LES ÉVADÉS D'ALCATRAZ : FUITE IMPOSSIBLE ?


En 1962, trois hommes s’évadaient de la prison la plus célèbre des États-Unis, et disparaissaient aussitôt dans les brumes de la baie de San Francisco. Depuis, le mystère n’a jamais cessé d’alimenter les fantasmes. Avec Les Évadés d’Alcatraz, publié chez Delcourt, Christopher Cantwell et Tyler Crook prennent ce point de départ bien connu et choisissent une voie autrement plus intéressante que la simple reconstitution : et s’ils avaient survécu ? Dès les premières pages, le ton est donné. Frank Morris et Clarence Anglin ne sont pas des héros romantiques, mais des fugitifs épuisés, méfiants, et déjà rattrapés par une liberté qui ressemble bizarrement à une autre forme d’enfermement. Recueillis sur le continent, ils dépendent d’une mystérieuse intermédiaire, aussi opaque que déterminée, qui les entraîne dans une fuite en avant où chaque kilomètre parcouru semble les rapprocher un peu plus du désastre. Fuir, est-ce une si bonne idée ? Christopher Cantwell confirme ici son talent pour les récits tendus et psychologiques. Il privilégie les silences, les regards en coin et les dialogues sous pression. Les échanges entre Frank et Clarence, contraints de coopérer sans jamais réellement se faire confiance, constituent le cœur battant du récit. L’un est froid, calculateur, presque clinique ; l’autre conserve une forme de naïveté qui confine à l’inconscience. Une dynamique fragile, toujours au bord de l’implosion. D'autant plus que le frangin de Clarence est mort noyé durant l'évasion… du moins, c'est ce qu'on nous raconte, dans un premier temps.



La vraie réussite du scénario tient dans son idée directrice : sortir d’Alcatraz ne signifie pas être libre. Traqués par les autorités, hantés par leurs propres choix, les personnages évoluent dans un monde où chaque rencontre peut devenir fatale. L’enquête menée en parallèle par les forces fédérales, discrète mais méthodique, renforce cette tension constante. Ici, le danger ne surgit pas seulement des armes ou des poursuites, mais aussi du doute, de la fatigue, et des erreurs humaines. Les limiers ont eux aussi leurs propres problèmes : ils sont homosexuels, dans un contexte professionnel et historique où la chose est loin d'être banale et acceptée. Ils se cachent également, à leur manière. Plus on avance dans le récit, plus les événements s'emballent et deviennent inéluctables. Une cavale, un cadavre dans un coffre, un frère que l’on croyait mort et qui refait surface : Cantwell densifie son intrigue sans jamais perdre de vue ses personnages. Chacun porte donc sa propre prison. Qu’il s’agisse d’une femme contrainte de naviguer dans une société hostile, d’un amour impossible à vivre au grand jour, ou d’un homme incapable d’échapper à sa propre violence, tous semblent condamnés à tourner en rond, même en plein air. Graphiquement, Tyler Crook livre un travail remarquable. Ses planches, baignées de teintes sourdes et mélancoliques, restituent avec finesse l’atmosphère poisseuse de cette Amérique des années 1960. Les visages sont marqués, les regards lourds de non-dits, et chaque case est chargée d’une tension latente (avec un petit côté Brubaker/Phillips agréable). La mise en scène, toujours lisible, privilégie l’immersion et laisse respirer les moments les plus silencieux. Ce qui, dans un récit pareil, revient à laisser monter l’angoisse. On pourra reprocher à cette mini série un rythme parfois contemplatif, voire légèrement étiré, mais ce serait passer à côté de son ambition. Les Évadés d’Alcatraz n’est pas un comic book d’action spectaculaire : c’est une fuite intérieure autant que géographique, un thriller où l’essentiel se joue dans les regards et les hésitations. Bien fichu et intelligent.



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À FAIRE PEUR (TOME2) : LE TRAIN DE LA MORT


 Il y a une nouvelle série disponible chez Soleil, qui traite l’horreur et l’épouvante à sa manière, c’est-à-dire à destination d’un jeune public, tout en ne prenant pas ce dernier pour des imbéciles. Cela s’appelle A faire Peur et, même si j’avais manqué la première parution, le second tome, intitulé Le Train de la mort, fait allégrement l’affaire pour comprendre de quoi il s’agit. D’autant plus que les histoires ne sont pas liées entre elles et qu’il est tout à fait possible de lire un récit sans affronter les autres. Le point commun, c’est une commune de 20 000 habitants appelée Trouillensac, qui comprend aussi monstres, fantômes et autres créatures assez inquiétantes. Cet album nous amène directement dans une fête foraine très particulière, où l’attraction majeure est le Train de la mort. Quand on monte à bord, c’est pour se retrouver embarqué dans un voyage qui nous mène de vie à trépas à travers différentes épreuves. À chaque étape, il faut faire des choix, et ces choix font la différence entre ceux qui vont vivre et ceux qui vont périr. C’est là que cela devient très intéressant, parce que même si cet album est destiné à un jeune public, et même si l’aventure semble, au premier abord, traitée avec une légèreté typique de ce type de lectorat, on se retrouve face à des situations assez fortes. Par exemple, un jeune enfant handicapé, qui a du mal à marcher, est abandonné à son triste sort dès la première épreuve, lorsqu’il s’agit de rejoindre le sommet d’une colline en courant, par tous les autres candidats. Ou bien encore quand chacun doit déterminer, au bord d’une tombe creusée, quels sont les participants à éliminer, et qu’un oncle n’a aucun scrupule à pousser son petit neveu dans la fosse dans l’espoir d’être le dernier survivant. Inversement, on trouve aussi l’amour et la volonté de rester unis jusque dans la mort. C’est le cas ici d’un frère et d’une sœur, qui sont un peu les héros de cette histoire, mais également d’un jeune couple, inséparable jusqu’au bout. Alors oui, cet album a l’air inoffensif comme cela, mais en réalité, c’est loin d’être le cas. Sous un aspect très sympathique et patiné, avec toutefois de très belles planches dans des tons ocre, sablonneux et marron, Le Train de la mort nous oblige à prendre en compte ce que l’humanité a de meilleur et de pire dans un même élan. Bref, une quarantaine de pages très réussie et intelligente. C'est signé Lilyan, Ingrid Chabbert, Paul Drouin et Arianna Farricella.



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DAREDEVIL : SOUS L'AILE DU DIABLE (PANINI POCKET)


 Si lire vos comics dans un format un peu plus réduit que d'habitude ne vous pose aucun problème, sachez que vous pouvez récupérer un des meilleurs moments de la carrière éditoriale de Daredevil pour moins de quatorze euros. Inutile de revenir sur la personnalité du justicier et de son alter ego Matt Murdock, je pense. Avocat le jour, justicier la nuit, ce personnage a connu de nombreux hauts et quelques bas, au cours d’une carrière bien remplie. Si depuis plusieurs années DD est redevenu furieusement à la mode, cela n’a pas toujours été le cas. Notons que la fin des années 1990 n’a pas été glorieuse pour le casse-cou écarlate et qu’il fallut attendre l’arrivée de Kevin Smith au scénario pour qu’il retrouve des chiffres de vente décents, voire par la suite extraordinaire (régulièrement placé dans le top ten américain). Smith n’était encore qu’un scénariste underground (auteur du film culte Clerks, presque inconnu en Europe) rêvant de pouvoir présider un jour aux destinées de ces héros de papier avec qui il a grandi. L’aventure commença fin 1998 avec ce qui constitua le premier épisode de la nouvelle série Daredevil, qui inaugurait ainsi la ligne Marvel Knights, une division plus adulte et affranchie du fameux Comics code, aujourd'hui dépassé dans les faits à défaut d'être révolu dans les esprits (une sorte d'antichambre de ce que serait la très bonne ligne Max). Smith donna le jour à un cycle acclamé d’histoires, sous le titre «Guardian Devil», c'est-à-dire le Diable gardien ( Sous l’aile du Diable, en VF ) : Une adolescente de 16 ans confie à Daredevil son petit enfant de quelques semaines, en lui assurant qu’il s’agit du rédempteur, du nouveau sauveur de l’humanité. Elle sait tout de la double identité de notre héros, et semble en passe de le convaincre. Puis un mystérieux personnage, Macabes, contacte DD et affirme le contraire : l’enfant est le mal incarné, et tous ceux qui le côtoient verront leurs vies virer au drame. C’est ce qui arrive peu à peu à notre Daredevil, entre la séropositivité de sa fiancée de toujours, Karen Page (qui connaîtra un destin tragique dans cette longue aventure en huit parties, confirmant que la réputation de tombeur de Matt va de pair avec celle de poissard en chef) et l’arrestation pour meurtre de son meilleur ami (Foggy Nelson) et socio en affaire. Toute l’aventure est une plongée dans le mysticisme et une interrogation sur les croyances fondamentales de l’individu. Comme il est écrit clairement à un certain point : Que feriez vous si on vous demandait de supprimer un petit enfant, ayant la certitude que ce dernier est Adolf Hitler et provoquera la mort de millions d’individus ? Croyez vous au déterminisme ou penchez vous pour la rédemption par l'amour, toujours possible ? DD est au bord de la rupture, et son quotidien un enfer. La foi peut elle suffire pour démêler les fils de cet écheveau ? Joe Quesada lui-même ( il deviendra peu de temps après le vrai nouveau patron de  Marvel ) illustre toute cette saga, avec un style délicieux qui s'émancipe du réalisme pour définir une touche personnelle presque cartoonesque et romantique. Les proportions sont parfois librement interprétées, mais il confère un tel dynamisme, une telle ampleur aux gestes de notre héros, qu’on ne peut qu’admirer ses planches tout en mouvement et en couleurs.



Tout ce qui a fait et fait le succès de la série est ici présent : ésotérisme, courage et abnégation, lutte d’un simple humain contre la folie, la corruption, avec comme seule grande et véritable arme sa grandeur d’âme. C’est tout simplement somptueux et indispensable pour quiconque a un jour lu et apprécié le justicier en collant rouge. Daredevil retrouvait sa place au Panthéon, avant le cycle exceptionnel de Bendis puis Brubaker. Qui n’aurait sûrement pas vu le jour, sans ce «relaunch» sublime de fin de décennie. Dans la foulée, on enchaîne avec Tranches de vide, qui permet à David Mack d'éclabousser le lecteur de son talent cristallin. C'est dans ces épisodes que débarque une nouvelle héroïne désormais connue du grand public, grâce à la télévision : Maya Lopez, alias Echo. C'est le Caïd du crime, Wilson Fisk, qui décide de se servir de la demoiselle en lui faisant croire que son père a été assassiné par Daredevil, alors que c'est lui en réalité et qui s'en est débarrassé, bien des années avant. Maya est sourde mais elle est capable de compenser ce handicap en reproduisant à merveille n'importe quel geste, n'importe quelle technique qui lui tombe sous les yeux. Bref, un profil presque parfait pour consoler ce pauvre Matt, qui vient de perdre Karen et qui est toujours aussi sensible aux jeunes demoiselles problématiques et attirantes qui lui tombent sous le nez. En fait, la méthode de Fisk est très habile : plutôt que de tenter de tout prendre à son adversaire et de le plonger dans le désespoir, peut-être vaut-il mieux au contraire lui apporter ce qu'il désire le plus, et ainsi le rendre véritablement vulnérable. Certaines planches sont de véritables tableaux plutôt que d'être un comic book traditionnel; les didascalies s'insèrent dans le dessin et cela finit par donner une sensation d'ivresse, de transport poétique fabuleux, où chaque petit détail peut-être aussi signifiant que les grandes actions des personnages. C'est véritablement du grand art et ça reste un des sommets artistiques de Daredevil depuis le début de sa carrière. Bref, vous l'aurez compris, même si le format est un peu plus petit que le standard traditionnel, il n'empêche que cette collection de Panini poursuit son œuvre de réédition de grands classiques à des prix hyper accessibles, et que vous avez ici probablement quelque chose qui mérite, sans la moindre hésitation, le terme d'incontournable. Vous n'avez pas encore ça chez vous, sur vos étagères ? Précipitez-vous !



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YOUNG HELLBOY LE PAYS CACHÉ : MIGNOLA ET LE JEUNE HELLBOY


 Avec Young Hellboy, publié chez Delcourt, l’univers imaginé par Mike Mignola s’offre une escapade juvénile, un récit d’aventure préhistorique, quelque part entre l’île mystérieuse et le terrain de jeu géant pour monstres de toutes tailles. Oui, Hellboy croise des dinosaures. Et non, ce n’est pas si étrange que ça, car on est chez Mignola, après tout. Dès les premières pages, le ton est donné. À la suite d’un accident (tentative d'assassinat, même…) en route vers un site de fouilles en Amérique du Sud, le jeune Hellboy et son père adoptif, le professeur Bruttenholm, échouent sur une île pour le moins hostile. Au programme : crabes géants, créatures improbables, singes peu commodes et mystères enfouis qui n’attendent qu’une chose : se réveiller au pire moment. Une journée presque ordinaire, en somme. Le charme de la série tient d’abord à son décalage. Hellboy n’est pas encore le démon taciturne que l’on connaît, mais un gamin curieux, enthousiaste et (légèrement) envahissant. Il pose des questions, beaucoup de questions, parfois au pire moment, ce qui, face à un dinosaure, n'est pas la meilleure des démarches à adopter. Ce regard neuf insuffle une fraîcheur bienvenue à un univers souvent marqué par la mélancolie et le poids du destin. Le duo formé avec Bruttenholm fonctionne à merveille. Là où les récits classiques les montraient souvent à distance, cette aventure resserre les liens. Le professeur joue les guides érudits et tente tant bien que mal de canaliser l’énergie de son protégé, tout en exposant (et en subissant) les dangers de cette île sortie d’un roman d’aventure du début du XXe siècle. Car c’est bien là l’une des clés du projet : Young Hellboy rend un hommage appuyé aux récits d’exploration d’antan, ceux où l’on découvrait des terres oubliées peuplées de créatures impossibles.



Le scénario, coécrit par Mignola et Thomas Sniegoski, va droit au but. Pas de détour inutile ni de prétention excessive : l’objectif est clair, proposer une aventure rythmée, généreuse et accessible, qui lorgne vers un jeune public novice en Hellboyologie. Et sur ce point, le contrat est rempli. Certes, l’intrigue reste simple, presque scolaire dans son déroulement, mais elle avance avec suffisamment d’énergie pour donner envie de s'enfiler les quatre épisodes. Disons que l’on ne vient pas ici chercher une révolution narrative, mais plutôt un plaisir de lecture immédiat, sans rougir. Graphiquement, Craig Rousseau relève un défi délicat : s’inscrire dans l’héritage visuel de Mignola tout en apportant une identité propre. Son trait reprend les ombres marquées et les silhouettes expressives caractéristiques de la série, mais y injecte une légèreté inhabituelle. Les créatures ont du caractère, l’action est lisible, et l’ensemble dégage une énergie communicative. Oui, c'est réussi, enthousiasmant, et ce n'était pas gagné d'avance ! Cette impression est renforcée par les couleurs de Dave Stewart, qui troque les ambiances sombres habituelles pour une palette étonnamment lumineuse. L’île baigne dans une clarté presque insolente, comme si l’insouciance du jeune Hellboy contaminait littéralement le monde qui l’entoure. Le contraste avec les récits plus sombres de la série principale est frappant, et ça nous change avec plaisir. Vous l'aurez compris, Young Hellboy ne cherche pas à réinventer la roue. L'album préfère raconter une bonne vieille histoire d’aventure, avec ses codes, ses créatures et son sens du spectacle. Une parenthèse légère dans une mythologie souvent plus grave, qui rappelle qu’avant de devenir une icône tragique, Hellboy fut aussi un gamin curieux et très vivace. Vous avez dit lecture sympatoche ?


 

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THE ROCKETFELLERS : CHRONIQUE FAMILIALE FUTURISTE AVEC TOMASI ET MANAPUL


Proposer une saga familiale venue du futur, c’est finalement tenter un exercice d'équilibrisme plombé par un cahier des charges imposé : il faut à la fois susciter l’émerveillement et préserver une forme d’intimité. Si vous êtes un familier des Quatre Fantastiques, vous devez avoir une idée de ce que je veux dire. Avec The Rocketfellers, Peter J. Tomasi et Francis Manapul relèvent le défi avec un vrai savoir-faire… mais sans toujours parvenir à en exploiter tout le potentiel. Dès le premier épisode, le lecteur est happé sans détour. Pas de longue mise en place : une famille du XXVe siècle surgit dans notre présent, contrainte de fuir son époque pour survivre grâce à un programme de protection temporelle. L’idée est simple, efficace, et immédiatement accrocheuse. Tomasi distille les informations avec justesse, esquisse ses personnages sans les noyer sous les détails, tandis que Manapul leur insuffle une présence presque instinctive, tant son trait capte les émotions avec naturel. Au passage, on en perd un assez vite, avec le sacrifice de la grand-mère pour que le reste de la joyeuse troupe puis prendre la poudre d'escampette dans le passé. Et il faut bien le dire : graphiquement, la série impressionne. Manapul confirme tout le talent déjà hautement apprécié sur The Flash. Son découpage est fluide, son sens du mouvement évident, et sa manière de jouer avec le rythme de lecture (notamment dans les transitions entre les cases) apporte une vraie richesse à l’ensemble. Les scènes d’action sont dynamiques, lisibles, mais ce sont peut-être les instants plus calmes qui marquent le plus, tant ils sont traités avec finesse. Sur le principe, tout fonctionne. Une famille en exil, des poursuivants venus du futur, des mystères en suspens, et une technologie avancée (un chien robot bon à tout faire) qui vient perturber le quotidien le plus banal. Pourtant, une fois l’élan initial passé, la série semble hésiter sur la direction à suivre. Et on finit par (presque) s'ennuyer.



Le récit s’attarde en effet longuement sur des scènes de vie domestique. L’idée n’est pas mauvaise en soi : montrer comment des réfugiés temporels s’adaptent à notre monde pouvait donner lieu à des moments touchants ou décalés. Mais ici, ces passages prennent une place disproportionnée. Choisir un sapin de Noël qui finit par devenir "envahissant", gérer les interactions avec le voisinage ou observer les petites manies de chacun (Rodney, le papy en grande forme pour son âge, que toutes les dames âgées du quartier convoitent), voilà qui finit par ralentir considérablement le récit, sans toujours apporter de réelle profondeur. Pendant ce temps, l’intrigue principale avance à petits pas. Les éléments les plus intrigants (une menace venue du futur, liée à un œil conservé avec soin par le père de famille) ou les secrets encore enfouis restent en retrait, et on se demande si on va finir par avoir toutes les clés avant le fin du tome 1 (spoiler : non, on nous les promet pour le tome 2). Le merveilleux est là, en filigrane, mais il peine à s’imposer. Certains personnages secondaires, comme la chasseuse cybernétique lancée à la poursuite de la famille, laissent entrevoir des développements ambitieux mais noyés dans un océan de possibilités et pas assez explicités. Richi, le fils, vole quant à lui de la cryptomonnaie à deux milliardaires psychopathes, qui envoient ses hommes pour le punir, le tout dans un épisode foutraque mais sympathique. Là encore, on a l'impression que le récit choisit d'avancer masqué, qu'on explore surtout les marges, plutôt que d'aborder le sujet de fond. Soyons positifs, The Rocketfellers demeure une lecture agréable, portée par une équipe créative solide et un univers qui ne manque pas d’idées. Mais là où l’on espérait une grande aventure de science-fiction, riche et dépaysante, on se retrouve souvent face à une chronique familiale légèrement décalée, sympathique mais trop sage. Dans un marché déjà saturé où les nouveautés perdent leur attrait dès la seconde ou troisième semaine de mise en place, il va vraiment falloir croiser les doigts pour cette parution, qui a un vrai capital attachant mais tarde à s'en servir.


Sortie ce vendredi chez Urban (Indies)

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LE PODCAST LE BULLEUR PRÉSENTE : LE PETIT MAIRE


 Dans le 219e épisode de son podcast, Le bulleur présente Le petit maire, album que l’on doit au scénario conjoint de Laurent Turpin et Olivier Berlion, qui en signe les dessins aussi, un ouvrage édité chez Les Arènes BD. Cette semaine aussi, le podcast revient sur l’actualité de la bande dessinée et des sorties avec :


- La sortie de l’album Cécile la shérif que l’on doit à Victor Coutard pour le scénario, Walter Guissard pour le dessin et c’est publié aux éditions Casterman


- La sortie de l’album Le match du siècle que l’on doit au scénario de Julie Billaut, au dessin de Sébastien Piquet et c’est paru aux éditions Dupuis


- La sortie de l’album La gosse, adaptation que fait Cati Baur du récit autobiographique de Nadia Daam, un ouvrage sorti aux éditions Rue de Sèvres


- La sortie du premier tome prévu sur deux d’On était des anges, titre que l’on doit au duo Anne-Caroline Pandolfo au scénario et Terkel Rijsberg au dessin pour un album publié chez Dargaud


- La sortie de l’album Chagrin où le scénariste Rodolphe revisite l’ouvrage de Balzac Peau de chagrin, il en confie le dessin à Griffo pour un album sorti aux éditions Glénat


- La réédition de Jinx, album que signe Brian Michael Bendis et qui est publié aux éditions Delcourt.

 



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THE GOON : RETOUR À LONELY STREET AVEC ERIC POWELL


Attention, cet album n'est pas vraiment aussi unique qu'on pourrait le croire sur la couverture. L’édition française de la série The Goon publiée en 2019 sera normalement (à vous de jouer, les lecteurs) articulée en deux volumes. The Goon, Retour à Lonely Street, c'est toutefois une manière parfaite pour découvrir un univers, un humour, un style, des personnages qui semblent être des caricatures grossières mais s'avèrent très attachantes dès qu'on apprend à les connaître. Et surtout, cette sortie s’impose d’abord comme une grande réussite visuelle. En revenant à un style plus caricatural, moins photoréaliste (vous avez lu la biographie sur Fredric Wertham ?), Eric Powell peut évoluer dans un territoire graphique qu’il maîtrise parfaitement. Des monstres gluants mais finalement si idiots qu'il ne sont pas très dangereux, des individus abjectes mais si barrés qu'on peut en rire plutôt que d'en avoir peur, le menu répond au cahier des charges avec brio. Ce nouvel titre marque d’ailleurs le retour du personnage après plusieurs années d’absence. À l’occasion du vingtième anniversaire de la série, Powell a relancé son héros sous la bannière de son propre label, Albatross Funny Books, avec la volonté affichée de revenir aux racines de sa série. L’objectif était simple : retrouver cet humour étrange, tordu et souvent excessif qui a fait le succès de son Goon. Le résultat est à la hauteur de la promesse. Dès les premières pages, The Goon revient dans sa ville (un retour au bercail dans la ville sans nom) et découvre que ses efforts passés pour nettoyer les rues n’ont pas suffi. Truands, monstres et autres nuisibles ont rapidement repris leurs habitudes. Frankie, son fidèle acolyte, entreprend alors de dresser la liste des individus qu’il faudra corriger. Autant dire que les occasions de bagarres spectaculaires et de gags violents ne vont pas manquer !



L’un des grands talents de Powell réside dans sa capacité à équilibrer tous les éléments qui composent l'univers de The Goon. Les dialogues pétillent d’esprit et de malice (souvent avec des sous entendus explicites), les situations absurdes s’enchaînent à un rythme soutenu, et l’humour surgit aussi bien dans les répliques que dans les gags visuels. Powell possède un sens du timing comique redoutable : il sait exactement quand placer une punchline ou un détail graphique capable de déclencher le rire. Les gamins sont de petits adultes coquins et bagarreurs, les ennemis sont aussi menaçants que finalement ridicules et défaits à coups de bourre-pif bien sentis. Ils apparaissent d'ailleurs à la fin des épisodes, avant d'être présenté au début du suivant, sous forme de flashback qui explicite leurs jeunesses et leurs traumas, censé expliquer ce qu'ils sont devenus et pourquoi ils sont aussi méchants (ou pathétiques). Baby Galaad, la goule au cerveau pois chiche, Vinnie le vampire qui se venge de toute la frustration engrangée dans son enfance, Sethi la momie qui s'avère être une malédiction pour qui croise sa route, ou encore Bedon Baffreur. The Goon remonte la chaîne alimentaire et ça cogne dur, à chaque étape. Côté artistique, Powell démontre une maîtrise impressionnante de son trait et des noirs qu’il pose avec une précision instinctive. Les contrastes sculptent les visages, épaississent les ombres et donnent à chaque planche une densité particulière. Au fil des épisodes, l’artiste s’autorise également quelques libertés : il change d’outils, modifie ses textures, expérimente différentes ambiances. Le plaisir de dessiner est palpable, et on en prend plein des mirettes. La mise en couleur, réalisée avec Rachel Cohen et Brett Parson, achève de transformer l'album en bijou. Les teintes installent une atmosphère macabre et légèrement poisseuse, sans jamais alourdir les planches. Le grotesque inhérent au dessin de Powell demeure intact, mais la couleur renforce encore cette impression d’étrangeté inquiétante qui flotte sur l’ensemble. C'est beau, divertissant et flippant. Au fait, réduire The Goon à ses bagarres grotesques et à ses plaisanteries, c'est passer à côté de l’essentiel. Sous son apparence de comédie monstrueuse, la série possède également un véritable cœur. Powell a déjà prouvé par le passé qu’il pouvait transformer cet univers burlesque en récit profondément émouvant lorsque l’histoire l’exige. The Goon est vraiment une œuvre difficile à classer. C’est à la fois du polar, de l’horreur, de la comédie… et en fait c'est unique, inclassable, violent, tordant. Vous devriez essayer, son petit monde est ici accessible et jubilatoire.



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LES ÉVADÉS D'ALCATRAZ : FUITE IMPOSSIBLE ?

En 1962, trois hommes s’évadaient de la prison la plus célèbre des États-Unis, et disparaissaient aussitôt dans les brumes de la baie de San...