THANOS LE RETOUR (PAS SI FOU) DU TITAN FOU

 

Un peu de respect pour le Titan Fou, que diable. je veux dire, Thanos ne peut pas être servi à toutes les sauces. Le personnage est parfait pour une saga cosmique épique, avec des relents spirituels et/ou métaphysiques. Un adversaire de taille, qui en remontre à tout l'univers Marvel, et offre aux scénaristes l'occasion de plonger dans les méandres les plus tortueux de l'âme des héros. En alternative, on peut s'en servir pour du bon vieux comic book bourrin, un cataclysme majeur, l'extermination comme seul horizon des événements. Mais descendre Thanos de son piédestal, l'amener à frayer avec des héros terriens dans un contexte moins noble, c'est un pari risqué, pour ne pas dire voué à l'échec. Pour en finir avec Thanos, vous savez qu'il n'est pas totalement ce nihiliste que l'on présente régulièrement. Non, il a au moins une passion dans la vie mais malheureusement… c'est la mort. D'ailleurs, pour les beaux yeux de cette compagne tant désirée mais qui se dérobe systématiquement à lui, il a tout de même souhaité à un moment donné détruire la moitié de l'univers. Tout cela pour vous dire que lorsqu'on voit débarquer dès le début de cette histoire une jeune fille (Roberta) d'apparence gothique et dont l'existence semble bien morne (elle travaille dans une sorte de drugstore spécialisé dans le médical) on commence à avoir un petit soupçon. Lorsque la jeune fille se recueille sur sa propre tombe (avouez-le, c'est assez original) et que celle qui se dit sa mère se présente en caisse et affirme reconnaître sa fille décédée, le soupçon devient de plus en plus évident. Et lorsque enfin Thanos débarque et décide d'emporter toute la ville de Fresno, où elle travaille et habite, de la mettre sous cloche pour l'aspirer dans l'espace, alors même le lecteur le plus naïf a compris quels sont les véritables enjeux. 




Thanos n'est pas seulement un des plus grands méchants de tout l'univers mais c'est aussi, dans sa manière d'aimer, d'imposer sa volonté à la mort elle-même, une sorte de super harceleur. Quelqu'un qui ne comprend pas qu'on lui refuse quelque chose, qui pense que ses désirs font forcément loi et que l'autre n'est fait que pour les satisfaire. C'est donc une approche relativement moderne et pertinente de la part de Christopher Cantwell, tandis que du côté des super-héros, ce sont les Illuminati qui s'interposent entre le Titan fou et sa prétendue bien aimée. Le problème, c'est que ces quatre épisodes sont assez évanescents. Certes, les dernières planches indiquent que tout ceci n'est que le prologue à quelque chose de beaucoup plus important. En attendant, nous n'avons pas grand chose à nous mettre sous la dent, voire même, nous trouvons parfois certaines scènes qui se veulent humoristiques mais qui sont juste déplacées et out of character : il suffit de mentionner Thanos au volant dans une voiture par exemple, ou en train de crier sur un serveur. Par contre, l'arrivée de Hulk, annoncée à travers une série de vignettes où on le voit (enfin, ses gros pieds) bondir d'un état à l'autre est bien réalisée et constitue une des trouvailles géniales de l'ensemble. Un album finalement assez plat dessiné par Luca Pizzari (parfait pour l'esprit moderne de Marvel, mais que ne placerais pas aux commandes d'une série Thanos) aidé de German Peralta, très loin d'intégrer le panthéon des aventures avec Thanos, et qui aura peut-être comme seule véritable raison d'être d'amorcer une future grande histoire à la hauteur de la noirceur de son protagoniste. Nous verrons bien.



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WHAT IF..? DONALD DUCK BECAME THOR : LA REVIEW


 Peu importe que vous soyez désormais habitués ou pas, c'est ainsi ! Il va y avoir de plus en plus d'histoires avec les personnages les plus connus de l'univers Disney, qui vont vivre des aventures qui nous intéressent particulièrement, nous autres les fans de comic books, puisque il s'agira de réécrire les grands moments de l'univers Marvel, revisités à la sauce de nos gentils canards ou souris. Donald Duck avait déjà été le protagoniste d'une publication dans laquelle il devenait Wolverine, c'est maintenant le tour du Dieu du tonnerre, qu'il va incarner par le plus grand des hasards. C'est en emmenant en Norvège ses petits neveux, Riri Fifi et Loulou, pour un voyage culturel et archéologique, que les choses vont se gâter. Le scénariste de cette histoire, Ricardo Secchi, travaille à partir d'un synopsis écrit par Steve Behling et il récupère les éléments principaux du premier épisode historique mettant en scène Thor, pour les rejouer de manière humoristique et permettre à Donald d'émuler ce géant des comics Marvel. Par exemple, la célèbre démarche du docteur Donald Blake, qui boite bas, est reproduite chez Donald en raison de sa maladresse : il s'est donné un violent coup de pelle sur les palmes en creusant avec ses neveux ! Le même Donald rentre en contact avec des créatures en pierre venues sur notre planète pour l'envahir. Poursuivi, il trouve refuge dans une grotte et là, il va se transformer en Thor, de la même manière que le super-héros au long cheveux blonds le fait régulièrement au début de sa carrière (en frappant un bâton sur le sol). Le combat peut donc s'engager entre un Donald métamorphosé et des aliens plus résistants que prévu, mais qui malgré leur compétences technologiques vont évidemment devoir s'incliner. Au passage, les deux scénaristes parviennent à présenter une version Disney du Destroyer et l'épisode n'est pas aussi anodin qu'il pourrait sembler. Il y a même une petite pointe de désespoir à un certain moment, mais qui est très vite tempéré par l'humour et les blagues propres à l'univers Disney. L'ensemble est mis en images de manière très convaincante par Lorenzo Pastrovicchio, qui est un des véritables maîtres italiens de l'univers Disney. Il tente d'adapter quelques peu son style pour le rendre le plus cohérent possible avec les deux univers qui doivent cohabiter et ça marche admirablement bien. Contrairement à l'histoire avec Wolverine, celle du Donald/Thor est un peu moins loufoque, insiste un peu moins sur les clins d'œil envers les lecteurs, mais fait peut-être preuve d'un peu plus de cohérence et d'unité. En tous les cas, c'est plaisant à lire et nous sommes très curieux de voir quand cela sera publié en France et dans quelle revue ou magazine. En Italie, Topolino (le Journal de Mickey) a proposé la version traduite quasiment le même jour de sortie qu'aux États-Unis.



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LE PODCAST LE BULLEUR PRÉSENTE : L'AVENTURIER


 Dans le 183e épisode de son podcast, Le bulleur vous présente L’aventurier, adaptation d’un roman d’Arthur Schnitzler par Alessandro Tota au scénario, Andrea Settimo au dessin qui est publié aux éditions Glénat dans la collection Treize étrange. Cette semaine aussi, je reviens sur l’actualité de la bande dessinée et des sorties avec :

- La sortie de l’album Les crieurs du crime que l’on doit au scénario de Sylvain Venayre, au dessin d’Hugues Micol et c’est co-édité par Delcourt et les éditions La découverte

- La sortie de l’album Belmondo, peut-être que je rêve debout que l’on doit au scénario de Laurent-Frédéric Bollée, au dessin de Jean-Michel Ponzio et c’est édité chez Glénat dans la collection 9 et demi

- La sortie de l’album G.I. Gay que l’on doit au scénario de Didier Alcante, au dessin de Juan Bernardo Muñoz et c’est édité chez Dupuis dans la collection Aire libre

- La sortie de La part du feu, le second et dernier tome du diptyque San Francisco 1906 que l’on doit au scénario de Damien Marie, au dessin de Fabrice Meddour et le tout est édité chez Grand angle

- La sortie d’Un enfer pour un autre, le troisième et dernier tome de la série Slava que l’on doit à Pierre-Henry Gomont et qui est publiée aux éditions Dargaud

- La réédition de l’album Histoires incroyables du Basket ! que scénarise Tony Lourenço, un titre mis en dessin par de nombreux artistes et qu’édite Petit à petit dans sa collection des Docus BD.



 
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NOVA L'INTÉGRALE 1976-1978 : RICHARD RIDER LE HÉROS INEXPÉRIMENTÉ


On dit que la foudre ne tombe jamais deux fois au même endroit. Toujours est-il que lorsque Marv Wolfman propose les aventures de Nova à Marvel, il espère très sérieusement émuler le succès du jeune Peter Parker, tel que dépeint par Stan Lee au début des années 1960. L'idée lui est venue d'un projet personnel qu'il a développé et modifié au fil des ans : son protagoniste s'appelle Richard Rider, il est encore à l'université et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il n'est pas très à l'aise en société ou populaire sur le campus. Aujourd'hui, on parlerait clairement de harcèlement, notamment exercé par un camarade de promo qui n'hésite pas à le houspiller, le faire tomber, le ridiculiser même devant la seule fille du groupe qui lui manifeste de l'intérêt. Il faut préciser que Richard ne fait pas grand-chose pour améliorer la situation; il n'est pas brillant en cours, n'est pas très bon en sport et il ne déborde pas d'énergie. Sauf que sa vie va être bouleversée à jamais grâce (ou à cause) d'un extraterrestre, un Centurion Nova, engagé dans une lutte sans merci face à Zorr, une mocheté sidérale et surpuissante. Avant de mourir, le Centurion projette ses pouvoirs dans l'espace, qui finissent par échouer sur Terre (à Long Island, pas dans le Calvados, comme par hasard) où ils investissent le corps de Richard Rider. Dès lors, il va devenir Nova, un jeune super-héros inexpérimenté qui va d'abord commencer par tenter de comprendre comment fonctionnent ses pouvoirs. Il est amusant de voir la naïveté avec laquelle les choses sont amenées, au point même qu'il est capable d'entendre la radio de la police dans son casque (mieux encore, c'est sa propre mère au standard qui donne des informations). Avec de tels dons formidables (transmis sur un modèle qui flirte la copie carbone du processus Abin Sur/Hal Jordan chez DC Comics), le nouveau justicier pourrait titiller les étoiles et surclasser toutes les petites frappes de la Terre. Mais bizarrement, il reste très prudent, timoré, comme il l'a finalement toujours été depuis sa tendre enfance. Ses premiers affrontements n'ont rien de très glamour. Des "pointures" comme Powerhouse, le Condor, ou même le Diamant, ça n'est que du menu fretin comparé aux années qui vont suivre. Mais ça suffit à mettre Richard dans un sacré pétrin !




Avant de devenir un super héros qui se respecte et l'idole des foules (bien plus tard) il faut en passer par là, y compris se mesurer au Sphinx et s'en aller défier Thor, durant un de ces célèbres combats d'antan, où toutes les excuses étaient bonnes pour que deux super-héros se tapent dessus avant de se rabibocher. Ici, Thor est manipulé, comme de bien entendu. On verra passer aussi Spider-Man, quelques Avengers et même Nick Fury, au fil des épisodes, mais aussi l'Homme-Sable, qui portait à l'époque cet horrible costume sans aucune justification fonctionnelle réelle, uns de ces intuitions délirantes des années 1970 qui confine au hideux. Nova est loin d'être sûr de savoir ce qu'il faut faire, il sous-estime clairement sa force, se fait piéger par des vilains de seconde zone qui le gaze ou l'assomme sans trop de mal, et il doit aussi sauver sa propre famille du danger, quand ce n'est pas un de ses meilleurs amis, dont l'oncle est devenu une créature sans visage après un plongeon dans un lac et un voyage dans le futur (les hallucinogènes étaient utilisés à forte dose dans la Maison des Idées). Le premier dessinateur important à l'œuvre dans cette intégrale, c'est Sal Buscema; et ça tombe bien car c'est quelqu'un que j'adore. Vous avez demandé un artiste capable d'insuffler de l'énergie dans chaque épisode, de la première à la dernière planche, vous avez trouvé le bon client ! Qui mieux que Sal(vatore) pour les scènes d'explosion, les mandales dans la mâchoire, voir des personnages éjectés qui traversent la case... du grand art ! Du grand art, c'est aussi le terme que l'on peut appliquer pour Carmine Infantino, qui est littéralement un monument de l'histoire de tant de comic books. Il a signé de nombreuses pages des plus grandes heures de très grands héros et son trait raffiné permet à Nove de gagner en crédibilité, en profondeur. Au final, une intégrale qui affiche tous les défauts et tous les coups de génie de son époque. C'est bien pour cela qu'on aime cette collection, non ? 



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POUSSIÈRE D'OS : L'ÉTRANGE MONDE POST-APOCALYPTIQUE DE BEN STENBECK


 Collaborateur habituel de Mike Mignola, Ben Stenbeck s'aventure hors du domaine horrifique "bien balisé" du Mignolaverse pour une première série personnelle de science-fiction : Poussière d'Os, une mini-série en quatre épisodes qui se déroule à la fin de l’ère humaine sur Terre, publiée par Image Comics aux States et Delcourt en France. Attention, on va faire du hors-piste ! Sur une planète dévastée par la sécheresse et la famine, les derniers survivants de l’humanité s'accrochent en formant des tribus violentes, pour lesquelles le sang et la mort des autres peuvent aussi être synonymes d'un jour de plus en ce bas-monde. Un enfant sauvage attire l’attention d’un robot extraterrestre (d'une intelligence artificielle, en somme) chargé de cataloguer les vestiges de la civilisation humaine. La vision dystopique de Stenbeck rend Mad Max presque idyllique en comparaison, mais son trait délicat et les tons pastel de ses couleurs confèrent même aux scènes les plus brutales une étrange beauté. Il y a de la poésie dans ce no man's land où il ne fait guère bon (sur)vivre. Des détails subtils, comme une vieille paire de lunettes de soleil ou un couvre-chef fabriqué à partir de plaques d’immatriculation, mettent le lecteur sur la piste d'un futur qui semble moins éloigné qu’on pourrait le croire. Par contre, il ne faut pas chercher d'explications, de leçons sur le devenir de notre race (genre, le réchauffement climatique), ce n'est pas le propos. Stenbeck construit habilement son univers et se met dans la poche le lecteur grâce à la perspective inédite des extraterrestres qui documentent la fin de l’humanité, sans être censés interférer avec les autochtones misérables qu'ils découvrent. Enfin, jusqu'à ce qu'un d'entre eux franchisse le pas, ça va de soi. La mini série évite de tomber dans le stéréotype de la science-fiction improbable où les habitants d’un futur lointain parlent dans un jargon incompréhensible : ici, les personnages s’expriment peu, et quand ils le font, leur langage est altéré, familier, comme si même cet aspect témoignait du délitement de l'univers. Au passage, le traducteur (Laurent Queyssi) a dû bien s'amuser avec ce français à adapter à la situation. 



Les observateurs extraterrestres dans Poussière d'Os sont véritablement insolites, on ne parvient pas à les cerner, ni pour ce qui est de leurs réactions en apparence émotives, ni sur leur fonctionnement physique/biologique/mécanique. Lorsqu’une connexion improbable commence à se nouer entre un ces "enregistreurs" et l’enfant sauvage, on peine à comprendre à quel niveau cela peut se jouer, avec quels enjeux. Clairement, cette étrangeté qui confère à la série sa singularité peut dès lors constituer un obstacle à son succès commercial. Les œuvres aussi atypiques que Our Bones Dust (titre en VO) peinent parfois à trouver leur public, car elles défient les attentes et les conventions du genre. Pourtant, c’est précisément cette audace qui rend l’expérience de lecture si mémorable et fascinante pour ceux qui osent s’y aventurer. C'est ici parfaitement le cas : il faut accepter de se laisser mener par le bout du nez, de se confronter à une violence qui n'a apparemment pas de règle, si ce n'est celle de la survie à tout prix, voir apparaître des personnages qu'on ne parvient pas à analyser et dont finalement, on ne saura pas grand-chose d'ici la fin, si ce n'est quelques déductions qui dépendront également de la sensibilité et de la culture de chacun. Bref, un mystère, une expérience, une œuvre qui forcément s'avère clivante mais assurément singulière. Pour le reste, Delcourt a eu la très bonne idée d'ajouter tout un tas de bonus, avec des couvertures alternatives, des illustrations, des croquis, ce qui permet de profiter jusqu'au bout du talent de Stenbeck.


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LES 90 ANS DE DONALD DUCK : BON ANNIVERSAIRE MON CANARD (PART 1)




 Donald Duck, le canard le plus célèbre de l’univers Disney, célèbre ses 90 ans cette année. Né sous le crayon des animateurs Art Babbit et Dick Huemer en juin 1934, Donald a fait sa première apparition dans le film d’animation “La Petite Poule Avisée” (The Wise Little Hen). Au menu, l'histoire d'une mère poule qui doit planter son grain, et de deux paresseux (le cochon Peter Pig et Donald Duck) qui trouvent tout un tas de bonnes excuses pour ne pas lui venir en aide. Trois mois plus tard, entre le 18 septembre et le 16 décembre, c'est au tour de l'adaptation en bande dessinée de voir  le jour grâce à Ted Osborne et Al Taliaferro, dans les pages du dimanche de grands quotidiens nationaux. La première de plus de 50 000 aventures avec Donald ! Avec son costume de marin et son caractère bien trempé, le personnage (de son nom complet, Donald Fauntleroy Duck) s’est rapidement distingué comme un contrepoint au tempérament plus posé de Mickey Mouse. Au fil des années, Donald est devenu un personnage emblématique grâce à sa personnalité colérique et son éternelle malchance. Ses habits trouvent une double explication : il s'agissait à la fois d'associer une tenue qui évoque l'eau, élément indispensable pour le canard, mais aussi des vêtements portés réellement par les gamins en Amérique à cette époque. Sa voix unique, nasillarde et grinçante, imaginée par Clarence Nash, et son langage incompréhensible sont devenus sa marque de fabrique au cinéma et dans l'animation. Donald a aussi été immortalisé par Carl Barks, qui a enrichi son univers en créant des personnages comme l'Oncle Picsou (Scrooge McDuck), les Rapetou (Beagle Boys) et Miss Tick (Magica De Spell). Don Rosa est l'auteur d'un célébrissime arbre généalogique de la famille du personnage, basé sur un sketch de Barks, justement. Donald a son permis et roule dans une Beichfire Runabout, le véhicule qui l'accompagne depuis 1938 dans ses péripéties. La plaque d'immatriculation (313) est un clin d'œil à sa date de naissance, le treize mars. Donald vit de nombreuses aventures au fil des décennies, souvent accompagné de ses trois neveux, Riri, Fifi et Loulou (Huey, Dewey, and Louie), qui ont fait leur première apparition eux aussi en 1938. Ensemble, ils forment la Duck Family et vivent des histoires palpitantes, tant dans les dessins animés que dans les bandes dessinées. Au départ, le trio en faisait voir de toutes les couleurs à leur oncle, les cannetons étaient de véritables pestes, mais ils se sont progressivement adoucis, sont devenus plus responsables, ont joué un rôle plus positif, notamment à travers leur appartenance au club des Castors Juniors. Ms Ducks step out, en 1940, est un récit important pour Donald : c'est la première apparition de Daisy, qui va devenir sa fiancée immuable et souvent déçue. Autres membres du cast qu'il est impossible de négliger, le cousin Gontran, qui a autant de chance que Donald peut être poissard, ou encore Lagrogne et Grumble (ce dernier principalement dans les histoires produites en Italie, qui est une des grandes sources pour les aventures Disney), des voisins irascibles avec qui Donald passe le plus clair de son temps à se disputer. Il faut dire que notre canard part au quart de tour, que même s'il est généreux et voit les choses du bon côté, il lui en faut peu pour exploser et devenir hargneux pour un temps. D'où l'expression, voler dans les plumes…



Pour marquer ce 90ème anniversaire, Disney+ ajoute un nouveau court métrage d’animation à sa bibliothèque intitulé “D.I.Y. Duck”, réalisé par Mark Henn. Dans ce film, Donald se lance dans le défi apparemment simple de changer une ampoule, mais les choses se compliquent rapidement. Donald Duck n’est pas seulement un personnage de fiction ; il est devenu un symbole culturel, représentant avec humour les frustrations et les défis du quotidien. Son impact sur la culture populaire est indéniable, et son héritage continue de s’enrichir avec le temps. Dès le départ, Donald et Mickey semblent deux personnages aux antipodes, qui se répondent, se complètent idéalement. Et les faveurs du public ne vont pas forcément au plus brave, au plus malin. Car certes, Mickey était intelligent, rapide dans ses raisonnements, capable de résoudre de nombreux problèmes et jamais pris de court, au bout du compte. Il nous entraînait derrière lui, nous le poursuivions, et suivre toutes ses péripéties et les solutions qu'il mettait en œuvre pour triompher avait de quoi nous retourner la tête. Quel sacré petit bonhomme que cette souris ! Mais Donald ne pouvait pas et ne peut toujours pas se permettre d'avoir des défauts. Commettre quelques faux pas, très bien, mais certainement pas être enragé, envieux, mesquin. C'est une condamnation sociale et artistique ! Un drôle de héros, quand même. Et pourtant, dès le début, ce canard habillé en marin, qui aura pour principale passion son hamac pendant quatre-vingt-dix ans (à ce jour), deviendra une idole capable de rivaliser avec le vrai héros, et dans nos cœurs, de le supplanter. C'est un paradigme littéraire : l'astuce et l'honnêteté morale de Mickey nous sont nécessaires mais la malchance et le caractère soupe-au-lait de Donald nous plaisent. Mickey est meilleur que nous, plus fort, Donald est pire que nous — du moins, c'est ce que nous espérons secrètement depuis le début. Mickey peut devenir antipathique, parfois, Donald jamais (c'est impossible). Ou alors ce serait éprouver de l'aversion pour qui et ce que nous sommes ! Et il n'y a pas que Donald dans cette affaire. Aucun des personnages de son univers ne peut devenir désagréable sur le long terme, pas même l'oncle milliardaire et avare ; pas même le cousin Gontran, outrageusement chanceux, qui ridiculise et l'emporte sur Donald à chaque fois, et fait battre les cils et le cœur (?) de Daisy. Leur importance est uniquement à considérer dans l'optique de faire briller le perdant ; ils servent à la narration, et ils nous servent, nous lecteurs ou spectateurs, à comprendre et aimer les caractéristiques de notre héros. Nous lui pardonnons tout, nous l'aimons. C'est ça, le vrai amour, non? Sacré Donald Duck… 




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NIGHT EATERS TOME 1 : ELLE DÉVORE LA NUIT




 Milly et Billy sont deux jumeaux avec un problème commun : leur mère. Une sacrée personnalité encombrante, jamais contente, bougonne, revêche même. Qui impose ses choix, castre et fait la tête. Chouette ambiance. Pourtant, ils ont ouvert un restaurant hawaïen qui fonctionne assez bien (enfin, si le covid le permet, car la crise planétaire que nous avons traversé sert en partie de toile de fond à l'ensemble), mais entre ça et abandonner des études, vous comprendrez que les parents s'inquiètent. Ipo est donc un personnage d'approche difficile, dont le passé est dévoilé au début de chaque partie de Night Eaters, sous forme de brefs flashback, dans les années 1950. Et à l'époque, la mère des jumeaux est encore célibataire. Elle est superbe et sait se battre, au point qu'elle devient la doublure officielle pour des scènes de combats et des cascades dans des films d'action asiatiques. Au temps présent, Ipo a fini par émigrer aux States, elle est devenue une femme qui semble accorder plus d'importance à ses plantes, à son jardin, qu'aux humains, à l'exception de son mari, qui a l'air de savoir comment se positionner par rapport à elle et qui supporte son manque de sympathie. En face de la maison d'une couple, une autre bâtisse, délabrée et abandonnée, attire l'attention des agents immobiliers, mais sans jamais trouver preneur. Il faut dire que tout à l'air de tomber en ruines, et que même l'intérieur est sinistre. Et puis, un meurtre y a été commis, comme on va assez vite le découvrir. Marjorie Liu nous plonge dans l'horreur par petites doses, comme s'il s'agissait d'enter dans une piscine sans souffrir l'eau froide. Un pas devant l'autre, dans un climat angoissant, pesant, avec des apparitions, des illuminations cauchemardesques, qui nous font basculer dans autre chose. L'art de doser les ingrédients pour réussir son plat. 



L'horreur vient donc de la découverte d'un squelette enterré, d'un meurtre qui s'est produit dans la maison d'en face. Mais c'est aussi parce qu'il va être question de démons, de créatures surnaturelles qui ont besoin d'un corps pour s'incarner dans notre plan d'existence. Et en parallèle à tout cela, Night Eaters est aussi une histoire qui parle de filiation, de la manière dont il est difficile de transmettre des valeurs et des sentiments entre des parents et leurs enfants, surtout quand les parents ne sont pas tout à fait comme les autres et que les enfants sont, sans le savoir, tout aussi particuliers. Marjorie Liu fait preuve d'une science éprouvée de la narration et si l'ensemble commence sur un tempo plutôt lent, on finit par se prendre au jeu de cette ambiance glauque mais attachante, qui culmine dans 50 dernières pages où tout est (presque) révélé aux lecteurs. Les dessins de Sana Takeda s'abreuvent plus aux source du manga qu'à celles du comic book traditionnel et ils sont par endroits délicieux, même si personnellement j'ai toujours beaucoup de mal lorsque les personnages sont représentés en train de transpirer, avec des grosses gouttes de sueur qui leur coulent du front. Habitude nippone. Les couleurs sont aussi très réussies et se mettent au diapason d'une histoire qui devrait normalement s'étaler sur trois tomes. Toujours est-il que le premier est une véritable réussite, suffisamment singulier pour ne ressembler à rien d'autre et nous donner envie de vite découvrir (vite !) le prochain.



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MURDER FALCON : WARREN JOHNSON ET LE METAL POUR SAUVER LE MONDE

 Avec un titre pareil, on s’attend à du bruit, de la fureur et une aventure fracassante. Murder Falcon (ici réédité dans une version augmen...