Les démiurges au scénario de cette histoire sont deux. John Ostrander écrit ces six épisodes (les trois premiers sont dans ce tome 1), tandis que Len Wein s'occupe des dialogues, histoire de donner une voix crédible à chacun des personnages, car ils sont fort nombreux dans cette petite épopée. John Byrne est quand à lui fraîchement arrivé chez Dc pour les dessin de cette saga, après un long contrat chez Marvel. Il a le mérite de travailler vite, et bien, tout en fluidité, caractérisant avec aisance tout ce joli monde, qui a certes de bien curieuses manies en terme de tenues vestimentaires. Les années 1980 sont cruelles, comme pour Captain Boomerang et sa tunique bleutée assez improbable, ou l'insupportable Vibe, droit sorti de Deux flics à Miami. Legends, c'est donc le récit d'une humiliation, un maître plan diabolique orchestré par Darkseid, avec la présence de Ronald Reagan lui-même, qui cède à la tension ambiante, et signe un décret obligeant les super-héros à rester sur la touche. Superman s'exécute, Batman n'en a cure, et la police est en ébullition. Un récit qui lorgne donc sur les problèmes sociaux et politiques, et ne se contente pas d'empiler des baffes et des combats, même si la rhétorique et la morale sont parfois lourdes, comme lorsque Ostrander nous rappelle, régulièrement, que les enfants eux ne sont pas affectés par cette violence, et qu'ils ont toujours foi en leurs héros. DC Paperback oblige, vous allez pouvoir vous plonger dans toute la ribambelle de numéros annexes qui étoffent l'événement, avec notamment une mini série consacrée à Cosmic Boy en vacances (quelle idée !) au XX° siècle, ou encore des numéros de Firestorm (je suis toujours preneur), de Batman, de Booster Gold, de la Justice League (à l'époque cantonnée à un roster malingre) du Green Lantern Corps, ou encore un long épisode qui revient sur les origines du Phantom Stranger. Du vintage, c'est toujours bon à prendre, en somme, et c'est avec plaisir que nous constatons que la collection DC Paperback nous permet peu à peu de nos constituer une sorte de monument à la mémoire des grandes aventures DC Comics.
LEGENDS : LES SUPER-HÉROS AU BAN DE LA SOCIÉTÉ ET EN DC PAPERBACK
LE PODCAST LE BULLEUR PRÉSENTE : SOEURS DES VAGUES
- La sortie de l’album 9 secondes, la civilisation du poisson rouge, adaptation par Morgan Navarro de l’ouvrage de Bruno Patino, un titre publié aux éditions Dupuis
- La sortie de l’album La grande Arcadie, un album que l’on doit à Juanjo Rodriguez J ainsi qu’aux éditions Grand angle
- La sortie de l’album Karl que l’on doit à Cyril Bonin et qui est publié chez Sarbacane
- L’adaptation d’un roman dur de Georges Simenon qui s’intitule Barrio Negro, adaptation signée José-Louis Bocquet au scénario et Javi Rey au dessin pour un album publié aux éditions Dargaud
- La sortie de l’album Woodstock 69, le concert du siècle que signe le duo kid Toussaint au scénario et José-Luis Munuera au dessin, un titre paru aux éditions Le Lombard
- La réédition des quatre premiers tomes de la série Sambre, une réédition baptisée L’œuvre au rouge que l’on doit à Bernard Yslaire et Balac, le second ayant quitté la série en cours de route, un album paru aux éditions Glénat.
ABSOLUTE BATMAN TOME 2 : ABOMINATION
La séquence de la chambre cryogénique, où Bruce se retrouve enfermé dans un caisson promis à une lente torture glacée, est un de ces défis impossibles qui régale les lecteurs d'Absolute Batman, où la subtilité cède la place au grand-guignol, et fait chavirer la raison des fans. Batman ça va de soi, s'en sortira pour qu'on puisse passer à l'arc narratif suivant, qui élargit encore la perspective. Dans l’Absolute Universe, rien n’est laissé intact. Les figures classiques sont repensées à l’aune de la corruption institutionnelle et des fractures sociales. Ce Bruce issu d’un milieu modeste ne dispose ni de ressources infinies ni d’une doctrine parfaitement huilée. Il improvise. Du coup, quand il se retrouve nez à nez avec un adversaire en apparence invincible, dont le corps est alimenté par une drogue inconnue et surpuissante, il n'a pas de parade à proposer, et mord la poussière tel un novice. Contre Bane, ce sont des épisodes totalement dingues, avec de la violence décomplexée, un Bruce Wayne torturé, un combat final digne d'un jeu vidéo complètement insane. Côté dessins, l’alternance entre Nick Dragotta et Marcos Martín est de mise dès le début du tome 2. Dragotta privilégie des formes anguleuses, presque rugueuses, qui traduisent la brutalité du propos. Martín adopte une approche plus classique, plus froide, particulièrement efficace dans les séquences liées à Fries. Ce n'est certes pas ma tasse de thé, mais le découpage est efficace, à défaut d'avoir des figures et des visages grâcieux. Dans tout ce second volume, Snyder ne cherche finalement pas qu'à choquer gratuitement. Il interroge la légitimité même de Batman. Peut-on combattre un système corrompu sans devenir une force autoritaire ? Bruce agit, doute, se transforme. En déconstruisant les repères familiers, Absolute Batman propose un héros en mouvement, fragile, en colère, traversé par le doute. Un Batman qui ne se contente plus d’incarner la justice, mais qui questionne sa propre place dans une ville gangrenée. Et qui tabasse, se fait tabasser (y-compris les suprémacistes blancs, qui se font laminer dans un annual avec Daniel Warren Johnson, qui appuie et cogne juste) Et ça explose, et ça hurle, et ça saigne. On ne s'ennuie pas, et le constat est là : le parti Absolute est gagné par DC Comics, haut la main !
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FREDDIE L'ARRANGEUR : GARTH ENNIS ET MIKE PERKINS CHEZ DELCOURT
Graphiquement, Mike Perkins adopte une approche radicalement sérieuse. Son trait réaliste, dense, chargé d’ombres et de textures différentes, confère au récit une matérialité sombre, presque poisseuse. Ce contraste entre la gravité du dessin et la folie du scénario crée un décalage qui fonctionne. Là où un style plus caricatural aurait allégé l’ensemble, Perkins ancre chaque extravagance dans une réalité brutale. Le résultat est visuellement impressionnant, mais accentue aussi la rudesse d'un album qui n'est clairement pas à mettre entre toutes les mains. Car Ennis reste fidèle à lui-même. Son goût pour la provocation, la sexualité outrancière et le grotesque ne surprendra personne. Ceux qui apprécient son humour sans filtre y trouveront leur compte ; les autres risquent de décrocher très vite. L’auteur maîtrise parfaitement cette partition, mais il donne parfois le sentiment de rejouer une gamme familière. Là où certaines de ses œuvres dépassaient la farce pour atteindre une véritable satire, Freddie semble avant tout animé par le plaisir de la surenchère, même si l'idée de faire des monstres de la haute société des monstres au sens littéral du terme est assez pertinente, en ces temps marqués par une actualité sordide comme l'affaire Epstein. L'écho est parfois troublant, vous le verrez. On devine au fil des pages qu’une série au long cours pourrait exploiter toutes les possibilités de ce Freddie. En l’état, ce one-shot ressemble davantage à une mise en bouche qu’à une œuvre pleinement aboutie. Mais c'est super drôle, et ça ne prend jamais de gants. Freddie, c'est en réalité une récréation noire et irrévérencieuse. Ennis et Perkins s’y amusent visiblement, et le lecteur avec eux… à condition d’accepter un humour cru et un goût assumé pour l’excès. Les fidèles ont toutes les raisons d'être encore au rendez-vous.
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LES DERNIERS JOURS DE LEX LUTHOR : REQUIEM CHEZ URBAN COMICS
L’essentiel du récit prend ainsi la forme d’un duel psychologique. Luthor conserve toujours un coup d’avance, car il connaît parfaitement Superman, ses réactions et ses failles, et sait quelles cordes sensibles faire vibrer pour parvenir à ses fins. Mais il est condamné. Aussi brillant soit-il, si Superman échoue à trouver un remède, le parcours de Luthor touche à sa fin. Et Superman, de son côté, ne renonce jamais, d’autant plus que le monde entier est prêt à condamner Lex Luthor sans appel. D’une certaine manière, il devient son unique sauveur possible, lui qui a pourtant toujours cherché à le détruire. L’album réunit les trois chapitres de cette mini-série publiée sous le Black Label. Autant le dire : la dernière partie tranche radicalement avec ce qui précède. Un twist majeur vient remettre en question l’ensemble du récit et faire évoluer de façon inattendue la relation entre Superman et Luthor. La conclusion s’avère ainsi plus surprenante qu’on ne l’aurait imaginé, et offre une véritable récompense aux lecteurs hésitants. La lecture est fluide, agréable, portée par des dialogues finement ciselés, et propose une exploration passionnante de la dynamique complexe qui unit ces deux figures incapables d’exister l’une sans l’autre. Certains éléments tirés du passé du jeune Clark Kent éclairent même, en filigrane, le sentiment de culpabilité qu’il éprouve face à son adversaire. Côté dessin, Bryan Hitch livre une prestation absolument remarquable. Les amateurs de silhouettes sculpturales, d’anatomies volontairement amplifiées et de compositions qui donnent aux personnages une présence presque monumentale seront comblés. Le grand format de l’album permet d’apprécier pleinement chaque planche, chaque mise en scène, et renforce encore l’impact visuel de l’ensemble. Si cette sortie ne figurait pas, de prime abord, parmi les plus attendues de ce début d’année, elle s’impose finalement comme l’une des propositions les plus intelligentes et les mieux construites autour du mythe de Superman et de son plus vieil ennemi.
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INSTANTS D'ANNÉES - 40 ANS DANS L'INTIMITÉ DE LA MAISON DELCOURT
Instants d’années ressemble donc à une promenade, presque comme une exposition itinérante que l’on déplie sur une table (à défaut que je puisse aller l'admirer à Angoulême, que j'ai déserté cette année pour cause de non festival). Le plaisir est immédiat et presque ludique. Mais les lecteurs en quête de repères historiques précis, de clés sur les orientations éditoriales ou les grandes mutations de la maison pourront rester légèrement sur leur faim. Les légendes et notes finales éclairent certains passages, mais il faut se cantonner aux dos de couverture et se munir de bonnes lunettes loupes pour aller chercher toutes les informations. Bon, est-ce bien grave, après tout ? Alfred ne documente pas Delcourt, il raconte l'éditeur à hauteur d’homme, nous abreuve d'anecdotes et de moments forts. Instants d’années ressemble moins à des archives (poussiéreuses) qu’à un carnet intime, offert aux lecteurs complices, à ceux qui connaissent déjà cette maison et prennent plaisir à en explorer les coulisses. Une sorte de Les Jardins Suspendus (le formidable et bouleversant ouvrage récent de l'artiste, dont la chronique est disponible ici, car on l'adore, Alfred !) mais dont le sujet serait une aventure éditoriale, à peine masquée par une trajectoire humaine. Objet graphique soigné, sincère, et geste artistique singulier, l’album célèbre avant tout une certaine idée de l’édition : artisanale, passionnée, parfois chaotique, toujours guidée par l’image et le désir de création. Un livre à déplier, à parcourir, à ressentir, histoire de reparcourir un des pans de l'édition française, enviée et imitée à travers le monde. 40 précieuses années à l'ère de la crise et des lecteurs qui (parfois, pas toujours) fichent le camp. Mais racontée par le barde des images, le poète des sentiments au bout des pinceaux, Alfred. On ne peut décemment décliner l'invitation.
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ABSOLUTE GREEN LANTERN TOME 1 : LA MAIN NOIRE
C'est donc Jo Mullein qui endosse progressivement le rôle de Green Lantern. Pourtant, elle reste au départ en retrait, principalement chargé de dialoguer avec ses collègues (Hal, John Stewart, Guy Gardner…) et de comprendre ce qui s’est produit. Un choix narratif qui va peu à peu évoluer, jusqu'à ce qu'elle devienne une bonne fois pour toutes l'héroïne tant attendue, lors d'un affrontement avec Jordan. Le dessin de Jahnoy Lindsay accompagne efficacement l'atmosphère oppressante de ces six épisodes. Son trait fin et anguleux, parfois déroutant au premier abord, devient rapidement expressif. Les visages traduisent la peur et l’incompréhension, tandis que la représentation d’Abin Sur, à la fois réaliste et profondément alien (vous vous souvenez des Bâtisseurs, chez les Avengers ?), rompt nettement avec les codes visuels traditionnels de Green Lantern. La couleur verte, omniprésente, structure le récit et accentue le sentiment d’enfermement. J'admets que son style ne correspond pas à ce que j'aime le plus, mais on ne peut nier que le job est fait. Sans chercher à tout expliquer, Absolute Green Lantern préfère installer une tension durable et poser de nouvelles bases. Al Ewing interroge frontalement l’idée d’un pouvoir forcément vertueux et rappelle que l’inconnu est avant tout (la plupart du temps) terrifiant. Même si les questions trouvent peu à peu des réponses (avec l'apparition aussi d'un Victor Hammond en milliardaire dérangé et tyrannique), cette série est à rapprocher d'Absolute Martian Manhunter, plutôt que d'Absolute Batman. Tout est réinventé, tout est fort différent, et les liens qui unissent le boulot d'Ewing à l'univers DC traditionnel ne sont que des réminiscences obligées pour ne pas confondre le lecteur et lui donner l'impression qu'on lui a menti sur la marchandise. C'est du Green Lantern qui prend une direction radicalement différente de ce que nous savions, avec la certitude que tout, ou presque, est encore à comprendre et à voir après ce tome 1. Normalement, le lectorat devrait être divisé, mais il serait quand même bien malhonnête de reprocher à Ewing de ne pas avoir pris de risques. Absolute Green Lantern réinvente, tout reste à faire.
Sortie cette semaine chez Urban Comics
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