DEADPOOL BATMAN : LE CROSSOVER EN COFFRET CHEZ URBAN COMICS


 Avec Batman/Deadpool, Marvel et DC ressortent enfin la clé du tiroir à crossover, plus de vingt ans après JLA/Avengers. Une partie chez DC Comics, une autre chez Marvel, et l'ensemble publié en VF par Urban Comics, sous forme de deux formats souples qui intègrent un joli coffret, vendu avec ce premier numéro. L’événement est donc historique, presque cérémoniel. Reste à vérifier si la magie opère au-delà du symbole. Le point de départ tient sur un timbre poste : Deadpool débarque à Gotham pour capturer Batman, sur commande du Joker, avec l’aide plus ou moins discrète du Reverse-Flash. En pratique, Zeb Wells ne cherche jamais à nous vendre une intrigue profonde ou ambitieuse. Le plaisir vient avant tout du choc des extrêmes : la logorrhée incontrôlable du Mercenaire disert face au mutisme granitique du Chevalier noir. Le scénario joue cette carte à fond, parfois avec efficacité, souvent avec des allusions bien senties sur des éléments clés de la continuity de Batman, et bien sûr tout un lot de répliques en dessous de la ceinture qui font quand même sourire. Là où le récit principal peut diviser (quoi, de l'humour chez Batman !), la partie graphique fait nettement l’unanimité. Greg Capullo, parfaitement à l’aise dans l’univers de Batman, livre des planches solides et spectaculaires, superbement mises en valeur par l’encrage de Tim Townsend et les couleurs d’Alex Sinclair. Gotham est sombre, crédible, presque trop sérieuse pour accueillir Deadpool, ce qui renforce encore le décalage recherché. Techniquement, c’est irréprochable, et c'est finalement sympathique de voir comment le héros torturé de DC Comics parvient à se sortir d'un mauvais pas en dressant le Joker contre Deadpool, grâce au levier de leurs folies respectives. C'est malin, Zeb Wells mérite quand même un bont point.



Le plaisir coupable de ce numéro vient aussi des récits annexes, franchement sympathiques. Le duo Daredevil / Green Arrow, signé Kevin Smith et Adam Kubert, est un petit bonheur nostalgique, sincère et généreux, qui donne envie d’un album entier. En plus, c'est assez drôle. Captain America et Wonder Woman fonctionnent étonnamment bien ensemble, même si le récit reste trop court pour exploiter pleinement la noblesse du tandem, magnifié par le dessin élégant de Terry Dodson. Mention spéciale à la parenthèse aussi absurde que charmante qui réunit Jeff le requin et Krypto le super-chien : un moment de pure régression, totalement assumé, qui se passe de dialogues (forcément). Vous allez aussi découvrir Rocket Raccoon doté d'un anneau de Green Lantern, ce qui n'est pas forcément une excellente idée de la part des Gardiens d'Oa. Et on repart aussi vite dans la sinistrose et la testostérone avec la contribution de Frank Miller, qui oppose des versions caricaturales de Batman et d’Old Man Logan, mais qui n'apporte absolument rien aux deux personnages. Respectueuse par principe, mais difficile à défendre sur le plan artistique, cette courte histoire rappelle surtout à quel point certaines légendes n’ont plus besoin de prouver quoi que ce soit, et qu'il serait peut-être de bon ton de les laisser prendre une retraite méritée, histoire de ne pas prendre le risque de les contraindre aux travaux de trop (pour Miller, on y est déjà, clairement). Le numéro se conclut sur une note surprenante et inspirée, avec l’apparition de Logo, fusion de Wolverine et Lobo, clin d’œil évident à l’époque Amalgam Comics. De quoi réveiller chez les lecteurs d’un certain âge une nostalgie très ciblée… et une curiosité sincère pour la suite. Parce que lire du Logo dans un vrai épisode complet, moi je valide ! Au final, ce premier Batman/Deadpool est un objet paradoxal : techniquement solide, historiquement important, mais narrativement en dents de scie. À recommander surtout aux amateurs des deux personnages et aux nostalgiques des grands crossovers intercompagnies. Urban Comics a su se hisser à la hauteur de l'événement, avec un coffret fort soigné, agrémenté de deux superbes posters. L'objet vaut le détour, si vous hésitiez encore. 



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LE PODCAST LE BULLEUR PRÉSENTE : L’ADDICTION, S’IL VOUS PLAÎT !

 

Dans le 216e épisode de son podcast, Le bulleur vous présente L’addiction, s’il vous plait ! Que l’on doit à Terreur graphique, un ouvrage édité chez Casterman. Cette semaine aussi, le podcast revient sur l’actualité de la bande dessinée et des sorties avec :


- La sortie de l’album L’escadron bleu, 1945 que l’on doit au scénario de Virginie Ollagnier, au dessin de Yan Le Pon et c’est publié au sein du label Aire libre des éditions Dupuis


- La sortie de l’album Son of a gun que l’on doit à Philippe Pelaez pour le scénario, Sébastien Corbet pour le dessin et c’est publié au sein des éditions Grand angle


- La sortie du deuxième et dernier tome de l’adaptation par Milo Manara du roman d’Umberto Eco, Le nom de la rose, un album publié aux éditions Glénat


- La sortie de l’album Mémoires d’un garçon agité que l’on doit au duo Vincent Zabus au scénario et Valérie Vernay au dessin, un titre paru aux éditions Dargaud


- La sortie de l’album Le blanc du drapeau que nous devons au scénario de Julie Scheibling, au dessin de Clara Chotil pour un album sorti chez Albin Michel


- La réédition de l’intégrale de L’autoroute du soleil, album que nous devons à Baru ainsi qu’aux éditions Casterman.





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AKIM : SEIGNEUR DE LA JUNGLE DES FUMETTI


 Akim est un personnage de bande dessinée dont vous vous souvenez probablement. La grande heure de gloire des fumetti en France, aux éditions Lug ou chez Mon Journal, par exemple. Il s’agit sans doute du plus emblématique des "tarzanides" italiens, ces personnages inspirés du Tarzan d’Edgar Rice Burroughs. On l'a souvent mis en concurrence avec Zembla, mais ce dernier est une création rivale, plus spécifiquement née pour le marché français. Contrairement à son célèbre modèle littéraire, Akim évolue souvent dans des récits qui mêlent divers genres fantastiques, du fantasy à la science-fiction, du surnaturel à l’horreur, en passant par le mystère. C’est aussi une des séries les plus durables de la bande dessinée italienne, avec une impressionnante carrière jalonnée de quatre périodes éditoriales et près de 1 500 numéros publiés. Les premiers albums d’Akim prenaient la forme de petites bandes dessinées hebdomadaires, publiées en Italie de 1950 à 1967 par la Tipografia M. Tomasina. Ce qu'on appelle une "striscia", au format horizontal, sur du papier de piètre qualité, mais pour un prix modique qui rend le produit appétissant pour tous les publics. Sous la plume de Roberto Renzi et avec les dessins d’Augusto Pedrazza, la série compta à elle seule 894 numéros. Cette première publication se divise en deux grandes phases : une première série de 99 numéros, qui s’étend de février 1950 à décembre 1951, et la seconde de 795 numéros, de janvier 1952 à mars 1967. Entre 1954 et 1968, ces mêmes bandes furent rééditées dans un format intitulé Akim Gigante, avec cinq séries d’albums qui comprennent aussi quelques histoires inédites, pour un total de 508 numéros supplémentaires. Rien qu'à ce stade de sa vie éditoriale, Akim justifie qu'on y consacre un petit essai et de nombreux articles. Mais c'est loin d'être fini ! Après huit années d’absence, Akim fit son retour dans les kiosques dans un nouveau format, inspiré des publications de l'éditeur Bonelli. Ce même format (un poil plus grand, tout de même) que nous connaissons bien en France, qui a fait le succès de la série et de bien d'autres encore (Yuma, Rodéo, Mustang, Kiwi…) Cette troisième production, disponible entre 1976 et 1983, reprenait le personnage tel qu’il avait été introduit en 1950. Publiée d’abord par les éditions Altamira (autre étiquette de Sergio Bonelli Editore) de 1976 à 1980, puis par Quadrifoglio de 1980 à 1983, elle compte 84 numéros mensuels et un numéro spécial. Roberto Renzi signait toujours le scénario, tandis qu’Augusto Pedrazza, assisté de Pini Segna, poursuivait son œuvre pour les dessins. Quant à la quatrième et dernière incarnation d’Akim, elle est plus récente : If Edizioni a réédité ces dernières années la version au format Bonelli, dans une collection à la pagination double, avec des couvertures inédites signées Corrado Mastantuono. Une réédition qui a connu un petit succès, comme du reste de nombreux autres héros de l'époque (Blek aussi a droit à ce traitement en Italie. Chez nous, c'est la disette. Même si Akim est toujours en kiosque, on y reviendra un peu plus tard).



Akim, mais qui es-tu donc, jeune homme en slip exotique, perdu dans une jungle qu'on devine asiatique ? Inspiré par les romans d’aventure de Salgari et de Kipling, et bien sûr par Tarzan de Burroughs, Akim est à la base un aristocrate, dont le véritable le nom est Jim, tout comme le jeune orphelin qu’il adoptera plus tard. Fils du consul britannique Frederick Rank, il est le seul survivant, avec sa mère, d’un naufrage au grand large. Cette dernière est cependant rapidement tuée par une panthère, tandis qu’une tribu de singes, dirigée par l’orang-outan Arab, recueille l’enfant et l’élève comme l’un des leurs. Jim grandit dans la jungle, il apprend à communiquer avec tous les animaux (littéralement, il leur parle et ils répondent, le lecteur peut comprendre leurs conversations, mais pas les personnages secondaires) et devient leur roi, respecté par toutes les espèces, quitte à nourrir des relations tumultueuses avec les rhinocéros. Impossible de situer géographiquement les aventures d'Akim. Seul un indice nous est laissé clairement : la ville ou le royaume de Marataï, le centre civilisé le plus proche, dans lequel notre héros se rend parfois, où il a des relations amicales et utiles avec le chef de la police locale, là où se situe la source du pouvoir économique et politique. On a même l'occasion de voir un jour Akim y débarquer avec des lunettes de soleil et un blouson de cuir, pour tromper les apparences et suivre la trace des ravisseurs du fils d'un des chefs de tribu de la jungle. Un voyage qui se poursuit à New York et place Akim dans un contexte qui est loin d'être le sien, en temps normal. Dans des histoires conçues pour le public français (nous sommes face à un titre qui a la particularité d'avoir, à un moment donné, conservé plus de prestige et de lecteurs en France, plutôt qu'en Italie, là où il est né), les auteurs revisitent quelque peu l’origine du personnage : cette fois, un avion en difficulté s’écrase dans la jungle et s’enflamme. Un enfant est sauvé par le gorille Kar, fils d’Udug, qui l’adopte et le nomme Akim. Tous les deux vont vite devenir inséparables. Si Akim semble, de prime abord, très proche de Tarzan, le personnage se distingue pourtant par un ensemble de traits originaux. Les différentes espèces animales qu’il rencontre dans ses aventures sont souvent très anthropomorphisées, et la série montre une sensibilité écologique marquée, qui rappelle fréquemment la nécessité d’un équilibre harmonieux entre l’homme et la nature. Le tout avec un ton, une approche assez naïfs, compte tenu de l'époque de la publication. Autour d’Akim, plusieurs personnages secondaires apparaissent, certains de manière récurrente : le gorille Kar et les guenons espiègles Zig et Ming (qui se chamaillent souvent mais tombent d'accord pour aller manger des bananes) forment son entourage immédiat. À leurs côtés, on trouve aussi parfois Rita, la compagne d’Akim, et Jim, l’orphelin adopté par celui qui se définit comme le Roi de la jungle. La faune de cette jungle inclut également quelques "monarques" parmi les animaux : l’éléphant Baroi, le lion Rag et l’ours Brik, en particulier, viennent compléter cette fresque animalière et lui apporte une touche solennelle et une hiérarchie plus définie. Il existe aussi des animaux punis ou dissidents, qui sont considérés comme des super-vilains à quatre pattes, à l'instar de Farg, une panthère noire qu'on aperçoit à de multiples reprises. D'ailleurs, en grand pacifiste, Akim n'emploie pas de fusil ou d'autres armes à feu. Quand la situation est trop complexe pour qu'il puisse s'en sortir à l'aide de ses poings ou de son ingéniosité, ce sont les animaux qui viennent à son secours et répondent à son appel, avec en particulier les lions, éléphants et gorilles, comme représentants les plus actifs de cette faune interventiste. Pedrazza était de son côté soumis à un rythme de production assez dingue, pouvant atteindre les cent pages d'Akim par mois. En conséquence, le dessin n'est pas toujours fignolé à l'extrême, notamment quand il s'agit de mettre en scène toute cette ménagerie. Mais peu importe, l'essentiel dans Akim n'est pas à trouver au niveau de la virtuosité des illustrations (qui restent, compte tenu des cadences infernales, de tout respect). 



Akim, c'est surtout la folie de l'écriture. C'est assez récurrent à l'époque d'aller puiser dans la culture populaire, dans l'histoire, les films de série B (ou de série A ; nous verrons même apparaître une sorte de Dark Vader dans un épisode précis), les mythes, pour plonger le héros dans des décors fabuleux ou des aventures improbables. Zagor, écrit par Sergio Bonelli (Guido Nolitta est le pseudo), est l'exemple le plus marquant et le plus réussi, dans cette catégorie. C'est pourquoi Akim peut rencontrer des légionnaires romains, des mayas, des aliens, des sorciers, sans que cela ne semble jeter le moindre doute sur la crédibilité d'une série qui avance toujours à mille à l'heure. Sans oublier des scientifiques aux idées un peu nébuleuses, qui peuvent régulièrement être amadoués par l'exemple : tout comme son charme naturel agit parfois sur les belles mais sombres créatures qui le menacent (la figure récurrente de la reine despote et cruelle), Akim n'est pas toujours obligé de se battre jusqu'au bout de la nuit. Il inspire, il est force de persuasion, c'est un exemple, même pour ceux qui le qualifient de sauvage, une appellation qui revient systématiquement dans la bouche de ceux qui croisent sa route. Pas le temps de sombrer dans le doute et l'effroi, Akim agit et triomphe, les retournements de situation sont moins dictés par la cohérence ou la mesure que par l'envie d'étonner, de faire vivre des émotions à un public qui se laisse prendre au jeu du roman feuilleton traduit au format bande dessinée de poche. Et le public français a adoré les aventures de ce jeune homme en slip léopard, publié deux fois par mois pour une somme modique, sur du papier très bon marché, lui aussi, aux éditions Aventures et Voyages. Au point qu'en 1967, lorsque s'arrête la production de récits originaux en terre italienne, la France devient le refuge du fils de la jungle. La France, mais aussi l'Allemagne, avec un artiste du nom de Hansrudi Wäscher, qui va produire des dizaines d'histoires, aussi bien au format des strisce italiennes, que celui du magazine à la française. Son Akim est d'ailleurs un poil plus soigné, avec des planches truffées de détails, plus en tous les cas que dans celles de Pedrazza, véritable machine à illustrer, comme nous l'avons déjà mentionné. Akim a des besoins modestes pour ce qui est de son habitation : un simple bungalow installé en haut d'un des plus grands arbres de la forêt fait office de quartier général. C'est aussi l'endroit idéal pour passer les moments tendres avec Rita, sa compagne, bien que nous soyons face à une bande dessinée populaire des années 1960, c'est-à-dire d'une pudibonderie à la limite du ridicule. Pas d'effusion de sentiments entre les deux amants (encore moins de scènes explicites, passez votre chemin) et même… pas de lit matrimonial dans lequel dormir, mais à plusieurs reprises, la vue claire et éloquente de deux petits lits dans la même pièce. Rien avant le mariage ?



Roberto Renzi, le créateur de la série, est un scénariste versatile qui a laissé sa trace sur plusieurs séries importantes. Son plus grand succès est italien, avec Tiramolla, un bonhomme en caoutchouc qui vit des aventures comiques et pour jeune public, quasiment inconnu en France (Elastoc) mais qui fait l'objet d'un culte chez les connaisseurs, de l'autre côté des alpes. Chez Aventures et Voyages, c'est probablement Antares qui est l'autre titre notable de Renzi. On lui doit aussi presque cent épisodes de Brik, l'homme invincible, 49 épisodes de Pecos Bill (dessinés par Franco Donatelli, un des grands artistes de Zagor), de nombreux numéros de Blek le Roc (après le départ du trio Essegesse). En réalité, Roberto Renzi et Augusto Pedrazza se sont rencontrés dès l’enfance. Ils grandissent dans la même rue à Milan et fréquentent la même école primaire. Leur amitié, solidifiée par des passions communes comme la lecture des livres de Tarzan d’Edgar Rice Burroughs et leur amour pour le cinéma, les pousse très jeunes à explorer la création artistique. À dix ans, ils réalisent leur première histoire illustrée, inspirée de Tarzan mais adaptée avec une touche originale. Renzi insiste alors pour que leur héros ne soit pas une copie, mais plutôt un personnage unique, influencé par les écrits de Rudyard Kipling, qu'il baptise Akim. Nous savons ce qu'il en sera par la suite, à l'âge adulte ! Oui, notre héros en slip léopard est né de l'imagination fertile de deux enfants milanais. Après la guerre, alors qu’ils sont dans leur vingtaine, Pedrazza s’engage comme dessinateur pour une petite maison d’édition et introduit Renzi dans ce milieu. C’est le début de la carrière de ce dernier comme scénariste, une vocation qu’il nourrit depuis toujours. Le duo travaille pour plusieurs éditeurs, y compris Tomasina, un imprimeur indépendant qui leur permet de produire une vingtaine de personnages. Parmi eux, Akim, lancé en 1950, devient rapidement leur plus grand succès.  D’abord publié en Italie dans un format hebdomadaire, Akim trouve une seconde vie en France grâce à Madame Ratier des Éditions Aventures et Voyages. Pendant 33 ans, Renzi écrit inlassablement les scénarios, tous illustrés par Pedrazza, pour un total impressionnant de plusieurs centaines d’épisodes. Leur production se distingue par sa constance et sa qualité, un exploit rare dans le monde de la bande dessinée. Akim est également traduit en plusieurs langues et rencontre un grand succès en Allemagne, comme nous venons de voir tout cela dans les pages précédentes. Parallèlement à sa carrière de scénariste, Renzi mène une vie de journaliste, devenant rédacteur puis directeur de publication. Observateur avisé, il analyse le déclin des bandes dessinées pour enfants, qu’il attribue à des scénarios moins inspirés et des dessins trop complexes, éloignés de la simplicité qui faisait le charme des œuvres classiques. Akim reste cependant un modèle intemporel, à la croisée des récits d’aventure et des thématiques modernes. Ce héros, ancré dans une vision respectueuse de la nature et des valeurs morales, incarne le meilleur de la créativité de Roberto Renzi et d’Augusto Pedrazza, et il survit aussi longtemps, probablement pour sa capacité à unir la naïveté de la lecture adolescente avec les exigences un peu plus pointues des adultes, qui reconnaissent les qualités artistiques et la constance des deux auteurs. Notons aussi que Pedrazza n'était pas qu'un dessinateur fiable, mais aussi un grand passionné de musique classique. Régulièrement présent à la Scala pour les concerts les plus importants, il était aussi doté d'une voix de baryton appréciée, qui lui a permis de monter sur scène à l'occasion de plusieurs spectacles. Pedrazza est décédé en 1994, le 23 décembre, tandis que Roberto Renzi nous a quittés le 23 octobre 2018. 



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GREEN LANTERN EMERALD TWILIGHT EN DC PAPERBACK (URBAN COMICS)


Hal Jordan a beau être le plus grand Green Lantern de l’Histoire, même un super-héros de cette trempe peut craquer et basculer du côté obscur. Il faut dire qu’il n’a rien pu faire pour empêcher l’éradication de Coast City, la ville où vivaient sa famille, ses amis et tant de visages familiers — sans parler des innombrables anonymes — tous pulvérisés par Mongul. Difficile, dans ces conditions, de faire son deuil et de tourner la page sans sombrer dans la folie. Jordan tente alors l’impossible : ressusciter les morts, ou du moins leur offrir une forme de simulacre de vie grâce à son anneau de pouvoir. Mais une telle entreprise exige une énergie incommensurable, bien supérieure à celle qu’il a jamais portée à son doigt. Il se lance dès lors dans une croisade insensée et se retourne contre le Corps des Green Lanterns, ceux-là mêmes qui étaient encore ses alliés quelques jours auparavant. Tous ceux qui se dressent sur sa route pour s’opposer à sa dérive sont irrémédiablement vaincus, jusqu’à ce qu’il s’empare de leurs anneaux et les ajoute à sa nouvelle collection. Même Kilowog, son instructeur, ne fait pas le poids, pas plus que Sinestro, ancien mentor devenu ennemi juré, qui mordra la poussière d’une manière particulièrement brutale. Ron Marz décrit ainsi la descente aux enfers d’un personnage qui, autrefois, n’avait peur de rien, mais qui se laisse finalement submerger par ses émotions : culpabilité, frustration, terreur de ne plus être à la hauteur et douleur d’avoir perdu ce qu’il s’était juré de protéger. Ces épisodes, d’une intensité poignante, appartiennent désormais à l’histoire des comics et permettent à l’auteur de préparer un tournant majeur pour Green Lantern, avec l’avènement d’un nouveau porteur de l’anneau, un nouveau héros appelé à occuper le devant de la scène à partir du numéro 51.



Car si jamais Hal Jordan est tombé en disgrâce, c’est désormais le moment pour Kyle Rayner d’entrer en scène. Voici un personnage qui va se révéler attachant en très peu d’épisodes. Inutile de le présenter longuement ou de nous raconter ses origines en long, en large et en travers. Nous avons ici un jeune dessinateur publicitaire, pas forcément très responsable dans la vie, qui fréquente Alexandra DeWitt, une journaliste-photographe avec laquelle il essaie régulièrement de se rabibocher. Un soir, dans une ruelle, l’un des Gardiens d’Oa se présente à lui et lui offre un anneau qui va lui permettre de devenir Green Lantern. On n’a pas le temps de comprendre le pourquoi du comment : Kyle devient très vite un super-héros et, à défaut de savoir précisément comment se comporter, il n’a pas peur et assume pleinement son nouveau statut. Tant mieux, car il va devoir se mesurer d’entrée à un adversaire du calibre de Mongul, dont nous vous avons déjà parlé. Sans l’aide de Superman, sa carrière n’aurait d’ailleurs pas été bien longue. Bien évidemment, ces premiers épisodes sont aussi marqués par l’un des drames les plus terribles et les plus célèbres de l’histoire des comics américains : la découverte de la fiancée morte, pliée dans un réfrigérateur, victime de Major Force, cette espèce de sadique surpuissant chargé d’exécuter les basses œuvres du gouvernement. Kyle va naturellement chercher à se venger, et ce drame intime résonne encore aujourd’hui dans le cœur et l’esprit de tous les fans de Green Lantern. Impossible également de refermer l’album sans évoquer une incursion dans les événements de Zero Hour, et surtout une double confrontation entre Kyle et Hal Jordan venu récupérer son anneau, et désormais transformé en Parallax. Hal pense sans doute bien faire, mais ses méthodes sont plutôt celles d’un super-vilain. Kyle parvient pourtant à lui tenir tête et démontre ainsi qu’il est définitivement devenu un héros. Ron Marz livre ici des épisodes avec un petit côté naïf, mais qui ont au moins le mérite de toujours raconter quelque chose : on ne s’ennuie jamais. Côté dessin, Darryl Banks propose des planches très lisibles, même si les fonds de case et certains détails peuvent parfois sembler un peu superficiels. Il est aidé également par d'autres artistes, comme Derec Aucoin ou Craig Russell (ce dernier ayant un style fort reconnaissable et bien plus fouillé). Quoi qu’il en soit, ce sont des aventures que tout fan de Green Lantern se doit de posséder et de connaître, et la collection DC Paperback offre justement l’occasion de combler d’éventuelles lacunes dans le domaine.

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MINOR ARCANA TOME 1 : JEFF LEMIRE ET LES TAROTS CHEZ DELCOURT


 Nous voici en terrain parfaitement balisé : l’univers de Jeff Lemire. Tous les indices sont sur la table (comme les cartes des tarots), et nous évoluons en territoire connu. Regardez, par exemple, le personnage principal de Minor Arcana, une certaine Theresa. Il s'agit d'une jeune femme qui rentre chez elle après plusieurs années passées loin de sa mère. « Chez elle », façon de parler, puisque le petit bled paumé dans lequel elle a grandi n’a rien de l’endroit rêvé pour s’épanouir. Aucune perspective réelle pour des gens comme elle, et une mère malade, atteinte d’un cancer, qui ne semble guère accorder d’attention à son traitement. Pas plus qu’à sa fille, d’ailleurs, avec laquelle les relations sont loin d’être apaisées. La mère de Theresa tient un petit salon de voyance, où elle exploite le besoin de croire des autres pour leur dire, plus ou moins, ce qu’ils ont envie d’entendre. Aucune chance que la fille prenne un jour la relève… si ce n’est par le plus grand des hasards, et surtout par nécessité de gagner quelques billets. Un jour, elle se retrouve ainsi dans une situation totalement inattendue : elle a l'opportunité de tirer les cartes à une vieille dame venue s’enquérir de son grand amour, mort depuis bien longtemps. Et là, l’inattendu se produit. Il semblerait que Theresa possède réellement des dons… ou, à tout le moins, qu’elle soit capable d’accéder à un autre niveau d’existence et de conscience, au point d’entrer en contact avec les personnes disparues. Lemire entre dans le fantastique par la porte du quotidien le plus banal, et promet de nous emmener loin, dans le fantastique, l'onirique, et la dépression !



Dans la vie, Theresa affiche un parcours totalement cabossé. Elle préfère les filles, et celle qu’elle aimait vraiment est aujourd’hui en couple avec un policier du coin… avec qui elle a eu un enfant. Theresa a plus ou moins tourné le dos à ses anciennes connaissances du lycée et on la sent dévorée par un profond sentiment de culpabilité et de perdition, qui la conduit trop souvent à se réfugier dans l’alcoolisme. Bref, un personnage taillé sur mesure pour une œuvre de Jeff Lemire. L’auteur canadien est particulièrement attaché aux récits familiaux truffés de failles. Chez lui, la famille est à la fois un refuge, une valeur sûre, mais aussi l’endroit où tous les problèmes convergent : le lieu de toutes les trahisons et de tous les manques. Lemire est un auteur absolument génial, mais, comme vous le savez, les choses rares sont souvent belles, et les choses belles sont souvent rares. À vouloir trop écrire, lancer un nombre incalculable de séries en parallèle et accepter des travaux de commande à un rythme effréné, Lemire a fini par se banaliser, produisant des histoires de moins en moins marquantes. Soyons honnêtes : il n’est évidemment pas devenu un tâcheron, loin de là, mais cette étincelle, cette essence si particulière qui faisait de lui une voix et une sensibilité totalement à part, que nous adorions passionnément, semblait s’être estompée. C’est donc avec un immense plaisir que nous découvrons cette nouvelle série, publiée chez Delcourt et chez BOOM! Studios aux États-Unis. Minor Arcana condense toutes les thématiques chères au scénariste, abordées ici avec une pudeur et une sensibilité qui rappellent les grandes heures du passé. D’autant plus que Lemire est également au dessin : son trait volontairement brut se révèle d’une expressivité redoutable, avec juste ce qu’il faut de naïveté pour nous toucher en plein cœur avant même de chercher à impressionner. En bref, c’est du Jeff Lemire comme on aimerait en lire plus souvent. Du Jeff Lemire intime et sincère, plutôt que celui mis au service des grandes majors de l’industrie. Et ça, il n'est pas nécessaire d'être devin pour comprendre que ça justifie l'achat. 



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R.I.P. SAL BUSCEMA (1936 - 2026)


 Le 23 janvier, à l’âge de 89 ans, Sal Buscema s’est éteint. Nous ne l'avons su que la nuit dernière. Frère de John, il fut l’un des dessinateurs et encreurs les plus importants de l’histoire de Marvel Comics, maison d'édition pour laquelle il travailla sur un nombre impressionnant de personnages emblématiques, parmi lesquels les Avengers, Spider-Man, Hulk, Captain America, les Défenseurs, Rom, et bien d’autres encore. Il se fit d’abord un nom comme encreur : ses débuts publiés chez Marvel furent pour Silver Surfer #4, un numéro dessiné par le frangin. Cette collaboration mit immédiatement en lumière une qualité essentielle de son style, sa capacité à sublimer le trait d’autrui sans jamais trop vouloir en faire. Progressivement, Sal (Silvio) passa au dessin, augmenta sensiblement sa cadence de travail, jusqu’à devenir l’un des artistes les plus constants et les plus fiables de la rédaction. Son premier titre régulier fut Avengers, avec Roy Thomas, avant de passer à X-Men et Sub-Mariner, puis de revenir à plusieurs reprises sur Avengers. Il débuta également une collaboration particulièrement marquante avec Steve Englehart sur Captain America. Ce cycle trouva son point culminant avec la saga de l’Empire Secret, qui vit Steve Rogers renoncer temporairement à l’identité de Captain America pour adopter celle de Nomad. Au cours des années 1970, Sal Buscema œuvra sur la quasi-totalité des personnages majeurs de Marvel, mais son nom demeure surtout associé à deux prestations au long cours. La première est The Incredible Hulk, qu’il dessina avec une remarquable régularité pendant près de dix ans, où il imposa une représentation physique et dynamique du personnage devenue iconique. C’est notamment à cette période qu’il mit au point le célèbre « Sal Buscema Punch » : un coup en pleine face, le corps qui part en vrille, le bras qui parait jaillir hors de la case, pensé pour transmettre le poids, la vitesse et l’impact immédiat. Bim !  La seconde est sa collaboration avec Bill Mantlo sur Rom: Spaceknight, une série que Panini a republié ces mois derniers dans sa collection Omnibus.




C'est lui qui lança Peter Parker, The Spectacular Spider-Man avec Gerry Conway, une série sur laquelle il resta environ cent numéros, assurant fréquemment à la fois le dessin et l’encrage. Au début des années 1990, il revint sur le titre aux côtés de J.M. DeMatteis, avec un cycle aujourd’hui encore salué pour l’attention portée à la dimension psychologique des personnages (la mort de Norman Osborn, quel grand moment). DeMatteis évoqua d’ailleurs cette collaboration comme « l’un des sommets de ma carrière. Ce n’était pas seulement un grand artiste : c’était quelqu’un de profondément bon ». Le style de Sal Buscema se distinguait par une clarté narrative exemplaire, une solide maîtrise anatomique et une attention constante à la lisibilité de la planche. Il ne recherchait jamais l’effet graphique ostentatoire, lui préférant le rythme, la cohérence et l’efficacité du récit. Comme le soulignait DeMatteis dans une interview, Buscema savait raconter une histoire avec une telle évidence que « certaines pages auraient pu fonctionner même sans dialogues ». Pour nous lecteurs français, c'était l'époque des petits formats de chez Semic (Nova) qui passèrent ensuite au grand format. Au fil de sa carrière, Sal Buscema contribua également à la création de nombreux personnages et concepts de l’univers Marvel, de la Valkyrie à Lady Deathstrike, jusqu’au T.V.A, tribunal et organisme régulateur du temps, récemment porté sur le petit écran grâce à la série Loki des Marvel Studios. Avec Sal Buscema, c'est un géant discret, un immense artiste trop souvent méconnu ou sous-estimé, qui vient de nous quitter. 



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HÉRÉTIQUE : ROBBIE MORRISON ET CHARLIE ADLARD FACE À L'INQUISITION


 C'est peut-être grâce aux dialogues de l'avant-dernière page qu'il est possible de résumer en une formule Hérétique, lorsque le personnage principal déclare : peut-être que tous les démons sont notre propre création. Les dieux aussi. Et peut-être qu'au final, il n'y a que nous. Avant même que le récit ne démarre, Hérétique prend de toute manière soin de poser son cadre. Robbie Morrison inscrit d’emblée Johann Weyer dans la postérité, rappelle l’influence durable que cet esprit du XVIᵉ siècle exercera bien au-delà de son époque. En 1529 pourtant, Weyer n’est encore qu’un adolescent de quatorze ans lorsqu’il arrive à Anvers pour devenir l’apprenti de Cornelius Agrippa, savant protéiforme, théologien, médecin, juriste et occultiste réputé. Dans une Europe écrasée par l’autorité morale et politique de l’Église catholique, une telle proximité avec un esprit aussi libre relève déjà de la provocation. Et forcément, ça ne peut que mal tourner. L’époque est dominée par la peur. La religion, instrumentalisée par le pouvoir, s’appuie sur la superstition pour maintenir le peuple sous contrôle. La moindre déviance devient une hérésie potentielle, passible de l’Inquisition, dont les excès transforment la foi en machine de répression. La chasse aux sorcières, plus politique que spirituelle, sert d’alibi à l’élimination des indésirables. La menace qui plane en permanence, incarnée par le grand inquisiteur Bernard Eymerich, figure d’un pouvoir absolu et arbitraire, écrase tout sur son passage. Face à lui, Agrippa ne peut s’empêcher de défier l’autorité, de dénonçant le mensonge d’une Église qui prêche la morale tout en organisant la terreur (sans négliger la luxure). 



Lorsque plusieurs meurtres frappent Anvers, Agrippa est contraint de mener l’enquête. La mission est ambiguë, presque perfide : découvrir la vérité ou risquer de devenir lui-même un coupable idéal. L'Inquisition se sert de notre "héros", qui lui-même est persuadé que se mettre à son service, temporairement, sera le meilleur moyen de comprendre ce qui se trame vraiment. Morrison construit alors un récit intelligent et angoissant, où chaque avancée se heurte aux intérêts d’un système fondé sur l’ignorance entretenue et la peur savamment cultivée. L’enquête révèle peu à peu la violence d’un ordre social où la religion ne sert plus Dieu, mais la domination des corps et des esprits. La souffrance des victimes, notamment celle d’une femme juive livrée à l’Inquisition (puis de son père), expose sans détour le cynisme d’un pouvoir prêt à tout pour préserver ses privilèges. L'antisémitisme (le vrai, pas celui dont on éclabousse aujourd'hui plus ou moins n'importe qui) est une plaie qui suinte dans cet album, par ailleurs. Le dessin de Charlie Adlard sublime cette sortie très élégante. Son noir et blanc dense et texturé est remarquable et fera taire tous les détracteurs qui se contentent de le juger sur les pages les plus rapidement expédiées, dans la longue saga de The Walking Dead. Tout ici est axé sur la lisibilité, la composition et la force expressive des visages. De rares éclats de couleur surgissent comme des coups de scalpel, on y est, on ressent, on admire. C'est vraiment beau. Alors certes, la filiation avec Le Nom de la rose s’impose naturellement. Comme chez Umberto Eco, un esprit rebelle et versatile transmet son savoir à un jeune disciple, dans un monde où la connaissance est perçue comme une menace. Morrison décrit des institutions qui excitent la peur, désignent des boucs émissaires et prétendent défendre l’ordre et la pureté. À la croisée du thriller, du récit historique et de la critique politique, Hérétique s’impose comme un roman graphique puissant, qui réalise un sans faute d'un bout à l'autre. Jetez-vous dessus. 



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