LE COMPLOT DES GRENOUILLES : AVENTURE ET FABLE ÉCOLO


 Sous son titre délicieusement absurde et improbable (on imagine déjà des batraciens en réunion stratégique, PowerPoint à l’appui. Prêts à bloquer le détroit d'Ormouz ?) Le Complot des grenouilles déploie en réalité un récit bien plus subtil (et mature) qu’il n’y paraît. Derrière l’aventure champêtre et la fantaisie assumée, Julia Rubau Vigara signe un album qui avance masqué et préfère la douceur des formes à la rudesse du propos. Tout commence comme une chronique estivale presque anodine. Trois enfants, un coin de nature, l’ennui des vacances qui s’étire… et puis soudain, un élément perturbateur surgit, comme toujours dans les bonnes histoires. Ici, il prend la forme d’un événement aussi incongru qu’inexplicable, bientôt prolongé par la découverte d’une mystérieuse pierre aux reflets rosés. À partir de là, le réel se fissure et laisse passer une logique plus étrange, presque onirique, où l’imaginaire n’est plus un jeu mais une porte entrouverte sur autre chose. Ce basculement, l’autrice le maîtrise avec une aisance remarquable. Elle installe progressivement un monde parallèle sans jamais rompre avec le point de vue enfantin. Car tout est affaire de perception : ce qui pourrait n’être qu’un délire d’enfants devient une aventure aux enjeux bien réels, où une communauté de grenouilles, menée par une figure aussi vindicative que charismatique, prépare une riposte contre les humains. Oui, rien de moins. Comme quoi, même au bord d’un ruisseau, la géopolitique n’est jamais très loin. Et ces humains, après tout, ils l'ont bien mérité, non ?


Mais réduire l’album à son intrigue serait passer à côté de l’essentiel. Car ce qui se joue ici dépasse largement l’affrontement entre espèces. Le véritable terrain de conflit est intérieur. Léna, la jeune héroïne, incarne cette zone fragile où se mêlent frustration, besoin de reconnaissance et difficulté à exprimer ce qui déborde. L’aventure fantastique agit alors comme un miroir grossissant des émotions enfantines : la colère, l’incompréhension, le sentiment d’être mis à l’écart. Rien de spectaculaire, mais tout sonne juste. L’intelligence du récit réside également dans cette capacité à faire dialoguer les niveaux. D’un côté, une menace collective qui pourrait virer à la catastrophe. De l’autre, des tensions minuscules mais essentielles, celles qui traversent les relations humaines au quotidien. Et entre les deux, une idée simple mais jamais simpliste : parler reste encore la meilleure option. Une évidence, certes, mais que l’album prend le temps de construire, sans jamais sombrer dans la leçon appuyée. Graphiquement, le charme opère de manière plus lente. Le trait, d’abord, semble très candide, comme s’il cherchait à rassurer. Puis, à mesure que les pages défilent, on perçoit la précision du découpage, l’attention portée aux ambiances, aux variations de couleurs. Chaque séquence possède sa tonalité dominante, sa respiration propre, comme si l’autrice composait une partition visuelle où chaque teinte viendrait souligner une émotion ou un basculement narratif. C’est feutré, délicat, mais loin d’être bêbête. Le Complot des grenouilles ne raconte pas tant une conspiration qu’un apprentissage. Celui de la nuance, du compromis, de l’écoute. Autant de concepts que même certains adultes peinent encore à apprivoiser, ce qui donne à l’album une petite saveur ironique. Julia Rubau Vigara propose un récit qui, sous couvert de fable écologique et émotionnelle, invite à repenser notre manière d’habiter le monde. Avec un peu moins de certitudes… et, pourquoi pas, un peu plus de considération pour les grenouilles. Croa Croa ! Publié chez Aventuriers d'Ailleurs, label de Bamboo. 



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PLANÈTE HULK : RETOUR EN OMNIBUS CHEZ PANINI


 Vous aimez toujours autant (ou aussi peu) les Omnibus ? Cette fois, c'est avec Hulk que vous avez rendez-vous, et une histoire qui fut une des meilleures en son temps chez Marvel, Planète Hulk. Avec le Colosse de jade, un jour ou l'autre, il fallait bien que cela arrive. Je veux dire : comment régler la question Hulk, quand le monstre, même s'en forcément le vouloir, détruit sur un coup de sang San Francisco, ou le lendemain en découd avec l'armée ? La question épineuse a été au centre d'un long débat chez les Illuminati (groupe secret regroupant les plus éminents héros de la Terre) qui ont opté pour une conclusion discutable : l'exil. C'est ainsi qu'ils ont piégé Hulk avec de fausses bonnes intentions, et l'ont placé à bord d'une fusée en direction d'une paisible planète où il pourra se relaxer indéfiniment sans faire de mal à personne. Ce n'est pas du goût de Bruce Banner, d'autant plus qu'un incident survient en vol, et que l'atterrissage ne se fait plus sur l'Eden promis, mais sur un monde guerrier qui ne connaît que le bruit, la fureur et le sang, et où Hulk, d'entrée de jeu, et réduit en esclavage. Certes, à bien y repenser, il est illusoire de croire qu'on peut enchaîner une telle créature, et du reste, assez rapidement, le prisonnier va se faire des amis, des compagnons d'arme, et soulever une véritable révolution (un Gladiator moderne venu d'outre-espace) qui va le placer sur le trône en compagnie de Caiera, qui va devenir sa reine et son amour de l'autre bout du cosmos. Dit comme ça c'est presque idyllique, et on pourrait penser que Hulk est enfin dans son élément et que la décision discutable des Illuminati lui a changé (en bien) la vie. C'est sans compter sans un drame final… Bienvenue sur la Planète Hulk, où ça castagne jour et nuit !



Au départ, Planet Hulk ne devait être qu'un story-arc en quatre parties, pensé par Joe Quesada pour relier les aventures du personnage à Civil War. En fait, cela deviendra vite la plus longue saga du personnage, centrée autour de quatorze numéros divisés en quatre volets, et c'est Greg Pack qui va recevoir la patate chaude : mettre en scène ce monde guerrier, Sakaar, sur lequel Hulk va vivre des aventures qui nous rappellent vaguement la Rome Antique et les gladiateurs, sur fond de paysage extra-terrestre. La nouveauté pour le géant vert, c'est que sur Sakaar, d'autres combattants ont une force similaire, et qu'il peut enfin donner libre cours à toute la rage qu'il a combattu des années durant. Au contraire, c'est seulement en laissant exploser son vrai potentiel qu'il pourra survivre et gravir les échelons sociaux, au point de devoir déterminer son avenir, sa voie. Il y a de tout là-dedans : des homme-insectes, des robots, de la violence, des monstres, des vaisseaux spatiaux, une nature alien, bref, un vrai condensé d'aventure qui prend le lecteur par la main, et le guide à travers tout un macrocosme novateur et parfois déroutant, pour qui est habitué aux aventures plus classiques de Hulk. Mais c'est indiscutablement une réussite sur la longueur, un de ces récits qui marquent leur temps et que les passionnés du personnage ne peuvent pas ne pas avoir lu. D'autant plus que la conclusion explique ce qui va se dérouler ensuite dans World War Hulk, un grand événement Marvel beaucoup moins convaincant. Pour les dessins, la prestation de Carlo Pagulayan, un philippin alors à son premier grand succès pour Marvel, est relativement bonne, avec une belle galerie de héros et guerriers saisissants et touchants, tous bien mis en scène, avec une lisibilité notable et une attention certaine à l'expression des sentiments des différents intervenants. Ce n'est guère une surprise, finalement, de constater que cet arc narratif a été utilisé pour étoffer le troisième film consacré à Thor, même si sans atteindre la réussite de la version papier. L'omnibus revient sur tout ce que nous venons de dire avec un menu riche et joyeux : Incredible Hulk (2000) 88-105, Giant-Size Hulk (2006) 1, Fantastic Four (1961) 533-535, New Avengers: Illuminati (2006) 1, Amazing Fantasy (2004) 15 (I) et What If? Planet Hulk (2007) 1.



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LE PODCAST LE BULLEUR PRÉSENTE : TOURNER LA PAGE


 Dans le 222e épisode de son podcast, Le bulleur vous présente Tourner la page, album que l’on doit à Zep, un ouvrage édité chez Rue de Sèvres. Et revient aussi sur l’actualité de la bande dessinée et des sorties avec :


- La sortie de l’album L’homme qui vendit la Tour Eiffel que l’on doit au scénario de Stéphane Marchetti, au dessin de Joseph Falzon et c’est publié aux éditions Dargaud


- La sortie de l’album Colette que l’on doit à Séverine Vidal pour le scénario, Kim Consigny pour le dessin et l’album est publié aux éditions Delcourt dans la collection Encrages


- La sortie de l’album Frankenwood que l’on doit au scénario de Darko Macan, au dessin d’Igor Kordey pour un ouvrage sorti aux éditions Dupuis


- La sortie de l’adaptation du roman d’Ernest Hemingway Pour qui sonne le glas que l’on doit au scénario de Jean-David Morvan, au dessin de Pierre Dawance pour un titre paru aux éditions Sarbacane


- La sortie de l’album L’homme - chevreuil que l’on doit au scénario de Vincent Zabus, au dessin de Jean-Denis Pendanx au dessin, une bande dessinée adaptée d’un ouvrage de Geoffroy Delorme et c’est paru aux Arènes BD


- La sortie de l’album Avila que l’on doit au duo Teresa Radice au scénario, Stefano Turconi au dessin et c’est publié dans la collection Treize étrange des éditions Glénat.



 
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PIF & HERCULE : SÉRIE ANIMÉE ET CAMPAGNE SUR ULULE


 Il y a des campagnes participatives qui passent relativement inaperçues, et d’autres qui réveillent une mémoire collective. Celle lancée autour du retour de Pif et Hercule version dessin animé appartient clairement à la seconde catégorie. En quelques jours à peine, la mobilisation sur Ulule a transformé la sortie de leur animé en véritable événement, porté par une communauté aussi fidèle qu’enthousiaste. L’objectif initial atteint, les créateurs voient déjà plus loin : un cap symbolique fixé à 200 %. À la clé, un clin d’œil irrésistible à l’histoire du journal Pif Gadget : le retour du mythique parachute Pif. Réédité pour l’occasion, accompagné d’un mode d’emploi présenté par Rahan, ce gadget culte (autrefois sublimé par une couverture signée Mandryka) viendrait récompenser tous les contributeurs si ce nouveau palier est franchi. Mais la campagne ne se résume pas à une opération nostalgie. Elle s’accompagne d’une sélection soignée de fac-similés, goodies et objets de collection, pensés pour séduire autant les amateurs de bande dessinée que les curieux. Derrière ces contreparties, on retrouve une exigence de fabrication et un vrai souci du détail, fidèle à l’esprit du titre.



Car l’ambition est bien plus large : offrir une nouvelle vie animée à des figures emblématiques de la BD populaire française. Diffusée sur Canal+, cette série marque le retour à l’écran de Pif et Hercule, après plusieurs incursions depuis les années 1980, dont une série télévisée et un long métrage au début des années 1990. Cette fois, le projet assume une approche résolument contemporaine. Animation 3D intégrée à des images réelles en 4K, écriture portée par une nouvelle génération d’auteurs, tonalité ludique et pédagogique : la série entend conjuguer héritage et modernité. L’esprit originel n’est pourtant pas oublié, notamment dans sa dimension éducative, héritée des collaborations passées avec des figures scientifiques comme Hubert Reeves ou Haroun Tazieff. Pensé pour les jeunes publics sans exclure les lecteurs historiques, le programme revendique un équilibre entre divertissement et éveil à la science, dans la lignée des grandes émissions pédagogiques françaises. Le casting vocal, lui, mêle nouvelles voix et énergie contemporaine, avec notamment le vidéaste/créateur de contenus Roman Doduick. Au-delà du dessin animé, cette campagne Ulule se présente comme un véritable levier pour l’avenir de la licence : nouvelles séries, long métrage, contenus dérivés… Les ambitions sont affichées, et le public est invité à y prendre part. Plus qu’un simple financement participatif, l’opération se veut un passage de relais entre générations. Une manière de rappeler que, dans le paysage de la bande dessinée française, certains héros ne disparaissent jamais vraiment : ils attendent simplement le bon moment pour retomber… en parachute.


Lien vers la campagne : cliquez ici


PIF GADGET, on le répète pour la énième fois, vous attend en kiosque dans sa nouvelle incarnation. Et Rahan aussi est de l'aventure.





GOTLIB : OEUVRE COMPLÈTE 1968 (GAI-LURON ET LA RUBRIQUE-À-BRAC)


 Les œuvres complètes de Gotlib arrivent donc au rendez-vous du deuxième volume, qui couvre toute l’année 1968. Les planches ont été nettoyées, certaines pages sont inédites et, fidèle au principe de cette réédition, l’ensemble est publié dans un ordre chronologique rigoureux, de manière à mettre en évidence les ponts qui existent entre les différentes séries de l’artiste. Pour ce tome, elles sont au nombre de deux et se croisent régulièrement : les aventures de Gai-Luron et la Rubrique-à-Brac, lancée quelques semaines avant le début de ce volume. On retrouve ici ce chien aussi placide qu’un éditorial sans opinion, mais à qui il arrive désormais de vivre des aventures structurées par un véritable fil rouge. On pense par exemple à la création d’un robot à son image, censé résoudre bien des problèmes, notamment les tâches fastidieuses. Évidemment, chaque mise en marche tourne court : la créature n’en fait qu’à sa tête, ou ne fonctionne pas du tout comme prévu. À ses côtés, Jujube, le faire-valoir, est désormais devenu un animal esthétiquement irréprochable (une transformation amorcée dans le volume 1967) avant de peu à peu s’effacer pour laisser davantage de place à Belle Lurette, que l’on pourrait présenter comme la fiancée potentielle de Gai-Luron. Ce dernier l’a rencontrée alors qu’il cherchait un modèle pour une campagne de publicité. Belle Lurette, particulièrement autocentrée et exaspérante au plus haut point, se révèle pourtant immédiatement séduite par la beauté (disons… discrète) de celui qui l’a engagée. Les deux personnages se rapprochent progressivement au fil des gags, où le pauvre protagoniste ne parvient jamais à ses fins. Même lorsque, un jour de l’an, il reçoit enfin une invitation à pénétrer dans la chambre de sa promise, c’est pour déplacer un meuble, et non pour ce que le lecteur malicieux aurait pu imaginer. D’ailleurs, lors d’une crise de somnambulisme, Gai-Luron était déjà parvenu à se glisser dans le lit de la belle sans que rien ne se passe. Une constante, en somme. Gai-Luron, c’est aussi un concours organisé auprès des lecteurs pour élire son plus beau costume, mais également une période mystico-identitaire durant laquelle le personnage admet sa nature canine et décide de renouer avec ses instincts animaliers. D’abord pour défendre son habitation contre d’éventuels cambrioleurs, ensuite dans le cadre d’un échange particulièrement savoureux avec Jujube.



Et bien évidemment, parler de Gotlib, c’est évoquer la Rubrique-à-Brac, où les sujets les plus divers sont traités de manière absurde, pour le plus grand plaisir des lecteurs en quête d’érudition décalée. Il s’agit souvent d’un regard porté sur le monde animal, avec la présentation des caractéristiques et modes de vie d’espèces variées (comme le paresseux, le pélican…) commentées par l’inénarrable professeur Burp. Mais Gotlib ne s’arrête pas là. Il propose également des rubriques plus artistiques : comment réaliser un poster de star de cinéma, comment concevoir une bande dessinée, ou encore comment cadrer une scène lorsqu’on est réalisateur. Sans oublier le running gag de la pomme et d'Isaac Newton, une marque de fabrique légendaire. À travers ces pages, on perçoit aussi la manière dont les plus jeunes voient le monde, et combien le passage à l’âge adulte peut s’avérer d’un prosaïsme redoutable. On suit également les exploits (façon de parler) de l’élève Chaprot, cancre absolu, qui, dans ses rêveries les plus folles, imagine une sorte d’entreprise où ses camarades deviennent des cobayes à son service, le tout durant une interminable heure de retenue. Ce sont peut-être ces pages qui se révèlent les plus touchantes : derrière l’humour corrosif, on découvre un auteur sensible, dont les idées semblent inépuisables et teintées de nostalgie. Inépuisables… pas tout à fait. En 1968, Gotlib abandonna brièvement la Rubrique-à-Brac, convaincu qu’il ne pourrait pas tenir le rythme et craignant la panne sèche. Heureusement, il reprit rapidement le travail avec le talent et la réussite que l’on sait. Raison pour laquelle, lorsqu’on referme ce volume de ses œuvres complètes, une seule pensée s’impose : vivement le prochain. Il devrait arriver pour les fêtes de fin d’année. C'est in-con-tour-na-ble.



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SUPERGIRL WOMAN OF TOMORROW : DE RETOUR CHEZ URBAN COMICS


 Il est forcément un peu plus difficile de susciter la considération et le respect, voire la crainte, quand on est une agréable jeune fille aux cheveux blonds, portant la jupette, d'aspect menu et engageant, plutôt qu'un type ultra musclé chargé en testostérone. D'ailleurs, Kara Zor-El a beau être "super", elle n'en reste pas moins une girl là où son cousin est lui présenté comme un man et non pas un boy ; une petite différence sémantique qui démontre bien que l'héroïne a toujours dû mettre les bouchées doubles pour trouver sa place au sein de l'univers DC comics. Notons qu'il en existe différentes incarnations, et que sa carrière éditoriale est pour le moins chaotique. À première vue, on pourrait la croire plus faible, et d'ailleurs certains ennemis de Superman n'hésitent pas à s'en prendre à elle pour se venger, lorsqu'ils la croisent dans l'espace. Mais ce serait une erreur. C'est ce que nous montre assez rapidement Tom King dans cette désormais célèbre mini série en 8 volets, qu'Urban Comics représente aujourd'hui dans une belle version augmentée et une autre en noir et blanc. L'histoire démarre sur une lointaine planète, dans une ferme de roche, où une jeune fille (Ruthye) assiste au meurtre de son père, des mains de Krem des collines d'ocre, un assassin impitoyable, qui laisse son épée enfoncée dans le poitrail de sa victime.  Commence ainsi une vengeance personnelle contre Krem, avec l'idée d'enrôler un mercenaire pour obtenir réparation dans le sang, en se servant de la fabuleuse épée abandonnée par l'assassin, comme monnaie d'échange pour la transaction. Mais rien ne se passe comme prévu pour la pauvre jouvencelle. Fort heureusement, dans le même bar où se déroule la négociation, nous retrouvons Supergirl, bien occupée à fêter son 21e anniversaire (c'est-à-dire selon la loi américaine celui de sa majorité, autrement dit elle a désormais le droit de consommer de l'alcool) en se mettant minable grâce à la bouteille. Et quand une demoiselle en détresse rencontre une super héroïne en proie au doute et à la recherche de son destin personnel, les conditions sont réunies pour mettre sur pied une petite épopée spatiale attachante et fantasmagorique, qui va nous emmener rencontrer des mondes singuliers et interroger ce qui constitue notre humanité, à des années lumières, au fin fond du cosmos.



On embarque donc avec Tom King pour un voyage merveilleux. À travers les mondes, le cosmos, pendant de longs mois. Supergirl et sa protégée vont affronter toute une série d'aventures qui seront autant de jalons vers l'acceptation et la compréhension de soi. Ne croyez pas que la toute-puissance de la charmante blondinette lui permette de faire face à tout et n'importe quoi ; tout d'abord parce qu'une partie de ce périple va se dérouler sur une planète baignée d'un soleil vert qui se révèle être hautement toxique pour qui vient de Krypton, et c'est cette fois au contraire Ruthye qui va devoir protéger l'héroïne. Mais aussi parce que cette poursuite à travers les étoiles, pour mettre la main sur Krem et obtenir réparation, constitue une preuve de force intérieure : est-il nécessaire de tuer quand la magnanimité permettrait d'opter pour un autre châtiment ? C'est là que tout le génie de Tom King frappe le lecteur, avec deux dernières pages absolument splendides qu'il est impossible d'aborder concrètement sans spoiler l'histoire, mais qui ne correspondent pas forcément à tout ce à quoi vous pouvez vous attendre en lisant ce qui précède. Cette histoire au demeurant fort belle et poétique est rythmée par un phrasé et une langue soignée, excellemment traduite en français par Jérôme Vicky. Le dessin est de Bilquis Evely, et s'il peut surprendre notamment pour ce qui est du visage de Supergirl (assez anguleux, voire caricatural, avec le bleu des yeux qui mange ou illumine le reste) le côté féerique de l'ensemble compense largement cet aspect un peu moins gracieux que d'habitude. Les planches sont vivantes, truffées de petits détails, et surtout elle ne se ressemblent pas ou tout du moins leurs différences finissent par s'accorder, pour orchestrer un ensemble de mondes, ce qu'on appelle un univers graphique. Un long voyage, une quête personnelle, presque un récit légendaire comme on le comprend en fin de parcours : nous sommes là face à une bande dessinée qui échappe à la norme, l'envie de convoquer la surenchère et le bain de sang, pour donner la parole à un personnage aussi fort que fragile, aussi sous-évalué que potentiellement magnifique, et qui l'espace de huit longs épisodes nous enchante régulièrement. Woman of tomorrow a donc tout pour être également woman of the summer, le temps que nous y sommes, avec un film derrière la porte. Woman, on a dit, et pas juste girl.



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DC K.O. TOME 1 : LA BATTLE ROYALE COMMENCE ICI !


Vous êtes désormais habitués et vous le savez, les comic books américains vivent d'événements réguliers qui essaient à leur façon de bouleverser l'équilibre super-héroïque qui règne chez l'éditeur qui décide de les publier. Ainsi, chez DC Comics, place à quelque chose d'assez spectaculaire et singulier : DC K.O. Le principe est simple (c'est en tout cas ce qui est annoncé dans les intentions de départ), une sorte de Battle Royale qui va permettre de déterminer, enfin, qui est le plus fort entre tous. Et tout ça à cause de Darkseid, le mal incarné, qui cette fois encore a fait des siennes. Il faut dire que sa dernière incursion sur Terre a été la bonne. Cette fois, le tyran d'Apokolyps a vraiment triomphé, il n'est pas possible d'en venir à bout, l'univers lui appartient. D'autant plus qu'au cœur de notre planète, une sorte de noyau, de coeur de matière Omega (n'allez surtout pas me demander des explications scientifiques plausibles) ne fait que confirmer sa puissance et son inéluctabilité. La seule manière de l'arrêter, ce serait alors de stopper l'activité de ce noyau, un peu comme si on voulait le rebooter, et par la même lui offrir un champion capable de canaliser et d'incarner toute la puissance Omega pour défaire et prendre la place de Darkseid. Comme le projet est plutôt risqué et ne tient pas debout, expliqué comme cela (vous le savez, dans le monde des super-héros, les règles de la physique sont très différentes), il faut tout de même préparer un plan B, c'est-à-dire l'évacuation de la Terre ! Tenez-vous bien, la Justice League et leurs amis ont vraiment l'intention d'emmener les habitants sur d'autres plans d'existence ou mondes lointains, le temps que les choses se calment, si cela est possible. Le pire c'est que ce plan complètement dingue semble fonctionner et que le nouveau champion ne va pas être désigné par hasard, mais au terme d'une sorte de grand tournoi à élimination auquel vont prendre part 32 personnages parmi les plus puissants ou influents de DC Comics. Le premier tour consistera en une sorte de quête aux artefacts propres à certains de ces héros, tandis que par la suite, tout le monde va devoir taper sur tout le monde et mettre de côté les concepts d'empathie, d'entraide et de gentillesse. Même Superman ramène avec lui des poings américains dans lesquels sont incrustés des mini soleils ! Subtilité, quand tu nous tiens.



C'est presque une évidence : un scénario aussi dingue, avec des implications aussi faramineuses, c'est forcément l'œuvre de Scott Snyder ! Du côté du dessin, Javi Fernandez et Xermanico s'en sortent à merveille et permettent d'assister à une sorte d'apocalypse jouissive, où le lecteur, page après page, s'attend à voir certains personnages éliminés, tandis que d'autres vont continuer leurs courses vers le succès. Et à priori, les super-vilains ne sont pas invités et devaient être mis hors de l'équation, mais c'était compter sans Lex Luthor, qui au dernier moment est parvenu à pénétrer avec effraction dans la compétition, accompagné par quelques autres gros calibres des forces du Mal. Urban Comics publie l'événement sous la forme de trois tomes (le dernier prévu fin juin) ; autrement dit, vous allez pouvoir y découvrir non seulement la série mère mais tout un tas d'épisodes annexes, les fameux tie-in, avec par exemple ceux qui sont insérés dans la série des Titans, où nous allons pouvoir mieux comprendre comment fonctionne cette évacuation fantastique dont nous parlions ci-dessus. Mais aussi des épisodes du titre Superman où nous allons en apprendre plus sur le destin de Loïs Lane, qui a brièvement obtenu des supers-pouvoirs au point de devenir Superwoman et qui va ici tout simplement les récupérer. Notons également dans ce premier volume les deux premiers épisodes de DC K.O. Knightfight, où il est question de s'intéresser à que ce devient le grand absent du tournoi, celui qui n'est pas parvenu à se qualifier, à savoir Batman. Du coup, le chevalier noir va vivre ses propres aventures en parallèle, entre fantasmes, vérités distordues et versions très singulière de Gotham, et avec les dessins de Dan Mora pour magnifier l'ensemble. On est toujours preneur tant cet artiste est vraiment doué. DC K.O. c'est donc une véritable orgie super héroïque, au-delà de ce qu'on peut croire ou raisonnablement accepter. Il faut vraiment se laisser porter par la vague mainstream et voir ça comme une espèce de vaste récréation frappadingue, la Coupe du monde avant l'heure, où les équipes de football sont en fait remplacées par quelques-uns des personnages iconiques de chez DC Comics. Qui va se qualifier, qui va être éliminé, les paris sont ouverts !



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