Lorsque Darkseid parvient à invoquer le Phoenix en exploitant l’énergie des X-Men, l’enjeu prend une ampleur cosmique. Le tyran d’Apokolips, massif et pierreux comme rarement, ambitionne de transformer la Terre en une nouvelle version de son monde infernal avant de s’attaquer à New Genesis. L’idée d’associer deux entités dominées par la noirceur est bien vue et place les héros dans une situation périlleuse et émotivement assez problématique (Scott Summers risque de vriller, et les parents de Jean aimeraient qu'on cesse de les tourmenter avec le destin de leur fille). L’album, assez généreux par rapport à un simple fascicule de passage, multiplie les péripéties sans toujours laisser à chaque personnage l’espace nécessaire pour exister pleinement. Claremont parvient néanmoins à offrir à presque tous un moment significatif. L’amitié spontanée entre Kitty Pryde et Beast Boy apporte une touche de fraîcheur (et suscite la jalousie de Colossus), tandis que quelques interactions plus légères, comme le baiser improvisé de Starfire pour comprendre la langue de Colossus (dans tous les sens du terme), détendent l’atmosphère. La résolution du problème repose sur une idée simple mais cohérente avec l’esprit des deux séries : unir les forces psychiques de Xavier et de Raven pour submerger le Dark Phoenix sous un flot d’émotions positives. L’influence de Cyclope sur l’entité cosmique s’avère décisive, et le retournement final, qui voit Darkseid précipité vers le Mur Source, offre une conclusion spectaculaire, qui n'est bien entendu pas un clap de fin définitif pour celui qui reviendra, encore et encore, ennuyer les héros DC. Graphiquement, Walter Simonson livre une prestation impressionnante. Il orchestre une distribution pléthorique avec une grande lisibilité. Son trait énergique s’adapte aussi bien aux mutants qu’aux Titans, et l’on perçoit çà et là l’influence de George Pérez sur les séquences consacrées aux jeunes héros. Les scènes cosmiques, en particulier, bénéficient d’une ampleur visuelle remarquable, avec un lettrage et des effets sonores qui sont également typiques des œuvres de ce bon Walt. En gros, l’album séduit surtout par son parti pris narratif. Il ne cherche ni à justifier longuement la coexistence des deux univers ni à multiplier les clins d’œil appuyés et le fan service à volonté. Il raconte une histoire dense, animée par une vraie conviction touchante. L’apparition du Phoenix déchaîné, encore chargée du poids émotionnel de sa disparition, confère au récit une dimension presque tragique. L'ensemble conserve une énergie communicative. Ce one-shot n’a pas vocation à fonder une continuité durable, et c’est sans doute ce qui fait sa force. On y retrouve deux éditeurs majeurs qui ont envie de partager leurs mythologies, pour le simple plaisir des lecteurs, et engranger tout de même un petit paquet de dollars, au passage. En France, le grand format chez Lug, 20 francs pour 64 pages, représente une bouffée de nostalgie capable de terrasser les plus sensibles des collectionneurs ou lecteurs au long cours.
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