BATMAN LE CHEVALIER NOIR TOME 4 : DE L'ARGILE

Gueule d'Argile est un personnage protéiforme : il peut changer d'apparence à volonté, ce qui le rend particulièrement difficile à identifier et à maîtriser. Mais à l'instar du Caméléon chez Marvel, il finit par en oublier sa véritable identité; à force d'être tout le monde, il n'est plus personne. Soyons honnêtes, ce n'est pas forcément le vilain le plus impressionnant, ou qui a mis le plus en difficulté Batman durant sa carrière, mais la version que nous propose Greg Hurwitz est particulièrement intéressante, notamment car le scénariste enquête sur le passé du personnage, son enfance, durant laquelle un manque de confiance en lui et d'affection, l'a rendu totalement transparent aux yeux des autres. Son besoin de se singulariser est poignant, et sa carrière d'acteur un vrai fiasco, n'étant pas assez beau pour jouer le rôle d'un jeune premier, ni assez doué pour obtenir un second rôle. Pauvre Basil Karlo. Le futur Gueule d'Argile va rencontrer tout d'abord le Joker, qui va l'aider à devenir ce qu'il est maintenant, puis le Pingouin, envers qui il a contracté une dette lourde de sens. Tout ceci nous est admirablement bien expliqué, alors que le vilain semble avoir définitivement pété les plombs, et qu'il liquide ses propres hommes de main, sous l'identité du commissaire Gordon. Batman ne s'y laisse pas tromper (le lecteur n'en croit pas ses mirettes, au départ) et la lutte recommence entre les deux antagonistes... pas facile d'arrêter Gueule d'Argile, a moins de mettre en place un piège totalement étanche, et surtout de ne pas se tromper de cible. 

C'est Alex Maleev, qui plus est, qui dessine ce premier story-arc de l'album. Alors c'est forcément beau, plein d'une atmosphère urbaine et violente, avec un jeu sur les ombres et les textures toujours aussi passionnant. La suite nous laisse...sans voix. Je veux dire par là que nous avons le droit à deux épisodes sans le moindre dialogue, où c'est le story-telling du dessinateur qui fait parler l'histoire. Alberto Ponticelli s'appuie sur un trait gras, faussement sale, pour faire ressortir les émotions dans ce qui est un récit qui aborde le traitement réservé aux immigrés clandestins en Amérique, ici exploités par l'infâme Pingouin, toujours prêt à exploiter la misère des autres pour quelques dollars de plus.
La fin de cet album est un peu plus classique dans la forme, avec deux autres épisodes qui mettent en scène Man-Bat, le contraire de notre cher Batman. Ce n'est pas le scientifique Kirk Langstrom qui utilise la formule pour devenir une véritable chauve souris humaine, mais son père, qui est un homme d'affaire obnibulé par la réussite et sans aucune morale. On ne donne pas dans les nuances, c'est présenté et développé de façon très convenue, avec finalement peu de place pour approfondir la relation père/fils qui aurait pu être l'angle d'approche le meilleur. Par contre, le lecteur peut profiter du travail d'Ethan Van Sciver qui dessine une grande partie de ces pages, avec le renfort de Jorge Lucas (pas Georges hein...) pour la dernière moitié. 
Dernier tome pour la série The Dark Knight, qui vous l'avez deviné depuis le début, est censé exploiter le coté sombre et horrifique de Gotham, sans pour autant proposer des histoires capitales ou extraordinaires. Mais les artistes qui se relaient sont en général de bonne facture, et les amoureux du dessin en ont eu pour leur argent, vraisemblablement. 


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NEMESIS DE MARK MILLAR et STEVE MC NIVEN : LE NIHILISME EN ACTION

Si je suis un admirateur du travail de Mark Millar, j'admets avoir été déçu une fois, principalement, par une de ses oeuvres. je veux parler de Nemesis, qui fit couler de l'encre et bien des polémiques lors de sa sortie. Je n'avais pas aimé alors, mais comme le temps change parfois la donne, l'heure est venue d'une relecture, des années plus tard, et d'un nouvel avis. Alors, ce Nemesis, le rachat à sonné?
Nemesis est le plus grand super criminel de la planète. Du haut de sa morgue et de sa philosophie abjecte, il semble narguer la bien pensance et les polices du monde entier, et le terrorisme est sa seule doctrine. Tout habillé de blanc, il plane comme un fantôme mortel sur ses victimes, et se joue d'elles avec cruauté. S'il officie principalement en Asie (le début de cet album le voit commettre un carnage ferroviaire au Japon), il ne dédaigne pas rendre visite à l'Amérique, pour régler ses comptes (c'est tout du moins ce qu'il prétend, dans un premier temps) avec le commissaire Blake Morrow, une sorte de super flic que rien n'arrête et pour qui le boulot est avant tout une mission inaliénable. Morrow reçoit d'ailleurs un billet doux éloquent : sa mort est déjà programmée, et dès son arrivée aux States, Nemesis fait parler la poudre : il met la main sur le président des Etats-Unis en personne, investit le Pentagone et en assassine quasiment tout le personnel, avant de se laisser prendre au piège que lui tend la police, et de se faire capturer. Un bref répit de toute façon au programme ; le criminel a tout planifié depuis le début, et se laisser alpaguer était pour lui le meilleur moyen d'initier son plan retors et somptueusement horrible. Le sang va couler, les révélations choquantes vont fuser, le duel entre le superflic et sa cible va être épique. Nous sommes dans un vrai western moderne, gore et anticonformiste. Sauf que le bad guy semble avoir toujours un coup (voire deux) d'avance... 
L'opposition est très dychotomique : le méchant est franchement méchant, le gentil presque trop gentil. De toutes façons, cet album ne prend pas le temps de fouiller la psyché de ses personages, il est trop occupé à revendre de l'hémoglobine au litre. C'est bien le hic avec Nemesis : comment un individu peut-il acquérir de tels moyens, une telle philosophie, réussir de tels coups, et dans quel but?

Si la fin répond en partie à la première question, le reste est suspendu dans les limbes des mystères du scénario. A coté, Kick-Ass est censé être de la merde, dixit Millar, l'auteur des deux oeuvres. Désolé, mais je m'inscris en faux. Tout d'abord Nemesis a le défaut (ou la qualité) d'aborder un sujet sensible, qui l'est devenu plus encore récemment, à savoir le terorisme. Les innocents subissent, il frappe sans considération pour les foules, se complait à répandre le mal, dans un costume blanc immaculé qui est un peu l'antithèse de celui de Batman, dont il reprend par ailleurs la légende fondatrice, pervertie (l'individu qui serait parti à la recherche d'une nouvelle identité, après la mort de ses parents -ici ils ont subi la peine de mort ou le suicide- et aurait acquéri tout un arsenal de techniques de défense, et une richesse colossale, pour revenir ensuite se venger). Nemesis est riche, il s'ennuit, alors il tue. Une version revisitée et outrancière d'Orange Mécanique, un sous-produit à la Garth Ennis (qui lui structure bien mieux les poussées de violence, et trouve toujours le moyen de les justifier, ou presque), ou juste un comic-book fun et irrévérencieux, à prendre au quatrième degré? L'hésitation reste en permanence en balance dans cet album, et si la fin semble punir le grand criminel, les dernières planches remettent en question le triomphe du bien sur le mal absolu, et incarne cette fascination morbide pour les grands cerveaux criminels, des ordures à passer par les armes qui finissent par dégager un capital sympathie tant leurs machinations sont complexes et outrancières. 
Reste les planches de McNiven, qui en tant qu'artiste au talent indiscutable, sort encore son épingle du jeu. Son trait est encré avec parcimonie et peu appuyé, comme si derrière l'incroyable et effroyable déferlement de sang, il souhait prendre un peu de recul et dépersonnifier l'ensemble. C'est du haut niveau, mais pas le sommet de sa carrière. Les scènes d'action quand Nemesis se déchaîne, sont très efficaces, et bien réglées. 
Millar a probablement souhaité nié à son personnage une vraie empathie, une réelle profondeur existentielle, pour ne pas magnifier le nihilisme primaire qui l'habite et le définit. Il met en avant le rythme, l'action, sacrifiant de la sorte les motivations et l'humanité des personnages. Nous lisons donc un grand comic-book en terme de violence spectaculaire, mais qui n'offre guère de clé de lecture quand au sens de la narration, et ses ambitions. Blockbuster de l'été, mais film jamais récompénsé, dirait-on au cinéma.






MARVEL UNIVERSE 6 : VENOM SPACEKNIGHT

Du Flash Thompson d'autrefois, ce grand gaillard un peu couillon et un peu loser pour qui Peter Parker était une tête de turc au lycée, il ne reste absolument plus rien. Tout comme il ne reste guère de traces tangibles du grand Venom/Eddie Brock qui tourmentait Spider-Man et souhaitait lui manger la cervelle. Aujourd'hui, le symbiote alien a été purgé de toute sa rage, sa haine, et est devenu un simple instrument pour mener à bien des missions dans l'espace. Une sorte de combinaison high-tech qui évolue au gré de l'humeur, des circonstances, et permet à Flash de se targuer du titre de "Agent of the Cosmos" bien qu'il ignore lui-même ce que cela peut vraiment vouloir dire. En révélant les origines du symbiote et en abordant le sujet de la race des Klyntar, Bendis a probablement mis un point final à ce qui était un des personnages les plus fascinants car controversés, durant les années 90. Expurgé de ce qui faisait de lui une terreur homicide et en même temps une force contre nature au service du bien, le Venom qui subsiste est désespérément lisse, aseptisé, et finalement d'un moindre intérêt. Avec Robbie Thompson, on a l'impression de lire un vague résumé de ce qui existe chez Dc, avec les Green Lantern (mais à des années lumière de ce que Geoff Johns a bien écrit récemment) ou de ce qu'on a déjà vu chez Marvel il y a peu avec les Gardiens de la Galaxie. Avait-on besoin des Agents du Cosmos? Bien sur que non, d'autant plus que cette première mission confiée à Venom (par télépathie, c'est pratique et moderne) est totalement ennuyeuse et sans le moindre enjeu d'envergure. Une histoire creuse de cargaison de drogue extra-terrestre dans l'espace, avec cerise sur le gâteau un robot aux pulsions suicidaires qui finit par devenir le side-kick de Venom. Certaines scènes sont assez limites, voire purement enfantines, comme lorsque le héros parvient à échapper aux griffes de ses adversaires en pressant un gros bouton rouge situé sur le tableau de bord, qui provoque dépressurisation et évacuation de tout l'engin spatial de manière instantanée. Mais ils sont donc complètement imbéciles ces aliens, qui traversent le vide sidéral à bords d'engins qu'on peut ouvrir comme une boite à sardines juste en appuyant sur une touche ultra voyante, à la portée de tous?


Blague à part, on trouve aussi de bonnes idées, comme cet approndissement de ce qu'est le symbiote (de la race des Klyntar) et de sa nature positive, tout comme le fait que les Agents du Cosmos soient capables d'entendre intérieurement les appels à l'aide de l'univers, constituant ainsi une force qui ferait presque penser aux Jedis chez Star Wars. Flash est capable d'utiliser son symbiote de bien curieuse manière, pour sauver des vies, plutôt que d'en dévorer. On le voit ainsi sur une planète alien utiliser la substance noire comme ballon protecteur, ou parapluie géant, un peu comme Peter Parker aurait pu le faire, en son temps, avec de la bonne vieille toile traditionnelle. Le problème, c'est que finalement tous ces petits bons moments sont dilués dans un récit qui n'a pas de portée profonde, et qui de toutes manières n'était censé aller que jusqu'aux Secret Wars, au terme desquelles a emergé un nouveau Venom, qui n'a plus rien à voir, et dont nous avons déjà parlé ici-même.
Restent les dessins d'Ariel Olivetti. Je devrais dire les peintures, tant son style est pictural, magnifique au niveau des couleurs, des décors. Mais attention là-encore, il ne faut pas être allergique au travail sur ordinateur (c'est assez criant chez Olivetti) et surtout aux planches contaminées par une fixité figurative exagérée. Tout parait figé dans une froide beauté d'où est exclu le mouvement, la passion. Et pourtant c'est beau, par endroits, exagérément beau. En opposition aux séries d'aujourd'hui qui semblent dessinés dans un esprit "arty" caricatural, là tout est fouillé à l'extrême, avec une mise en couleur sidérale et sidérante. Manque juste l'essence, la vie.
Reste qu'au prix de la revue (merci Panini), après tout, rien ne vous empêche de tenter l'expérience et d'aller en kiosque.





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X-MEN RESURRXION EN MARS. NOUVEAU DEPART POUR LES MUTANTS

En dépit de la rumeur qui courrait, selon quoi les responsables de Marvel souhaiteraient en finir avec les titres mutants, furieux que ce soit la Fox qui exploite les droits des personnages au cinéma, les X-Men sont toujours bel et bien en action, et vont vivre à partir de mars 2017 une énième révolution. Certes, les Inhumains sont aujourd'hui leurs concurrents directs, et certains héros phares apparaissent redondants, comme des doubles embarrassants, qui finissent par faire de l'ombre, mais pas trop. Car disons le franchement, Marvel joue le "passage en force" avec les Inhumains, au risque souvent de les présenter comme des personnages antipathiques et au comportement presque terroriste (Scott Summers également, d'un certain côté), ce qui n'arrange rien au fait que les nouveaux venus depuis la dispersion du nuage terrigène ont assez peu de charisme, et ne semblent pas avoir prise sur le lectorat de masse. 
Le conflit total entre mutants et inhumains a éclaté ces dernières semaines en deux actes. Tout d'abord la mini série Death of X, de Jeff Lemire et Charles Soule, nous a relaté comment est mort Scott Summers, et clairement la responsabilité de Flèche Noire est évidente. Ensuite est arrivée la mini série Inhumans Vs X-Men, dont les numéros 0 et 1 sont déjà sortis au States. Au terme de tout cela, ce sera le moment de recoller les morceaux, d'aller de l'avant, dans une nouvelle direction. Après la mort, chez Marvel, vient donc la résurrection. Ou plutôt RESURRXION, comme le veut le slogan, le titre de ce virage à prendre en mars.
Nous aurons donc deux one-shot importants, à savoir Inhumans Prime et X-Men Prime, un titre déjà exploité dans les années 90. Juste ensuite les mutants se scindent en deux groupes "historiques" avec X-Men Blue par Cullen Bunn, et X-Men Gold par Marc Guggenheim. Des titres en solo sont annoncés, comme ceux dédiés à Iceman (par Sina Grace), Jean Grey (par Dennis Hopeless), Cable (par James Robinson) ou Generation X (par Christina Strain). 
La trame sera basée sur le rêve originel, celui de la coexistence pacifique entre humains et mutants, et de la lutte pour y parvenir. 



Nous pouvons tout de même déjà remarquer quelques petites choses. L'absence d'auteurs de premier plan tout d'abord. Bunn et Guggenheim ne sont pas les premiers venus, mais si Marvel avait voulu vraiment mettre les mutants au tout devant de la scène, ce sont d'autres scénaristes qui auraient été conviés (par exemple Lemire) et surtout des dessinateurs de premier ordre auraient été recrutés (Immonen, Coipel, Pichelli, Asrar...). Ensuite, nous semblons aller vers un retour en arrière, aussi bien au niveau du design des personnages, que du mode de fonctionnement de l'univers mutant. Une sorte de désaveu de ce que Bendis a pu vouloir faire récemment, et d'autres avant lui. 
Chez les X-Men, ce qui fait défaut actuellement, c'est une grande vision d'ensemble (Claremont tissait les trames des mois ou des années en prévision), de vrais enjeux qui ne se diluent pas dans une écriture axée uniquement sur la version tpb (le défaut de Bendis, qui mise tous sur la sitation, le dialogue, au détriment d'une histoire chaque mois) et quelques sagas passionnantes et marquantes, comme récemment le Complexe du Messie, le Chant du Bourreau, ou à la rigueur Schism (que j'ai apprécié). Ces dernières années, entre Avengers Vs X-Men et les micro récits de Braian Bendis, ça manquait de souffle, en dehors des tous premiers épisodes de All-New X-Men, qui avaient apporté de la fraîcheur, avant eux aussi de perdre en ampleur.
Bref, les mutants ne sont pas morts, mais on annonce tout de même leur ResurrXion. Nous serions les premiers à le souhaiter, mais nous sommes modérément dubitatifs. 

MARVEL SAGA 4 : ANT-MAN LE CASSE DU SIECLE

La suite des aventures de Ant-Man vous attend en kiosque, dans la revue Marvel saga publiée ce mois-ci. C'est Scott Lang qui est le héros de l'aventure du jour, lui qui est devenu si populaire depuis le récent film, qui a obtenu un joli succès mérité au grand écran. L'existence de Scott n'est pas si simple dans les comics également... s'il est plein de bonne volonté, sa vie personnelle est très chaotique, et il a un talent certain pour prendre les mauvaises décisions, au mauvais moment. Afin de protéger sa fille Cassie, il a décidé de s'en éloigner le plus possible, tout en continuant à lui rendre visite sous sa forme microscopique, lorsqu'elle ne peut pas s'en rendre compte. En parallèle il a fondé Ant-Man solutions security, une sorte de compagnie de gardiennage et d'intervention, et il travaille avec deux anciens criminels reconvertis, dont l'efficacité et la confiance sont encore à démontrer. Bien sûr le ton de cette série est décalé et humoristique, rien de tragique ou d'irrémédiable, nous sommes là pour sourire, même si au bout du conte le récit nous est narré depuis une prison, là où se trouve actuellement le héros, qui nous raconte au fil des épisodes comment il a pu s'y retrouver. Disons que la situation précipite lorsqu'une nouvelle application pour smartphone permet aux quidam moyen de se transformer provisoirement en super méchant ... la fille de Scott à cédé à la tentation, et elle a obtenu elle aussi des pouvoirs qui vont lui permettre d'aller effectuer un cambriolage chez les Cross, de richissimes industriels véreux qui ont par le passé enlevé Cassie, pour lui voler son cœur -littéralement- et utiliser les particules Pym qu'il contient, pour leurs propres objectifs. Bref, un véritable imbroglio, d'autant plus que pour sauver sa fille Ant-Man va devoir lui aussi se mettre du mauvais côté de la loi, et franchir toute une série d'obstacles qui vont lui donner bien du fil à retordre.



Nick Spencer n'est pas seulement capable de tisser des trames politique complexes comme il le fait en ce moment sur Captain America, mais il est aussi un petit maître de l'humour, et cette série Ant-Man est particulièrement rafraîchissante, et aurait mérité un franc succès. Ce qu'elle n'a pourtant pas obtenu, puisqu'elle s'est arrêté à l'approche des récentes Secret Wars. Ce n'est néanmoins pas une raison pour bouder ce Marvel saga qui est drôle et bien mené. Autre plaisir, lire les relations entre Scott et Darla Deering, son ancienne petite amie, avec qui il a eu une liaison durant son plus récent passage chez les Fantastiques. Aujourd'hui la demoiselle est sous les feux des projecteurs en tant que star d'une émission de télé réalité ,et ses rapports avec Lang sont bien sûr intégralement filmés. Les dessins de Ramon Rosanas se mettent au diapason de l'ambiance; nous ne sommes pas dans le photorealisme absolu, mais nous avons affaire à des planches légères, colorées, qui mettent en avant l'action et le dynamisme, plutôt que de chercher la profusion de détails, et d'épater à tout prix le lecteur. Voilà véritablement une publication qui ne se prend pas la tête, et parvient à susciter un capital sympathie évident, pour un peu plus de 5 €. Vous pouvez donc vous offrir une parenthèse amusante avec ce loser en costume, que nous avons aussi hâte de retrouver sur grand écran!


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BATMAN UN DEUIL DANS LA FAMILLE (DC COMICS LE MEILLEUR DES SUPER-HEROS TOME 35 CHEZ EAGLEMOSS)

Comme vous le savez probablement tous, Batman est épaulé par un jeune adolescent durant ses expéditions nocturnes, dans les rues de Gotham. Le jeune protégé porte lui aussi un costume et le masque, et il répond au nom de code de Robin. Mais l’histoire retiendra qu’il n’y a pas eu qu’un seul, mais bien plusieurs personnes qui se sont succédées en tant que Robin. Le premier du nom, Dick Grayson, a grandi et aujourd’hui il officie sous un autre pseudo (Nightwing), adulte majeur et vacciné. C’est le second de la dynastie qui nous intéresse dans cet album intitulé Death in the family (Un deuil dans la famille en Vf - épisodes #426-429). En effet, comme le suggère le titre, Jason Todd, le Robin de l’époque, va trouver la mort dans ce récit, en se faisant sérieusement passer à tabac par le Joker, avant de se prendre l’explosion d’une bombe en pleine face. L’histoire est la suivante : Jason Todd, le second Robin, découvre que sa mère n’est pas celle qu’il a toujours cru. Ses deux parents étant décédés, ils va devoir mener une enquête serrée pour déterminer qui, de trois femmes découvertes dans le carnet d’adresses de feu son père, est sa vraie mère. Ce qui l’amène au Moyen Orient, entre le Liban, Israël et la Somalie, où se trouve aussi, manque de chance, le Joker; le plus cruel et déjanté des ennemis de Batman, qui vient de s'échapper pour la centième fois de l'asile d'Arkham, pour vendre une arme nucléaire à des terroristes. L’homme chauve souris s’en mêle également, comme il se doit, sans se douter qu’un drame se profile : la perte de son jeune compagnon ! Ah ce salaud de Joker et ses blagues toutes pourries…

Jim Starlin, d’habitude spécialiste de la saga cosmique chez Marvel (Warlock, le Défi de Thanos, Captain Marvel…) signe là un passage remarqué pour DC, en reprenant et tonifiant le mythe de Batman. Il faut savoir qu’à l’époque du fameux épisode de Robin se faisant tabasser par le Joker, puis exploser avec une bombe, DC avait prévu deux épisodes différents déjà dessinés. Les lecteurs avaient été appelé à voter par téléphone pour décider de l’issue de la déflagration : sauver le petit Jason, ou se débarrasser de lui. Bien plus cruel que la Star Academy. Au final, les américains ont voté pouce vers le bas (de peu, 5343 contre 5271), et Batman a du encaisser le choc, puis se trouver un nouveau Robin. Dennis O'Neill, editor du titre dans les années 80 et 90, plaisante parfois avec ce lecteur allergique à Jason, qui est resté devant son téléphone des heures durant, et votait pour le trépas toutes les 90 secondes! Au passage, l’histoire est de bonne facture, les dessins académiques (de Jim Aparo) mais agréables, mis à part le costume infantile du second Robin, complètement improbable et franchement ridicule (surtout les culottes courtes vertes, du plus mauvais goût). La scène de la mise à mort est efficace, et vous fera frémir. Un peu moins bon, la rhétorique qui englobe le voyage de Robin et Batman en Iran et au Liban, mais à l’époque les comics mainstream étaient encore un peu trop manichéens et ne faisaient pas toujours dans la nuance. Les tentatives d'aborder de front d'épineuses questions géo-politiques comme le conflit israëlo-arabe ou la guerre civile au Liban sont plutôt taillées à la serpe, même si elles ont le mérite d'exister dans ce type de média. Cet album, que la collection Eaglemoss ajoute à la liste déjà longue qui enchante les fans de Dc, est quand même une bonne occasion de découvrir ce personnage de Robin, le petit laquais de Batman, et de se familiariser avec les drames continue qui jonchent la carrière de Bruce Wayne, mais aussi de lire un de ces petits moments inoubliables qui forgent le caractère d'un héros, d'un vrai. D'autant plus que toutes les tentatives de proposer au grand public des histoires plus anciennes et vintage sont à mon sens à encourager et à soutenir carrément. 

HAWKEYE #1 : LES NOUVELLES AVENTURES DE KATE BISHOP

Que cela vous plaise ou non, Kate Bishop est là pour durer. D'ailleurs la nouvelle série consacrée à Hawkeye met en scène la jeune fille, plutôt que Clint Barton. Nous la retrouvons donc sous le soleil de Los Angeles, alors qu'elle a décidé d'ouvrir une petite étude de détective privé. Certes il s'agit d'une activité encore en devenir, et pour le moment Kate se contente d'un bureau assez miteux, avec un logo dessiné à la main, accroché sur la porte sous forme de feuille de papier... pas de quoi attirer une grande foule de clients, surtout que le design choisi fait plutôt penser au cabinet d'un ophtalmologue qu'à autre chose. Sans compter les clients qui sont attirés par le nom d'Hawkeye, mais s'attendent à l'autre, le vrai, celui qui fait partie des Avengers, qui a des abdos, et que certains clients aimeraient frapper bien volontiers. Au milieu de tout cela, que peut faire notre jeune héroïne, si ce n'est essayer de se faire des connaissances, et une petite place sous le soleil, au sens propre comme au sens figuré? C'est ce que tente de nous raconter Kelly Thompson, la nouvelle scénariste de la série, qui joue franchement la carte de l'humour, et utilise les codes modernes en vigueur pour capter un public plus jeune, habitué à une narration à la cool, et éventuellement recruter un certain nombre de lectrices.
Tout comme Clint son mentor, Kate a un talent particulier pour se fourrer dans les mauvaises situations, et cela au mauvais moment. Ceci implique de se retrouver au beau milieu d'un cambriolage dans une banque, qu'elle parvient à maîtriser avec beaucoup de facilité, ou bien durant la filature nécessaire pour son premier cas, de commettre une bourde qui risque d'avoir des conséquences sur le reste de la série. Voilà un premier numéro assez sympathique, qui à défaut d'être révolutionnaire tente de suivre ce qui a été fait auparavant, tout en s'affirmant inférieur au niveau du dessin de Leonardo Romero. L'artiste exploite le savoir-faire de ceux qui étaient là avant lui, avec des gimmicks visuels, des gros plans ciblés, qui mettent en valeur la faculté d'une femme ordinaire à faire des choses qui le sont beaucoup moins. La couleur de Jordie Bellaire insuffle de la positivité et ajoute au fun de l'ensemble, et font de ce titre un produit parfait pour les lecteurs plus récents, mais qui parlera probablement moins à celles et ceux qui ont le coeur pris par des comics plus "classiques" dans le fond et la forme. Idée personnelle pour finir : le manque (pour l'instant?) d'enjeux forts, de guest star de poids, et de grands noms au menu, font qu'à première vue la viabilité de ce nouveau Hawkeye est loin d'être garantie à moyen long terme... 



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