LA SIMULATION (DE LOIC HECHT) : ET SI NOUS VIVIONS DANS UN MONDE QUI N'EXISTE PAS ?


La question est proprement vertigineuse, raison pour laquelle nous avions tant envie de découvrir La simulation, enquête réalisée par Loïc Hecht sur une théorie qui fascine la Silicon Valley, comme le dit la couverture. Et si notre monde n’existait pas ? Pour entrer dans les détails : et si nous n’étions que des programmes, des pions, des personnages occupés à vivre une existence qui n’est, en réalité, non pas le réel, mais le fruit d’une immense simulation ? À un tel niveau que tenter d’appréhender la chose a de quoi nous filer la migraine pour toute la soirée. Pour parvenir à répondre à cette question (spoiler : aucune réponse tranchée n’est en réalité possible), il faut donc aller rencontrer ceux qui se sont penchés sur le sujet, c’est-à-dire traverser l’océan Atlantique et aller converser avec des physiciens, ou tout simplement les amis de ces milliardaires qui se passionnent pour la question, ceux qui sont en train de refaçonner notre monde et la manière dont nous nous y connectons. Hecht réalise tout cela avec un brio certain et un style capable d’alterner une écriture léchée et, à d’autres moments, plus complice (et intime, comme lorsqu'il réalise que sa relation sentimentale est en train de se déliter lentement), ce qui rend la lecture extrêmement agréable. Les cent premières pages défilent à un rythme soutenu, jusqu’à ce que l’enquête se focalise plus particulièrement sur un individu : Tom Campbell, ancien de la NASA. Et là, La simulation, qui jusque-là prenait en compte tout un ensemble d’hypothèses qui avaient tendance à nous ramener du côté d’une forme d’interprétation digitale du monde, comme si toute notre réalité avait été encodée par des programmateurs dont nous ne soupçonnons pas l’existence (à moins que ce ne soit nous-mêmes et que nous ne soyons que nos propres avatars) se met dès lors à définir ce qu’est la conscience. De Matrix à Bouddha, en quelque sorte. Car ce bon vieux Campbell, qui à bien des égards nous semble quand même un type extrêmement perché, à mi-chemin entre le gourou et le maître des arts mystiques dans un film Marvel, affirme être capable de sortir de son corps, d’opérer ce que l’on appelle le remote viewing, c’est-à-dire identifier des scènes ou des objets à distance, voire même d’entrer en contact avec d’autres entités et d’accompagner les morts au moment où ils quittent notre plan d’existence. C’est quand même bien difficile à croire, même si l’auteur, qui va assister en distanciel à un séminaire d’une semaine organisé par le type, fait tout son possible pour rendre ces informations accessibles au lecteur, tout en conservant un indiscutable recul critique qui permet de ne pas crier à la supercherie ou au complotisme.


Reste le fait que je suis un indécrottable sceptique et que cet ouvrage (il faut le signaler avant que vous ne vous précipitiez en librairie pour l’acquérir) est davantage pensé pour ceux qui sont disposés à réfléchir au caractère mystique et transcendantal de l’existence. Autrement dit : savoir si l’existence est définie par la conscience ou si c’est la conscience qui définit l’existence. Peu importe, finalement. Plutôt que pour les fans de science-fiction à la Matrix, prêts à déceler les failles de la machine comme on interpréterait des pixels défaillants sur un écran d’ordinateur. La méthode de Loïc Hecht n’est d’ailleurs pas scientifique en soi : il participe à des séminaires où il est question de sortir de soi, ingère des substances psychotropes, dont il a, de toute manière, déjà l’habitude de faire usage. Bref, nous sommes davantage sur un terrain à la Jack Kerouac que dans les élucubrations d’un Elon Musk ; plutôt que les champignons, lui, ce serait une orgie de kétamine. Et puis, le problème avec ce genre d’enquête, c’est qu’elle repose essentiellement sur des témoignages, ou plutôt des assertions : quelqu’un vient vous expliquer qu’il a fait ceci ou cela, et vous devez y croire, autrement tout l’édifice s’effondre. On vous explique que des expériences secrètes ont été menées dans des laboratoires appartenant à des agences gouvernementales : vous devez partir du principe que c’est vrai, même s’il vous est impossible, là, maintenant, à l’instant, d’en contrôler les résultats d’une manière suffisamment claire et honnête pour chasser le moindre doute. Bien entendu, beaucoup des faits rapportés sont troublants. Mais on peut se demander si toutes ces expériences de sortie du corps, ces capacités à deviner des images à distance, ou même à entrer en communication avec des morts et à se balader sur une sorte de plan astral, ne relèvent pas, finalement, d’une vaste supercherie reposant sur un effet de logique : si cela était possible, plus personne ne pourrait réellement disparaître de la surface de la planète, et il serait alors envisageable d’anticiper toutes les grandes problématiques, voire d’en trouver un remède en ayant recours à ce paranormal bien pratique. Ou pas ? La Simulation est donc un livre tout aussi fascinant que bancal, et c’est bien pour cela qu’il est attachant. Il tente de remettre en cause la réalité, tout d’abord en essayant de la définir, mais aussi en l’attachant à une forme extrême de subjectivité, c’est-à-dire en la faisant dépendre de notre conscience, de nos états de conscience. Dès lors, la conclusion nous ramène, presque logiquement, dans le domaine de la machine : l’intelligence artificielle. ChatGPT, par exemple, est-il une entité que l’on peut qualifier de consciente, ou simplement un instrument que l’on pourrait maltraiter à l’envi ? Là encore, il n’y a pas de réponse, si ce n’est celles que le lecteur pourra se forger au terme d’un livre qui ouvre beaucoup de portes sans jamais les refermer. Un voyage des plus divertissants et perturbants, mais qui apporte encore davantage de questions que de réponses. Disponible aux éditions Les Arènes. 



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CORUM TOME 1 : LE CHEVALIER DES ÉPÉES (CHEZ GLÉNAT)


 Avec Corum : Le Chevalier des Épées, premier tome d’une trilogie publiée chez Glénat, David Chauvel s’attaque à un chantier délicat. Adapter l’univers de Michael Moorcock, ce n’est jamais une promenade de santé, surtout lorsqu’il s’agit de faire vivre en bande dessinée un personnage aussi chargé que Corum (Jhaelen Irsei). Le genre de tâche qui a de quoi filer le vertige, rien qu'à y penser. Dès l’ouverture, cette nouvelle tentative annonce la couleur. Ici, pas de montée en puissance progressive ni de parcours héroïque classique. Corum revient de mission pour découvrir son peuple anéanti, et la suite s’enchaîne avec une brutalité presque sèche. Sa vengeance tourne court, il est capturé, mutilé, puis sauvé de justesse pour être aussitôt embarqué dans une quête qui le dépasse complètement. Le message est clair, Corum n’est pas vraiment aux commandes de son destin. Une marionnette, dans le meilleur des cas. C’est d’ailleurs ce qui fait le sel de ce premier tome. Chauvel choisit une narration rapide, parfois même un peu précipitée (les enchaînements entre certaines scènes sont un poil abruptes), qui peut donner l’impression que les informations et noms à enregistrer sont plus que ce que le lecteur moderne est en mesure d'assimiler. Mais cette urgence sert aussi le propos. Le monde décrit ici est instable, violent, dominé par des forces qui échappent à toute logique humaine. Les dieux manipulent, les peuples s’entretuent, et au milieu de tout ça, Corum tente simplement de survivre, sans jamais vraiment comprendre les règles du jeu. D'ailleurs, le récit dépasse peu à peu la simple vengeance. Il installe une ambiance plus sombre, tendance fataliste, où le héros avance davantage contraint que volontaire. Impossible de ne pas penser à Elric de Melniboné, autre figure emblématique de Moorcock, avec qui Corum partage cette fragilité et ce rapport compliqué au pouvoir (à lire chez Delirium, pour la plus belle version). Cette dimension tragique donne au récit une épaisseur bienvenue, une forme de solennité que les dialogues inspirés renforcent clairement.



Visuellement, c'est la fête ! Luca Merli signe un travail remarquable et généreux. Son dessin est riche, parfois chargé, mais toujours au service de l’ambiance. Les décors donnent de l’ampleur, les créatures impressionnent, et surtout, les visages traduisent bien la dureté de ce que traverse le personnage. Les scènes d’affrontement sont de véritables tableaux dramatiques, grâce à une mise en page dynamique, et certaines compositions flirtent avec un imaginaire onirique déviant, qui souligne l’étrangeté d'un monde où le danger et la duplicité sont partout. Corum, lui, finit donc par se mesurer à Arioch. Dans l’univers imaginé par Michael Moorcock, le Chevalier des Épées n’est pas un simple adversaire qu’on croise au détour d’un chemin. C’est une entité divine, une puissance du Chaos qui joue avec les mortels comme d’autres manipulent des figurines sur un échiquier. Corum, déjà bien amoché physiquement (mais "réparé" de manière mystique), va surtout découvrir qu’il est embarqué dans une partie qui le dépasse largement, où Arioch semble récrire les règles qu'il fixe au détriment des joueurs. Tout cela, Luca Merli s'en empare, le malaxe, lui donne corps et une vitalité brute. Excellent. Il existe aussi une magnifique version en noir et blanc de ce premier tome, pour ceux qui voudraient encore plus s'enivrer du trait brut de l'artiste italien. Cela dit, les couleurs sont aussi de son fait, l'ensemble est cohérent et maîtrisé de bout en bout, c'est vous qui voyez, vraiment ! Je vous le rappelle et promets, ce premier tome va à l’essentiel. Il pose les bases, installe son héros et son monde, sans chercher à tout développer immédiatement. Cela peut donner une impression de densité, risque de perdre le lecteur distrait (Corum se lira dans un canapé, au calme, pas aux toilettes pour passer le temps), mais l’ensemble est clairement efficace et accrocheur. Le démarrage est solide, sombre comme il faut, et suffisamment intrigant et sanguinolent pour donner envie de voir où tout cela va mener. La fantasy ne meurt jamais, et avec une doublette comme Chauvel/Merli, a encore de bien beaux jours devant elle (la suite fin août, si tout va bien).



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KING SPAWN 2024 2025 : UN AN DE SPAWN IMPITOYABLE


 Publié chez Delcourt, King Spawn s’inscrit pleinement dans la seconde jeunesse que connaît l’univers du personnage. Ce titre, désormais le deuxième pilier après la série historique éponyme, inaugure avec son volume 2024-2025 une nouvelle formule éditoriale : à l’instar des autres séries de cet univers, chaque album regroupe désormais une année complète de publication, soit douze épisodes. Le contexte reste globalement fidèle à celui introduit précédemment : la grande guerre entre anges et démons s’est achevée de manière inattendue, contraignant toutes les factions à se retrouver prisonnières sur Terre, privées de leurs pouvoirs. Al Simmons lui-même ne peut plus recourir à son costume de nécroplasme. Pourtant, il conserve un avantage décisif : une maîtrise absolue du combat, forgée sur tous les champs de bataille imaginables. Véritable machine de guerre, il demeure un adversaire redoutable, capable de renverser des situations qui sembleraient désespérées pour d’autres. Dans ce nouvel équilibre des forces, les vampires tirent habilement leur épingle du jeu. Menés par le redoutable Bludd, ils entendent bien prendre leur revanche et éradiquer ceux qui les ont jadis asservis ou méprisés. Parallèlement, l’intrigue s’ouvre sur l’enlèvement de la grand-mère Blake (mamie de Wanda, quoi). Une erreur fatale : Spawn se lance immédiatement à sa recherche et intervient avec sa brutalité coutumière. Car tel est le leitmotiv de ces épisodes : quiconque s’en prend à lui ou à ses proches déclenche une riposte fulgurante. Le sang coule, les affrontements s’enchaînent, et l’action ne connaît aucun répit. Au cœur de cette déferlante, le retour de Cy-Gor, gorille cybernétique d’une violence extrême, qui sert de catalyseur à l’une des scènes les plus démesurées et mémorables de ces dernières années.



Je cite cette double page saisissante où Spawn est agrippé par les pieds tandis que Cy-Gor le fait tournoyer sur lui-même, dans un déluge de tirs automatiques. Cette scène résume à elle seule le ton de la série : un basculement assumé vers le grand-guignolesque, où les affrontements, d’une violence extrême, ne laissent aucune place à la pitié. L’ambiance y est perpétuellement sombre, sans la moindre lueur d’espoir ni véritable moment de répit, dans un volume mené tambour battant. La bonne nouvelle réside alors  dans la qualité exceptionnelle de la partie graphique. Comme souvent dans l’univers de Spawn, les artistes mobilisés sont de tout premier plan. Jason Shawn Alexander impressionne par son style viscéral et habité, tandis que Javi Fernández, Jeremy Haun, Javi Fernandez ou encore Yildiray Cinar (dans un registre plus classique et rassurant) livrent des planches d’une grande maîtrise, capables de séduire aussi bien les amateurs d’expérimentations graphiques que les adeptes d’un comic book mainstream. Certes, les enjeux peuvent parfois sembler nébuleux, voire dilués dans la durée. Mais c’est là qu’intervient une seconde bonne surprise : même un lecteur novice pourra progressivement recoller les morceaux sans trop de difficulté. Les nombreuses références au passé, ainsi que l’apparition de figures déjà établies (comme le gorille cybernétique évoqué plus haut ou certaines entités symbiotiques à la Haunt ) peuvent susciter quelques interrogations, sans jamais rendre l’ensemble hermétique. Au fond, l’essentiel est ailleurs : pour peu que l’on recherche un divertissement gothique, outrancier et volontiers excessif, la série remplit parfaitement son contrat. Todd McFarlane continue ainsi de développer un univers qu’il n’a jamais cessé de faire évoluer, solidement épaulé ici par Rory McConville, sur ce titre parallèle. Grâce à un rythme de publication désormais plus lisible et des volumes généreux, les lecteurs peuvent s’immerger avec facilité dans ces ténèbres foisonnantes où le rouge sang domine. La subtilité n’est peut-être pas au cœur de King Spawn, mais après tout, ce n’est pas ce que l’on attend de ce comic book et de son univers, non ?



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LA LONGUE MARCHE DE LUCKY LUKE : LE NOUVEAU LUCKY LUKE DE MATTHIEU BONHOMME


Lucky Luke, c'est le cowboy solitaire par essence. On ne lui connait pas de relation suivie, que ce soit avec une femme ou un homme, tout juste un rapport presque fusionnel et amical avec le célèbre cheval Jolly Jumper, qui accompagne chacune de ses aventures, jusqu'au final où est entonnée la ritournelle de la séparation. Alors l'imaginer en père chargé de veiller de veiller sur un jeune adolescent turbulent, c'est assez improbable. C'est pourtant (presque) ce qui se passe dans le troisième album des aventures de Lucky Luke par Matthieu Bonhomme. Ici, il va devoir escorter un garnement qui porte le nom indien de Nuage Rouge. Mais c'est en fait le fils de l'héritière de l'empire du magnat Ronald Cramp, qui a dû se réfugier dans la tribu des Pieds Bleus après avoir été abandonnée en pleine tourmente de neige avec son enfant, pour la faire disparaître elle et sa progéniture. Une sombre affaire de succession est le motif de ce geste tragique, le meilleur moyen de se débarrasser de ceux qui étaient appelés un jour à posséder l'immense fortune de la dynastie Cramp. Qui est d'ailleurs une sorte de projection de Trump, comme on se surprend à le penser à plusieurs reprises, à travers quelques clins d'œil savants qui permettent d'établir un lien. Et puis dans cette histoire, on retrouve aussi les Dalton, bien entendu. Ils ont été engagés pour empêcher Lucky Luke de mener sa mission à bien, c'est-à-dire tout faire pour qu'il ne puisse pas emmener le gamin jusqu'au Canada, à travers les forêts enneigées et tous les pièges qu'on peut rencontrer en milieu hostile, pour que la justice soit enfin rendue. Les Dalton sont toujours aussi stupides et peu efficaces, néanmoins, il s'agit tout de même de rester sur ses gardes, d'autant plus que la trahison n'est jamais bien loin. Ils sont ici ceux qui poursuivent, à défaut d'être poursuivis. Au fil de de l'aventure, les liens se resserrent en tous les cas, et Lucky Luke se prend à apprécier sincèrement le jeune indien, qui s'avère avoir plus d'un tour dans son sac !



Il faut être honnête, ce troisième album hommage réalisé par Matthieu Bonhomme était-il nécessaire ? La question, en fait, ne se pose pas en ces termes. Depuis quand une bande dessinée doit-elle être nécessaire ? Ce que l'on attend d'elle, c'est une qualité artistique qui fasse de l'histoire une proposition pertinente, susceptible de toucher un lectorat large. Ici, Lucky Luke est loin d'être la pâle copie du cowboy solitaire; bien au contraire, le style beaucoup plus réaliste de l'artiste par rapport à celui de Morris produit un résultat absolument formidable pour les yeux, d'autant plus que le côté fantomatique et hivernal de nombreuses scènes renforcent le sentiment de proximité que nous avons vis-à-vis des personnages. Les thématiques écologistes et anticapitalistes sont également présentes, et quand on voit la manière dont aujourd'hui s'enfonce notre société dans une inéluctable tragédie commune, on ne peut qu'être content de voir qu'il est possible d'insuffler ces sujets avec humour et légèreté, dans ce genre de produit moderne. Alors oui, les Dalton n'ont peut-être pas un rôle aussi central qu'ils ont pu l'avoir dans l'œuvre fondatrice de Lucky Luke, oui le cowboy n'est pas ici en train de livrer un one man show et d'occuper le devant de la scène de la première à la dernière vignette, mais il n'empêche, cette longue marche est réellement exécuté avec maestria et relève du plaisir artistique, de bout en bout. Matthieu Bonhomme n'est certainement pas Morris et n'a jamais prétendu l'être : son Lucky Luke, par contre, tout en n'étant clairement pas celui de nos grandes années de jeunesse, en est un digne avatar. C'est tout simplement beau, bien écrit, et il faudrait vouloir se faire du mal que de vouloir s'en priver, pour les mauvaises raisons.

Chez Lucky Comics / Dargaud

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SUPERGIRL (DC PRIME) TOME 1 : MÉSAVENTURES À MIDVALE


 Promis, par respect pour le travail des artistes – et parce que j’aime me montrer aussi objectif que possible. Au fait, ne venez pas me casser les pieds avec les tirets cadratins et Chat GPT – je n’ai aucune intention de descendre en flammes ce premier tome des nouvelles aventures de Supergirl. Mais un distinguo s’impose d’emblée : je ne suis absolument pas, même de très loin, le public cible de ce titre. À première vue, il s’agit d’une tentative de DC Comics de séduire un lectorat adolescent. La série respire le young adult, bien loin des aventures plus solennelles et tragiques de Superman. Ici, la cousine de l’Homme d’Acier retourne à Midvale, le petit bourg dans lequel elle a grandi. Elle est censée y reprendre l’identité de Linda Danvers et retrouver ses parents. Sauf que l’accueil est pour le moins tiède, et que rien ne va se dérouler comme prévu. À peine revenue dans ce qui fut autrefois son foyer, Kara découvre que tous les habitants semblent sous le charme de Supergirl. Problème : personne ne connaît sa double identité, et cela fait longtemps qu’elle n’est pas revenue accomplir de nouveaux exploits. L’explication est aussi simple qu’inattendue : une autre Supergirl sévit en ville. Il s’agit en réalité d’une habitante de la cité-bouteille de Kandor, Lesla-Lar, bien décidée à imiter (voire supplanter) celle qu’elle jalouse. Pour parfaire l’illusion, elle va jusqu’à hypnotiser les parents de Kara afin qu’ils l’adoptent comme leur propre fille. Et comme si cela ne suffisait pas, cette nouvelle venue entreprend de ridiculiser la véritable Supergirl, la présentant aux yeux de toute la ville comme une pâle copie (un plagiat, même). Entre quiproquos, retournements de situation et démonstrations de pouvoirs, la série ne se prend jamais au sérieux. On est ici très proche de la bande dessinée humoristique, bien plus que d’un récit super-héroïque classique. L’ensemble est d’ailleurs truffé de super-animaux, qu’ils soient alliés (comme Krypto le chien ou Streaky le chat) ou ennemis, à l’image d’une version féminine de King Shark. Un peu plus loin, un lapin doté de super-pouvoirs vient compléter ce bestiaire improbable. Autant dire que prendre tout cela au premier degré n'est pas très recommandé.



Les motivations et la caractérisation de Lesla-Lar restent, elles, réduites à l’essentiel. D’où cette impression persistante d’un comic book pensé pour un public adolescent. Passée sa jalousie envers Supergirl, le personnage se révèle animé par un besoin simpliste : être aimé, se faire des amis. Et, comme chacun sait, l’amitié change une vie. Dès lors, la dynamique évolue rapidement : entre une jeune fille sauvée par Supergirl, l'entrée en scène de la fille de Lex Luthor, et cette rivale devenue alliée, une étrange sororité se met en place. Avec au menu une virée entre copines dans un bar gothique, tandis que Supergirl prend sous son aile celle qui, quelques pages plus tôt, cherchait à l'humilier, afin de lui apprendre les bases du métier de super-héroïne. Le tout est rapide, coloré, presque bubble gum, et ne cherche jamais la profondeur. Ce qui surprend davantage, en revanche, c’est de voir ce type de récit publié sous le label DC Prime. Un album de ce genre aurait trouvé toute sa place dans une collection parallèle, pour assumer pleinement son orientation juvénile. Mais ici, avec des épisodes qui font ponctuellement référence à la continuité récente de DC Comics, la rupture de ton interroge. Comment passe-t-on d’une héroïne évoluant dans l’ombre de son célèbre cousin à une adolescente aux préoccupations et fréquentations aussi légères ? Le contraste a de quoi dérouter (euphémisme). Côté dessin, le travail de Sophie Campbell (également scénariste, donc) se révèle correct sans être particulièrement marquant. À ce jeu du décalage stylistique, d’autres artistes, comme Michael Allred, assument bien davantage leurs choix esthétiques et en tirent une véritable identité visuelle. Bref, vérifiez bien que vous avez compris de quoi il en retourne, avant l'achat de ce premier tome qui annonce le film que vous savez… 



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LE PODCAST LE BULLEUR PRÉSENTE : SKATING WILDER


 Dans le 221e épisode de son podcast, Le bulleur vous présente Skating wilder, album que l’on doit à Brandon Dumais et AJ Dungo, le second signant aussi le dessin, un ouvrage édité chez Gallimard. Cette semaine aussi, le podcast revient sur l’actualité de la bande dessinée et des sorties avec :


- La sortie de l’album La reine des pantins que l’on doit à Rosalia Radosti ainsi qu’aux éditions Dupuis


- La sortie de l’album Gigi, adaptation d’une nouvelle de Colette par Catel Muller et Claire Bouilhac pour un album édité chez Dargaud


- La sortie de l’album La garde, un titre que signent Sophie Legoubin Caupeil pour le scénario, Alice Charbin pour le dessin et c’est sorti chez Delcourt dans la collection Encrages


- La sortie de l’album Matisse, le rêve absolu que l’on doit au scénario de Julie Birmant, au dessin de Jörg Mailliet et c’est paru aux éditions des Arènes BD


- La sortie de l’album Français langue étrangère que l’on doit à Salch et c’est paru aux éditions Dargaud


- La sortie de l’album Lili toujours debout jusqu’au bout ! Album que l’on doit à Lili Keller Rosenberg que scénarise et dessine Boris Golzio pour un ouvrage paru chez Glénat dans la collection 1000 feuilles.



 
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STAND STILL : METTRE LE TEMPS SUR PAUSE AVEC LOUGHRIDGE ET ROBINSON


 Difficile de passer à côté de Stand Still, publié par Delcourt. L’objet attire (par sa taille, son format, son coffret), le concept accroche, et l’ensemble donne immédiatement l’impression d’un comic book qui veut en imposer. L’idée est limpide : un homme met la main sur un dispositif capable de figer le temps… et s’en sert de la pire manière possible. Dit comme ça, c’est presque imparable. Genre, une œuvre de Mark Millar, tant ça en a le parfum mais aussi les ressorts, à savoir des débuts en fanfare et ensuite un essoufflement évident, qui vient doucher les premières espérances. Et oui, dans les premières pages, ça fonctionne très bien. Le récit de Lee Loughridge va droit au but, sans détour inutile. Un type dangereux, un pouvoir absolu, et une série de dérapages qui installent rapidement une tension malsaine. Le dispositif est simple, mais redoutable. Chaque apparition du porteur de la machine devient un moment où le lecteur salive, une scène où tout peut arriver sans conséquence immédiate. De surcroit, avec ce sentiment de vengeance sur une société qui marche sur la tête et écrase les plus faibles, pour une fois domptée par un type sans foi ni loi, qui a sa propre déontologie et ose tout, face aux pires criminels endurcis, ou dans des situations de vie beaucoup plus banales.  En face, un scientifique tente de réparer son erreur. Deux trajectoires, deux rythmes, une mécanique lisible : action d’un côté, compréhension et modération de l’autre. Avec l'envie de tenir pour le premier, et de considérer que le second est trop pusillanime, trop chiant, pour résumer, pour attirer notre sympathie. Pendant une bonne partie de l’album, Stand Still donne alors le change. Le récit progresse vite et sait produire des séquences qui marquent. Il y a même une forme de plaisir coupable à suivre ce chaos organisé, tant le concept permet des débordements spectaculaires. Stand Still en ferait de trop, vous pensez ?




À partir du moment où le scénario commence à expliquer, tout se dérègle. Le mystère s’efface, les intentions deviennent plus prévisibles, et le récit perd ce qui faisait sa singularité. On bascule alors vers quelque chose de beaucoup plus convenu. Ce n’est pas raté, mais c’est nettement moins intéressant. Stand Still n’échoue pas, il se banalise. D'autant plus qu'on n'y comprend pas toujours tout, soyons honnêtes. Le personnage central illustre parfaitement cette limite. Au départ, c’est une force brute, incontrôlable, presque abstraite. Nemesis en plus fréquentable, pour faire simple (et en revenir à Mark Millar). Ryker Ruel fascine parce qu’il échappe aux notions de bien et de mal, et la modération n'est pas son fort. En face, Colin, son antagoniste, est un savant qui manque cruellement de présence. Il remplit sa fonction, mais ne pèse jamais vraiment. Il a mis au point un mécanisme futuriste hautement improbable, en a parlé à des potes (!) sans tenir compte du caractère secret de son invention, l'a reproduit avec des pièces détachées sous la forme d'un bracelet moins puissant qu'il faut activer par la volonté (le moment où j'ai commencé à ne plus trop saisir). Le problème vient aussi des règles établies. Dès qu’on touche à un concept comme l’arrêt du temps, il faut être rigoureux. Ici, ce n’est pas toujours le cas. Certaines idées sont exposées puis oubliées. Certaines contraintes apparaissent quand ça arrange, puis disparaissent aussitôt. Le coup de l'eau qui peut devenir mortel quand un corps y est plongé, et le temps figé, est vraiment très mal exploité et élucidé. Bon, tout n’est pas à jeter. L’album a du rythme, de l’allure, et un vrai sens du spectacle. On sent une envie de cinéma dans la mise en scène, dans la manière de jouer avec les corps figés, jusque dans la format horizontal (improprement défini à l'italienne) qui est choisi pour développer le tout. Par contre, dur de lire correctement certaines pages, tant l'ordre des vignettes et des bulles est surprenant, à plusieurs reprises. Là encore, ne m'en demandez pas plus, je ne sais pas quoi ajouter. Stand Still, c'est donc un bon divertissement, mais qui prend des allures de coitus interruptus. Un très bel objet, adrénalinique, avec un concept fort, les dessins ultra mordants et dynamiques d'Andrew Robinson (et un dépannage express d'Alex Riegel bien moins convaincant), la couleur savante et parfaitement à propos de Loughridge, mais qui ne va pas au bout de son sujet, et finit même par céder à une forme de frénésie brouillonne qui nous gâche bien le plaisir.



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LA SIMULATION (DE LOIC HECHT) : ET SI NOUS VIVIONS DANS UN MONDE QUI N'EXISTE PAS ?

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