BATMAN LE DERNIER HALLOWEEN : JEPH LOEB ET UN HOMMAGE CHORAL À TIM SALE


 Revenir à un classique constitue toujours une entreprise risquée. Dans les comics, les suites tardives oscillent souvent entre hommage sincère et opération nostalgique un peu trop calculée ou servile. Batman : Le dernier Halloween n’échappe pas à cette règle. Après Un long Halloween et Amère Victoire, deux récits devenus des références du mythe Batman, Jeph Loeb se retrouve face à un défi redoutable : replonger dans un univers adoré des fans, mais sans la présence de Tim Sale, dont le style graphique avait largement contribué au triomphe passé. Dès les premières pages, l’album tente de renouer avec la mécanique qui faisait la force du récit original : une enquête criminelle qui s’étire au fil des fêtes du calendrier, une galerie de suspects familiers et une atmosphère de polar gothique. L’intention est claire. On retrouve Gotham dans ses habits nocturnes, ses complots, ses familles mafieuses et ses super-vilains aux agendas concurrents. Sur le papier, tous les ingrédients semblent réunis pour prolonger la formule qui avait fait le succès de la série. Mais très vite, quelque chose coince. L’intrigue progresse lentement, parfois même on ne sait pas si elle progresse (!), au point que l’on se demande de quoi il est vraiment question ce coup-ci. Les épisodes accumulent les scènes d’action, les confrontations et les détours narratifs, sans que l’enquête elle-même gagne véritablement en tension. Un long Halloween construisait patiemment un puzzle criminel dont chaque pièce trouvait sa place, Le dernier Halloween donne parfois l’impression de déplacer les pièces sans trop savoir quelle image finale doit apparaître. Holiday supprimait ses cibles, ici le criminel les blesse, grièvement même, mais l'impact n'est pas le même. Le récit privilégie aussi davantage a bagarre que ses prédécesseurs. Les combats de rue ou les incursions musclées à Arkham prennent régulièrement le pas sur les dialogues et la dimension policière du récit. Or, l’une des forces du diptyque original résidait justement dans son approche quasi noire du mythe de Batman, où les affrontements physiques restaient secondaires face aux intrigues criminelles et aux jeux d’influence entre les différents clans de Gotham.



La construction du mystère pose également problème. Le scénario multiplie les suspects et les conspirateurs, mais sans toujours nous expliquer leurs motivations ni leurs rôles respectifs. Là où Un long Halloween proposait une intrigue complexe mais finalement lisible, cette nouvelle enquête finit par devenir confuse, et surtout moins captivante. Les révélations manquent d’impact, et certains rebondissements apparaissent presque prévisibles. Les rappels et les clins d’œil au passé se multiplient : situations familières, personnages réutilisés, motifs narratifs recyclés (Enrico Marini s'en sort avec brio)… À petites doses, ce genre d’écho peut renforcer la cohérence d’un univers. Mais à force de répéter certaines idées, le récit donne parfois l’impression de ressasser ses propres souvenirs plutôt que de raconter une histoire véritablement nouvelle. Le traitement de certains personnages illustre bien cette difficulté à renouveler la formule. Harvey Dent, par exemple, occupait une place centrale dans Un long Halloween. Ici, son rôle paraît étonnamment réduit, presque passif, alors que son évolution criminelle semblait promettre une implication bien plus importante dans les affaires de Gotham. À l’inverse, d’autres figures surgissent, participent brièvement à l’action, puis disparaissent sans laisser de trace. On sera aussi triste pour le commissaire Gordon, dont le fils James Jr; est enlevé très rapidement et sert de premier étage à la fusée narrative, et dont la femme a décidé de le quitter, fatiguée de passer la dernière soirée de l'année à attendre que son mari daigne rentrer à la maison, sans parler de Solomon Grundy ou de justiciers encapés. Reste la partie graphique, qui constitue probablement l’aspect le plus intéressant du projet. La disparition de Tim Sale en 2022 a profondément marqué les lecteurs et le processus de fabrication de la série. Plutôt que de chercher un remplaçant unique, Loeb a choisi de confier chaque épisode à un dessinateur différent : la série devient alors un hommage collectif à Sale. Le résultat est forcément hétérogène, mais rarement décevant. Certains artistes livrent des pages particulièrement marquantes, et chacun apporte sa sensibilité propre, de Marini à Scalera, de Samnee à Sienkiewicz, en passant par Risso, Cloonan, que du bon ! Bref, Batman : Le dernier Halloween laisse une impression mitigée. L’album n’est jamais franchement mauvais, et il contient même quelques moments réussis, mais il peine à retrouver la magie des récits qui l’ont précédé. Par contre, Urban Comics nous gâte vraiment, avec une très belle édition, papier au grammage richissime, et plusieurs dizaines de pages de bonus pour s'immerger dans la réalisation de ces onze numéros. Les 36 euros ne sont pas dépensés en vain et l'objet mérite qu'on l'applaudisse.



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SILVER SURFER REQUIEM : RETOUR EN MARVEL PRESTIGE CHEZ PANINI


 Nous avons abordé, il y a quelques jours, la sortie de La mort du Silver Surfer, chez Panini. L'éditeur repropose aussi, dans sa collection luxueuse Marvel Prestige, l'autre mort moins canonique du personnage, et beaucoup plus réussie. Personne n'est éternel, pas même qui est habitué à sillonner le cosmos sur une planche de surf argentée, investi du pouvoir cosmique. Le Silver Surfer est un des êtres les plus nobles (et puissants) de l'univers Marvel, depuis son "sacrifice" utile pour sauver sa planète natale de Zenn-La, à savoir offrir ses bons et loyaux services à Galactus, quitte à lui désigner pour prochain repas des mondes qui n'ont rien demandé, eux. Dans cette aventure intitulée Requiem, le héraut le plus célèbre du dévoreur de planètes est atteint d’un mal incurable, d’une sorte de cancer qui s’étend sur sa peau argentée et ne lui laisse que quelques semaines à vivre. Le docteur Richards, des 4 Fantastiques n’y peut rien, ni aucune autre sommité scientifique. L’idée de départ est donc des plus simples : un être aux pouvoirs hors du commun se heurte à la plus banale des engeances mortelles, ce même cancer qui avait fini par terrasser Captain Marvel dans une autre œuvre de légende, que vous avez tous sur vos étagères. Une histoire émouvante et adulte, qui met aux prises un grand héros sans peur et presque sans reproches, qui a toujours triomphé de toutes les épreuves, et qui doit fatalement se rendre à l’évidence : la maladie et la mort réclameront leur tribut, quoi qu’il dise ou fasse. De la rencontre avec Spiderman, pleine de retenue et d’émotions, au règlement d’un conflit entre deux races d’aliens si proches et pourtant si pleines de haine envers le voisin, le Surfer vit ses ultimes jours dans l’espoir d’illuminer et d’aider une dernière fois ses semblables. On fait donc le grand écart entre des moments intimistes (la douleur de la famille Richards de voir que rien n'y fait, aucune cure ne peut être envisagée, ou bien le splendide cadeau de Peter Parker pour l'anniversaire de Mary-Jane, avec la complicité d'un Surfer touchant et généreux) et space opéra d'envergure (au point que le Surfer devienne une sorte de dieu pour les mondes où il intervient, et fait cesser un conflit séculaire). Avant, cela va de soi, un dernier retour auprès de la bien aimée de toujours, Shalla Bal, et des pages poignantes, tristes, poétiques.



On retrouve beaucoup, sous la plume de Straczynski, de cette naïveté, cette innocence qui caractérisaient les fondamentaux mêmes du personnage tel que dépeint par Stan Lee. Le Surfer est un un philosophe optimiste, toute création est bénie à ses yeux, et il sillonne les immensités du vide, qui pour lui sont toujours pleins. D'espoir, de beauté, là où nous, nous ne voyons rien. Ici le discours n'est pas noyé dans des dialogues pleins d'emphase, mais au contraire le scénariste va à l'essentiel, cherche le sentiment véritable, la drame humain, et ne se complait pas dans la science fiction grandiloquente ou dans le chemin de croix redondant. Tout en conservant un recul admirable sur l'emploi de situations de facilité pour guérir les maux de ce monde, comme nous le remarquons bien dans l'épisode où apparaît Spider-Man. Bien entendu, ce Requiem est truffé de références bibliques, christiques, jusqu'à son final, qui transcende l'existence et le sens du Silver Surfer, pour en faire quelque chose de plus, un phare qui illumine et réchauffe les cœurs et indique la voie. Un ouvrage absolument somptueux, présenté ici dans une collection à la hauteur pour ceux qui aiment beaux objets et dessins mis en valeur. Tout ceci grâce au talent du croate Esad Ribic. Sa peinture est discrète, suggère autant qu'elle montre. L'ensemble paraît régulièrement baigné dans une sorte de patine laiteuse, avec des couleurs crépusculaires et frugales, et il se dégage des pages un Silver Surfer aussi élégiaque que fantomatique, une sorte de spectre à la droiture morale et au courage exemplaire. L'artiste joue avec dextérité des possibilités de l'histoire, entre moments de tensions cosmiques (le troisième épisode) et le drame intime des personnages bouleversés (l'ouverture et la conclusion). C'est d'ailleurs plus l'emploi de la lumière qui magnifie l'essentiel des scènes, que de la couleur véritablement. Il s'agit certes d'une histoire à part, hors continuité, mais rêver d'un meilleur hommage pour le départ définitif d'un héros aussi singulier n'aurait pas été possible. Une leçon de narration et d'illustration, qui bat la sortie précédemment évoquée à plate couture. 


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BATMAN DEADPOOL : ACTE DEUX POUR LE CROSSOVER MARVEL DC CHEZ URBAN COMICS


 Les crossovers entre éditeurs ont rarement bonne presse. On les soupçonne volontiers d’être avant tout des opérations commerciales, conçues pour attirer les collectionneurs et faire sonner le tiroir caisse. La rencontre entre Batman et Deadpool (deuxième round, le premier est à lire ici) ressemble bien à ça, dans le fond : d’un côté, la star incontestée de DC ; de l’autre, le trublion le plus bavard de Marvel. Deux univers qui, en théorie, n’ont aucune raison de se croiser. Et pourtant, ce genre d’expérience exerce toujours une certaine fascination. Le plaisir ne vient pas seulement de l’histoire, mais de la collision en elle-même : le lecteur sait parfaitement que ces héros appartiennent à deux compagnies rivales, et cette conscience donne à l’ensemble une dimension presque méta. Autant dire que Grant Morrison était un candidat idéal pour orchestrer ce type de rencontre improbable. Le type aime ça, quitte à en sembler pédant et appliqué. Le récit commence de manière volontairement déroutante. Batman semble mener une enquête… puis se retrouve grièvement blessé, avant que l’histoire ne reparte comme si de rien n’était. Deadpool, lui, comprend très vite que quelque chose cloche. Quand on a l’habitude de parler au lecteur et de briser le quatrième mur, on développe un certain flair pour les réalités qui déraillent. Entre deux plaisanteries (dont un gag sanglant où Batman rend à Wade Wilson ses jambes fraîchement arrachées, mais qui vont vite repousser) les deux héros tentent de comprendre ce qui leur arrive. Très vite, l’aventure prend un tour franchement surréaliste. Batman et Deadpool se découvrent prisonniers d’un cauchemar manipulé par Cassandra Nova, personnage cher au scénariste. L’intrigue est volontairement minimaliste, mais Morrison compense par un sens aigu du dialogue et du rythme. Le contraste entre le sérieux imperturbable de Batman et l’énergie de Deadpool fonctionne à merveille. Les échanges fusent, pleins d’ironie et de références, même si les pages défilent sans donner la sensation de fournir une histoire qui rentrera dans les anthologies. On se divertir, jusqu’à un clin d’œil savoureux à l’époque Amalgam : Bruce Wayne ressort d’un puits de Lazare sous les traits de Darkclaw. Souvenirs, souvenirs…



Sur le plan esthétique, l’album est porté par le talent de Dan Mora. Le dessinateur s’impose depuis quelques années comme l’un des artistes les plus dynamiques des comics de super-héros, et il confirme ici tout le bien que l’on pense de lui. Son trait énergique donne une vraie ampleur aux scènes d’action, tandis que les passages les plus étranges prennent une tournure hallucinée. Les couleurs d’Alejandro Sánchez apportent éclat et lisibilité, c'est du bon boulot, assurément. L’album propose également plusieurs histoires courtes qui multiplient les rencontres entre personnages des deux univers, tout comme c'était le cas dans le premier fascicule (vendu avec son coffret chez Urban, pour ranger aussi le second). Constantine croise ainsi le Doctor Strange dans un récit à l’atmosphère mystique, joliment mis en images mais finalement assez anecdotique. D’autres associations, comme celle de Harley Quinn avec Hulk ou celle de Ms. Marvel avec Static, peinent à convaincre et donnent parfois l’impression de remplir le cahier des charges sans savoir quoi dire. On peut sourire, si on est indulgent. Voilà tout (et en plus, je n'aime pas Amanda Conner, son style, j'entends. Voilà, c'est dit). Une histoire sort quand même du lot : la rencontre entre Nightwing et Laura Kinney. Écrite par Tom Taylor et dessinée par Bruno Redondo, elle raconte en quelques pages une mission simple (retrouver la jeune Gabby dans les égouts de Gotham) qui se transforme en un moment de complicité inattendu entre les deux héros. Le récit prend le temps de souligner ce qui les rapproche : le sens du devoir, l’envie d’aider les autres, et cette idée que la famille ne se limite pas toujours aux liens du sang. Court, efficace, touchant. En gros, Batman / Deadpool c'est carrément ce que l’on pouvait attendre d’un tel projet : un délire pour les fans, parfois absurde, souvent drôle, et visuellement réussi. Du coup ce double crossover parvient à dépasser le simple statut d’opération commerciale. Sans le faire entrer dans la légende, ne boudons pas non plus son côté sympatoche. 



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OLDIES : LES ÉTRANGES X-MEN ET LES JEUNES TITANS


 Les (étranges) X-Men et les Jeunes Titans demeure l’un des crossovers les plus emblématiques des années 1980, et sans doute l’un des plus ambitieux (et réussis). À la manœuvre, deux poids lourds : Chris Claremont au scénario et Walter Simonson au dessin. Autant dire que la rencontre entre les mutants de Marvel et les protégés de DC ne relevait pas du simple gadget éditorial, mais d'une envie d'épater les lecteurs. L’album s’ouvre aux confins du cosmos, près du Mur Source, où le mystérieux Metron disparaît après avoir tenté de percer l’énigmatique barrière. Son absence laisse le champ libre à Darkseid, qui met aussitôt en œuvre un plan d’envergure. Grâce à de l’énergie psychique qu’il siphonne à distance, il cherche à matérialiser une puissance bien précise : celle du Phénix. À l’Institut Xavier, les X-Men sont alors confrontés à des visions troublantes de Jean Grey, morte à ce stade de leur histoire. Cyclope, Tornade, Wolverine, Colossus, Diablo et Kitty Pryde partagent les mêmes rêves inquiétants. Au même moment, à New York, les Jeunes Titans vivent une expérience similaire : Raven est hantée par l’image d’un oiseau de feu cosmique, tandis que Starfire reconnaît immédiatement la signature du Phénix. Peu à peu, le récit confirme une idée pas si bizarre à l'époque : les deux équipes évoluent dans le même univers, sans jamais s’être croisées auparavant. C'est le même principe quand Superman croise Spider-Man, aventure bientôt rééditée chez Urban Comics, par ailleurs. Ici, la rencontre n’a rien d’une bataille rangée. Claremont évite habilement l’écueil du combat gratuit entre héros, à l’exception d’un affrontement éclair provoqué par un malentendu (là encore, un classique du genre). La véritable menace vient des Parademons et de Deathstroke, encore souvent appelé le Terminator à l’époque. Son duel avec Wolverine constitue d’ailleurs l’un des sommets du volume : brutal, nerveux, efficace. Ils ne sont pas là pour vider une bière, mais pour en découdre sans pitié.



Lorsque Darkseid parvient à invoquer le Phoenix en exploitant l’énergie des X-Men, l’enjeu prend une ampleur cosmique. Le tyran d’Apokolips, massif et pierreux comme rarement, ambitionne de transformer la Terre en une nouvelle version de son monde infernal avant de s’attaquer à New Genesis. L’idée d’associer deux entités dominées par la noirceur est bien vue et place les héros dans une situation périlleuse et émotivement assez problématique (Scott Summers risque de vriller, et les parents de Jean aimeraient qu'on cesse de les tourmenter avec le destin de leur fille). L’album, assez généreux par rapport à un simple fascicule de passage, multiplie les péripéties sans toujours laisser à chaque personnage l’espace nécessaire pour exister pleinement. Claremont parvient néanmoins à offrir à presque tous un moment significatif. L’amitié spontanée entre Kitty Pryde et Beast Boy apporte une touche de fraîcheur (et suscite la jalousie de Colossus), tandis que quelques interactions plus légères, comme le baiser improvisé de Starfire pour comprendre la langue de Colossus (dans tous les sens du terme), détendent l’atmosphère. La résolution du problème repose sur une idée simple mais cohérente avec l’esprit des deux séries : unir les forces psychiques de Xavier et de Raven pour submerger le Dark Phoenix sous un flot d’émotions positives. L’influence de Cyclope sur l’entité cosmique s’avère décisive, et le retournement final, qui voit Darkseid précipité vers le Mur Source, offre une conclusion spectaculaire, qui n'est bien entendu pas un clap de fin définitif pour celui qui reviendra, encore et encore, ennuyer les héros DC.  Graphiquement, Walter Simonson livre une prestation impressionnante. Il orchestre une distribution pléthorique avec une grande lisibilité. Son trait énergique s’adapte aussi bien aux mutants qu’aux Titans, et l’on perçoit çà et là l’influence de George Pérez sur les séquences consacrées aux jeunes héros. Les scènes cosmiques, en particulier, bénéficient d’une ampleur visuelle remarquable, avec un lettrage et des effets sonores qui sont également typiques des œuvres de ce bon Walt. En gros, l’album séduit surtout par son parti pris narratif. Il ne cherche ni à justifier longuement la coexistence des deux univers ni à multiplier les clins d’œil appuyés et le fan service à volonté. Il raconte une histoire dense, animée par une vraie conviction touchante. L’apparition du Phoenix déchaîné, encore chargée du poids émotionnel de sa disparition, confère au récit une dimension presque tragique. L'ensemble conserve une énergie communicative. Ce one-shot n’a pas vocation à fonder une continuité durable, et c’est sans doute ce qui fait sa force. On y retrouve deux éditeurs majeurs qui ont envie de partager leurs mythologies, pour le simple plaisir des lecteurs, et engranger tout de même un petit paquet de dollars, au passage. En France, le grand format chez Lug, 20 francs pour 64 pages, représente une bouffée de nostalgie capable de terrasser les plus sensibles des collectionneurs ou lecteurs au long cours. 


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DAREDEVIL PAR CHARLES SOULE : UN OMNIBUS POUR TOUT RELIRE


 Pas facile de prendre la relève sur Daredevil, quand le scénariste qui a précédé s'appelle Mark Waid. Mais bon, Charles Soule s'y est collé, avec plus ou moins de réussite. On peut relire tout cela, dans un bon gros omnibus, disponible cette semaine chez Panini. Le Diable Rouge (et noir, en l'occurrence ici) est de retour à New-York, et il n'est pas seul ici, puisqu'associé à une sorte de jeune side-kick d'origine asiatique, Blindspot, à savoir Samuel Chung au civil. Celui-ci possède des talents avérés en arts martiaux, et il est doté d'une combinaison qui le rend invisible, d'où le choix de son nom de code. Pour ce énième redémarrage, l'histoire nous emmène du coté de Chinatown, quartier mystérieux et dangereux s'il en est, dans l'imaginaire collectif tout du moins. Là-bas un nouveau chef de la pègre a fait son apparition, en la personne de Tenfingers, qui chapeaute une organisation de malfrats, mise en danger par le précieux témoignage de Billy Li. Le jeune homme est détenteur d'informations compromettantes et pour le protéger et lui sauver la mise, rien de mieux que d'avoir Daredevil comme garde du corps. Mais aussi Matt Murdock comme avocat, appelé à le défendre et le soutenir devant la cour. D'ailleurs, comment se fait-il que plus personne ne se rappelle que sous le masque se cache l'avocat aveugle, Matt Murdock ? La question est réglée, notamment lors d'un duo formé avec Spider Man, sur l'île de Macao, pour une doublette d'épisodes qui nous plonge dans une ambiance proche de Ocean's Eleven. Matt Murdock utilise en effet ses hyper sens pour remporter des parties de cartes aux enjeux colossaux, dans un des casinos les plus huppés du monde. Le véritable enjeu est de récupérer une valise contenant des documents compromettants. Régulièrement le scénariste fait donc allusion à un gros changement qu'il va expliquer rétroactivement. L'ancien associé de Matt, Foggy Nelson, est lui toujours au courant de la double vie de son collègue, mais tous les membres de la communauté super héroïque, camarades ou ennemis, ont eu leurs souvenirs effacés. Cela concerne aussi la belle ninja Elektra par exemple, qui a de surcroît une autre raison d'être profondément énervé contre Daredevil : elle lui reproche en effet la disparition de sa fille ! Une nouvelle déroutante car jusque-là nous n'étions pas au courant qu'Elektra avait eu un enfant. En plus, selon ses dires et l'âge de la possible gamine, Matt pourrait bien être le père… Qui a bien pu jouer avec son esprit pour lui mettre en tête de telles idées ?



Bon, on ne va pas se mentir, le run de Charles Soule, c'est aussi l'apparition d'un nouveau criminel qu'on a aussi vu durant la première saison de Daredevil Born Again. La presse l'a surnommé Vincent Van Gore, lui même préfère se faire appeler Muse, en référence à ses talents d'artistes. Un peintre spécialiste de l'art moderne, dont les œuvres sont réalisées avec le sang des victimes, ou leurs corps démembrés, selon l'inspiration du moment. Un cas d'école inédit qui remet en question le rôle, le sens même de l'œuvre d'art, et questionne les limites de la décence dans une société moderne qui tourne tout en spectacle, en source de profit. Pensez donc, le propriétaire de l'appartement où est produite la première fresque homicide est transformé en musée, et les curieux se pressent pour donner dix dollars et voir un tableau qui suinte la mort. Ne riez pas, ce genre de chose pourrait bien arriver dans la vraie vie, le frisson ressenti par beaucoup serait le même. Un ennemi au look d'enfer, au modus operandi original et qui amène bien des interrogations, mais qui conserve aussi une grosse part de mystère pendant plusieurs épisodes. Une bonne intuition, quoi. Et cerise sur le gâteau… la vérité ! Daredevil avait fini par révéler au monde entier sa double identité, avant Soule, et il semblait filer le parfait amour - ou presque - avec la procureure adjointe Kirsten McDuffie, à San Francisco. Après beaucoup de patience, on finit par comprendre. Matt Murdock et Kirsten ne sont plus ensemble, et il semblerait que tout le monde ignore à nouveau qui se cache sous le masque de Daredevil. Si je vous dit "pourpre", ça vous évoque quelque chose ? On retrouve également Bullseye, le tireur impitoyable, qui pour autant va vite déchanter, et un Murdock qui comme à son habitude aime se faire du mal, et ne dédaigne pas scier la branche sur laquelle il est assis. Du côté du dessin, nous avons de quoi être satisfaits; Ron Garney choisit de donner au titre une ambiance urbaine sombre, crade, avec des couleurs volontairement éteintes (le job est confié à Matt Mila) qui ne laissent éclater que le rouge et le noir du nouveau costume de Daredevil. Les personnages évoluent dans l'ombre, et pour aussi loin que je me souvienne, même si le style était radicalement différent, j'y perçois quelques réminiscences des ambiances instaurées par Scott McDaniel. Nous trouvons aussi Matteo Buffagni. Vous l'avez peut-être déjà aperçu sur d'autres séries Marvel, mais pour ma part c'est sur les aventures du célèbre cambrioleur transalpin, Diabolik, que je me suis familiarisé avec cet artiste dont les progrès sont évidents, année après année. Ici le découpage et la mise en place sont limpides et permettent de suivre avec une grande facilité de lecture. Même remarque pour Goran Sudzuka, qui est à la fois un dessinateur très fiable et un tipe très chaleureux, avec qui nous avions eu le privilège de partager une édition du Mangame Show à Fréjus, l'année du naufrage pour la manifestation, malheureusement. En somme, même si cet Omnibus n'est pas la sortie star du genre en 2026, ce ne sont pas les raisons qui manquent pour s'en procuer un exemplaire ! 



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LE PODCAST LE BULLEUR PRÉSENTE : LA PASSE-MIROIR


 Dans le 218e épisode de son podcast, Le bulleur vous présente Les fiancés de l’hiver, premier épisode de La passe miroir, adaptation par Vanyda de l’oeuvre de Christelle Dabos, un ouvrage édité chez Gallimard. Le podcast revient sur l’actualité de la bande dessinée et des sorties avec :


- La sortie de l’album Le visage du créateur que l’on doit à Laurent-Frédéric Bollée pour le scénario, Christiano Spadoni pour le dessin et c’est publié aux éditions Rue de Sèvres


- La sortie de l’album Eldorado que l’on doit à Marcello Quintanilha et aux éditions Le Lombard


- La sortie de l’album Sois femme et tais-toi que l’on doit au scénario de Nina Almberg, au dessin d’Arianna Melone ainsi qu’aux éditions Steinkis


- La sortie de l’album Printemps à la charité que l’on doit à Philippe Pelaez pour le scénario, Alexis Chabert pour le dessin pour un album édité chez Grand angle


- La sortie de la première partie de Terre ou lune que l’on doit à Jade Khoo et à la jeune et prometteuse maison d’édition Morgen


- La sortie de l’ouvrage accordéon Instants d’années, un album que signe Alfred édité à l’occasion des 40 ans de la maison Delcourt.



 
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LA MORT DU SILVER SURFER : C'EST VRAIMENT LA FIN POUR NORRIN RADD ?


 Avec La mort du Silver Surfer, publié par Panini Comics, le héraut cosmique de Marvel revient sur le devant de la scène dans une histoire qui ressemble à une parabole morale et à un clap de fin (rires). L’intention est louable. Le résultat, plus discutable, comme nous allons le voir. Le récit s’ouvre comme une variation familière de la mythologie du personnage. Norrin Radd contemple les ravages dont il fut jadis l’instrument, puis il croise la route d’un soldat agonisant qui le supplie pour être sauvé (ce qu'il ne mérite pas forcément). Le Surfer sait bien qu'il n'est pas, lui non plus, exempt de tout reproche. Culpabilité, rédemption, compassion universelle : nous sommes en terrain connu. Depuis l’époque de Stan Lee et Jack Kirby, le personnage oscille entre grandeur cosmique et introspection quasi mystique. Ici, il sauve un homme, un insecte, puis décide de mettre fin à une guerre, tout simplement. Cette volonté de bien faire l'amène à détruire les armes des deux camps de belligérants. L’idée pourrait être forte. Elle s’avère surtout attendue. Les gouvernements n’aiment pas qu’on interfère, les forces de l’ordre tirent avant de réfléchir, la peur l’emporte sur la raison. L’humanité, dans son ensemble, est présentée comme violente, soupçonneuse, incapable d’accueillir l’Autre sans hostilité. La démonstration est limpide, peut-être trop, d'autant plus que ça ressemble quand même bien à une caricature lourdingue. Greg Pak a laissé la subtilité dans les tiroirs. Face à cette méfiance généralisée, le scénario introduit Kelly Koh, agente d’un bureau chargé de neutraliser les menaces extraterrestres. Son supérieur (complétement dingue, et on s'étonne que Kelly ne soit pas capable de repérer la série incroyable de red flags qui tendent à démontrer que le type est un croisement entre Lex Luthor et Elon Musk) rêve de s’approprier le pouvoir cosmique afin d’égaler, voire de dépasser, les méta-humains liés aux gouvernements. Derrière cette intrigue affleure une métaphore politique transparente : l’étranger perçu comme danger, l’alien réduit à une ressource exploitable ou à une menace à abattre. Le propos n’est pas dénué d’écho contemporain, mais ça manque singulièrement de nuance.



Le contraste est d’ailleurs répété avec insistance. D’un côté, des humains cupides, arrogants ou dominés par la peur ; de l’autre, un Surfer presque christique, qui sauve même celle qui tente de l’abattre. Lorsqu’il protège Kelly après qu’elle lui a tiré dessus, il confirme sa posture sacrificielle. Norrin pardonne. Norrin endure. Norrin continue d’aimer une humanité qui ne le comprend pas. La figure est noble, mais ça en devient vraiment lassant, et ça ne fait même qu'empirer : le Surfer aide un enfant coincé dans un arbre, pendant que ses adversaires entendent piller des ressources cosmiques inimaginables, avec notamment le sang de Galactus (ne me demandez pas d'explications scientifiques, je cale). Le montage parallèle fonctionne, mais c'est de la rhétorique creuse : altruisme contre cupidité, lumière contre avidité. On avait compris, depuis des décennies. Pour ne rien arranger, Skaar, le fils de Hulk, et ses anciens compagnons de guerre (durant Planet Hulk) sont eux aussi capturés, alors qu'enfin (ce n'est pas trop tôt) Kelly commence à douter du bien fondé d sa mission. Visuellement, l’album propose de belles séquences cosmiques, dont la simple présence impose une forme de majesté tragique. Le trait de Sumit Kumar est soigné, les planches très lisibles, mais on sent, dès le troisième épisode, quelques baisses d'attention (dans les visages notamment), qui trahissent l'éternel problème de la manière de produire les comic books américains, à savoir travailler vite, à la chaîne. La mort du Silver Surfer (la vraie, cette fois, pas dans une réalité alternative comme Requiem) n’est pas un album désagréable. Il y a du rythme, des enjeux clairs, et la dimension tragique du Surfer demeure intacte. Mais en revenant à cette vision très binaire du monde, le scénario donne le sentiment de répéter une leçon déjà entendue, sans rien inventer de neuf. Le Surfer mérite sans doute mieux qu’un rôle de saint incompris face à une humanité uniformément fautive. Quant à la finalité de cette opération, je ne souhaite pas vous spoiler la conclusion, mais si vous êtes un peu malin et que vous suivez l'actualité Marvel, vous n'aurez aucune peine à deviner… 



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BATMAN LE DERNIER HALLOWEEN : JEPH LOEB ET UN HOMMAGE CHORAL À TIM SALE

 Revenir à un classique constitue toujours une entreprise risquée. Dans les comics, les suites tardives oscillent souvent entre hommage sinc...