
Pas facile de prendre la relève sur Daredevil, quand le scénariste qui a précédé s'appelle Mark Waid. Mais bon, Charles Soule s'y est collé, avec plus ou moins de réussite. On peut relire tout cela, dans un bon gros omnibus, disponible cette semaine chez Panini. Le Diable Rouge (et noir, en l'occurrence ici) est de retour à New-York, et il n'est pas seul ici, puisqu'associé à une sorte de jeune side-kick d'origine asiatique, Blindspot, à savoir Samuel Chung au civil. Celui-ci possède des talents avérés en arts martiaux, et il est doté d'une combinaison qui le rend invisible, d'où le choix de son nom de code. Pour ce énième redémarrage, l'histoire nous emmène du coté de Chinatown, quartier mystérieux et dangereux s'il en est, dans l'imaginaire collectif tout du moins. Là-bas un nouveau chef de la pègre a fait son apparition, en la personne de Tenfingers, qui chapeaute une organisation de malfrats, mise en danger par le précieux témoignage de Billy Li. Le jeune homme est détenteur d'informations compromettantes et pour le protéger et lui sauver la mise, rien de mieux que d'avoir Daredevil comme garde du corps. Mais aussi Matt Murdock comme avocat, appelé à le défendre et le soutenir devant la cour. D'ailleurs, comment se fait-il que plus personne ne se rappelle que sous le masque se cache l'avocat aveugle, Matt Murdock ? La question est réglée, notamment lors d'un duo formé avec Spider Man, sur l'île de Macao, pour une doublette d'épisodes qui nous plonge dans une ambiance proche de Ocean's Eleven. Matt Murdock utilise en effet ses hyper sens pour remporter des parties de cartes aux enjeux colossaux, dans un des casinos les plus huppés du monde. Le véritable enjeu est de récupérer une valise contenant des documents compromettants. Régulièrement le scénariste fait donc allusion à un gros changement qu'il va expliquer rétroactivement. L'ancien associé de Matt, Foggy Nelson, est lui toujours au courant de la double vie de son collègue, mais tous les membres de la communauté super héroïque, camarades ou ennemis, ont eu leurs souvenirs effacés. Cela concerne aussi la belle ninja Elektra par exemple, qui a de surcroît une autre raison d'être profondément énervé contre Daredevil : elle lui reproche en effet la disparition de sa fille ! Une nouvelle déroutante car jusque-là nous n'étions pas au courant qu'Elektra avait eu un enfant. En plus, selon ses dires et l'âge de la possible gamine, Matt pourrait bien être le père… Qui a bien pu jouer avec son esprit pour lui mettre en tête de telles idées ?

Bon, on ne va pas se mentir, le run de Charles Soule, c'est aussi l'apparition d'un nouveau criminel qu'on a aussi vu durant la première saison de Daredevil Born Again. La presse l'a surnommé Vincent Van Gore, lui même préfère se faire appeler Muse, en référence à ses talents d'artistes. Un peintre spécialiste de l'art moderne, dont les œuvres sont réalisées avec le sang des victimes, ou leurs corps démembrés, selon l'inspiration du moment. Un cas d'école inédit qui remet en question le rôle, le sens même de l'œuvre d'art, et questionne les limites de la décence dans une société moderne qui tourne tout en spectacle, en source de profit. Pensez donc, le propriétaire de l'appartement où est produite la première fresque homicide est transformé en musée, et les curieux se pressent pour donner dix dollars et voir un tableau qui suinte la mort. Ne riez pas, ce genre de chose pourrait bien arriver dans la vraie vie, le frisson ressenti par beaucoup serait le même. Un ennemi au look d'enfer, au modus operandi original et qui amène bien des interrogations, mais qui conserve aussi une grosse part de mystère pendant plusieurs épisodes. Une bonne intuition, quoi. Et cerise sur le gâteau… la vérité ! Daredevil avait fini par révéler au monde entier sa double identité, avant Soule, et il semblait filer le parfait amour - ou presque - avec la procureure adjointe Kirsten McDuffie, à San Francisco. Après beaucoup de patience, on finit par comprendre. Matt Murdock et Kirsten ne sont plus ensemble, et il semblerait que tout le monde ignore à nouveau qui se cache sous le masque de Daredevil. Si je vous dit "pourpre", ça vous évoque quelque chose ? On retrouve également Bullseye, le tireur impitoyable, qui pour autant va vite déchanter, et un Murdock qui comme à son habitude aime se faire du mal, et ne dédaigne pas scier la branche sur laquelle il est assis. Du côté du dessin, nous avons de quoi être satisfaits; Ron Garney choisit de donner au titre une ambiance urbaine sombre, crade, avec des couleurs volontairement éteintes (le job est confié à Matt Mila) qui ne laissent éclater que le rouge et le noir du nouveau costume de Daredevil. Les personnages évoluent dans l'ombre, et pour aussi loin que je me souvienne, même si le style était radicalement différent, j'y perçois quelques réminiscences des ambiances instaurées par Scott McDaniel. Nous trouvons aussi Matteo Buffagni. Vous l'avez peut-être déjà aperçu sur d'autres séries Marvel, mais pour ma part c'est sur les aventures du célèbre cambrioleur transalpin, Diabolik, que je me suis familiarisé avec cet artiste dont les progrès sont évidents, année après année. Ici le découpage et la mise en place sont limpides et permettent de suivre avec une grande facilité de lecture. Même remarque pour Goran Sudzuka, qui est à la fois un dessinateur très fiable et un tipe très chaleureux, avec qui nous avions eu le privilège de partager une édition du Mangame Show à Fréjus, l'année du naufrage pour la manifestation, malheureusement. En somme, même si cet Omnibus n'est pas la sortie star du genre en 2026, ce ne sont pas les raisons qui manquent pour s'en procuer un exemplaire !

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