C’est là que l'album peut diviser. Car à force de privilégier une approche conceptuelle, parfois volontairement tortueuse, le scénariste met ponctuellement à distance le plaisir immédiat de lecture. La narration se fragmente, les enjeux se dérobent, et le lecteur doit accepter de lâcher prise, au risque de se sentir tenu à l’écart. Une démarche cohérente avec le propos, certes, mais qui demande un certain abandon et un peu de patience. Les comics qui doivent être cool, offrir du divertissement, être accessibles à tous, n'ont pas grand chose à voir avec les choix de Ram V. En contrepoint, la dimension émotionnelle demeure étonnamment solide. Le récit oppose ainsi deux visions de l’amour : l’une, lumineuse, fondée sur le lien et la transmission ; l’autre, déformée par la violence et la domination, incarnée par une figure antagoniste issue des ténèbres de l’Histoire. Car oui, ce Resurrection Man là est bien le frère de Vandal Savage, et c'est d'une lutte fratricide primordiale que tout le reste est né. Ou presque. Le contraste n’a rien de subtil, mais il donne au récit une ossature claire, presque nécessaire face à la complexité du reste. Visuellement, Anand RK accompagne cette ambition avec une classe singulière. Il joue sur des contrastes marqués entre des figures humaines, parfois esquissées, et des structures abstraites d’une précision presque froide. Les couleurs de Mike Spicer accentuent cette dualité, tandis que le tout baigne dans une ambiance indouiste, avec notamment un logo qui n'est pas sans rappeler une certaine croix dont il conviendrait de taire le nom. Croix qui n'est que l'avatar mortifère et haineux d'une autre représentation hindouiste. Tout n’est pas parfaitement fluide, ni totalement accessible (loin de là), et l’on sent donc parfois le récit préférer l’idée à l'explication. Mais il en reste quelque chose de fascinant : une œuvre qui, derrière ses effets de manche conceptuels, cherche sincèrement à interroger ce qui nous définit. Et qui rappelle, au passage, que même dans un univers où l’on ressuscite à l’infini, l'amour et la singularité de chaque individu ont encore un sens et un attrait.
RESURRECTION MAN : LA RÉSURRECTION D'UN PERSONNAGE QU'ON N'ATTENDAIT PLUS
SPIDER-MAN NOIR : CINQUANTE NUANCES DE NOIR AU FORMAT POCHE
Si nous sommes sincèrement enthousiastes à l’idée de relire les deux premiers arcs narratifs, les choses se gâtent quelque peu par la suite. À commencer par les numéros suivants, qui viennent s’insérer dans la grande tapisserie du Spider-Verse. Autrement dit, notre version Noir rencontre d’autres Hommes-araignées du multivers. Sur le papier, la nécessité ne sautait pas aux yeux, mais, comme vous le savez, le Spider-Verse a depuis acquis ses lettres de noblesse sur grand écran, et il faut bien, dès lors, montrer patte blanche. L’occasion nous est donnée de voir à l’œuvre une version étrange du Mysterio, de découvrir ce que devient une Felicia Hardy cruellement défigurée quelques pages auparavant, mais aussi de recroiser la route du Peter Parker à six bras, sans oublier une sorte de version steampunk du Shocker. Le tout se déroule sur fond de Seconde Guerre mondiale sur le point d’éclater et de tentative des nazis de s’installer sur le sol américain. Nous en arrivons ensuite à une série de cinq épisodes, sobrement intitulée, une nouvelle fois, Spider-Man Noir, et publiée à l’origine en 2020. Cette fois, c’est Margaret Stohl qui s’occupe du scénario et, il faut bien le dire, les raisons de se laisser emporter par une histoire assez peu intéressante sont rares. Il y est question du vol d’un bijou très particulier, arraché à une serveuse du bar The Black Cat, ce qui contraint notre Spider-Man des années 1930 à prendre le chemin de l’Europe (puis de Babylone) en compagnie de la sœur de la victime. S’ensuit un double parcours, entre vengeance et compréhension des enjeux, qui se révèle bien plus complexe que prévu et se termine en mythologie et ésotérisme brouillon. Je vais être très honnête : cette partie m’a toujours fait bâiller, littéralement. Hormis les dessins de Juan Ferreyra, que je trouve particulièrement dynamiques et tout à fait adaptés à ce type de récit (son style s’inscrivant d’ailleurs dans une forme de continuité avec celui de Di Giandomenico avant lui), le reste est aussi vite lu qu’oublié. Dommage, car le personnage est fascinant et, au vu de la qualité graphique de ces pages, on aurait rêvé de quelque chose de bien plus pertinent et spectaculaire. Au final, un contenu qui alterne le très bon et le plus dispensable, mais pour un prix toujours aussi réduit. C’est là l’un des grands atouts de cette collection, qui se permet en outre le luxe d’aller séduire (même débaucher) des lecteurs habitués à d’autres formes de bande dessinée.
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LE LIVRE SANS NOM (CHEZ SONATINE COMIX) TOMES 1 ET 2
Ce qui frappe surtout, c’est la capacité de l’adaptation (signée Koe') à conserver la sensation de chaos maîtrisé qui faisait le sel des romans. L’ensemble fonctionne comme une sorte de film d’action halluciné, où les références pop et les clins d’œil s’entrechoquent dans un joyeux désordre. On passe d’une fusillade à une discussion absurde, d’un mystère ésotérique à une scène de pure brutalité, avec une fluidité qui confine à l’évidence. Du coup, Tarantino ou pas Tarantino ? Le mystère demeure sur l'auteur de l'histoire de base (qu'on nomme Anonyme) qui reste une chimère de la pop culture mondiale, une des dernières (Banksy vient de se faire griller, probablement). Côté dessins, le choix d’un noir et blanc très contrasté peut surprendre dans un premier temps. Le trait, nerveux, parfois presque rugueux, demande un léger temps d’adaptation. Mais rapidement, ça finit par le faire. Le parti pris esthétique renforce l’atmosphère poisseuse de Santa Mondega, accentue le carnage et donne aux scènes d’action une intensité presque suffocante. Je vous le dis en passant, je suis loin d'être un fans des mangas et des codes graphiques inhérents. Du coup, juger autrement le boulot de Yello qu'avec ces quelques lignes serait malhonnête. Ce n'est pas ma tasse de thé, mais ce n'est pas pour autant un thé désagréable, promis. Les deux premiers tomes posent ainsi des bases solides. Ils installent un univers, présentent une galerie de personnages hauts en couleur (et souvent en hémoglobine), et lancent une aventure suffisamment intrigante pour donner envie de poursuivre la lecture. Et ça fuse de partout, c'est drôle, grinçant, dérangé, impossible de s'ennuyer. Voilà un univers aussi excessif que jubilatoire où le grotesque flirte en permanence avec le tragique. Une coolitude qui fait des envieux et s'adresse, à priori, à tous les publics possibles.
Sortie aujourd'hui du tome 2 !
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LE PODCAST LE BULLEUR PRÉSENTE : DIPLOMATIE CLANDESTINE
- La sortie de l’album Les enfants de Chatom, adaptation par Cyrille Pomès d’un roman jeunesse signé Thomas Lavachery pour un ouvrage sorti aux éditions Rue de Sèvres
- La sortie de l’album Bascoulard que l’on doit à Frantz Duchazeau, un ouvrage paru aux éditions Sarbacane
- La sortie de l’album Tout mais pas Beyrouth que l’on doit au récit de Mathieu Diez que met en dessin Jibé et qui est sorti aux éditions Delcourt dans la collection Encrages
- La sortie de l’album Pour quelques miettes de pain que l’on doit à Kasia Babis paru aux éditions des Aventuriers d’ailleurs
- La sortie de l’album Un été loin des hommes que l’on doit au duo de scénaristes Fabienne Blanchut et Catherine Locandro, au dessin de Thomas Campi et c’est sorti aux éditions Dargaud
- La réédition de Jean Doux et le mystère de la disquette molle aux éditions Delcourt, un ouvrage signé Philippe Valette qui retrouve le chemin des rayonnages à l’occasion des 40 ans de la maison d’édition.
THE NEW FRONTIER : LE BIJOU DE DARWYN COOKE EN URBAN NOMAD
Car The New Frontier raconte avant tout une transition. Celle qui mène de la fin de l’âge d’or, marqué par la disparition progressive de la Justice Society, à l’émergence d’une nouvelle génération de héros. La formation de la Justice League devient alors le symbole d’un renouveau, porté par un élan collectif. Ce qui impressionne, au fond, c’est la manière dont Cooke parvient à réconcilier deux visions souvent opposées. Il retrouve le sens du merveilleux propre aux comics d’autrefois (l’aventure, la science-fiction, l’héroïsme) tout en y ajoutant une vraie maturité. Là où beaucoup d’œuvres modernes cherchent à déconstruire le mythe, lui choisit de le reconstruire, avec intelligence et sans cynisme. Et puis il y a le dessin ! Le trait de Cooke, à la fois épuré et expressif, évoque autant l’animation classique que les grands noms du comic book. Chaque planche respire, chaque scène semble en mouvement. L’ensemble possède une élégance rare, qui renforce encore le plaisir de lecture. On a perdu un artiste immense, et on s'en rend compte cruellement, en relisant cette aventure inoubliable. Au final, The New Frontier s’impose comme une œuvre à part. À la fois hommage et réinvention, fresque historique et récit de super-héros, le livre réussit à embrasser tout l’univers DC avec une clarté remarquable. On y croise des dinosaures, les Losers, les grandes figures de DC Comics, parfois en désaccord (Superman et Wonder Woman), parfois dans une version crépusculaire ou au contraire pleine d'espoir (Flash). Une lecture fluide, riche, et surtout profondément vivante, qui rappelle à quel point ces personnages peuvent encore raconter quelque chose de fort lorsqu’ils sont entre de bonnes mains. Et si vous n'avez jamais osé vous aventurer dans ce pavé qui peut être intimidant au premier abord, sachez que la modeste somme de 14 euros suffira pour tout récupérer d'un coup, dans la collection Nomad d'Urban Comics. Un format plus petit, certes, mais une opportunité de plus pour ajouter un bijou à votre bédéthèque.
LES ÉVADÉS D'ALCATRAZ : FUITE IMPOSSIBLE ?
La vraie réussite du scénario tient dans son idée directrice : sortir d’Alcatraz ne signifie pas être libre. Traqués par les autorités, hantés par leurs propres choix, les personnages évoluent dans un monde où chaque rencontre peut devenir fatale. L’enquête menée en parallèle par les forces fédérales, discrète mais méthodique, renforce cette tension constante. Ici, le danger ne surgit pas seulement des armes ou des poursuites, mais aussi du doute, de la fatigue, et des erreurs humaines. Les limiers ont eux aussi leurs propres problèmes : ils sont homosexuels, dans un contexte professionnel et historique où la chose est loin d'être banale et acceptée. Ils se cachent également, à leur manière. Plus on avance dans le récit, plus les événements s'emballent et deviennent inéluctables. Une cavale, un cadavre dans un coffre, un frère que l’on croyait mort et qui refait surface : Cantwell densifie son intrigue sans jamais perdre de vue ses personnages. Chacun porte donc sa propre prison. Qu’il s’agisse d’une femme contrainte de naviguer dans une société hostile, d’un amour impossible à vivre au grand jour, ou d’un homme incapable d’échapper à sa propre violence, tous semblent condamnés à tourner en rond, même en plein air. Graphiquement, Tyler Crook livre un travail remarquable. Ses planches, baignées de teintes sourdes et mélancoliques, restituent avec finesse l’atmosphère poisseuse de cette Amérique des années 1960. Les visages sont marqués, les regards lourds de non-dits, et chaque case est chargée d’une tension latente (avec un petit côté Brubaker/Phillips agréable). La mise en scène, toujours lisible, privilégie l’immersion et laisse respirer les moments les plus silencieux. Ce qui, dans un récit pareil, revient à laisser monter l’angoisse. On pourra reprocher à cette mini série un rythme parfois contemplatif, voire légèrement étiré, mais ce serait passer à côté de son ambition. Les Évadés d’Alcatraz n’est pas un comic book d’action spectaculaire : c’est une fuite intérieure autant que géographique, un thriller où l’essentiel se joue dans les regards et les hésitations. Bien fichu et intelligent.
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À FAIRE PEUR (TOME2) : LE TRAIN DE LA MORT
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RESURRECTION MAN : LA RÉSURRECTION D'UN PERSONNAGE QU'ON N'ATTENDAIT PLUS
Certains récits de fin du monde misent tout sur le spectaculaire. It's Armaggedon time, baby ! Et puis il y a ceux qui prennent ce d...
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Comme chaque samedi désormais, nous vous proposons de plonger dans l'univers de la bande dessinée au sens le plus large du terme,...
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3,99 €, c'est la somme fort modique qu'il vous en coûtera pour découvrir Deadpool la collection qui tue , chez Hachette. Le ...
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UniversComics Le Mag 55 Septembre 2025 Magazine comics BD gratuit. Votre copie vous attend ici : https://madmagz.app/fr/viewer/6887f35b69c...















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