DESCENDER TOME 1 : ETOILES DE METAL

Sortie importante chez Urban Comics en cette fin de semaine : le premier volume de la nouvelle série de Jeff Lemire, en collaboration avec le dessinateur Dustin Nguyen. Descender arrive dans toutes vos librairies, pour la modique somme de dix euros. De quoi donner envie de tester un des titres les plus malins et sensibles de ce début d'année.
Descender est une histoire de robots, et d'humains guidés par la peur, et l'ignorance. Mais peut-on les blâmer pour autant? Lemire, grand spécialiste des récits intimistes et philosophiques, a ces derniers temps laissé libre cours à son amour (et son talent) pour la science-fiction, et c'est dans cette veine que s'inscrit ce titre très attendu. L'auteur nous offre d'emblée une coalition de huit planètes et invente un univers futuriste où l'humanité a recours aux robots pour toutes les tâches du quotidien. Jusqu'au jour où pour une raison inconnue à ce point du récit, cette propension à la robotique est source d'un terrible drame, à tel point que la décision de traquer et d'anéantir ces constructions si utiles autrefois finit par être adoptée et mise en oeuvre. Dix ans plus tard, un jeune garçon s'éveille, dans une colonie minière abandonnée. Son seul compagnon est un chien, du nom de Bandit. Ah oui, détail d'importance, le gamin fait partie du modèle Tim, petits robots familiers qui ont connu leur ère de gloire quinze ans auparavant. Nous comprenons, grâce au croisement des deux lignes narratives du récit (le réveil de Tim et la catastrophe causée par des robots géants) que les deux événements décrits vont se répondre et se nourrir, et qu'ils sont intimement liés, mais bien malin qui réalisera comment, et pourquoi. Dans le "codex" du modèle Tim se trouve le secret de ces titans de métal qui ont attaqué et détruit des mondes et qui ont provoqué ce retournement populaire et cette chasse aux sorcières technologique. Parfait pour aller enquêter dans l'intime de cet automate, ses rouages, ses souvenirs. 

C'est le climat instauré par Lemire, et les dessins riches en couleurs, en suggestions et hautement inventifs (à tel point qu'on se prend à rêver à une adaptation moderne du cycle de Fondation d'Asimov) de Dustin Nguyen qui prennent le lecteur par la main, et le guident vers un univers narratif truffé de promesses et qu'on devine d'une complexité jouissive. Certaines pages sont de véritables aquarelles d'une beauté fulgurante, comme dans le second épisode où nous suivons en parallèle l'évolution de l'action (la traque du robot Tim par des trafiquants - en couleurs) et les moments forts du passé qui illuminent les rapports entre les différents personnages (des planches sépias nous expliquent comment le petit robot a été conçu et son adaptation avec sa famille d'accueil). Jeff Lemire réussit le pari de nous placer en territoire aussi étranger que familier, en une seule et même occasion. Nous avons l'impression de lire une synthèse de tout un pan d'histoire de la science-fiction, aussi bien au cinéma qu'en bande-dessinée. Avec en toile de fond une traque, et donc une fuite (qui sera aussi un parcours initiatique) pour le petit héros de l'histoire, comme un écho à ce qui fut une des clés du succès de l'extraordinaire Sweet Tooth, dont le premier gros volume fut un des cadeaux de Noël les plus prisés en décembre dernier (vous y avez pensé, non?). Lemire humanise désormais tout un aréopage de créatures robotiques pour mieux nous parler de notre humanité, de ce qui nous caractérise et nous rend unique. Toujours aussi touchant et pertinent, avec une série qui parait d'emblée un petit classique incontournable. Ne vous laissez pas leurrer par les décors mirifiques et le grand space-opera qui se déroule sous vos yeux, c'est l'exploration intimiste qui va prendre le pas sur le reste, et donner une richesse insoupçonné à ce titre qui a un potentiel fort et stratifié. En route pour l'aventure. 


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MARVEL ZOMBIES : LE MENSUEL PANINI "SECRET WARS"

A l'occasion des Secret Wars, les zombies ont pour la première fois l'honneur d'avoir un vrai mensuel pour eux. Ce qui est paradoxal, car le phénomène semble en perte de vitesse chez Marvel, et pour compléter le sommaire, Panini a du insérer d'autres titres, pas forcément raccord avec le thème. On se penche sur la question.
Il y a deux séries qui parlent zombies dans ce mensuel (une troisième, Siege, débutera en février. Ils seront là aussi présents dans les débats, de manière moins directe). La première s'intitule sobrement Marvel Zombies. Elle permet de retrouver le personnage d'Elsa Bloodstone, fille d'un célèbre chasseur de monstres, dotée d'un caractère bien trempée, qui fait d'elle (dans cet avatar) une sorte de générale exigeante et épuisante pour ceux qu'elle a sous ses ordres. Sa mission est de défendre le Bouclier, ce mur gigantesque qui permet aux habitants des régions civilisées du Battleword de se défendre contre les hordes de zombies qui infestent les Badlands, terres inhospitalières de l'autre coté des remparts. Elsa est redoutable et sans pitié, elle sait que sa mission est de première importance et qu'aucun sentiment ne peut et doit venir influencer ses actes. Seulement voilà, lorsqu'elle subit l'attaque d'une version cadavérique et satanique de Nightcrawler, elle se retrouve téléportée à 300 kms en plein dans les Badlands, et donc contrainte de survivre (les chances sont minces...) aavec une arme et peu de munitions, à pieds de surcroît. Elle n'est pas seule puisqu'elle fait la rencontre d'un gamin pleurnicheur, qui va l'accompagner dans sa tentative de se mettre à l'abri, et d'échapper à un destin qui semble écrit à l'avance. Trop de zombies pour s'en sortir? C'est à voir! Scénario de Simon Spurrier et dessin de Kev Walker, pour un titre qui se laisse lire sans trop de difficulté, à défaut d'avoir un charisme fou.
Place ensuite à Age of Ultron Vs Marvel Zombies. Là le lecteur découvre que les Badlands ne sont pas l'apanage des héros version mort-vivants, mais que la menace est aussi représentée par des hordes de Ultrons. Dans cette réalité qui n'a rien à voir avec la notre, le maléfique robot est parvenu à se débarrasser des Avengers, et il a prospéré au point de pouvoir coloniser une partie des territoires du Battleword. Mais il veut plus, à savoir détruire (comme toujours) la vie humaine, qu'il estime faible, trop pour survivre. La série a l'intelligence de placer aussi sur scène un certain Hank Pym, en provenance de la partie du Battleword qui s'est figée en 1872 (à lire dans le mensuel Civil War). Ce Pym là est condamné à cause de ses expériences interdites à être jeté dans les Badlands, et il choisit bien évidemment la partie de ceux-ci où les Ultrons s'en donnent à coeur-joie. Une fascination et une aspiration très périlleuse, qui va être le prétexte à une rencontre inattendue, bien dans la lignée de ce que nous savons de la création de Ultron, et de sa généalogie. Textes de James Robinson, et dessins de Steve Pugh, qui est un artiste qu'on voit trop rarement chez Marvel. 


Robbie Reyes (le dernier Ghost Rider en titre) ne disparaît pas avec Secret Wars, puisque c'est encore lui la star du titre suivant, qui devient pour l'occasion Ghost Racers. Il n'est pas seul, puisque sur le circuit d'une piste dangereuse, dans la banlieue de Doomstadt, des concurrents enflammés s'affrontent dans ce qui ressemble fort à une version moderne et satanique des sports de moteur les plus variés. Johnny Blaze, Carter Slade, Alejandra Blaze, Danny Ketch, et Robbie, participent à ces courses fantômes, dont l'organisateur est Arcade, ce rouquin cinglé qui aura passé le plus clair de son existence à mettre sur pieds des jeux du cirque mâtinés de pièges mortels, et causer bien du souci à la plupart des héros Marvel. Du coup les véhicules donnent dans la variété. Robbie est toujours derrière un volant, on a droit à des motos, et même un centaure/cow-boy zombie. A coté du carnage, de l'adrénaline, et de la violence (la règle durant la course est : tous les coups sont permis, principalement les coups bas) Felipe Smith tente d'insuffler une petite touche d'humanité avec la relation entre le héros et Gabe, son petit frère, mais ça ne suffit pas à masquer l'énorme indigence du propos. Le scénario est mince comme du papier à cigarette et se contente d'aligner sur la grille de départ un brelan d'as de Riders, et nous donner à entendre qu'ils feraient bien de remporter la course, car les perdants vont au devant de souffrances peu enviables. Et ce sera tout pour cette fois, pour la profondeur et les explications, vous êtes sommés de repasser. Pour ce qui est est de la fureur et de la vitesse, Juan Gedeon s'en sort avec dignité, le dessinateur parvient à faire défiler les mph avec efficacité, mais le reste du temps, les silhouettes, les figures, les expressions, sont traités avec un style nonchalant qui n'est absolument pas dans mes cordes, et ne permet pas de crédibiliser une série qui en aurait bien besoin. Alors c'est quoi Ghost Racers? Une grosse récréation, une pochade avec de gros cylindres sous le capot? Probablement, car je ne vois pas ce que ça pourrait être d'autre.
Pour en finir, deux petits récits issus de la série Secret Wars Journal. La première est à conseiller aux fans des Young Avengers, qui retrouveront des visages familiers, dans une version différente. L'héroïne du jour est la belle Lady Kate Bishop (de l'univers 1602), le Hawkeye du Moyen-Age dans une version Robine des bois casse-cou. Elle a cependant un défaut, à savoir avoir les yeux plus gros que le ventre, et ne pas pouvoir résister aux occasions formidables de larcin qui se présentent à elle, quitte à tomber dans le piège qu'on lui a tendu. Aller dérober directement dans le château du Dieu et Seigneur Doom, est-ce une vraie bonne idée? Oui si on est certaine de son habileté répondra Kate. Pour le fin mot de l'histoire, vous allez rire, mais il faudra lire Siege #1, une autre des mini séries qui composent le mosaïque Secret Wars, et qui sera publié dans le mensuel de février. Le texte est de Pru Shen, les dessins (assez plaisants, pas toujours très lisibles dans l'action) de Ramon Bachs.
La seconde histoire nous emmène en Egypte, avec un groupe de rebelles qui décide d'aller renverser Konshu, le Dieu (ou déesse) lunaire local, qui a utilisé les esclaves comme bâtisseurs pour les pyramides. La révolte est menée tambour battant par certaines figures bien connues des X-fans puisque nous avons dans le cast Kitty Pride, Nightcrawler, Colossus et même Wolverine (un Wolverine, car avec SW il y en a un peu partout). La grande surprise est que ces héros vont se prendre une belle raclée, et que tout le monde n'en sortira pas indemnes. On se rend compte que Secret Wars est d'une grande complexité, que tout est possible et que les scénaristes vont pouvoir s'en donner à coeur joie, voire même placer des jalons utiles qui seront conservés dans l'après-coup, quand l'événement sera passé. Matthew Rosenberg et Luca Pizzari s'occupent de la seconde partie, qui file à toute allure et assène un direct à l'estomac. Court mais intense.
Verdict "Secret Wars" : Non ce n'est pas un vrai mensuel 100% zombies. Non ce n'est pas un mensuel indispensable. A réserver pour les complétistes et les fans de zombies donc. 




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COSPLAY MANIA (8)

Je me rends compte que cela fait quelque temps que je n'ai pas abordé le monde du Cosplay. Du coup ce mardi, retour de notre rubrique malheureusement assez irrégulière sur le sujet. Le but est simple, vous donner un petit aperçu de ce qui se fait de plus sympa, de plus drôle, de plus saisissant, et d'admirable. Cette semaine, voici venir une autre sélection de ces héros du quotidien, qui enfilent costumes et armures pour jouer le jeu, l'espace d'une séance photo. 


Cable et Hope, dans la version baby. La fuite dans le temps commence pour Nathan qui doit protéger la petite mutante. Il en faut de l'idée!


Mystique. Mieux que la version cinématographique? 


Hellboy plus vrai que nature. Si vous le croisez un jour dans votre jardin...


Deadpool dans sa version "Hey les amis, je fais partie de la X-Force!"


Peut-être la plus belle Domino qu'il m'ait été donné de voir. Super crédible. 


Felicia Hardy. Le prétexte idéal pour un cosplay un peu coquin. Mais pas trop


Un classique. Wonder Woman, qui va être très à la mode en 2016...


Enfin ce n'est pas du cosplay, appelons ça du tuning. Une belle Spider-Mobile ça vous tente? Facile à garer, et pas du tout voyante pour rouler en ville...

OLDIES : SUPERMAN PEACE ON EARTH

Le regard qu'il porte de là-haut est presque celui d'un Dieu. Ou d'un surhomme qui est exempt de nos bassesses, car privé de nos peurs, nos faiblesses, nos jalousies. Superman veille sur l'humanité toute entière, sans distinction de races de couleurs ou de genres. Comme lui a enseigné son père adoptif, toutes les graines semées ne pousseront pas, mais l'important est qu'elles aient le temps et la possibilité de se développer, la vie se chargera du reste. Pour un super-héros élevé dans une ferme du Kansas, attaché au travail terrien à la ferme, la faim dans le monde est un phénomène d'autant plus inacceptable que tout sauf inéluctable. Bien souvent les hommes ne mangent pas car ces privations naissent de l'exploitation des nantis sur les plus démunis, de l'ignorance dans laquelle on maintient des populations entières pour mieux les diriger, des enjeux économiques qui étouffent des nations par dizaines... Superman peut-il à lui seul changer le cours des choses? Combattre Brainiac ou Doomsday est une chose, mais rassembler les surplus de blé un peu partout en Amérique pour ensuite le redistribuer aux quatre coins de la planète et assouvir cette horrible tenaille qu'est la faim, ceci est-il vraiment réalisable? L'homme d'acier passe devant le congrès, parvient à convaincre les politiciens, se lance dans une vaste distribution insensée, parcourant les cieux et le globe à une vitesse folle, au mépris des dictateurs et des hommes embrigadés qui le repoussent et ne voit en lui qu'un ennemi, un usurpateur. Il tente d'exister et de lutter contre la peur et le besoin qui transforment d'autres êtres humains en bêtes régies par l'instinct,  que l'appât de la nourriture primordiale aveugle au mépris du danger. Superman est plus que jamais l'étendard du pacifisme et de la justice, qui vole d'un continent à l'autre, et se lance dans une entreprise aussi utopique que titanesque, dans le rôle de l'icône naïve et au grand coeur que la Terre, en fin de compte, ne mérite pas. Un pur chef d'oeuvre que ce Peace on Earth, croyez-moi. 

Le choix de Paul Dini est gagnant; il ne voit pas en Superman un individu comme les autres, caché parmi les habitants de Metropolis, tout occupé à apporter ses reportages au rédacteur en chef du Daily Planet. Mais plutôt comme un demi-Dieu dont le rôle est d'entretenir la flamme de l'espoir, et de montrer le chemin aux hommes lorsque ceux-ci semblent gesticuler dans la pénombre. Certes, indiquer la voie n'est pas de tout repos, et l'erreur est aussi inhumaine. Superman s'engage, mais cela n'est pas pour autant un gage de réussite. Mais l'important finalement, n'est-ce pas d'inspirer, d'initier le changement, qui prendra du temps, et comme la graine du laboureur, aura au moins une chance de prospérer, et donner ses fruits. Alex Ross est dans une forme olympique au dessin. Il choisit un style plus pictural que jamais, figeant pour l'éternité les gestes épiques et les efforts héroïques de Superman, sous l'influence des grands maîtres de l'art pop hyperréaliste comme Norman Rockwell. Les planches suintent l'émotion, de la première à la dernière, et s'adressent directement à tous les publics, parvenant sans peine à enivrer les amateurs de plastiques parfaites, ceux qui aiment la photographie, et les plus jeunes avides de sensation qui se pâment devant ce héros qui semble réel, vivant, plus que jamais proche et pourtant si loin de nous autres. Les versions originales furent en partie vendues au profit d'une oeuvre de charité, reflétant en cela admirablement bien le ton et le thème de cette aventure hors-norme et saisissante. Où la force et les super-pouvoirs ne servent à rien, ou presque. Que peut un être seul, aussi merveilleux soit-il, face à ce que l'humanité présente de pire, à sa tendance auto destructrice si bien implantée, que la seule solution pour la combattre est de s'attaquer aux racines, et de confier son travail aux futures générations? Même quand Superman est impuissant sur l'instant, il trouve toujours la force pour aller au delà du moment présent, et entretenir le rêve de demain, celui qui germera là où persistera l'amour et l'entraide. Une leçon humaniste que nous devons à un alien; à méditer. Peace on Earth a été proposé en Vf plusieurs fois, comme chez Soleil en 2001, puis Semic (au format kiosque) en 2002. 




A lire aussi : 

LA COVER DE LA SEMAINE (semaine 7)

Je ne vous présente plus notre rubrique du dimanche. comme vous le savez, nous allons jeter un oeil aux plus belles couvertures de comics publiés le mercredi dans la semaine, et nous vous proposons une sélection des plus réussies, afin de déterminer la cover of the week. A la fin de l'hiver nous vous proposerons de choisir la cover de la saison, et à la fin de l'année, c'est de 2016. avec de petits cadeaux sympas à la clé à chaque étape. allez, en avant avec la sélection de la semaine alors.

Au menu : 

Amazing Forest #1 de Ulises Farinas
Batgirl #47 de Babs Tarr
Batman #48 de Greg Capullo
Buffy the Vampire Slayer Season 10 #23 de Steve Morris et Rebeka Isaacs
Clean Room #4 de Jenny Frison
Dark Knight Universe Presents: Green Lantern #1 de John Romita Jr.
Dark Tower: The Drawing of the Three: The Lady of Shadows #5 de Nimit Malavia
Doctor Fate #8 de Sonny Liew
Eve: Valkyrie #4 de Borkur Eiriksson
Hercules #3 variant de Art Adams
I hate Fairyland #4 de SkottieYoung
Patsy Walker, AKA Hellcat! #2 de Brittney L. Williams
Poison Ivy: Cycle of Life and Death #1 de Clay Mann
Postal #9 variant de Isaac Goodhart
Silver Surfer #1 de Michael Allred
Star-Lord #3 variant de Chris Visions 
















SPIDER-MAN : LE MENSUEL PANINI "SECRET WARS"

Et que deviennent les fans du tisseur de toile, durant Secret Wars, puisque la revue mensuelle éditée par Panini s'est elle aussi arrêtée à cette occasion? Et bien c'est simple, ils achètent Secret Wars : Spider-Man, et ils font comme les autres, ils découvrent des choses qui sortent un peu de l'ordinaire.
Et ça débute avec Peter Parker dans le rôle du père de famille. Pour les lecteurs qui sont sur le pont depuis quelques décennies, la compagne idéale de Peter Parker, c'est Mary-Jane Watson. Que la blonde Gwen ne m'en veuille pas, mais si un amour d'adolescent qui se termine tragiquement laisse forcément des traces profondes, c'est bien la rouquine qui a accompagné le parcours humain de Peter, depuis la sortie des études, à la vie professionnelle, en passant par les liens sacrés du mariage et une tentative de paternité. Ceci explique pourquoi nous en avons tous voulu à Straczynski de briser cette dynamique, au terme de Civil War, avec un pacte honni qui offre à Mephisto l'occasion de briser un couple mythique, en échange de la vie d'une Tante May au bord du trépas, pour la quarantième fois de sa longue carrière. Un choix compréhensible, mais aussi régressif, qui a replongé un héros adulte et enfin assumé dans une spirale d'échec et d'inconstance, pour de nouvelles aventures plus légères et guillerettes. Depuis, nous guettons tous le moment où les deux tourtereaux reviendront ensemble. C'est chose faite à l'occasion de Secret Wars, dans un des territoires du Battleword. Là, Peter et Mary-Jane n'ont jamais divorcé ou passé de pacte avec le Diable en personne, et ils élèvent leur petite fille Annie avec l'amour que peuvent avoir deux parents responsables. Le Tisseur a bien compris quelles sont les priorités dans la vie, et son existence ressemble peu ou prou à ce qu'elle aurait pu être dans l'univers Marvel traditionnel, avec un poil de chance en plus. Les choses se corsent quand certains héros sont retrouvés morts, comme le Punisher, Moon Knight, ou Night Trasher. Quelqu'un s'en prend à la communauté, et attaque même les Avengers. Voici venir un méchant surpuissant, qui emprunte ses pouvoirs aux X-Men, et met la pâtée à tout le monde. Spider-Man est quand à lui bien ennuyé car dans le même temps, il apprend qu'une gigantesque évasion à Rykers Island a remis en liberté les pires criminels de la ville. Et parmi ceux-ci se trouve Venom, dans sa vieille incarnation, à savoir Eddie Brock chargé de ressentiment et de haine pour un Peter Parker dont il connaît la double identité. Et donc la famille... J'attendais monts et merveilles de cette série, qui se lit un peu comme un What If paresseux des années 80. Dan Slott déroule son récit sans grand génie, assurant un service minimum garanti. La clé de Renew your vows, c'est ce que doit choisir le héros : être un père de famille responsable, ou épauler ses petits copains en collants sur les toits de New-York? Un Peter Parker qui se veut et se voit comme un homme, avant d'être un (super)héros. Les dessins d'Adam Kubert sont parfois un peu décevants (malgré de belles doubles pages intimistes), on sait avec  certitude qu'il peut faire beaucoup mieux, mais le coup de mou perçu sur Axis semble se prolonger. Les scènes d'action sont un peu surchargées, et on a droit à des choix bizarres, comme le costume de Captain America, affublé d'un A rouge et hideux. Comment ça je suis dur et de mauvaise foi? Et bien je le répète, j'avais de grandes attentes pour ce titre, et en partie elles n'ont pas été comblées. Cela dit ce n'est pas non plus à fuir, rassurez-vous.

Cap ensuite sur l'univers 2099. Ici, avec Secret Wars, nous découvrons un territoire inédit, avec l'univers 2099 tel que nous ne l'avions pas encore vu. Par exemple, ce sont les Avengers du futur qui assurent la paix et la sécurité, au service de Alchemax, la méga corporation désormais aux mains d'une vieille connaissance des lecteurs... Ces Avengers sont une première, et ils ont un point faible selon moi, c'est les costumes assez ratés, surtout celui de Iron Man, et de Captain America. Celle-ci est une héroïne donc, tout comme la Veuve Noire (qui n'hésite pas à user de son dard pour tuer), alors que le reste de l'équipe est formé par Hercule (l'Olympien est immortel et toujours en activité (et il boit beaucoup, et drague les victimes qu'il secourt...), Hawkeye (assez transparent dans ce premier épisode) et la Vision, qu'on découvre gisant dans une cuve remplie de liquide, dans un rôle de pré-cognitif. Peter David fait de son mieux pour présenter l'ensemble avec le brio et la verve qu'on lui attribue sans peine, mais il ne semble pas être dans un grand soir. Il y a trop de disparités de traitement entre les personnages (Hercule et Captain america en tête d'affiche, Hawkeye au dernier rang) et les seuls moments notables sont ceux où l'Olympien est en piste avec ce qui semblent être des problèmes d'alcool (encore qu'on le découvre avec du cidre en fin d'épisode...). Sliney lui s'en sort plutôt bien, avec une vision futuriste de Nueva-York et du dynamisme à tous les étages, suffisant pour sauver les meubles et rendre cette parution plus sympathique et attachante que réellement intéressante.
On se rend ensuite sur Spider-Island, où Flash Thompson, alias l'agent Venom, fait de son mieux pour lutter contre l'infection généralisée qui a transformé la ville en monstres arachnides, au service de la perfide Reine-Araignée. C'est une histoire violente et d'action, où les personnages subissent des métamorphoses, à cause leur condition première (le Loup-Garou par exemple) où en raison de manipulation génétiques et d'expériences (un sérum qui va bouleverser le code génétique des infectés pour les guérir. Oui, bof. Christos Gage fait de son mieux pour nous inclure dans on récit, Paco Diaz envoie des pages pleines de puch, mais ça ne bouleversera pas grand monde. Le mensuel s'achève avec Spider-Verse, dont les aventures sont axées autour de la jeune et jolie Gwen Stacy. 
L'héroïne de l'histoire semble être une Gwen amnésique, qui a parfois quelques vagues souvenirs de son existence précédente (je ne parle pas de la Gwen petite amie de Peter, mais de celle qui joue dans un groupe de rock et endosse le costume de Spider-Gwen) mais rien de plus. Du coup elle se balade dans son justaucorps et s'en va donner la raclée à quelques méchants malheureux, comme le Chacal et ses hommes qui ont la mauvaise idée d'aller piller des tombes juste sous le nez de la belle blonde. Mike Costa a accepté ce qui ressemble d'emblée à une mission impossible. Spider-Verse fonctionnait comme une gigantesque course à travers les dimensions, un chassé croisé très divertissant entre tous ces mondes, tous ces Spider-Men, où les surprises n'en finissaient plus, pour le plaisir du lecteur. Avec les Secret Wars et le Battleword apparu ex nihilo aux ordres de Fatalis, il ne reste plus qu'un seul monde, une seule dimension, même si ce monde est divisé en une multitude de territoires ou peuvent cohabiter plusieurs versions d'un même personnage. Cela dit, et c'est à mettre au mérite du scénariste, il semblerait qu'un lien mystérieux unisse plusieurs avatars arachnéens, ce qui explique qu'ils finissent par se retrouver, et s'associer. C'est ainsi que Billy Braddock (Spider UK), le Spider-Man de l'Inde, ou encore notre Spider-Gwen peuvent interagir sans que cela paraisse impossible à accepter. Une Gwen qui de surcroît accepte un emploi chez le maire de la ville, Norman Osborn, dont les entreprises sont le fleuron industriel du pays. Le but secret est de s'introduire dans les fichiers secrets d'Osborn, et d'en savoir plus sur son propre passé. Elle devrait en effet être morte, précipitée d'un pont (comme vous le savez tous) et se sentir bien vivante à l'insu de tous, voilà qui la perturbe quelque peu.... Au dessin, Andre Araujo qui continue de sortir des planches académiques, pas désagréables mais pas non plus d'une beauté stupéfiante. C'est essentiel, juvénile dans le trait, la colorisation accompagne gentillement son travail, pourquoi pas. Et en bonus vous lirez en fin d'épisode les aventures de Spider-Ham, la version "cochon" qui a aussi son rôle à jouer dans cette série, et que je préfère taire ici même pour ne pas vous spoiler le premier coup de théâtre du numéro un. C'est presque ma série préfére de cette revue kiosque
Verdict "Secret Wars" : Oui mais peut mieux faire. Les attentes ne sont pas toutes respectées, et ce magazine est loin d'être le meilleur et de réaliser tout son potentiel. 





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OLD MAN LOGAN : LE MENSUEL PANINI "SECRET WARS"

Autre revue Panini d'importance durant ces Guerres Secrètes, Old Man Logan permet aux nostalgiques de Wolverine de suivre les aventures de leur héros préféré, dans une version subtilement différente, mais qu'ils connaissent bien, pour être au centre d'un des récits majeurs de Mark Millar, il y a de cela quelques années. 
Old Man Logan est donc de retour. Avec son corollaire indispensable, à savoir une violence crue, un sentiment de fin du monde imminent, de désolation un peu partout. Sur la planète du Battleword, Brian Bendis renoue les fils de l'intrigue là où nous l'avions laissée, plus ou moins, avec Mark Millar. Cette version de Logan là, usé mais toujours tranchant, est d'une classe folle. A la croisée des chemins entre Clint Eastwood et Mad Max, on le voit traîner sa nonchalance meurtrière, qu'il s'agisse d'aller régler leur compte à des truands qui marchandent la vie humaine à coups de partie de poker, ou bien lorsqu'il rencontre une Emma Frost vieillissante et vulnérable, avec laquelle il a un dialogue et une scène qui résument la quintessence du style du scénariste, lorsqu'il est dans ses bons jours. Il ne se passe pourtant pas une multitude de choses dans ce premier numéro. Nous y trouvons de nombreux clins d'oeil à l'histoire cinquantenaire de Marvel, à la carrière même de Bendis (un des malfrats déguisé en Daredevil, parce que ça fait cool), et nous y découvrons surtout un héros sombre et très bien caractérisé, qui en une vingtaine de pages assume une dimension presque mythologique tant il suinte le charisme et l'assurance. Et si il en est ainsi, disons le clairement, c'est aussi parce que le dessinateur est un artiste talentueux, qui se sublime pour sortir des planches à couper le souffle. On adore le découpage faramineux, la capacité d'isoler des détails pour magnifier la vue d'ensemble, le travail de dingue du coloriste (Marcelo Maiolo) qui a tout compris des intentions de Andrea Sorrentino, qui réalise ici son oeuvre la plus aboutie. On avait perçu une évolution décisive et intrigante sur les pages de Green Arrow, mais là, c'est une consécration, une intronisation! Ce Old Man Logan est donc une réussite complète, pour le moment, avec un héros rongé par la culpabilité, plongé dans une solitude inénarrable, qui va traverser ce monde dystopique (la scène finale nous fait comprendre que les enjeux vont s'étendre) comme le plus dangereux des outsiders, prêt à jouer des griffes dans une version super-héroïque d'un western futuriste signé Sergio Leone. 
Mais ce n'est pas tout, bien entendu. la revue nous propose, pour ce numéro un, de suivre deux autres séries intéressantes. La première d'entre elles nous ramène sur l'ile de Genosha, à l'ère d'un crossover que les fans des mutants connaissant bien, X-Tinction Agenda

A Genosha, les mutants sont parqués comme des animaux, et ils sont exploités. Pire encore, ils sont mourants, car un virus les décime. Du coup, les quelques anciens X-Men qui sont restés sur place, comme Havok ou Rahne Sinclair, font de leur mieux pour venir en aide aux victimes, tout en sachant que le combat est perdu d'avance. Il faudrait pouvoir disposer d'un guérisseur, à la rigueur, mais cela impliquerait de violer une des grandes règles imposées par Fatalis, à savoir ne pas passer d'un domaine à l'autre, et de toutes manières les autres mutants se rangent à l'avis de la Baronne Jean Grey, à savoir que le danger de la propagation de l'infection justifie qu'on laisse mourir les habitants de Genosha. On est loin de la solidarité sans faille entre mutants! Marc Guggenheim livre un présent glaçant où la mutanité est devenue cynique et couarde, sans compter que dans l'ombre la perfide menace de Cameron Hodge n'est pas totalement dépassée. Au dessin Carmine Di Giandomenico qui ravira les fans de son trait anguleux, torturé, presque caricatural, mais qui parvient à donner une identité visuelle forte aux titres sur lesquels il travaille, par l'attention à chaque vignette, y compris les plus anodines.
Place après à E is for Extinction qui renvoie le lecteur à la célèbre période Grant Morrison, quand le scénariste avait eu l'idée de donner aux X-Men une coolitude évidente, et de renouveler cadres et costumes pour rendre les mutants plus proches de la société moderne et de ce qui se faisait sur grand écran. Ici, la décision de Charles Xavier de se tirer une balle en pleine tête pour contrer la menace psychique de Cassandra Nova a changé bien des choses, par rapport à ce que nous savons. C'est Magneto qui a pris l'ascendant sur le reste de la mutanité, laquelle compte désormais parmi ses membres les plus influents des individus comme Quentin Quire, qui est un peu le meneur de la nouvelle génération, celle des Bec (excellent l'ami, il nous manque vraiment) ou Sooraya, désormais capable de faire entrer le reste de son équipe en liaison psychique avec chacun des grains de sable dont elle se décompose. Le temps passe pour tout le monde, et ces jeunes pousses ont grandi pour devenir des héros badass qui ne s'en laissent pas compter, capables aussi bien d'assurer sur le terrain que de vanner dangereusement leurs aînés quand ceux-ci veulent reprendre du service. Scott Summers et une Emma Frost toute ridée sont très drôles, comme des vestiges d'une ère révolue qui doivent apprendre à trouver une place que plus personne ne peut leur assurer. Alors Scott se contente de tirer une rafale par jour (allusion sexuelle évidente) ou bien de changer les chaînes de la télévision avec ses pouvoirs latents. Wolverine se murge dans un bar, sachant que son pouvoir auto guérisseur n'est plus exactement au top de sa forme. Ces mutants là ont fait leur temps, et ils sont devenus has-been, tout simplement. Mais il reste un détail d'importance : Jean Grey n'a pas disparu, son esprit est en fait retenue chez Magneto, et les X-Men sont certes des ringards, mais des ringards solidaires. C'est une vision très pertinente et intéressante que livre Chris Burnham, entre eugénisme (les parents peuvent sélectionner les spermatozoïdes contenant le gêne X, merci docteur Mc Coy) et cynisme pur et dur. Du coup on sourit beaucoup, et ce titre est ce que j'ai lu de plus drôle et fun durant Secret Wars (avec Deadpool). Par contre les dessins de Ramon Villalobos ont de quoi dérouter. Vaguement inspirés du travail de Quitely, il sort des planches non dénuées de charme, mais loin des canons classiques du comic-book traditionnel. Du coup certains vont prendre peur. Ce serait dommage car cette Extinction est tout sauf un chant crépusculaire.
Verdict "Secret Wars" : Un mensuel qui a le potentiel pour proposer de fort belles surprises, mais qui est exigeant, surtout au niveau du dessin. Loin de chercher le consensus, les séries ici publiées sont à réserver à un lectorat avide de quitter le sentier du visuellement "mainstream" et attendu. A partir du numéro 2 vous lirez en plus le titre Years of future past, ici absent pour manque de place.



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