COVER STORY (1) : IRON MAN 128

Episode 1 : Tony Stark et la bouteille

Regardez moi ces yeux exorbités, cet air hagard, cette barbe de cinq jours, ces cheveux en bataille. Nul doute qui si cette cover pouvait dégager un parfum quelconque, ce serait celui de l'haleine empesée du play-boy qui se saoule au bourbon, et de la sueur de nuits agitées qui colle à la peau. Non pas que Tony soit resté dans son armure à combattre des heures durant, non, plus cruellement, il faut le dire, Tony est alcoolique. Il touche la bouteille, et pas qu'un peu. Un verre par ci, un verre par là, et bien vite c'est le litre qui y passe, avant un second, avant qu'on passe au magnum. Le démon de Stark, il est dans la bouteille, comme le récite très bien cette cover du numéro 128 de la série régulière d'Iron Man, en 1979. David Michelinie ose plonger notre super héros en armure dans les affres de l'alcoolisme : ça n'arrive pas qu'aux autres, puisque même Stark en est victime. D'ailleurs, faut-il qu'il soit totalement aviné, pour porter une veste de costume élimée et déchirée, sur sa cuirasse écarlate? Participe t'il à des orgies ou à des cocktails en tenue de Vengeur? Pauvre Stark ! Dire que par la suite il va perdre toute sa fortune, dormir dans des cartons, comme un Sdf en détresse... Le masque, lui, est impassible. C'est bien là le problème. Car cacher ses problèmes derrière une façade invincible, c'est ce qui peut conduire un héros truffé de faiblesses sur le bord du précipice. Si encore DSK était membre des vengeurs, il aurait toujours pu trouver cette excuse pour justifier les siens, d'egarements...


Lire ici pour le Diable en bouteille

ASTERIOS POLYP, LE SOMMET DE DAVID MAZZUCCHELLI

Arrêtons nous ce jour sur une excellente Bd qui n'appartient pas, à proprement parler, à la classique gallerie de nos comic-books en costumes moulants. ASTERIOS POLYP est juste un chef d'oeuvre existentiel et d'ingéniosité, excusez du peu. Pour en parler, la parole est à Mo', rédacteur en chef du très bon blog "Bar à Bd", que je vous recommande chaudement, après l'avoir récemment découvert.

Un incendie ravage un immeuble : voilà le prétexte utilisé par l’auteur pour impulser le récit et nous emmener dans les dédales du passé, du présent, voire des perspectives d’avenir d’Asterios Polyp. Lorsque nous découvrons cet homme, il végète dans une profonde léthargie destructrice. Dans son appartement, les mégots s’empilent dans le cendrier, les lettres de contentieux s’amassent sur une table… un lieu qui semble refléter à merveille l’état d’esprit de son locataire. L’instinct de survie ou la raison, qui sait !!, mais Asterios prend soudain conscience des flammes et du danger. Il empoche trois souvenirs et dévale quatre à quatre les marches de la cage d’escalier. Une fois dehors, il reprend son flegme où il l’avait laissé et poursuit sa fuite en avant. Bandit ? Alcoolique ? On se fait rapidement une idée sur ce que doit être ce type qui part à la dérive.
A la Gare, il paye un billet pour une destination qu’il ne connait pas et frappe à la première porte qui se présente pour trouver du travail. Il se fait embaucher en tant que mécanicien et loue une chambre dans la maison de son employeur. Asterios n’attendait rien de cet homme si ce n’est un salaire, mais cette rencontre lui permet d’entamer une remise en question importante. Avec beaucoup de talent et d’intelligence, David Mazzucchelli nous démontre que les apparences sont souvent trompeuses et nous aide à comprendre pourquoi cet homme ne souhaite pas se battre.



Paru en 2009 aux États-Unis, cet album a débarqué discrètement en France plus d’un an plus tard. Une arrivée peu remarquée par le public jusqu’au Festival d’Angoulême qui lui a attribué le Prix Spécial du Jury (Angoulême) en janvier 2010… une reconnaissance que je trouve amplement méritée.
J’ai craqué pour la richesse de cet album original en tous points. Le récit est à la fois pertinent, drôle, sarcastique et touchant. Il donne vie à un personnage intelligent et complexe, qui se pensait à l’abri derrière une épaisse carapace (suffisamment distant pour qu’on le laisse se lover dans sa solitude). L’auteur utilise plusieurs styles de narration et nous oblige à faire des va-et-vient dans l’histoire d’Asterios. Il y a un phénomène étrange dans cet album, un effet récurrent d’attraction /répulsion pour le personnage. Tour à tour, on le comprend puis on le rejette… cela nous oblige également à être partie prenante durant la lecture.
Mazzucchelli crée autour d’Asterios un univers intemporel où se côtoient son passé, son présent, ses rêves et son esprit d’analyse. Cet ensemble sert magnifiquement une riche remise en question, ce qui oblige le scénario à faire le grand écart en permanence entre un sentiment et son contraire. On navigue entre deux registres : l’irrationnel d’un coté (amour, deuil, émotions, filiation…), le rationnel et la Science de l’autre (travail, mathématique, architecture, Arts, raison…). On baigne en pleine métaphysique ! Mais tout est ici tellement imbriqué qu’il est difficile de se sentir balloté pendant la lecture. L’univers d’Asterios Polyp est cohérent, réaliste et palpable. Mazzucchelli a créé un album d’une rare qualité, un monde d’une grande richesse dans lequel il nous guide à l’aide de multiples atmosphères visuelles. De chaque personnage émane une atmosphère : chacun a sa bichromie, son style de dessin, son phrasé, sa police de caractère mais également sa forme de phylactères. Cela nous aide à les entendre parler, on repère leurs accents ou les trémolos dans la voix… bref, cela apporte du relief à ces personnalités que l’on va suivre 300 planches durant. Quelle richesse au niveau du graphisme d’autant que Mazzucchelli n’hésite pas à faire coexister les différents univers, ce qui ne rate pas de nous surprendre… comme ici par exemple :


                                   

Le passé d’Asterios dans une bichromie blanc-bleu : des visuels dépourvus de détails, un trait chirurgical où évolue le personnage principal qui est représenté comme s’il se dessinait lui-même (je précise qu’Asterios est architecte). En parallèle, l’univers de son ex-compagne est en bichromie blanc – rose, le dessin est rond, il y a du relief, on ressent ses émotions.


Bref, une réussite totale, pour cette bd qui a reçu le prix spécial du jury d'Angoulême en 2010. Aux manettes, David Mazzucchelli, que les fans de comics connaissent pour avoir contribué à tisser la légende de Daredevil et de Batman, en association avec Frank Miller, tout particulièrement. Ironiquement, alors que le second cité se laisse tenter par une dérive toujours plus à droite et radicale, où l'esthétique prime totalement sur un discours des plus primaires (le récent Holy Terror), David lui gagne en profondeur et en sensibilité, jusqu'à ce chef d'oeuvre. Un cadeau de noël idéal.

Rating : OOOOO

Et encore un immense merci à Mo' pour sa chronique, publiée là avec son autorisation, bien entendu, et initialement présentée ici . Rendez-vous au Bar à Bd pour d'autres superbes analyses!



PUNISHER NOIR : La guerre pour patrie

Frank Castelione est un de ces héros américains qui ont lutté et vaincu durant la première guerre mondiale, au cotés des forces de l'Alliance. Mais le retour au bercail, après le conflit, fut des plus amers. Il doit gérer la perte de Ruth, sa femme, la recession, et le racket quotidien des mafieux new-yorkais qui contraignent tous les commerçants à payer le pizzo, le prix d'une protection toute relative, sans laquelle votre boutique part vite en flammes. Frank est un homme fier et courageux, il n'a pas risqué sa vie contre les allemands pour se plier à de petits malfrats locaux, alors il résiste. Question d'exemple, également, de montrer à son jeune fils de quelles qualités est composé un homme, un vrai. Le fiston a de mauvaises fréquentations, et pourrait même devenir à son tour un de ces voyous des rues, sauf qu'une éducation à la dure et une bonne conscience de fond le sauvent du naufrage. Mais pas de l'orphelinat : le géniteur est finalement abattu, pour avoir refusé obstinément de se coucher. Animé par une soif de vengeance inextinguible, inspiré par un feuilleton radiophonique mettant en scène un justicier implacable du nom de Punisher, l'adolescent va grandir avec une idée fixe en tête, et un masque à tête de mort comme carte de visite.

Le Punisher des années trente fait ce qu'il peut pour jouer en terrain connu. Ainsi, tout au long de ces quatre épisodes, nous retrouvons des figures familières, comme le mafieu Jigsaw (Puzzle), la machine à tuer nommée "le Russe", ou encore Barracuda. L'inspecteur de police n'est autre qu'un certain Soap, alors que le garçon commis à la caisse, dans la magasin du père Castelione, est Mr Bumpo. Les amateurs du long run de Garth Ennis ne seront pas surpris de ces noms qui ont accompagné les aventures de Frank Castle durant plusieurs années. Le récit de Frank Tieri est tout entier orienté vers une course linéaire en direction d'une vengeance qu'on devine inéluctable. Le Punisher alors comme maintenant n'a pas d'états d'âme, et même la torture, les coups, les balles, n'arrêtent pas sa juste vindicte. Paul Azaceta lui, illustre à sa façon cet album. Point de réalisme exaspéré, ou d'attention particulière aux anatomies, il dessine des figures anguleuses qui grouillent dans l'ombre, charge le trait, rend des planches expressionistes qui ne voient jamais la lumière du jour. Pour le dernier épisode, il reçoit le renfort de l'italien Antonio Fuso, chargé de singer son style, sans y mettre autant de personnalité, bien entendu. La version "Noir" du Punisher est somme toute assez simple à lire et plaisante dans son traitement. Elle respecte assez bien ce qu'on peut attendre d'un tel anti héros et de ses motivations, et ne perd en souffle et en cruauté que dans une dernière partie, un combat gore et rocambolesque entre notre héros et le Russe, qui prend place dans un zoo. Un clin d'oeil évident au premier story-arc d'Ennis, qui avait déjà eu recours à ce type d'arène en son temps. Comme toujours, à dix euros le volume, la collection 100% Marvel rend cette lecture abordable au plus grand nombre. Recommandée chaudement à ceux qui suivent le personnage dans son incarnation classique.

Rating : OOOOO

SECRET INVASION REVIENT EN MARVEL DELUXE

Noël étant la période propice pour offrir de jolis albums de collection, Panini propose dès cette fin de semaine un Marvel Deluxe consacré à SECRET INVASION, histoire de nous rafraîchir la mémoire et de rassembler l'intégralité de la saga dans un bel ouvrage pour bibliothèque racée. Mais de quoi s'agit-il, au fait? Pour faire bref, voilà des années que les Skrulls ( des aliens pouvant épouser les apparences et les pouvoirs de n'importe lequel des super héros et habitants de notre planète ) vivent parmi nous et peaufinent une invasion massive : le moment est venu, et ils abattent leurs cartes. Certains des héros traditionnels de la Marvel ne sont ainsi pas tout à fait ceux que nous pouvions imaginer... Le grand dilemme est de savoir qui croire; qui est qui, à qui se fier? L'intrus, l'ennemi, est parmi nous, rien ne le distingue plus de notre voisin, notre frère... Dans une Amérique post 11 septembre qui a vu la menace intégriste grandir en son sein, c'est tout un symbole, celui d'un monde où trembler devant tout le monde, ou personne n'est à l'abri de son voisin, des certitudes qui volent en éclat. Votre ami, votre cousin si gentil ou si discret est peut être en train de peaufiner une bombe dans son garage, et vous le retrouverez au journal télévisé de ce soir, à la une, avant qu'il aille croupir pour qui sait combien de temps, dans les geôles chauffées au fer blanc de Guantanamo.

 
Après avoir demandé aux lecteurs de choisir leur camp ( Whose side are you on? durant Civil War ) Bendis tisse un récit efficace et rythmé, invitant à la défiance totale envers son prochain ( Trust no one... ) et qui a tout de même un gros défaut; celui de rester prudent quand aux pertes superhéroïques, et de ramener sur la scène trop de personnages d'un coup, par un subterfuge que je n'apprécie pas. Les dégats matériels sont par ailleurs un peu exagérés, et la reconstruction, si on en juge les albums Marvel post SI, a été achevé bon train. De plus l'opinion publique a plutôt bien digéré ce qui fut, soulignons le, une colonisation pure et simple à une échelle quasi planétaire! Leinil Francis Yu n'est pas ma tasse de thé aux crayons, mais là il fait de son mieux et je me suis surpris à en penser pas mal de bien! Son utilisation des ombres, des traits hachurés et des corps anguleux, contribuent à la paranoïa ambiante qui est le sel de cette saga. Au bout du compte, reste désormais une société livrée aux "forces du mal", où le sacrifice et sa récompense n'ont guère plus de sens. Une société finalement très proche de la notre, malheureusement. En cela Marvel accomplit encore un pas en avant vers la suppression des frontières morales et sème le trouble parmi les amateurs de bons gros combats dychotomiques. Ce qui fait écho à notre société où l'humble citoyen qui se contente d'accomplir son devoir, son travail, avec probité et efficacité, est vu comme un looser, et où sont mis en avant les marginaux, les personnages hors normes, les provocateurs, ceux qui parlent plus fort que le voisin, les plus vulgaires et les plus violents, souvent. On regrettera juste, au final, que la fin de cette grande saga n'ait pas été à la hauteur de nos attentes. Certes, elle fut le détonateur idéal pour ouvrir l'ère du Dark Reign et conférer à Osborn tous les pouvoirs pour qu'explose sa folie à la face du monde. Mais la manière dont certains personnages sont revenus (Mockingbird, Spider-Woman) et d'autres nous ont quitté (Wasp) a été franchement trop vite expédié et même bâclé psychologiquement parlant. L'idée de l'infiltration, et ses ravages possibles au sein de la communautée costumée, aura aussi semble moindre en fin de parcours, comme si Bendis n'avait pas assez osé, pas asse tenté, pour faire voler en éclats le mosaïque Marvel qui n'attendait que cela. On pouvait mieux faire avec une telle idée de fond, c'est une évidence.
 
Rating : OOOOO
 



GHOST RIDER : VICIOUS CYCLE (Cercle vicieux)

Après l'intérim assuré par Danny Ketch dans les années 90, Johnny Blaze endosse à nouveau le costume clouté du Ghost Rider, et enfourche sa Harley flamboyante pour de nouvelles aventures. Certes, sa principale préoccupation n'est pas des plus réjouissantes : il va devoir s'échapper de l'enfer pour reprendre sa course, tout en emmenant malencontrueusement Lucifer lui même dans ses bagages. Ce dernier n'avait pas d'autres possibilités que d'exploiter la fuite de Blaze pour pénétrer notre plan physique d'existence. Son objectif est retors et digne de ses attributs de prince du mensonge. En divisant son être en 666 incarnations, et en incitant le Ghost rider a se défaire une à une de celles ci, il escompte bien finir par atteindre la plénitude, avec un ultime et invincible avatar corporel doté de l'ensemble de sa puissance, réceptacle de la force des 665 qui auront succombé précedemment. Au passage, Blaze va en découdre avec le docteur Strange (une situation classique de méprise entre héros. L'idéal pour faire combattre deux individus que tout devrait rapprocher plutôt que diviser. On se croirait dans les sixties). Johnny sera aussi confronté aux fantômes de son passé, fait d'abandon, de drames, de désillusions.

C'est Daniel Way qui a reçu la charge de relancer le personnage (Ghost Rider V5). L'auteur est un habitué des recoins les plus sombres de l'univers Marvel, et il affectionne tout particulièrement les personnages maudits de la maison des idées, ceux qui sentent le souffre et la poisse. La partie graphique est confiée à Texeira et Saltares, d'où un trait sombre, lourd, cinématographique, et particulièrement expressif. les deux compères s'étaient déjà relayés voilà vingt ans, à l'époque où Danny Ketch caracolait sous les traits du biker de l'enfer. Pour être honnête, il s'agissait là de mon incarnation préférée du Ghost Rider. Le destin personnel du jeunot, la manière dont la découverte de ses pouvoirs influençait dramatiquement son quotidien, m'avait bien plus marqué que la plupart des aventures vécues jusqu' alors par Blaze, son prédécesseur. Le retour de ce dernier est toutefois plutôt plaisant, et la trame de fond, la division de Lucifer en une multitude d'incarnations, est un plan diabolique à souhait, qui aurait mérité un traitement plus sérieux et solennel par la suite. Hélas, passé ce premier story-arc assez réussi, les épisodes suivants se révéleront assez trop souvent brouillons, et peu engageants. Je vous recommande le tpb, ou le volume en Vf publié par Panini dans la collection 100% Marvel (volume 3), pour vous faire une idée. En attendant le second film avec Nicholas Cage, prévu le printemps prochain, comme une dernière chance pour que le personnage de Ghost rider pleine plus d'ampleur auprès du grand public.

Rating : OOOOO

FEAR ITSELF 7.3 : Tony Stark et son ami Odin ...

Troisième et dernier appendice à Fear Itself avec les conséquences du grand event Marvel chez Iron Man. Tony Stark a grandement contribué à faire vaincre son camp, contre le Serpent, mais il a du aussi composer avec ses propres démons, comme retoucher à la bouteille. Alors que les ruines fumantes du désastre commencent à peine à refroidir, le play-boy de ces dames en veut à Odin, pour ne pas avoir choisi d'intervenir plus rapidement et décisivement en faveur des héros. Plus particulièrement, c'est le désastre survenu à Paris qui le répugne : La Gargouille Grise, sous l'emprise du pouvoir d'un des marteaux enchantés ayant fait de lui un Mighty, a littéralement pétrifié une partie de la ville, semant mort et destruction au pied de la tour Eiffel. Mais est-ce bien surprenant? Stark voit les choses comme un terrien, à court terme, tandis qu'un dieu nordique, forcément, a plus de recul, et doit composer avec les forces infinies du cosmos, et n'a pas que ça à faire que se coltiner les drames personnels d'une poignée de parisiens, qui ne croient même pas en lui. La Gargouille, de son coté, n'a pas le temps de s'amuser ou de regretter son geste. Prisonnier dans les labos d'Iron Man, il ne lui reste plus qu'à implorer pitié comme un chiot apeuré. Voilà, le rideau tombe aussi pour le vengeur en armure, avec ce dernier épisode 7.3 qui se laisse lire agréablement, et permet de comprendre, si besoin en était, que Tony a gagné, d'une certaine manière, le respect d'Odin, et qu'il est maintenant capable d'avoir une conversation sérieuse avec un Dieu. Le tout est signé Fraction et Larroca, et je reprocherai juste à ce dernier le visage sans expression et mal défini de Stark. Un bon dessinateur, je le concède, mais que je ne porte pas spécialement dans mon coeur. Fear Itself, c'est fini, on va pouvoir passer à autre chose ! (Encore que, sur ce site, on y reviendra probablement dans pas longtemps...)


IL Y AURAIT DONC DU SEXE DANS LES COMIC-BOOKS ?

S'il est une chose que j'ai compris dès avoir commencé à lire des comic-books, voilà plusieurs décennies de cela (et, oui, au moins 33 ans de cela...), c'est que le sexe, dans nos chères Bd américaines, n'avait pas vraiment droit de contrée. Nos héros bigarrés passent leur temps à sauver le monde, se trucider à coups de poing ou de rayons lasers, mais jamais ils ne prennent de bon temps entre eux, de manière explicite, nonobstant des physiques souvent très agréables, que rehaussent encore d'avantage des costumes moulants et équivoques. La thèse du docteur Wertham, auteur de "The seduction of innocent", et fauteur du comics code qui allait censurer dès lors à tout va, à partir de la golden age, alors que les moeurs de la société poursuivaient une évolution évidente en ce sens, a finalement eu raison de la libido superhéroïque. Feuilletons les séries Marvel ou Dc des années soixante. Que trouve t'on? Peter Parker qui flirte et fréquente la sécrétaire de son patron, Betty Brant, ou la superbe blonde Gwen Stacy. Thor, pourtant un Dieu guerrier, qui se pâme devant Jane Foster, simple infirmière, sans jamais l'effleurer. Idem pour Matt Murdock (Daredevil) face à Karen Page, elle aussi secrétaire (la femme d'alors doit savoir occuper un emploi qui lui sied). Je ne parlerai même pas de Tony Stark ou de Bruce Wayne, miliardaires et play-boys notoires, dont les prouesses au lit sont toujours éludées, vaguement évoquées. Mais jamais au grand jamais Batman ou Iron Man ne prennent leur pied devant le lecteur, qui trop pudique, aurait déjà tourné la page avant que ne débutent les préliminaires.



Il faut attendre les années 80 pour que la situation change très légèrement. Stupeur chez les Vengeurs, sous la houlette de Roger Stern, quand She-Hulk passe une nuit très chaude avec Starfox (Eros, dont le pouvoir de persuasion est bien pratique pour coucher). Chez les Teen Titans de Dc, ce n'est pas mieux : voilà que Marv Wolfman et Georges Perez décident que l'heure est venue pour Robin et Starfire de copuler. Mais attention, l'auteur n'oublie pas de préciser que les deux personnages s'aiment, dans une interview à Amazing Heroes. L'amour. Sans lequel le sexe serait un ignoble péché et le comic-book mériterait de bruler dans la géhenne éternelle de l'édition. Les apparences sont sauves. Les anglais semblent moins puritains, et vont apporter un peu de piquant à la situation. Ainsi Alan Moore va t'il décrire un rapport sexuel sans fard entre Swamp Thing (un monstre de surcroit!) et la belle Abigail. Un double tabou qui tombe, le rêve inavoué de tant de lecteurs des Fantastic Four, qui souhaitaient découvrir la Chose et Alicia Masters sous les draps, tout en se doutant qu'avoir un corps tout en pierre (et donc aussi le sexe) ne devait pas faciliter les moments intimes entre les deux tourteraux. Par la suite Morrisson, Gaiman, Ellis, allaient se charger d'enfoncer le clou, et le sexe allait petit à petit gagner de l'espace, de manière très transgressive sur des labels comme Vertigo, et moins choquantes sur les étiquettes traditionelles. Mais bien présent. Les héros vont pouvoir se marier, divorcer, se reproduire, tromper; une prostituée (Stacy X) va mettre se joindre un temps aux X-Men, après avoir été découverte et sauvée d'une maison close pour mutantes. L'innocence et le déni d'autrefois deviennent de nos jours un des arguments principaux, parfois même le plus important (Voodoo, Catwoman et Red Hood, chez Dc, à l'occasion du reboot, n'hésitent pas à faire dans la surrenchère), et les héroïnes ont toutes des poitrines opulentes et siliconées, à peine masquées sous le spandex. Même Peter Parker a enfin une vie sexuelle, certes cahotique, alors que sa tante se remarie (la même qui faisait un arrêt cardiaque chaque semestre dans les années 60). Il la surprend d'ailleurs au lit avec son nouveau compagnon, une des scènes les plus choquantes et gérontophiles de l'histoire de notre média préféré. A l'heure où le X gratuit foisonne sur le net, refuser de pimenter les comic-books par ce qui est une des pulsions primordiales et indispensables de l'existence n'aurait plus aucun sens. Même l'homo-sexualité commence à être de plus en plus représentée, encore qu'il y ait toujours un retard notable sur le sujet. A quand le coming-out d'un vrai grand héros Marvel ou Dc, à quand une vraie icône gay, et pas seulement un personnage secondaire (Northstar, par exemple) se contentant de jouer la guest-star dans les titres des autres?



Le pire, maintenant, c'est que quand on nous annonce du sexe, du vrai, comme argument de vente, c'est souvent décevant, et en dessous de ce qu'on voit ailleurs et de manière moins explicite. Les temps changent... (par exemple, ici avec "Sexe and Violence")


MURDER FALCON : WARREN JOHNSON ET LE METAL POUR SAUVER LE MONDE

 Avec un titre pareil, on s’attend à du bruit, de la fureur et une aventure fracassante. Murder Falcon (ici réédité dans une version augmen...