SPECTREGRAPH : L'IMMORTALITÉ ENTRE QUATRE MURS AVEC TYNION IV ET WARD


 Parmi toutes les ambitions démesurées que l’humanité a pu nourrir depuis l’aube des temps, accéder à l’immortalité figure sans conteste parmi les plus élevées. Pourtant, une vérité implacable s’impose : nous sommes tous destinés à mourir un jour ou l’autre. L’idée d’une existence éternelle relève de l’impossible. Mais pour Ambrose Everett Hall, cet état de fait n’a jamais été acceptable. En possession d’une fortune considérable, il décide de faire ériger une immense demeure à l’architecture labyrinthique. Entre ces murs, il consacre l’essentiel de son existence à la mise au point d’une machine fascinante : le Spectregraphe. Cet appareil, en théorie du moins, fonctionne comme un gigantesque enregistreur capable de capturer et de reproduire toutes les caractéristiques d’un être humain, tant physiques que psychologiques, dans le but d’en créer une copie. L’objectif ? Concevoir une sorte d’avatar spectral destiné à hanter les lieux pour l’éternité. Toutefois, une telle ambition se heurte aux limites de la science et de la connaissance humaine. Les premiers essais sont loin d’être concluants et, au fil des ans, Ambrose ne parvient qu’à engendrer des créatures ectoplasmiques monstrueuses et désincarnées. À ses côtés, son compagnon, un certain Freddy, finit par se lasser de cette existence cloîtrée auprès d’un homme consumé par ses obsessions, qui ne comprend pas qu’en s’accrochant désespérément à l’immortalité, on passe à côté de la seule chose qui importe vraiment : vivre. Accepter la finitude de l’existence, c’est aussi embrasser la beauté de son caractère éphémère, savourer pleinement les joies passagères et même les peines qui rythment notre parcours. Bien des années plus tard, la fameuse demeure est mise en vente. C’est là que débute notre histoire. "L’héroïne", Janie Chase, une mère célibataire dont le métier consiste à vendre ce genre de propriétés, se retrouve contrainte de proposer la maison à un mystérieux acheteur. Seulement voilà : dans l’agitation de la journée, elle a oublié son petit garçon, laissé seul à la maison, attaché sur sa chaise haute. Et personne ne peut intervenir pour s’occuper de lui… Le coup de stress !






Selon Tynion IV, le scénariste de cet album "lorsque Christian et moi avons commencé à discuter d’un projet commun, je lisais des ouvrages sur le mouvement spiritualiste du XIXe siècle. Nous nous sommes alors rendu compte qu’aucun de nous n’avait jamais vraiment écrit d’histoire de maison hantée. Nous avons ainsi réfléchi à la manière de renverser les codes classiques du genre pour créer quelque chose d’étrange, de terriblement effrayant mais résolument moderne. C’est un projet dont nous parlons depuis des années, et c’est un vrai plaisir de le voir enfin prendre vie sur le papier." Tynion nous propose une vision assez sarcastique du monde de l'occultisme avec des personnages qui sont censés faire peur ou tout du moins en imposer avec leur prestance et leur apparence, mais qui en réalité sont totalement désemparés face au phénomène auquel ils souhaitaient être confrontés. Vous allez par exemple croiser la route d'une jeune gothique qui dans un premier abord semble être l'exécutrice de la volonté de l'acheteur potentiel et être de mèche avec lui ; en réalité, elle va fondre comme neige au soleil et se révéler d'une vulnérabilité extraordinaire, au point de devenir totalement dépendante des décisions de Janie. Le dessinateur, Christian Ward, est en très grande forme dans Spectregraph. "Beaucoup de mes projets naissent d’une question : ‘À quoi ressemblerait mon… ?’ Et pour celui-ci, la question était : ‘À quoi ressembleraient mes fantômes ?’ Ce projet a une dimension très cinématographique, si bien que j’ai regardé de nombreux films de Michael Mann. Mann a une façon propre d’utiliser ses décors comme des personnages à part entière, et cela m’a paru essentiel ici. Non seulement pour la maison – car après tout, il faut bien une maison pour qu’il y ait un fantôme qui la hante – mais aussi pour les villes dans lesquelles nous évoluons. Je veux que cet univers soit profondément ancré dans le réel, afin que les éléments ‘spectraux’ paraissent d’autant plus saisissants en contraste." Ward offre des planches superbe avec des contrastes très marqués et une mise en couleurs quasi lysergique, comme c'est habituellement sa marque de fabrique, dans un album ou l'aspect spectral et éthéré des apparitions est censé jouer un grand rôle dans sa réussite. Le choix de l'artiste fonctionne à merveille et il parvient à proposer une approche complètement dingue en terme d'inventivité et de la représentation de cet entre deux, un état où l'on n'est pas vraiment mort mais certainement plus vivant, pâle copie grotesque de  ce que l'on fût autrefois. Très bel ouvrage qu'on recommande vivement. 



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LE PODCAST LE BULLEUR PRÉSENTE : BILLY LAVIGNE


 Dans le 196e épisode de son podcast, Le bulleur vous présente Billy Lavigne que l’on doit à Anthony Pastor, un ouvrage publié chez Casterman. Cette semaine aussi, je reviens sur l’actualité de la bande dessinée et des sorties avec :

- La sortie de l’album Il déserte que l’on doit au scénario d’Antoine de Caunes, que Xavier Coste met en dessin et qui est édité chez Dargaud


- La sortie de La proie, nouvel épisodes des aventures de Parker, le personnage iconique de Richard Stark que reprend Doug Headline au scénario et Kieran au dessin pour inaugurer la nouvelle collection Aire noire des éditions Dupuis


- La sortie de l’album Merveilleux que l’on doit à Cookie Kalkair, un titre édité chez Steinkis


- La sortie de l’album Moheeb sur le parking que l’on doit à Clara Lodewick, édité chez Dupuis dans la collection Les ondes Marcinelles


- La sortie du deuxième et dernier tome de Zoé Carrington, diptyque que l’on doit à Jim et qui est édité chez Grand angle


- La réédition de Blankets que l’on doit à Craig Thompson ainsi qu’aux éditions Casterman



 
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CHASM : LE FARDEAU DE KAINE (UN FARDEAU POUR LES LECTEURS)


 En mars 2024, Marvel a publié un gros fascicule intitulé Web of Spider-Man, censé donner un aperçu de quelques unes des trames sur le point d'être développées, dans l'univers du Tisseur de toile. Celle qui nous intéresse ici et qui est placée en exergue à la mini série The curse of Kaine est écrite par Steve Foxe et dessinée par Greg Land. Il ne faut que deux trois pages pour comprendre le désastre. On se lance dans une nouvelle plongée absurde, la suite des aventures désormais totalement dénuées d'intérêt de Ben Reilly. Vous pensiez que Dark Web aurait suffit pour inciter Marvel à balancer les fonds de tiroir sous le tapis ? Que nenni, la descente aux enfers devient ici de la spéléologie masochiste. Le pauvre Ben Reilly trouve un moyen assez banal de s'enfuir des Limbes où il était retenu comme prisonnier, suite aux agissements de la Goblin Queen. Il n'a pas récupéré les souvenirs de son clone, c'est-à-dire Peter Parker, mais ce n'est pas grave, ce qui compte c'est ce qu'il va faire désormais de sa vie, aux côtés de sa chère et tendre, la néo-sorcière Halloween Eve (Janine), un de ces personnages complètement foutraques qui indiquent bien que Marvel aurait dû lâcher l'affaire depuis longtemps. Ensemble, ils détroussent de malheureux citoyens, comme un vulgaire duo de pickpockets du RER. Sauf que bon, vous le savez, lorsqu'on voit Ben pointer le bout de son nez, le premier clone raté et défiguré de Peter Parker n'est jamais loin. Kaine aussi va se joindre à l'aventure, qui va avoir comme grand vilain un Eternel, le perfide Druig. Le véritable problème qui se pose dorénavant, c'est de déterminer à quoi peuvent bien encore servir ces personnages. Leur création, à l'époque de la Saga du clone des années 1990, avait vraiment apporté un vent de renouveau et produit un effet considérable sur la plupart des lecteurs. Mais déjà au bout de quelques mois, on avait compris que les scénaristes commençaient à s'emberlificoter les pinceaux et ne savaient plus comment sortir de l'ornière. Aujourd'hui, 30 ans plus tard on se rend bien compte que le cycle éternel des morts et résurrections, changements de nom et de costume, est arrivé à un point où il n'y a absolument plus rien à sauver de ce qui apparaît comme un désastre éditorial complet.



Scarlet Spider maintenant, c'est Kaine, tandis que Ben Reilly est devenu Chasm, autrement dit un criminel, une version sans foi ni loi de ce qu'il était avant, c'est-à-dire un frère pour Peter Parker. Ici, Kaine a appris que son clone-frangin était de nouveau en train de filer un mauvais coton (ou une mauvaise toile, c'est selon). Ce qu'il voudrait, c'est donner à la vie de Ben un sens plus noble que de dévaliser des gosses de riches et d'épouvanter les criminels déments. Mais lorsqu'il découvre que Ben est sous l'emprise de Druig, qu'il commet des actes dont il n'a pas conscience, que des monstres sont impliqués dans cette sombre histoire, le pauvre bon samaritain défiguré comprend qu'il va devoir s'employer au delà du raisonnable (tout en payant son loyer en retard à son propriétaire, une sorte de malédiction récurrente des Parker). L'Homme Taupe et ses Moloïdes est aussi de la partie, mais franchement, je vais être honnête, dès la première dizaine de pages passée, je me suis déjà retrouvé dans l'embarras le plus total, à savoir finir ce qui est une purge quasi illisible, parce que oui messieurs dames, je vais toujours au bout de mes lectures, aussi dispensables soient elles. Seul point positif, les dessins de l'italien Andrea Broccardo, un artiste qui mériterait des titres bien plus nobles et passionnants, dont le trait souple et toujours énergique permet au moins de produire de belles pages, qui n'ont certes aucun sens. Mais à quoi peut bien servir ce Ben Reilly là dans l'univers Marvel ? Pourquoi un tel acharnement sur ce personnage pourtant magnifique, tragique, mais attachant ? On ne comprend pas, on ne comprend plus rien, c'est parfaitement superfétatoire. Le fardeau n'est pas pour Kaine, mais pour nous autres, imprudents lecteurs. 



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LA NUIT DES LANTERNES CHEZ DELCOURT : LE DEUIL, LA COLÈRE, L'HORREUR


 Le personnage principal de cet album signé Jean-Étienne s'appelle Eloane. C'est une jeune femme qui retourne dans la maison familiale, située sur une île étrange appelée L'île aux lanternes. Cela fait quelques années qu'elle n'a pas pris le ferry pour retrouver les siens, et pour cause : dès les premières pages, nous faisons connaissance avec le drame qui a marqué son existence, dans un passé proche. Lors du même festival, son père qui était resté seul dans le phare familial, plutôt que d'accompagner son épouse et ses enfants, est mort tragiquement, brûlé vif. Qui plus est Eloane et son paternel avaient eu une dispute juste auparavant. Il faut dire que la première cité est une forte tête, qu'elle a toujours tenue bon face aux décisions des adultes et au caractère autoritaire de sa mère. Eloane a aussi un petit frère qu'elle adore et qu'elle tente de protéger ; celui-ci a subi un traumatisme lors du décès de son père, à tel point qu'aujourd'hui il ne profère plus le moindre mot et communique avec les autres en leur envoyant des messages, avec son téléphone. Et puis autre élément important de cette bande dessinée, le festival en soi, où il est question d'apporter une lanterne à une espèce de patriarche qui organise une grande cérémonie. Chacun doit laisser sa flamme s'éteindre lentement et par la même occasion accepter de se libérer du poids des remords, des soucis de tout ce qui peut nous gâcher la vie, à l'intérieur. Bien entendu, Eloane ne croit absolument pas à tout ce qu'elle considère être des sottises superstitieuses… et c'est bien dommage, car elle porte en elle une colère mortifère et des failles incommensurables.



Nous avons tous été confrontés, un jour ou l'autre, aux difficultés de la communication : cette impossibilité de transmettre ce que l’on ressent, y compris aux membres les plus proches de notre famille. Ironiquement, c’est souvent en raison même de ces liens familiaux que surgissent malaise, angoisse ou colère, rendant leur expression d’autant plus difficile. La Nuit des lanternes aborde ce dilemme avec une approche rapide et percutante, en le transposant dans un récit où l’horreur vient se mêler aux tensions familiales. "L’héroïne" y subit une transformation des plus surprenantes, devenant une sorte d’être de feu. Mais elle n'est pas le seul "monstre" à hanter les lieux. Très vite, colère et secrets cèdent la place à une menace plus sombre encore, et le récit nous entraîne peu à peu dans l’inconnu et la terreur. Jean-Étienne déroute et séduit sincèrement avec cet album, d’abord par un dessin très personnel, presque expressionniste. Les forts contrastes entre noirs, rouges et teintes orangées donnent à certaines scènes une intensité visuelle frappante, qui évoquent de véritables incendies sur la page. L’histoire, originale, traite d’un sujet universel avec frontalité, ce qui confère à cette bande dessinée un véritable pouvoir d’attraction sur un large public. On pourra toutefois regretter que la relation entre Eloane et son père soit expédiée un peu rapidement, sans que l’on puisse réellement en comprendre les enjeux et les détails profonds. En revanche, le lien mère-fille bénéficie d’un traitement plus développé, qui apporte une touche de pathos intime et bienvenue à l’ensemble. En somme, une surprise originale que nous vous recommandons vivement de découvrir.

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LE REBOOT DE WITCHBLADE PAR BENNETT & CAFARO


 Nous étions sans nouvelles de Sara Pezzini depuis presque une décennie. Certes, en 2017, un nouveau titre intitulé Witchblade avait bien vu le jour chez Image Comics, mais il mettait en scène un autre personnage, dans une tentative de moderniser le mythe des années 1990. Ce projet, clairement, n’avait pas totalement trouvé son public. Cette fois, ne boudons pas notre plaisir : il s’agit bel et bien du retour de mademoiselle Pezzini, celle qui fut, à la grande époque, la Witchblade que nous avons tant appréciée. Ce retour prend la forme d’un reboot, ce qui signifie que l’histoire repart entièrement de zéro. Il n’est donc absolument pas nécessaire de connaître le personnage ni d’avoir lu ses précédentes aventures pour s’y plonger. D’autant que la scénariste, Marguerite Bennett, reprend un grand nombre d’éléments du passé, tout en les modernisant et en y ajoutant de nouvelles trouvailles. Le récit parvient ainsi à être à la fois fidèle à l’esprit de la série d’origine et suffisamment novateur pour séduire une nouvelle génération de lecteurs. À l’époque, Witchblade se distinguait par son esthétique marquée : un personnage féminin à peine vêtu, dont l’arme mystique se manifestait sous la forme d’un gant lui conférant des pouvoirs extraordinaires. Dans cette nouvelle version, l’approche est suffisamment différente. Sara est désormais assaillie par une sorte d’artefact qui un beau jour s’empare d’elle, et lorsqu’il se manifeste, c’est une véritable armure qui recouvre son corps. Ce choix permet d’éviter l’écueil d’une représentation trop sexualisée, qui ne serait clairement plus de mise en 2025. L’histoire nous présente Sara en inspectrice de police, infiltrée dans les milieux interlopes des trafiquants d’êtres humains ; elle se fait passer pour une flic corrompue. Son véritable objectif est tout autre : retrouver les assassins de son père, lui aussi membre des forces de l’ordre, trahi et abattu par certains de ses propres collègues véreux. Avant d’embrasser la carrière de policière, Sara a servi plusieurs années dans les Forces Spéciales militaires. C’est donc une combattante aguerrie, déterminée à aller jusqu’au bout pour venger le paternel et se libérer du poids de son passé.




Si le retour de Witchblade fonctionne aussi bien, c'est pour deux raisons principales. La première, c'est la manière avec laquelle Marguerite Bennett modernise la série tout en restant fidèle à ses origines. Elle parvient ainsi à parfaitement nous expliquer la manière dont l'artefact s'empare de Sara, au point que cette dernière se sent comme privée de son propre corps. Au fil des épisodes, de nombreuses références à ce que peuvent ressentir les femmes dans la société, quand elles sont tendance à être objectivées ou déshumanisées, sont ainsi reliées aux nouvelles capacités de l'héroïne et à cette armure qui lui permet d'acquérir des dons extraordinaires, mais qui la coupe de son libre arbitre et de ses choix, si jamais elle accepte de se laisser dépasser par ces dons. C'est alors particulièrement bien vu et écrit, avec finesse. L'autre point important, c'est le dessin de l'italien Giuseppe Cafaro : il s'agit d'une production Top Cow et donc il est évident que le dynamisme, la plastique des personnages, la mise en page explosive, doivent respecter certains codes hérités de la grande époque de Marc Silvestri ou Michael Turner. Cafaro est capable de maîtriser tout cela avec maestria, bien aidé il est vrai par les couleurs d'Arif Prianto. Le duo nous offre une véritable leçon de dessin dans la catégorie "comment recycler les années 1990, ou plutôt le meilleur de cette décennie, pour en faire quelque chose de survitaminé en 2025". Chaque épisode apporte son lot de suspense, fait bien avancer le récit et il est évident que la nouvelle mouture de Witchblade à tout pour être une petite série à suivre de très près. Nous espérons sincèrement qu'elle va rencontrer un succès mérité. Le premier Tpb est disponible et le numéro 10 va bientôt sortir aux States. 



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LE HULK ROUGE EN MUST-HAVE CHEZ PANINI : MAIS QUI EST LE HULK ROUGE ?


 Hulk est vert. A d'autres reprises, il fut gris. Mais rouge ? Voyons, ça n'est pas sérieux ! Sauf que si. Le fait est que ce Hulk là (Rulk, comme il est aussi nommé, contraction de Red et Hulk) n'est pas celui auquel vous pensez. Exit Bruce Banner, qui pour une fois n'est pas responsable des méfaits constatés, et place à… Mais n'en disons pas plus, car pour ceux qui n'ont pas vu le film Brave New World ou encore jamais parcouru ces pages, le mystère de l'identité du colosse écarlate est de mise, et c'est un des moteurs de l'action (non, je plaisante, tout le monde sait que c'est le colonel Thaddeus E. "Thunderbolt" Ross qui perd son sang froid). Nous sommes ici en Russie, et Leonard Samson (psychiatre dopé aux rayons gamma) et Miss Hulk mènent l'enquête. Emil Blonski (l'Abomination, un des ennemis récurrents de notre héros vert) a été neutralisé et abattu, après un énième combat furibond. Tout le monde est d'accord, du S.H.I.E.L.D. à Iron Man, utiliser une arme à feu n'est pas le modus operandi habituel du colosse de jade, bien plus habitué à tout détruire sur son passage à coups de poings. Et puis son avatar "humain", le docteur Bruce Banner, est toujours en détention. Du coup, la vérité commence à poindre : il y a un autre Hulk en liberté, et lui aussi ne fait pas dans la dentelle quand il entre en action. En plus, il recourt à la force létale et à l'armement pour se faire respecter ! Un témoigne recueilli permet même de définir la couleur de la menace : le rouge, et pas le vert. Bonne nouvelle, vous allez rapidement parvenir à comprendre la problématique et les enjeux. Car Jeph Loeb n'a pas pour ambition de livrer une œuvre approfondie et à multiples interprétations, juste celle de fournir un divertissement décomplexé et musculaire, où l'action et la baston sont les moteurs du récit. Le Hulk rouge est ultra brutal, bagarreur, et tout le monde en prend pour son grade dans chaque épisode, Avengers compris…



Voici un album qui se lit rapidement, du coup. Peut être même bien que son principal atout réside dans les dessins de Ed McGuinness. Trait clair et propre, tendance à l'exagération anatomique pour faire ressentir d'avantage la puissance des combats, quitte à loucher vers le cartoon, et orgie de gros bras musculeux et de créatures labellisées "gamma", comme A-Bomb, qui apporte aussi une touche de bleu… Vaste défouloir que certains considèrent comme un comic-book potache, ce Red Hulk est aussi une quête, celle d'un anti-héros aux méthodes discutables, qui tape sur tout ce qui bouge, au point même de s'en prendre à Uatu le Gardien, pourtant un être des plus pacifiques, tandis que le microcosme et l'univers gravitant autour du Hulk classique s'emballe. C'est l'inflation, on a l'impression que récupérer des pouvoirs liés à la bombe gamma, c'est à la dernière mode et qu'il est aussi facile de se les procurer que d'aller chercher son paquet de Marlboro au tabac du coin. Loeb nous entraîne dans une enquête aux accents presque noir, en jouant habilement avec les points de vue, les doutes et les rebondissements, tout en tissant une intrigue qui mêle l’action explosive propre à Hulk à la tension d’un thriller d’investigation. Le rythme est effréné, sans répit, sans le moindre temps mort. C’est d’ailleurs là que réside le seul léger défaut du récit : à certains moments, le nombre de personnages en présence semble un peu trop élevé, et bien que leur gestion soit maîtrisée, l’ensemble peut parfois donner une impression de surcharge. Survenant après un petit bijou comme Planet Hulk, et un gros événement salué par à peu tous comme World War Hulk, ce cycle réalisé par Jeph Loeb fait figure de récréation explosive, mais pas très fouillée. On devine qu'il n'a pas du passer bien longtemps à écrire chaque épisode, pourvus de tonnes de coups, de mandales, et de "Hulk Smash" de la bonne vieille école. Bref, prenez tout cela au troisième degré, et consommez votre blockbuster sans la moindre vergogne. 



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MINOR ARCANA : LA MAGIE ET LES TAROTS AVEC JEFF LEMIRE


 Jeff Lemire, c'est une référence absolue. En ce qui me concerne, tout du moins. Et je ne suis pas un fan aveugle qui ne sait pas reconnaître les baisses de forme de l'animal, ou encore sa volonté de produire en masse, trop souvent, au détriment de la qualité extraordinaire qui a caractérisé ses premières publications dans l'industrie du comic book. Avec Minor Arcana, nous revenons aux choses sérieuses, c'est-à-dire du Lemire pur jus, avec des thématiques déjà explorées à maintes reprises, mais toujours présentées avec une touche vibrante d'humanité et une sensibilité réelle envers les cabossés de la vie, ceux qui ont traversé des épreuves et en sont ressortis changés à jamais. Bon, je ne tenterai pas de convaincre les allergiques au style graphique du canadien, quand il entreprend de dessiner aussi ce qu'il écrit. Pour moi, c'est un concentré d'émotions brutes, un univers où tout est suggéré derrière une patine de tristesse, où le trait simple et parfois minimaliste regorge d'infinis nuances et transmet tous les états de l'âme. Ce qui rend l’histoire si immersive, dans Minor Arcana, c'est cette approche, mais aussi le fait que Theresa St. Pierre, la protagoniste de la série, interagit avec le petit monde qui l’entoure et qu'elle a volontairement abandonné. Retour au point de départ, confrontations familiales et secrets encore à révéler, soyez les bienvenus dans les obsessions de l'artiste. Que ce soit dans ses échanges avec les habitants de sa ville natale ou simplement lorsqu’elle déambule dans les rues, chaque détail contribue à brosser le portrait de l'héroïne qui n'en est pas une. Cette ambiance un tantinet glauque sert de toile de fond à un récit plus profond : le retour de Theresa dans sa ville d’enfance pour s’occuper de sa mère malade, atteinte d'un cancer. Mais très vite, on comprend que ce retour ne se limite pas à cette seule raison. Il y a une amie chère (amie aimée d'amour) qui a refait sa vie avec un policier local, il y a le fantôme du père… À mesure que Theresa se confronte à la vérité, on comprend que son retour ne relève pas uniquement du devoir filial. Plus elle est honnête avec elle-même, plus le monde qui l’entoure prend une nouvelle dimension. Quant à sa mère, elle lit les cartes, prédit l'avenir, prétend parler avec les morts. Des conneries, pour sûr, selon la fille.




Sauf que tout à coup, Theresa se retrouve dans un étrange bâtiment désert. Est-ce la réalité ou un mauvais songe ? Elle est d'ailleurs persuadée qu'il s'agit d'un rêve dont elle ne parvient pas à s’extirper. Errant dans les couloirs, elle découvre bientôt une porte qui, contre toute logique, s’ouvre sur une nature bucolique. Theresa y fait la rencontre d’un homme, mais elle refuse de croire qu’il est le mari de la femme pour qui elle avait décidé de tirer les cartes, un beau soir sans y croire, en remplacement de sa mère endormie. Le lecteur comprend vite de quoi il s'agit : un moment empreint de magie, que Theresa se refuse pourtant à considérer comme réel. La jeune fille aurait donc des pouvoirs, la capacité d'aller tailler le bout de gras avec les défunts ! C’est alors que sa mère entre en scène et lui reproche d'avoir fait fuir une de ses rares clientes, avec sa réaction effrayée. Theresa pique une belle colère, rejette sa mère et tombe dans une rage profonde, qui agit finalement comme un bouclier pour éviter toute prise de conscience sur ce qui est en train de se jouer. Tous les personnages de Minor Arcana semblent porter dans leurs yeux un deuil indicible. Celui du remords, de l'incapacité de se comprendre, de la pesanteur d'une vie qu'ils subissent, dont ils ne peuvent fuir. En apparence, car les cartes et la divination sont claires, Theresa va avoir les moyens de renouer peu à peu tous les fils de la trame, de remonter le temps, d'enquêter sur ses propres racines, sur la tragédie qui a bouleversé à jamais l'histoire de sa famille. La magie comme deus ex macchina, pour une série qui s'attarde une fois encore sur le poids écrasant des secrets, des non dits, avec une douloureuse sincérité. Le Jeff Lemire 2024/2025 semble être une bonne cuvée. Pour le moment, uniquement en VO. 



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SPECTREGRAPH : L'IMMORTALITÉ ENTRE QUATRE MURS AVEC TYNION IV ET WARD

 Parmi toutes les ambitions démesurées que l’humanité a pu nourrir depuis l’aube des temps, accéder à l’immortalité figure sans conteste par...