Car The New Frontier raconte avant tout une transition. Celle qui mène de la fin de l’âge d’or, marqué par la disparition progressive de la Justice Society, à l’émergence d’une nouvelle génération de héros. La formation de la Justice League devient alors le symbole d’un renouveau, porté par un élan collectif. Ce qui impressionne, au fond, c’est la manière dont Cooke parvient à réconcilier deux visions souvent opposées. Il retrouve le sens du merveilleux propre aux comics d’autrefois (l’aventure, la science-fiction, l’héroïsme) tout en y ajoutant une vraie maturité. Là où beaucoup d’œuvres modernes cherchent à déconstruire le mythe, lui choisit de le reconstruire, avec intelligence et sans cynisme. Et puis il y a le dessin ! Le trait de Cooke, à la fois épuré et expressif, évoque autant l’animation classique que les grands noms du comic book. Chaque planche respire, chaque scène semble en mouvement. L’ensemble possède une élégance rare, qui renforce encore le plaisir de lecture. On a perdu un artiste immense, et on s'en rend compte cruellement, en relisant cette aventure inoubliable. Au final, The New Frontier s’impose comme une œuvre à part. À la fois hommage et réinvention, fresque historique et récit de super-héros, le livre réussit à embrasser tout l’univers DC avec une clarté remarquable. On y croise des dinosaures, les Losers, les grandes figures de DC Comics, parfois en désaccord (Superman et Wonder Woman), parfois dans une version crépusculaire ou au contraire pleine d'espoir (Flash). Une lecture fluide, riche, et surtout profondément vivante, qui rappelle à quel point ces personnages peuvent encore raconter quelque chose de fort lorsqu’ils sont entre de bonnes mains. Et si vous n'avez jamais osé vous aventurer dans ce pavé qui peut être intimidant au premier abord, sachez que la modeste somme de 14 euros suffira pour tout récupérer d'un coup, dans la collection Nomad d'Urban Comics. Un format plus petit, certes, mais une opportunité de plus pour ajouter un bijou à votre bédéthèque.
THE NEW FRONTIER : LE BIJOU DE DARWYN COOKE EN URBAN NOMAD
LES ÉVADÉS D'ALCATRAZ : FUITE IMPOSSIBLE ?
La vraie réussite du scénario tient dans son idée directrice : sortir d’Alcatraz ne signifie pas être libre. Traqués par les autorités, hantés par leurs propres choix, les personnages évoluent dans un monde où chaque rencontre peut devenir fatale. L’enquête menée en parallèle par les forces fédérales, discrète mais méthodique, renforce cette tension constante. Ici, le danger ne surgit pas seulement des armes ou des poursuites, mais aussi du doute, de la fatigue, et des erreurs humaines. Les limiers ont eux aussi leurs propres problèmes : ils sont homosexuels, dans un contexte professionnel et historique où la chose est loin d'être banale et acceptée. Ils se cachent également, à leur manière. Plus on avance dans le récit, plus les événements s'emballent et deviennent inéluctables. Une cavale, un cadavre dans un coffre, un frère que l’on croyait mort et qui refait surface : Cantwell densifie son intrigue sans jamais perdre de vue ses personnages. Chacun porte donc sa propre prison. Qu’il s’agisse d’une femme contrainte de naviguer dans une société hostile, d’un amour impossible à vivre au grand jour, ou d’un homme incapable d’échapper à sa propre violence, tous semblent condamnés à tourner en rond, même en plein air. Graphiquement, Tyler Crook livre un travail remarquable. Ses planches, baignées de teintes sourdes et mélancoliques, restituent avec finesse l’atmosphère poisseuse de cette Amérique des années 1960. Les visages sont marqués, les regards lourds de non-dits, et chaque case est chargée d’une tension latente (avec un petit côté Brubaker/Phillips agréable). La mise en scène, toujours lisible, privilégie l’immersion et laisse respirer les moments les plus silencieux. Ce qui, dans un récit pareil, revient à laisser monter l’angoisse. On pourra reprocher à cette mini série un rythme parfois contemplatif, voire légèrement étiré, mais ce serait passer à côté de son ambition. Les Évadés d’Alcatraz n’est pas un comic book d’action spectaculaire : c’est une fuite intérieure autant que géographique, un thriller où l’essentiel se joue dans les regards et les hésitations. Bien fichu et intelligent.
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À FAIRE PEUR (TOME2) : LE TRAIN DE LA MORT
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DAREDEVIL : SOUS L'AILE DU DIABLE (PANINI POCKET)
Tout ce qui a fait et fait le succès de la série est ici présent : ésotérisme, courage et abnégation, lutte d’un simple humain contre la folie, la corruption, avec comme seule grande et véritable arme sa grandeur d’âme. C’est tout simplement somptueux et indispensable pour quiconque a un jour lu et apprécié le justicier en collant rouge. Daredevil retrouvait sa place au Panthéon, avant le cycle exceptionnel de Bendis puis Brubaker. Qui n’aurait sûrement pas vu le jour, sans ce «relaunch» sublime de fin de décennie. Dans la foulée, on enchaîne avec Tranches de vide, qui permet à David Mack d'éclabousser le lecteur de son talent cristallin. C'est dans ces épisodes que débarque une nouvelle héroïne désormais connue du grand public, grâce à la télévision : Maya Lopez, alias Echo. C'est le Caïd du crime, Wilson Fisk, qui décide de se servir de la demoiselle en lui faisant croire que son père a été assassiné par Daredevil, alors que c'est lui en réalité et qui s'en est débarrassé, bien des années avant. Maya est sourde mais elle est capable de compenser ce handicap en reproduisant à merveille n'importe quel geste, n'importe quelle technique qui lui tombe sous les yeux. Bref, un profil presque parfait pour consoler ce pauvre Matt, qui vient de perdre Karen et qui est toujours aussi sensible aux jeunes demoiselles problématiques et attirantes qui lui tombent sous le nez. En fait, la méthode de Fisk est très habile : plutôt que de tenter de tout prendre à son adversaire et de le plonger dans le désespoir, peut-être vaut-il mieux au contraire lui apporter ce qu'il désire le plus, et ainsi le rendre véritablement vulnérable. Certaines planches sont de véritables tableaux plutôt que d'être un comic book traditionnel; les didascalies s'insèrent dans le dessin et cela finit par donner une sensation d'ivresse, de transport poétique fabuleux, où chaque petit détail peut-être aussi signifiant que les grandes actions des personnages. C'est véritablement du grand art et ça reste un des sommets artistiques de Daredevil depuis le début de sa carrière. Bref, vous l'aurez compris, même si le format est un peu plus petit que le standard traditionnel, il n'empêche que cette collection de Panini poursuit son œuvre de réédition de grands classiques à des prix hyper accessibles, et que vous avez ici probablement quelque chose qui mérite, sans la moindre hésitation, le terme d'incontournable. Vous n'avez pas encore ça chez vous, sur vos étagères ? Précipitez-vous !
YOUNG HELLBOY LE PAYS CACHÉ : MIGNOLA ET LE JEUNE HELLBOY
Le scénario, coécrit par Mignola et Thomas Sniegoski, va droit au but. Pas de détour inutile ni de prétention excessive : l’objectif est clair, proposer une aventure rythmée, généreuse et accessible, qui lorgne vers un jeune public novice en Hellboyologie. Et sur ce point, le contrat est rempli. Certes, l’intrigue reste simple, presque scolaire dans son déroulement, mais elle avance avec suffisamment d’énergie pour donner envie de s'enfiler les quatre épisodes. Disons que l’on ne vient pas ici chercher une révolution narrative, mais plutôt un plaisir de lecture immédiat, sans rougir. Graphiquement, Craig Rousseau relève un défi délicat : s’inscrire dans l’héritage visuel de Mignola tout en apportant une identité propre. Son trait reprend les ombres marquées et les silhouettes expressives caractéristiques de la série, mais y injecte une légèreté inhabituelle. Les créatures ont du caractère, l’action est lisible, et l’ensemble dégage une énergie communicative. Oui, c'est réussi, enthousiasmant, et ce n'était pas gagné d'avance ! Cette impression est renforcée par les couleurs de Dave Stewart, qui troque les ambiances sombres habituelles pour une palette étonnamment lumineuse. L’île baigne dans une clarté presque insolente, comme si l’insouciance du jeune Hellboy contaminait littéralement le monde qui l’entoure. Le contraste avec les récits plus sombres de la série principale est frappant, et ça nous change avec plaisir. Vous l'aurez compris, Young Hellboy ne cherche pas à réinventer la roue. L'album préfère raconter une bonne vieille histoire d’aventure, avec ses codes, ses créatures et son sens du spectacle. Une parenthèse légère dans une mythologie souvent plus grave, qui rappelle qu’avant de devenir une icône tragique, Hellboy fut aussi un gamin curieux et très vivace. Vous avez dit lecture sympatoche ?
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THE ROCKETFELLERS : CHRONIQUE FAMILIALE FUTURISTE AVEC TOMASI ET MANAPUL
Le récit s’attarde en effet longuement sur des scènes de vie domestique. L’idée n’est pas mauvaise en soi : montrer comment des réfugiés temporels s’adaptent à notre monde pouvait donner lieu à des moments touchants ou décalés. Mais ici, ces passages prennent une place disproportionnée. Choisir un sapin de Noël qui finit par devenir "envahissant", gérer les interactions avec le voisinage ou observer les petites manies de chacun (Rodney, le papy en grande forme pour son âge, que toutes les dames âgées du quartier convoitent), voilà qui finit par ralentir considérablement le récit, sans toujours apporter de réelle profondeur. Pendant ce temps, l’intrigue principale avance à petits pas. Les éléments les plus intrigants (une menace venue du futur, liée à un œil conservé avec soin par le père de famille) ou les secrets encore enfouis restent en retrait, et on se demande si on va finir par avoir toutes les clés avant le fin du tome 1 (spoiler : non, on nous les promet pour le tome 2). Le merveilleux est là, en filigrane, mais il peine à s’imposer. Certains personnages secondaires, comme la chasseuse cybernétique lancée à la poursuite de la famille, laissent entrevoir des développements ambitieux mais noyés dans un océan de possibilités et pas assez explicités. Richi, le fils, vole quant à lui de la cryptomonnaie à deux milliardaires psychopathes, qui envoient ses hommes pour le punir, le tout dans un épisode foutraque mais sympathique. Là encore, on a l'impression que le récit choisit d'avancer masqué, qu'on explore surtout les marges, plutôt que d'aborder le sujet de fond. Soyons positifs, The Rocketfellers demeure une lecture agréable, portée par une équipe créative solide et un univers qui ne manque pas d’idées. Mais là où l’on espérait une grande aventure de science-fiction, riche et dépaysante, on se retrouve souvent face à une chronique familiale légèrement décalée, sympathique mais trop sage. Dans un marché déjà saturé où les nouveautés perdent leur attrait dès la seconde ou troisième semaine de mise en place, il va vraiment falloir croiser les doigts pour cette parution, qui a un vrai capital attachant mais tarde à s'en servir.
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LE PODCAST LE BULLEUR PRÉSENTE : LE PETIT MAIRE
- La sortie de l’album Cécile la shérif que l’on doit à Victor Coutard pour le scénario, Walter Guissard pour le dessin et c’est publié aux éditions Casterman
- La sortie de l’album Le match du siècle que l’on doit au scénario de Julie Billaut, au dessin de Sébastien Piquet et c’est paru aux éditions Dupuis
- La sortie de l’album La gosse, adaptation que fait Cati Baur du récit autobiographique de Nadia Daam, un ouvrage sorti aux éditions Rue de Sèvres
- La sortie du premier tome prévu sur deux d’On était des anges, titre que l’on doit au duo Anne-Caroline Pandolfo au scénario et Terkel Rijsberg au dessin pour un album publié chez Dargaud
- La sortie de l’album Chagrin où le scénariste Rodolphe revisite l’ouvrage de Balzac Peau de chagrin, il en confie le dessin à Griffo pour un album sorti aux éditions Glénat
- La réédition de Jinx, album que signe Brian Michael Bendis et qui est publié aux éditions Delcourt.
THE NEW FRONTIER : LE BIJOU DE DARWYN COOKE EN URBAN NOMAD
Avec DC : The New Frontier , Darwyn Cooke signe bien plus qu’un simple récit alternatif. On pourrait être tenté, au départ, de voir en cet ...
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Comme chaque samedi désormais, nous vous proposons de plonger dans l'univers de la bande dessinée au sens le plus large du terme,...
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3,99 €, c'est la somme fort modique qu'il vous en coûtera pour découvrir Deadpool la collection qui tue , chez Hachette. Le ...
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UniversComics Le Mag 55 Septembre 2025 Magazine comics BD gratuit. Votre copie vous attend ici : https://madmagz.app/fr/viewer/6887f35b69c...




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