Après ces épisodes au cordeau, Rob Williams transporte Dredd à Ciudad Barrancuilla, pour un récit qui transpose la violence du narcotrafic et de la jungle criminelle sudaméricaine dans l'univers de la série. On y oppose le pragmatisme des autorités locales, prêtes à composer avec la pègre pour maintenir une paix relative, à l’intransigeance absolue de Dredd. Avec au menu un ancien Juge qui est désormais devenu l'instrument d'un groupe de rebelles antifascistes et criminels, et un trafiquant repenti qui vit isolé dans sa villa surprotégée, en échange de bons tuyaux à livrer aux autorités. Sauf que ces petits accords entre amis ne sont valables qu'à condition d'accepter la politique du compromis, ce qui pas exactement la manière dont le Judge Dredd envisage le monde. Là encore, Guéra et Brusco déploient des décors somptueux, d'une moiteur presque tangible. L’ensemble prend parfois des allures de western dans la jungle. Dredd y devient shérif solitaire, figure eastwoodienne arpentant un territoire hostile, accroché à une manière de faire et de voir crépusculaire, face à des rebelles qui s'enhardissent et comprennent que le pouvoir vacille. C'est moderne, pertinent, comme toujours. Et on termine avec une histoire plus brève, où le Judge Dredd vieillissant et fragilisé se retrouve impliqué dans l'arrestation d'un dingue qui précipite des corps dans le vide, depuis une tour de Mega-City One. Lesté d'une bombe, il gaze les Juges qui interviennent avec une mixture mortelle, qui frappe Dredd. Mais même à l'article de la mort, La Loi reste La Loi. Du Dredd décliniste mais solide dans le propos et les convictions. Bref, cette parution nous rappelle à quel point Judge Dredd fonctionne lorsqu’on le confronte à des environnements où son autorité vacille. Dredd n’est plus seulement le symbole d’un système, dans ces conditions. Il redevient un homme sous l’armure. Un homme avec ses limites, destiné à être rattrapé par le temps, hanté par l'idée de transmission, mais au service inflexible et éternel de la loi. Fascinant. Sortie la semaine prochaine (à ne pas manquer !) chez Delirium.
UniversComics, la communauté de référence sur Facebook



















