BATMAN LA COUR DES HIBOUX 2ème partie (DC COMICS LE MEILLEUR DES SUPER-HEROS TOME 8 CHEZ EAGLEMOSS)

Huitième volume de la collection Dc / Eaglemoss, avec la suite très attendue des aventures de Batman contre la Cour des Hiboux. Une lutte qui atteint ici un climax explosif.
Nous retrouvons le Dark Knight aux prises avec la Cour des Hiboux, ce groupuscule secret et hautement influent, qui tire dans l'ombre les ficelles de la vie à Gotham depuis des générations. Bruce Wayne a fait connaissance dans la douleur avec ses ennemis, dans le volume précédent, et cette fois, nous assistons à une attaque de grande ampleur contre le Manoir Wayne. Vous souhaitez voir Bruce en pyjama contre des assaillants que rien (ou presque) ne semble pouvoir arrêter? Les Ergots, bras droits opérationnels des Hiboux, sont ultra résistants et ont plus du zombie pré-programmé que de l'être humain. Ce sont des assassins méthodiques et au delà de la mort, et ils déferlent contre toutes les huiles de Gotham, lors d'une nuit mémorable (Night of the Owls, la Nuit des Hiboux) où le pouvoir risque fort de changer de main. Bien sur, Batman survivra à cet angoissant événement, et en tant que détective de talent, nous le verrons par la suite s'intéresser à l'orphelinat de Willowhood. Un institut qui abritait autrefois des enfants dans des conditions terribles, et qui pourrait renfermer en son sein la clé du mystère pour atteindre le coeur de la Cour des Hiboux. Au passage, la mère de notre héros faisait partie des responsables du lieu, avant que celui-ci ne dégénère passablement : les liens entre les Wayne et les assaillants de Gotham sont-ils bien plus étroits que tout ce que nous pourrions imaginer? Demandez donc à Scott Snyder, qui a longuement préparé un petit coup de théâtre qui vous fera bondir, et dont je vous laisse la surprise, si vous n'avez pas lu ces épisodes lors de leurs premières parutions, chez Urban en kiosque (dans Batman Saga) ou encore en librairie (le second tome de Batman - Dc Renaissance). 

Scott Snyder a une recette efficace : aller puiser dans les tréfonds de l'âme sombre de Gotham, et ses secrets légendaires, pour ensuite mettre en parallèle les découvertes qui y sont faites, avec l'esprit fragmenté et agité de Bruce Wayne. La généalogie municipale et familiale s'entrecroisent dans un récit au long cours qui va vers sa résolution, avec ce second tome à ne pas manquer. Après tout, l'apparition des Hiboux est advenue lorsque le milliardaire play-boy a décidé de lancer un vaste plan de rénovation de la ville, comme s'il était inéluctable qu'en voulant arracher le masque des apparences, quelque chose d'autre allait bondir d'en dessous, pour s'emparer de la réalité telle que nous l'appréhendons. Comme déjà remarqué, Batman bénéficie aussi d'un très bon dessinateur en la personne de Greg Capullo. Tout, du style narratif, aux poses audacieuses et plastiquement réussies, en passant par la mise en couleurs sombre à souhait, contribue à renforcer l'idée de synergie entre les deux auteurs majeurs qui nous régalent depuis des mois. Urban Comics avait du trancher au moment de proposer le tome 2, devant le problème constitué par le crossover Night of the Owls. En effet, l'assaut nocturne des Hiboux a eu des échos dans l'ensemble des titres consacrés à la Bat-Family, mais tout publier était impensable et un vrai casse-tête éditorial. C'est la raison pour laquelle le choix est finalement tombé sur la publication en librairie des seuls épisodes de la série régulière de Snyder, qui permet de suivre sans aucune difficulté l'action, et n'a qu'un seul tort : ne pas rendre compte parfaitement de la puissance de feu et du caractère apocalyptique de la longue nuit des Hiboux, quand on peut lire toutes les séries dans leur intégralité. Qu'à cela ne tienne, ce tome 2 chez Eglamoss, qui reprend l'architecture éditoriale proposée par Urban, est bien sur indispensable, et assurément un énorme succès mérité. Un récit moderne aussi accessible que prenant, qui ne dépareillerait pas un jour adapté au cinéma. 


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EXTRAORDINARY X-MEN #1 : LA REVIEW ALL-NEW ALL-DIFFERENT

Que les ennemis de Brian Bendis se rassurent, les X-Men, dans leur version All-New All-Different, sont passés dans d'autres mains. Le groupe Extraordinary est le plus chanceux, puisque c'est Jeff Lemire qui prend les commandes, avec tout ce que cela peut impliquer comme espoirs (je me répète, ici on adore Jeff). Première remarque : le run de Lemire commence petits bras. On sent qu'il s'agit avant tout de réintroduire les personnages, placer les billes sur la table. La partie débutera bientôt, nous en sommes encore au stade de la lecture des règles. Disons, pour faire court, que ce numéro un s'articule autour de trois axes. Le premier, c'est le rassemblement de la nouvelle équipe autour de Tornade, qui assume un rôle de leader dans la continuité du professeur Xavier, l'amertume et la désillusion en plus. Le second, c'est la conséquence de l'explosion de la bombe terrigène qui a doté de nombreux individus sur la planète de super-pouvoirs. Pour être précis, cette bombe a réveillé les gènes inhumains qui dormaient chez ces victimes. Du coup cela finit par entrer en redondance avec les mutants, et ces derniers appartenant à la Fox, pour ce qui est du cinéma, Marvel a donc décidé de miser gros sur les Inhumains pour exploiter les personnages dont elles possèdent les droits sur grand écran. Et le coté artistique là-dedans? Aucun, bien sur. Troisième axe, le mystère. Lemire n'arrête pas de nous faire comprendre qu'il est encore plus dur d'assumer le statut de mutant depuis que cyclope a fait ce qu'il a fait. Certes, mais qu'à t-il fait? Du dossier et du lourd, mais pour le moment, rien de très concret. Logique, vu que Marvel en ce moment met la charrue avant les boeufs et balance ses nouveaux titres avant la fin des Secret Wars. Alors voilà, c'est reparti, les mutants sont de nouveau au bord de l'extinction, la brume terrigène les as rendus malades, et stériles. Plus de naissance, et la catastrophe est annoncée. Au moins Lemire n'a pas eu beaucoup à réfléchir pour pondre ce scénario, car c'est en gros le leit-motiv de toutes ces dernières années, et de celles d'avant encore (au hasard, le Jour M ou le virus Legacy, faites votre choix). Pour corser le tout, on notera malheureusement que les histoires emberlificotées de saut dans le passé ou de héros venus du futur sont loin d'être résolues. La Jean Grey d'avant est toujours parmi nous et le Old Man Logan aperçu durant les Secret Wars arrive à notre ère temporelle. Bref, bonjour l'imbroglio. Humberto Ramos est aussi de la partie. Si vous aimez son style hyper saisissant, ses cadrages particuliers et sa façon de faire vivre les planches en dynamisant les perspectives et les silhouettes, vous allez être ravis, car il est en grande forme, et ne vous laissera pas indifférent. Pour ma part, le verdict est suspendu aux prochains numéros, car je me refuse de croire que Jeff Lemire n'a pas préparé dans ses cartons de grosses surprises pour les mutants. Ce départ conventionnel est une mise en bouche. On parie? 

OLDIES : SPIDER-MAN KRAVEN'S LAST HUNT (LA DERNIERE CHASSE DE KRAVEN)

Dans les années 80, les comics ont acquis une aura, une profondeur telle, qu'on a parlé souvent de passage à l'âge adulte. Il faut dire qu'avec des auteurs comme Chris Claremont, Frank Miller ou Alan Moore, les thèmes et les atmosphères abordées ont projeté notre média préféré vers d'autres cieux. Une des grandes évolutions est la frontière entre le bien et le mal qui se brouille toujours plus, jusqu'à induire une confusion entre ces notions, et obtenir des héros immergés dans un quotidien fait de nuances de gris, happés par un désespoir existentiel tragique. A cette époque, Spider-Man était publié sur trois titres, chacun ayant une empreinte artistique différente. Nous avions Amazing Spider-Man, Web of Spider-Man, et The Spectacular Spider-Man, qui puisait globalement ses racines dans le récit policier et urbain. Mais le tisseur allait connaître le sommet du genre grâce à un certain Jean-Marc de Matteis, qui avait déjà donné un bon coup de pied dans la fourmilière, lors de son run sur Captain America, où il affronta courageusement des sujets comme l'homo-sexualité ou le néonazisme en Amérique. C'est lui qui a mis au point cette série en six parties, publiée à travers les trois mensuels de Spider-Man. Avec une réussite incroyable, inoubliable, probablement portée par la scène choc de cette aventure hors-normes, à savoir Peter Parker qui est enterré vivant par son ennemi, Kraven le Chasseur. Au départ, nous assistons à une nouvelle étape dans les affrontements classiques entre ces deux antagonistes, comme nous y sommes habitués depuis l'ère Lee et Ditko (créateurs de Kraven également). Mais la technique employée par le scénariste nous plonge intimement dans la psyché des personnages, grâce à de nombreux monologues et réflexions intérieures, qui permettent de mieux comprendre le raisonnement malade de Kraven, et cette obsession perverse et maladive pour la chasse, et les tourments causés par la présence de Spider-Man. Nous sommes même à la frontière de cette technique que Burroughs employait sous le nom du cut-up (à savoir découper un texte de départ en fragments aléatoires, pour obtenir un nouveau texte). Jusque là le lecteur était habitué à rencontrer Kraven, le criminel, désormais il découvrait Kraven le psychopathe, le fou obsessionnel, dévoré par ses manies et son délire. Effrayant.  

Si De Matteis nous offre la vision de Kraven, c'est aussi pour qu'à travers les yeux du Chasseur, nous puissions nous habituer à l'idée malade que le mal, cette fois, c'est bel et bien le héros habituel, à savoir Spider-Man. Les pulsions primordiales de Kraven sont alors mises en avant, comme seule lutte possible contre la déshumanisation des individus, dont l'emblème est ici ce costume arachnéen qui vient narguer son ennemi récurrent. Que l'Araignée devienne le symbole du mal est évident à travers une poésie de William Blake, ici modifiée (Spider à la place de Tiger), qui revient dans la narration. Pour en venir à bout, la victoire n'est pas assez, il faut que la folie, la perversion la plus complète, gagne cette proie à terre. Peter Parker est poussé dans ses derniers retranchements comme jamais, à la limite de perdre définitivement la tête. Il est drogué, enterré vivant! De quoi provoquer un traumatisme durable, qui ne s'estompera que difficilement, après bien du temps. Une victoire écrasante, définitive pour Kraven, comme un accomplissement final, qui vide le Chasseur de ces stimuli lui permettant de vivre ,d'aller de l'avant. Sans but à atteindre, celui qui a triomphé de Spider-Man ne savoure pas sa victoire, mais prend une tragique décision, très controversée, qui allait achever de faire se lever des hordes de lecteurs choqués aux States, lors de la première parution. Plus tard, nous aurons droit à Soul of the Hunter, une sorte d'épilogue de cette incroyable saga, durant laquelle De Matteis semble vouloir répondre aux critiques de la première heure. Spidey et Kraven combattent à nouveau, cette fois sur un plan spirituel et métaphysique, et ce n'est plus le corps, la victoire matérielle, mais le repos de l'âme qui est en jeu. Une conclusion bouleversante et irréelle qui là aussi consacre le scénariste comme un des auteurs majeurs de la Bd américaine dès lors qu'elle se fixe pour objectif d'aller creuser au fond de notre humanité, pour en tirer les éléments qui nous caractérisent en tant qu'humains, justement. Le dessin de La dernière chasse de Kraven est lui de Mike Zeck, encré à la perfection par Bob McLeod. Son Spider-Man en costume noir est puissant, doté d'une aura effrayante et mystique. Kraven joue tout sur la puissance, le regard hypnotique dévoré par la fièvre de la folie, la musculature en avant, parfois évoquant vaguement une tension homo-érotique qui reste sous-jacente dans cette oeuvre. Il s'agit d'un chef d'oeuvre total, absolu. Une des aventures les plus fortes et les plus choquantes de toute la carrière de Spider-Man. Dommage que Kraven n'ait pas achevé définitivement sa carrière sur ce bijou, et que la règle chez Marvel que personne ne meurt jamais vraiment pour toujours finisse par entacher de si beaux récits. 
Publié par Panini en 2012 dans la collection Marvel Gold.


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BATMAN TOME 7 : MASCARADE

C'est un fait, le Batman de l'opération New 52, c'est celui de Capullo et Snyder. Une empreinte indélébile, un style rodé et efficace. Pour juger la qualité finale d'un run qui dure depuis plusieurs années, il faudra bien sur attendre le dernier épisode de ces deux-là. Endgame constitue une étape supplémentaire dans le long récit que Snyder développe sur le titre. Le Joker a déjà mis à mal la Bat-Family et il est parvenu à mettre en doute les liens qui unissent les différents membres, dans le troisième volume publié chez Urban (Le deuil de la famille). Mais toutes ces exactions puisent leur source dans une forme malsaine et incohérente de fascination du Joker pour son ennemi, un Batman qu'il souhaite aider à s'endurcir, à se radicaliser , pour épouser sa vision des choses et trouver en notre héros une sorte de frère spirituel. Désormais, après avoir été laissé pour mort, le voici revenu avec une seule idée en tête : détruire une fois pour toutes Batman et son monde, cette Gotham qu'il assaille régulièrement et qu'il compte bien mettre à genoux une ultime fois. Bruce Wayne baisse sa garde et prend un nouveau départ, suite aux péripéties narrées dans la série Batman Eternal. Nouvelle base d'opérations, nouvelle aide de camp (la fille du majordome Alfred), mais ancienne menace... Tout commence lorsque Wonder Woman fait irruption dans la Tour Wayne et passe à tabac le milliardaire play-boy, avec dans les yeux une féroce envie de le tuer. Heureusement que Batman a toujours un remède à tous les maux et qu'il a également pour habitude d'imaginer et produire des contrefeux pour neutraliser jusqu'à ses meilleurs alliés. Ce qui se révèle très utile, car l'attaque de l'amazone n'est que le premier acte d'une agression bien plus grave. C'est la Justice League au complet qui pousse Batman dans ses derniers retranchements, et souhaite l'éliminer. Le Dark Knight se retrouve même face à un Superman qui ne retient plus ses coups, et sincèrement, on voit mal comment il pourrait lui tenir tête plus de quelques secondes. A moins d'être rusé, très rusé...

Le moment est venu pour moi de nuancer cette critique. Snyder envoie du lourd, du très lourd. Le Joker est donc parvenu à contaminer la Justice League, ainsi que la ville, avec un virus qui pousse les gens à rire jusqu'à en mourir, et à céder aux pires penchants enfouis dans l'inconscient. Ce n'est pas une nouveauté, c'est malheureusement ce que j'appellerais l'effet Walking Dead : recourir à des histoires de virus, d'infections transmissibles, pour créer un effet de suspens dramatique. Je sature. Ici ce n'est pas le pire. Non, la faute de Snyder, à mon sens, c'est de semer le trouble dans l'esprit du lecteur, en voulant lui faire avaler (ou peut-être pas d'ailleurs) l'idée que le Joker est plus qu'un simple cinglé motivé par un mal solidement ancré au fond d'une psyché dévastée. Ce qui permet de justifier, d'expliquer comment et pourquoi il a retrouvé un visage après s'être fait découpé et retirer celui-ci. C'est aussi un bon moyen d'iconiser le grand vilain, d'en faire une menace qui pourrait s'inscrire dans l'histoire et le tissu urbain de Gotham, échappant ainsi à toute possibilité d'établir une généalogie précise, et de pister ses origines pour comprendre les mécanismes de sa folie, et le stopper. Mais cette théorie détruit ce qui est le plus effrayant selon moi, à savoir que le Joker n'est qu'un homme, aussi déroutant et incompréhensible que puisse être son modus operandi. Le doute plane et planera longtemps, avec cette décision controversée de Snyder. Greg Capullo de son coté continue d'assurer un service irréprochable au dessin, alliant réalisme et mise à distance avec brio, sans jamais baisser de régime. Les petits récits de fin d'épisodes, nommés back-up en anglais, sont eux l'oeuvre de James Tynion IV et de cinq dessinateurs différents, tous des pointures et des habitués du personnage (comme Kelley Jones ou Peter NGuyen par exemple). On y découvre la machination psychologique du Joker qui parvient à semer le doute dans l'esprit de plusieurs malades échappés d'Arkham, ce qui contribue à créer ce nouveau mythe que Snyder essaie de nous faire avaler. Un tome 7 vraiment particulier, qui flirte avec l'incroyable, l'inacceptable, le sacrilège. L'avenir nous dira s'il s'agit d'un coup de génie, ou d'un coup de canif dans le contrat avec les lecteurs. Je ne suis pas pleinement convaincu, loin de là. 




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ALL-NEW WOLVERINE #1 : LA REVIEW ALL-NEW ALL-DIFFERENT

Je ne vais rien vous apprendre en vous disant que Wolverine n'est plus de ce monde. Mais si Logan a (pour combien de temps?) disparu de la carte, son héritage a tenu le haut du pavé le temps d'une série intitulée Wolverines (en ce moment en Vf, en kiosque), et avec la vague de titre All-New All-Different qui commence à envahir le marché américain, nous retrouvons l'anciennement dénommé "Serval" sous deux formes différentes. Tout d'abord, et nous y reviendrons prochainement sur UniversComics, dans son avatar expérimenté et alternatif, le Old Man Logan (signé Jeff Lemire). Ensuite dans un mensuel proprement intitulé All-New Wolverine, où le costume est endossé (tout comme le patronyme) par celle qui est sa plus digne héritière, et accessoirement son clone féminin, la redoutable Laura Kinney (à savoir X-23). Celle-ci a dompté ses penchants pour le crime et l'assassinat comme unique forme de riposte, et la voici prête à faire honneur à sa nouvelle dénomination, avec une première mission qui l'emmène du coté de Paris et de la Tour Eiffel. Les premiers cases font un drôle d'effet (un sniper, ça canarde...) après les tragiques événements du week-end dernier, et les attentats qui ont endeuillés la capitale, la France, le monde entier. Mais dans les comics, les bons s'imposent le plus clair du temps, et là l'assassin qui opère depuis la Tour va devoir apprendre à composer avec une mutante dotée d'un facteur auto-guérisseur, et d'une envie d'en découdre féroce. Le service après vente est assuré sous la forme d'une scène flash-back qui permet de comprendre que oui, Laura est bel et bien adoubée par Wolverine, le vrai, et permet de glisser un peu d'humour dans une situation qui relève plutôt du tragique. Des sourires, il y en a pas mal dans ce premier numéro, avec la présence d'Angel (nouvelle nouvelle formule) et une romance naïve qui flotte dans l'air et cause quelques petits moments aussi embarrassants que sympathiques. Tom Taylor confirme son statut de scénariste fiable. A défaut de mettre en place minutieusement de longues fresques haletantes, il est bon et efficace dans l'immédiateté, quand il s'agit de monter à bord d'un titre et de sortir vite et bien un ou deux arcs narratifs dignes de ce nom. La conclusion de ce #1 est certes prévisible, mais donne également envie d'aller lire la suite, ce qui est le propre d'un cliffhanger, non? En plus les dessins de David Lopez et David Navarrot sont clairs et dynamiques, et collent au ton global de ce nouveau titre avec aisance. Rien de bien révolutionnaire ou de renversant dans le monde de Wolverinette, mais de quoi passer un bon quart d'heure avec une héroïne finalement assez attachante.




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GRAYSON TOME 1 : AGENT DE SPYRAL

La carrière de Dick Grayson a connu bien des hauts et bien des bas. Il est loin l'époque où le petit trapéziste perdait ses parents dans un effroyable accident arrangé, et se retrouvait adopté par un Bruce Wayne lui-même orphelin. Premier jeune prodige sous la cape de Robin, émancipé et enfin adulte dans le costume de Nightwing, successeur digne de ce nom à la disparition (momentanée) de Batman, le héros a finalement été démasqué publiquement durant l'arc narratif Forever Evil, et le monde entier le croit mort. Bien pratique quand on cherche à se faire oublier, et que le but est de prendre un nouveau départ à l'insu de tous. Exit le super-héroïsme pur et dur, la nouvelle série intitulée Grayson (l'accent est mis sur le coté humain et presque lambda du personnage) nous plonge dans le monde de l'espionnage, avec l'organisation secrète Spyral. Finalement Dick a l'air d'y être à l'aise, et semble doué pour ce genre d'activités, même si a ses cotés il doit composer avec la belle et redoutable Helena Bertinelli, celle que tous les lecteurs de l'univers Dc pre-New 52 connaissent en tant que Huntress (et préfèrent probablement dans cette ancienne version...). Bien sur, il n'est pas dupe non plus, et comprend vite qu'il ne faudra pas se fier au boss, le mystérieux Mr Minos, qui cultive dans l'ombre un secret inavoué. En se lançant à la recherche d'étranges organes qui peuvent conférer à leur(s) porteur(s) des pouvoirs étonnants, Dick va se retrouver (lui et Helena) face au Midnighter, qui vise un peu les mêmes choses, pour des raisons qu'il estime plus nobles. Bien sur, comme on parle de Grayson, on parle aussi de ...Batman. Même en solitaire et sur le chemin d'une nouvelle existence, il n'oublie pas de contacter en cachette son mentor et père adoptif pour des compte-rendus qui pourraient lui coûter très cher. Espionnage et double jeu font toujours bon ménage. 

La réalité est une imposture complexe, selon les dires de l'organisation Spyral. Cela se sent car le scénario mis en place par Tim Seeley (et épaulé par Tom King et ses bons conseils sur le fonctionnement du contre-espionnage américain) est assez complexe, ou tout du moins absolument pas linéaire et conventionnel. La part belle est laissée à l'action, avec un duo assez efficace, composé donc d'un Dick Grayson qui s'est vite habitué à sa nouvelle existence (on ne perd pas de temps à regretter le passé et à tenter de renouer les liens défaits suite à son présumé décès) et une Helena Bertinelli, ici appelée la Matrone, et qui joue le rôle de la maîtresse de cérémonie, injectant au passage une tension érotique évidente et convenue. 
Un des grands points positifs, c'est le dessin de Mikel Janin. Le type a beaucoup gagné en fluidité et en maîtrise ces dernières années, et dorénavant il livre des planches irréprochables et fichtrement bien illustrées, le tout en s'encrant seul. Les couleurs de Jeromy Cox sont aussi pour quelque chose dans le plaisir visuel de cet album, qui donne de bonnes sensations rien qu'en le feuilletant. Cependant je suis loin de partager l'enthousiasme débordant que j'ai pu trouver dans certaines critiques en Vo ou en Vf. Tout d'abord le titre est assez fragile et il n'apporte au final rien de bien décisif pour le personnage. La récréation spy-story est agréable, mais Grayson ne risque pas de faire carrière de la sorte, et va vite revenir dans le grand bain de l'héroïsme masqué. Ensuite passé l'effet de la nouveauté, on comprend que le contenu de ce premier tome est basique. Une course aux organes du Parangon, et aux dons qu'ils accordent, avec de la grosse baston et un parfum de complot permanent pour mettre du sel dans le plat. A lire, sans risque de grosse déception, mais ne vous attendez pas non plus à quelque chose d'inoubliable. 


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AVENGERS : LA RAGE D'ULTRON (GRAPHIC NOVEL)

Depuis 1968, le robot Ultron est un des adversaires les plus redoutables des Avengers (depuis l'épisode #54 pour être précis). A cela une raison, c'est une créature évolutive, qui s'adapte et revient régulièrement sous une nouvelle forme mise à jour, donc plus forte et menaçante que la précédente. Outre le fait qu'elle est une menace pour l'humanité, puisque Ultron professe le remplacement des êtres de chair et de sang par des constructions artificielles. Cette fois, ce graphic-novel signé Remender et Opena nous emmène dans l'espace, plus précisément sur le satellite Titan, le lieu de résidence et d'origine d'une partie des Eternels. C'est Starfox qui s'y colle le premier (cet ancien Avengers dont les pouvoirs aphrodisiaques lui permettent de passer du bon temps avec tout ce qui lui passe sous la main. Le séducteur absolu), et bien sur ce n'est pas une réussite. D'où l'idée de faire appel aux Avengers en renfort, afin d'éviter que non seulement la Terre tombe aux mains des idées folles du robot, mais carrément l'univers tout entier. C'est le point de départ d'une nouvelle grande bataille qui se développera dans le cosmos, et qui semble de premier abord vouée à l'échec. Un rôle fondamental est joué par le Docteur Hank Pym, et ses choix personnels, lui qui est le père créateur de l'ennemi du jour (même si le film des Avengers nous offre une autre version, bien plus discutable et peu crédible). 
La bonne idée de Rick Remender (qui est un peu le spécialiste des récits à tension familiale) est de laisser une part notable à la psychologie et surtout aux rapports filiaux qui unissent les intervenants, comme Pym "géniteur" d'Ultron lui même père de la Vision. Un scénario bien amené et présenté, avec de vraies bonnes intentions, qui souffre cependant de dialogues pas toujours inspirés, et d'un manque de cohésion globale entre tous les différents personnages en dehors de cette famille dysfonctionnelle. Jerome Opena, le dessinateur, est comme à son habitude en forme notable, et ses planches respirent la fluidité, l'aisance plastique, et donnent à l'ensemble une vitalité qui emporte le lecteur dans ses spires, dès le premier regard. Il reçoit l'aide de Pepe Larraz pour conclure ce graphic novel, et force est de constater que ce dernier fait honneur à la tâche qui lui incombe. Nous avons là un volume qui mérite amplement que vous vous y intéressiez, avec cette question ambiguë qui revient, cette comparaison cruciale entre Pym et sa créature, qui peuvent être vus comme les deux faces d'une même médaille, certains traits de caractère et certaines tares plus accentués chez l'un que chez l'autre. La conclusion choisie par Remender est éloquente et possède des relents shakespeariens qui satisferont la plupart d'entre vous. 
Même s'il est question ici d'intelligence artificielle, le scénariste n'entend pas nous asséner un cours de science ou une morale bas de gamme à accepter sans discuter, mais axe sa pensée sur le but à donner, et l'évolution ultime, de la créature Ultron. Vous êtes humain, un robot, un alien? Peu importe, car ce sont vraisemblablement vos gestes, vos agissements, vos actions, qui détermineront qui vous êtes, ce que vous êtes, ce que vous pouvez devenir. Un début de définition de ce que devrait être, de ce qu'est l'humanité. 


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