunter, plutôt que d'Absolute Batman. Tout est réinventé, tout est fort différent, et les liens qui unissent le boulot d'Ewing à l'univers DC traditionnel ne sont que des réminiscences obligées pour ne pas confondre le lecteur et lui donner l'impression qu'on lui a menti sur la marchandise. C'est du Green Lantern qui prend une direction radicalement différente de ce que nous savions, avec la certitude que tout, ou presque, est encore à comprendre et à voir après ce tome 1. Normalement, le lectorat devrait être divisé, mais il serait quand même bien malhonnête de reprocher à Ewing de ne pas avoir pris de risques. Absolute Green Lantern réinvente, tout reste à faire. 



Sortie cette semaine chez Urban Comics


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JUSTICE LEAGUE UNLIMITED TOME 3 : SOMBRES LENDEMAINS


 Avec ce troisième tome de Justice League Unlimited, Mark Waid pousse encore un peu plus loin son ambition : raconter une crise temporelle globale qui embrasse toute la démesure de l’univers DC. Le temps est déréglé, fragmenté, se contredit. Héros et vilains se croisent, parfois contraints de collaborer, parfois trop occupés à éviter leurs propres paradoxes pour réellement agir. Même une fusion improbable entre Batman, Superman et Green Lantern semble dépassée par l’ampleur du chaos. Waid choisit clairement la carte de la confusion totale, au risque de perdre une partie de son lectorat en route. J'avoue qu'il faut parfois s'accrocher pour appréhender les subtilités du scénario et tenir compte de tout ce qui se joue et se passe (et il vaut mieux aussi avoir jeté un œil à la série Superman Dark Prophecy chez Urban Comics). Le récit aligne donc un casting tentaculaire, presque excessif. Cette profusion de personnages donne parfois l’impression d’un embouteillage de super-héros tous parfaitement compétents, mais curieusement immobiles, comme retenus par un scénario qui hésite à leur offrir une direction définie. L’intrigue autour d’Air Wave, coincé hors du plan matériel et en quête de rédemption avec s'être fait berné par Grodd, sert de fil rouge aux premières pages, avec Mr Terrific et Blue Beetle qui tentent de le ramener parmi nous. L’enjeu est intéressant, mais c'est vite expédié. Les conséquences du dérèglement temporel restent floues, presque abstraites, et les couches s'empilent, avec de nouvelles menaces et de nouveaux rebondissements qui viennent garnir un mille-feuille un peu trop riche. Visuellement, en revanche, l’album impressionne. Dan Mora déploie une énergie constante, donne une ampleur spectaculaire à des scènes parfois statiques sur le plan narratif. Sa mise en scène est claire, lisible, toujours dynamique. Même Carmine Di Giandomenico, qui n'est pas le premier venu et qu'on apprécie énormément, détonne un peu lors du dernier épisode, desservi par une sorte d'orgie de super pouvoirs en guise de conclusion provisoire hautement exagérée.



Reste que ce tome 3 présente aussi un numéro spécial Dark Tomorrow assez attendu. Tant mieux, car pendant ce temps-là Red Tornado et Mr Terrific forment une équipe d’exploration temporelle menée par le mystérieux Légende. Le groupe, volontairement hétéroclite, aligne Batman version Terry McGinnis, Jonah Hex, Huntress, Plastic Man déplacé dans le temps, Gold Beetle, et bien sûr Air Wave, désormais revenu sur le devant de la scène. Cette fois, l’objectif est clair : remonter à la source des anomalies temporelles et comprendre l’origine des Omega Démons. Waid en profite pour donner à Air Wave une véritable épaisseur narrative. Le personnage gagne en assurance, trouve sa place et devient soudainement plus mature. Le Piégeur Temporel (une forme de Doomsday issu d'un lointain futur) est aussi de la partie, tandis qu'un nouveau péril sorti du sol surgit en Markovie, était fictif dont le souverain n'est autre que Geo-Force. Outre Dan Mora, le spécial Dark Tomorrow permet de voir à l'œuvre Cian Tormey, dont le dessin marque un changement de ton graphique. Plus anguleux, plus géométrique, le style de Tormey fonctionne bien sur l’action et les compositions ambitieuses, notamment une remarquable double page qui joue sur plusieurs époques simultanément. En revanche, la couleur est souvent trop sombre, ce qui nuit à la lisibilité et écrase des planches qui auraient gagné à respirer davantage. En gros, ce troisième tome semble être une transition. Il pose, prépare, annonce, parfois au détriment de la jouissance immédiate. Justice League Unlimited continue de bâtir patiemment la mythologie de l’ère All In, quitte à frustrer ceux qui attendaient un véritable point culminant. Du reste, tout ceci va nous mener à l'événement du moment chez DC, à savoir D.C. K.O et sa fantasmagorie ultra fan service, que vous allez découvrir assez rapidement chez Urban Comics. Au moins, vous voilà prêts et édifiés avant que ça n'explose !



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DEADPOOL BATMAN : LE CROSSOVER EN COFFRET CHEZ URBAN COMICS


 Avec Batman/Deadpool, Marvel et DC ressortent enfin la clé du tiroir à crossover, plus de vingt ans après JLA/Avengers. Une partie chez DC Comics, une autre chez Marvel, et l'ensemble publié en VF par Urban Comics, sous forme de deux formats souples qui intègrent un joli coffret, vendu avec ce premier numéro. L’événement est donc historique, presque cérémoniel. Reste à vérifier si la magie opère au-delà du symbole. Le point de départ tient sur un timbre poste : Deadpool débarque à Gotham pour capturer Batman, sur commande du Joker, avec l’aide plus ou moins discrète du Reverse-Flash. En pratique, Zeb Wells ne cherche jamais à nous vendre une intrigue profonde ou ambitieuse. Le plaisir vient avant tout du choc des extrêmes : la logorrhée incontrôlable du Mercenaire disert face au mutisme granitique du Chevalier noir. Le scénario joue cette carte à fond, parfois avec efficacité, souvent avec des allusions bien senties sur des éléments clés de la continuity de Batman, et bien sûr tout un lot de répliques en dessous de la ceinture qui font quand même sourire. Là où le récit principal peut diviser (quoi, de l'humour chez Batman !), la partie graphique fait nettement l’unanimité. Greg Capullo, parfaitement à l’aise dans l’univers de Batman, livre des planches solides et spectaculaires, superbement mises en valeur par l’encrage de Tim Townsend et les couleurs d’Alex Sinclair. Gotham est sombre, crédible, presque trop sérieuse pour accueillir Deadpool, ce qui renforce encore le décalage recherché. Techniquement, c’est irréprochable, et c'est finalement sympathique de voir comment le héros torturé de DC Comics parvient à se sortir d'un mauvais pas en dressant le Joker contre Deadpool, grâce au levier de leurs folies respectives. C'est malin, Zeb Wells mérite quand même un bont point.



Le plaisir coupable de ce numéro vient aussi des récits annexes, franchement sympathiques. Le duo Daredevil / Green Arrow, signé Kevin Smith et Adam Kubert, est un petit bonheur nostalgique, sincère et généreux, qui donne envie d’un album entier. En plus, c'est assez drôle. Captain America et Wonder Woman fonctionnent étonnamment bien ensemble, même si le récit reste trop court pour exploiter pleinement la noblesse du tandem, magnifié par le dessin élégant de Terry Dodson. Mention spéciale à la parenthèse aussi absurde que charmante qui réunit Jeff le requin et Krypto le super-chien : un moment de pure régression, totalement assumé, qui se passe de dialogues (forcément). Vous allez aussi découvrir Rocket Raccoon doté d'un anneau de Green Lantern, ce qui n'est pas forcément une excellente idée de la part des Gardiens d'Oa. Et on repart aussi vite dans la sinistrose et la testostérone avec la contribution de Frank Miller, qui oppose des versions caricaturales de Batman et d’Old Man Logan, mais qui n'apporte absolument rien aux deux personnages. Respectueuse par principe, mais difficile à défendre sur le plan artistique, cette courte histoire rappelle surtout à quel point certaines légendes n’ont plus besoin de prouver quoi que ce soit, et qu'il serait peut-être de bon ton de les laisser prendre une retraite méritée, histoire de ne pas prendre le risque de les contraindre aux travaux de trop (pour Miller, on y est déjà, clairement). Le numéro se conclut sur une note surprenante et inspirée, avec l’apparition de Logo, fusion de Wolverine et Lobo, clin d’œil évident à l’époque Amalgam Comics. De quoi réveiller chez les lecteurs d’un certain âge une nostalgie très ciblée… et une curiosité sincère pour la suite. Parce que lire du Logo dans un vrai épisode complet, moi je valide ! Au final, ce premier Batman/Deadpool est un objet paradoxal : techniquement solide, historiquement important, mais narrativement en dents de scie. À recommander surtout aux amateurs des deux personnages et aux nostalgiques des grands crossovers intercompagnies. Urban Comics a su se hisser à la hauteur de l'événement, avec un coffret fort soigné, agrémenté de deux superbes posters. L'objet vaut le détour, si vous hésitiez encore. 



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LE PODCAST LE BULLEUR PRÉSENTE : L’ADDICTION, S’IL VOUS PLAÎT !

 

Dans le 216e épisode de son podcast, Le bulleur vous présente L’addiction, s’il vous plait ! Que l’on doit à Terreur graphique, un ouvrage édité chez Casterman. Cette semaine aussi, le podcast revient sur l’actualité de la bande dessinée et des sorties avec :


- La sortie de l’album L’escadron bleu, 1945 que l’on doit au scénario de Virginie Ollagnier, au dessin de Yan Le Pon et c’est publié au sein du label Aire libre des éditions Dupuis


- La sortie de l’album Son of a gun que l’on doit à Philippe Pelaez pour le scénario, Sébastien Corbet pour le dessin et c’est publié au sein des éditions Grand angle


- La sortie du deuxième et dernier tome de l’adaptation par Milo Manara du roman d’Umberto Eco, Le nom de la rose, un album publié aux éditions Glénat


- La sortie de l’album Mémoires d’un garçon agité que l’on doit au duo Vincent Zabus au scénario et Valérie Vernay au dessin, un titre paru aux éditions Dargaud


- La sortie de l’album Le blanc du drapeau que nous devons au scénario de Julie Scheibling, au dessin de Clara Chotil pour un album sorti chez Albin Michel


- La réédition de l’intégrale de L’autoroute du soleil, album que nous devons à Baru ainsi qu’aux éditions Casterman.





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FREDDIE L'ARRANGEUR : GARTH ENNIS ET MIKE PERKINS CHEZ DELCOURT

 Avec Freddie , publié chez Delcourt, Garth Ennis ouvre le bal d’un nouvel univers horrifique estampillé Ninth Circle . Le point de départ t...