DEADPOOL MASSACRE MARVEL UNE DERNIÈRE FOIS (VRAIMENT ?)


 Avec Deadpool massacre Marvel une dernière fois, Cullen Bunn et Dalibor Talajić s’offrent un troisième tour de piste autour d’une idée aussi élémentaire que radicalement blasphématoire : laisser Wade Wilson faire exactement ce que le titre annonce. De la découpe en roue libre. Après le succès du premier opus et la variation volontairement décalée du second (sans oublier les classiques et les différents Deadpool), cette nouvelle mini-série publiée en français chez Panini ne se contente pas de rejouer la même partition. Elle en déplace les enjeux, élargit le cadre et adopte une approche encore plus libre, à défaut de réinventer le concept, qui aura été exploité jusqu'à la dernière goutte. Comme souvent chez Bunn, le postulat paraît d’une limpidité moins bête qu'il ne semblerait. Oui, il est bien question de massacrer des figures emblématiques de l’univers Marvel, mais le scénario prend un malin plaisir à brouiller les repères en envoyant Deadpool à travers une succession de réalités alternatives. Chaque monde visité propose sa propre déclinaison, parfois à peine décalée, parfois franchement tordue, de héros et de vilains bien connus. L’intérêt n’est jamais de cartographier précisément ces Terres parallèles, mais d’accepter le multivers comme un immense terrain de jeu, où chaque rencontre devient l’occasion d’une mise à mort inventive, souvent absurde, toujours assumée. Le récit revendique ainsi sans détour son statut de fiction hors continuité, quelque part entre un What if…? décomplexé et le pur défouloir méta. Le lecteur qui connait bien l'univers Marvel va pouvoir identifier et classer les itérations loufoques ou nostalgiques de certains personnages, que ce soit le Hulk Gladiateur, le Hydra Cap, FrankenCastle, le Superior Spider-Man… c'est l'histoire de Marvel qui se fait trucider sur pièces.



Cullen Bunn démontre une nouvelle fois qu’il maîtrise parfaitement la voix de Wade Wilson. Les monologues intérieurs structurent le récit et alimentent un humour grinçant qui ne se limite pas à l’empilement de références. Le Deadpool de cette mini-série se montre d’ailleurs moins amer que prévu, presque enthousiaste dans sa violence, comme s’il avait fini par accepter son rôle et les règles du jeu qu’il s’acharne pourtant à piétiner. Cette approche de sa "mission" apporte paradoxalement une forme de maturité au personnage, qui se rapproche par moments de la version que l’on connaît dans la continuité principale. Il retrouve cette forme de folie intérieure, cette voix décalée qui le plonge dans les affres du discours avec lui-même, et sa mission n'est pas qu'un massacre stérile : on lui demande, en réalité, le sauver tout le multivers grâce à sa folie ! Et s'il faut en passer par l'extermination des X-Men d'une autre réalité, aller éventrer le Red Hulk ou encore s'associer avec un Fatalis, allons-y ! Visuellement, Dalibor Talajic (qu'on adore, l'artiste et l'homme) se montre particulièrement inspiré. Son dessin précis et expressif épouse les variations de chaque univers traversé, multiplie les clins d’œil graphiques et les changements de registre. Certaines scènes flirtent ouvertement avec la caricature, tandis que d’autres adoptent un réalisme plus troublant, notamment dans le traitement du costume de Deadpool, dont les yeux semblent parfois percer le masque. Chaque victime bénéficie d’un soin particulier, à l’image d’un Cap-Wolf aussi inattendu que terrifiant (et je vous place l'image, vous êtes gâtés). Bon, c'est vrai, il serait vain de chercher ici une réflexion approfondie sur la mythologie Marvel ou une intrigue aux ramifications complexes. La série s’impose avant tout comme un comic book de baston généreux, riche en idées et en trouvailles visuelles, qui parvient toutefois à maintenir un fil narratif suffisamment intrigant pour soutenir l’intérêt. Deadpool massacre Marvel une dernière fois ne cherche donc ni à réinventer le personnage, ni à refermer définitivement sa légende. Il s’agit plutôt d’un bouquet final, brutal, drôle et parfaitement conscient de sa propre gratuité. Final, l'adjectif est toutefois assez paradoxal, car la dernière planche nous réserve d'autres surprises déjantées pour l'avenir !


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