GREEN LANTERN EMERALD TWILIGHT EN DC PAPERBACK (URBAN COMICS)


Hal Jordan a beau être le plus grand Green Lantern de l’Histoire, même un super-héros de cette trempe peut craquer et basculer du côté obscur. Il faut dire qu’il n’a rien pu faire pour empêcher l’éradication de Coast City, la ville où vivaient sa famille, ses amis et tant de visages familiers — sans parler des innombrables anonymes — tous pulvérisés par Mongul. Difficile, dans ces conditions, de faire son deuil et de tourner la page sans sombrer dans la folie. Jordan tente alors l’impossible : ressusciter les morts, ou du moins leur offrir une forme de simulacre de vie grâce à son anneau de pouvoir. Mais une telle entreprise exige une énergie incommensurable, bien supérieure à celle qu’il a jamais portée à son doigt. Il se lance dès lors dans une croisade insensée et se retourne contre le Corps des Green Lanterns, ceux-là mêmes qui étaient encore ses alliés quelques jours auparavant. Tous ceux qui se dressent sur sa route pour s’opposer à sa dérive sont irrémédiablement vaincus, jusqu’à ce qu’il s’empare de leurs anneaux et les ajoute à sa nouvelle collection. Même Kilowog, son instructeur, ne fait pas le poids, pas plus que Sinestro, ancien mentor devenu ennemi juré, qui mordra la poussière d’une manière particulièrement brutale. Ron Marz décrit ainsi la descente aux enfers d’un personnage qui, autrefois, n’avait peur de rien, mais qui se laisse finalement submerger par ses émotions : culpabilité, frustration, terreur de ne plus être à la hauteur et douleur d’avoir perdu ce qu’il s’était juré de protéger. Ces épisodes, d’une intensité poignante, appartiennent désormais à l’histoire des comics et permettent à l’auteur de préparer un tournant majeur pour Green Lantern, avec l’avènement d’un nouveau porteur de l’anneau, un nouveau héros appelé à occuper le devant de la scène à partir du numéro 51.



Car si jamais Hal Jordan est tombé en disgrâce, c’est désormais le moment pour Kyle Rayner d’entrer en scène. Voici un personnage qui va se révéler attachant en très peu d’épisodes. Inutile de le présenter longuement ou de nous raconter ses origines en long, en large et en travers. Nous avons ici un jeune dessinateur publicitaire, pas forcément très responsable dans la vie, qui fréquente Alexandra DeWitt, une journaliste-photographe avec laquelle il essaie régulièrement de se rabibocher. Un soir, dans une ruelle, l’un des Gardiens d’Oa se présente à lui et lui offre un anneau qui va lui permettre de devenir Green Lantern. On n’a pas le temps de comprendre le pourquoi du comment : Kyle devient très vite un super-héros et, à défaut de savoir précisément comment se comporter, il n’a pas peur et assume pleinement son nouveau statut. Tant mieux, car il va devoir se mesurer d’entrée à un adversaire du calibre de Mongul, dont nous vous avons déjà parlé. Sans l’aide de Superman, sa carrière n’aurait d’ailleurs pas été bien longue. Bien évidemment, ces premiers épisodes sont aussi marqués par l’un des drames les plus terribles et les plus célèbres de l’histoire des comics américains : la découverte de la fiancée morte, pliée dans un réfrigérateur, victime de Major Force, cette espèce de sadique surpuissant chargé d’exécuter les basses œuvres du gouvernement. Kyle va naturellement chercher à se venger, et ce drame intime résonne encore aujourd’hui dans le cœur et l’esprit de tous les fans de Green Lantern. Impossible également de refermer l’album sans évoquer une incursion dans les événements de Zero Hour, et surtout une double confrontation entre Kyle et Hal Jordan venu récupérer son anneau, et désormais transformé en Parallax. Hal pense sans doute bien faire, mais ses méthodes sont plutôt celles d’un super-vilain. Kyle parvient pourtant à lui tenir tête et démontre ainsi qu’il est définitivement devenu un héros. Ron Marz livre ici des épisodes avec un petit côté naïf, mais qui ont au moins le mérite de toujours raconter quelque chose : on ne s’ennuie jamais. Côté dessin, Darryl Banks propose des planches très lisibles, même si les fonds de case et certains détails peuvent parfois sembler un peu superficiels. Il est aidé également par d'autres artistes, comme Derec Aucoin ou Craig Russell (ce dernier ayant un style fort reconnaissable et bien plus fouillé). Quoi qu’il en soit, ce sont des aventures que tout fan de Green Lantern se doit de posséder et de connaître, et la collection DC Paperback offre justement l’occasion de combler d’éventuelles lacunes dans le domaine.

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MINOR ARCANA TOME 1 : JEFF LEMIRE ET LES TAROTS CHEZ DELCOURT


 Nous voici en terrain parfaitement balisé : l’univers de Jeff Lemire. Tous les indices sont sur la table (comme les cartes des tarots), et nous évoluons en territoire connu. Regardez, par exemple, le personnage principal de Minor Arcana, une certaine Theresa. Il s'agit d'une jeune femme qui rentre chez elle après plusieurs années passées loin de sa mère. « Chez elle », façon de parler, puisque le petit bled paumé dans lequel elle a grandi n’a rien de l’endroit rêvé pour s’épanouir. Aucune perspective réelle pour des gens comme elle, et une mère malade, atteinte d’un cancer, qui ne semble guère accorder d’attention à son traitement. Pas plus qu’à sa fille, d’ailleurs, avec laquelle les relations sont loin d’être apaisées. La mère de Theresa tient un petit salon de voyance, où elle exploite le besoin de croire des autres pour leur dire, plus ou moins, ce qu’ils ont envie d’entendre. Aucune chance que la fille prenne un jour la relève… si ce n’est par le plus grand des hasards, et surtout par nécessité de gagner quelques billets. Un jour, elle se retrouve ainsi dans une situation totalement inattendue : elle a l'opportunité de tirer les cartes à une vieille dame venue s’enquérir de son grand amour, mort depuis bien longtemps. Et là, l’inattendu se produit. Il semblerait que Theresa possède réellement des dons… ou, à tout le moins, qu’elle soit capable d’accéder à un autre niveau d’existence et de conscience, au point d’entrer en contact avec les personnes disparues. Lemire entre dans le fantastique par la porte du quotidien le plus banal, et promet de nous emmener loin, dans le fantastique, l'onirique, et la dépression !



Dans la vie, Theresa affiche un parcours totalement cabossé. Elle préfère les filles, et celle qu’elle aimait vraiment est aujourd’hui en couple avec un policier du coin… avec qui elle a eu un enfant. Theresa a plus ou moins tourné le dos à ses anciennes connaissances du lycée et on la sent dévorée par un profond sentiment de culpabilité et de perdition, qui la conduit trop souvent à se réfugier dans l’alcoolisme. Bref, un personnage taillé sur mesure pour une œuvre de Jeff Lemire. L’auteur canadien est particulièrement attaché aux récits familiaux truffés de failles. Chez lui, la famille est à la fois un refuge, une valeur sûre, mais aussi l’endroit où tous les problèmes convergent : le lieu de toutes les trahisons et de tous les manques. Lemire est un auteur absolument génial, mais, comme vous le savez, les choses rares sont souvent belles, et les choses belles sont souvent rares. À vouloir trop écrire, lancer un nombre incalculable de séries en parallèle et accepter des travaux de commande à un rythme effréné, Lemire a fini par se banaliser, produisant des histoires de moins en moins marquantes. Soyons honnêtes : il n’est évidemment pas devenu un tâcheron, loin de là, mais cette étincelle, cette essence si particulière qui faisait de lui une voix et une sensibilité totalement à part, que nous adorions passionnément, semblait s’être estompée. C’est donc avec un immense plaisir que nous découvrons cette nouvelle série, publiée chez Delcourt et chez BOOM! Studios aux États-Unis. Minor Arcana condense toutes les thématiques chères au scénariste, abordées ici avec une pudeur et une sensibilité qui rappellent les grandes heures du passé. D’autant plus que Lemire est également au dessin : son trait volontairement brut se révèle d’une expressivité redoutable, avec juste ce qu’il faut de naïveté pour nous toucher en plein cœur avant même de chercher à impressionner. En bref, c’est du Jeff Lemire comme on aimerait en lire plus souvent. Du Jeff Lemire intime et sincère, plutôt que celui mis au service des grandes majors de l’industrie. Et ça, il n'est pas nécessaire d'être devin pour comprendre que ça justifie l'achat. 



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R.I.P. SAL BUSCEMA (1936 - 2026)


 Le 23 janvier, à l’âge de 89 ans, Sal Buscema s’est éteint. Nous ne l'avons su que la nuit dernière. Frère de John, il fut l’un des dessinateurs et encreurs les plus importants de l’histoire de Marvel Comics, maison d'édition pour laquelle il travailla sur un nombre impressionnant de personnages emblématiques, parmi lesquels les Avengers, Spider-Man, Hulk, Captain America, les Défenseurs, Rom, et bien d’autres encore. Il se fit d’abord un nom comme encreur : ses débuts publiés chez Marvel furent pour Silver Surfer #4, un numéro dessiné par le frangin. Cette collaboration mit immédiatement en lumière une qualité essentielle de son style, sa capacité à sublimer le trait d’autrui sans jamais trop vouloir en faire. Progressivement, Sal (Silvio) passa au dessin, augmenta sensiblement sa cadence de travail, jusqu’à devenir l’un des artistes les plus constants et les plus fiables de la rédaction. Son premier titre régulier fut Avengers, avec Roy Thomas, avant de passer à X-Men et Sub-Mariner, puis de revenir à plusieurs reprises sur Avengers. Il débuta également une collaboration particulièrement marquante avec Steve Englehart sur Captain America. Ce cycle trouva son point culminant avec la saga de l’Empire Secret, qui vit Steve Rogers renoncer temporairement à l’identité de Captain America pour adopter celle de Nomad. Au cours des années 1970, Sal Buscema œuvra sur la quasi-totalité des personnages majeurs de Marvel, mais son nom demeure surtout associé à deux prestations au long cours. La première est The Incredible Hulk, qu’il dessina avec une remarquable régularité pendant près de dix ans, où il imposa une représentation physique et dynamique du personnage devenue iconique. C’est notamment à cette période qu’il mit au point le célèbre « Sal Buscema Punch » : un coup en pleine face, le corps qui part en vrille, le bras qui parait jaillir hors de la case, pensé pour transmettre le poids, la vitesse et l’impact immédiat. Bim !  La seconde est sa collaboration avec Bill Mantlo sur Rom: Spaceknight, une série que Panini a republié ces mois derniers dans sa collection Omnibus.




C'est lui qui lança Peter Parker, The Spectacular Spider-Man avec Gerry Conway, une série sur laquelle il resta environ cent numéros, assurant fréquemment à la fois le dessin et l’encrage. Au début des années 1990, il revint sur le titre aux côtés de J.M. DeMatteis, avec un cycle aujourd’hui encore salué pour l’attention portée à la dimension psychologique des personnages (la mort de Norman Osborn, quel grand moment). DeMatteis évoqua d’ailleurs cette collaboration comme « l’un des sommets de ma carrière. Ce n’était pas seulement un grand artiste : c’était quelqu’un de profondément bon ». Le style de Sal Buscema se distinguait par une clarté narrative exemplaire, une solide maîtrise anatomique et une attention constante à la lisibilité de la planche. Il ne recherchait jamais l’effet graphique ostentatoire, lui préférant le rythme, la cohérence et l’efficacité du récit. Comme le soulignait DeMatteis dans une interview, Buscema savait raconter une histoire avec une telle évidence que « certaines pages auraient pu fonctionner même sans dialogues ». Pour nous lecteurs français, c'était l'époque des petits formats de chez Semic (Nova) qui passèrent ensuite au grand format. Au fil de sa carrière, Sal Buscema contribua également à la création de nombreux personnages et concepts de l’univers Marvel, de la Valkyrie à Lady Deathstrike, jusqu’au T.V.A, tribunal et organisme régulateur du temps, récemment porté sur le petit écran grâce à la série Loki des Marvel Studios. Avec Sal Buscema, c'est un géant discret, un immense artiste trop souvent méconnu ou sous-estimé, qui vient de nous quitter. 



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HÉRÉTIQUE : ROBBIE MORRISON ET CHARLIE ADLARD FACE À L'INQUISITION


 C'est peut-être grâce aux dialogues de l'avant-dernière page qu'il est possible de résumer en une formule Hérétique, lorsque le personnage principal déclare : peut-être que tous les démons sont notre propre création. Les dieux aussi. Et peut-être qu'au final, il n'y a que nous. Avant même que le récit ne démarre, Hérétique prend de toute manière soin de poser son cadre. Robbie Morrison inscrit d’emblée Johann Weyer dans la postérité, rappelle l’influence durable que cet esprit du XVIᵉ siècle exercera bien au-delà de son époque. En 1529 pourtant, Weyer n’est encore qu’un adolescent de quatorze ans lorsqu’il arrive à Anvers pour devenir l’apprenti de Cornelius Agrippa, savant protéiforme, théologien, médecin, juriste et occultiste réputé. Dans une Europe écrasée par l’autorité morale et politique de l’Église catholique, une telle proximité avec un esprit aussi libre relève déjà de la provocation. Et forcément, ça ne peut que mal tourner. L’époque est dominée par la peur. La religion, instrumentalisée par le pouvoir, s’appuie sur la superstition pour maintenir le peuple sous contrôle. La moindre déviance devient une hérésie potentielle, passible de l’Inquisition, dont les excès transforment la foi en machine de répression. La chasse aux sorcières, plus politique que spirituelle, sert d’alibi à l’élimination des indésirables. La menace qui plane en permanence, incarnée par le grand inquisiteur Bernard Eymerich, figure d’un pouvoir absolu et arbitraire, écrase tout sur son passage. Face à lui, Agrippa ne peut s’empêcher de défier l’autorité, de dénonçant le mensonge d’une Église qui prêche la morale tout en organisant la terreur (sans négliger la luxure). 



Lorsque plusieurs meurtres frappent Anvers, Agrippa est contraint de mener l’enquête. La mission est ambiguë, presque perfide : découvrir la vérité ou risquer de devenir lui-même un coupable idéal. L'Inquisition se sert de notre "héros", qui lui-même est persuadé que se mettre à son service, temporairement, sera le meilleur moyen de comprendre ce qui se trame vraiment. Morrison construit alors un récit intelligent et angoissant, où chaque avancée se heurte aux intérêts d’un système fondé sur l’ignorance entretenue et la peur savamment cultivée. L’enquête révèle peu à peu la violence d’un ordre social où la religion ne sert plus Dieu, mais la domination des corps et des esprits. La souffrance des victimes, notamment celle d’une femme juive livrée à l’Inquisition (puis de son père), expose sans détour le cynisme d’un pouvoir prêt à tout pour préserver ses privilèges. L'antisémitisme (le vrai, pas celui dont on éclabousse aujourd'hui plus ou moins n'importe qui) est une plaie qui suinte dans cet album, par ailleurs. Le dessin de Charlie Adlard sublime cette sortie très élégante. Son noir et blanc dense et texturé est remarquable et fera taire tous les détracteurs qui se contentent de le juger sur les pages les plus rapidement expédiées, dans la longue saga de The Walking Dead. Tout ici est axé sur la lisibilité, la composition et la force expressive des visages. De rares éclats de couleur surgissent comme des coups de scalpel, on y est, on ressent, on admire. C'est vraiment beau. Alors certes, la filiation avec Le Nom de la rose s’impose naturellement. Comme chez Umberto Eco, un esprit rebelle et versatile transmet son savoir à un jeune disciple, dans un monde où la connaissance est perçue comme une menace. Morrison décrit des institutions qui excitent la peur, désignent des boucs émissaires et prétendent défendre l’ordre et la pureté. À la croisée du thriller, du récit historique et de la critique politique, Hérétique s’impose comme un roman graphique puissant, qui réalise un sans faute d'un bout à l'autre. Jetez-vous dessus. 



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COPRA VOLUME 5 : MICHEL FIFFE EN TOUTE LIBERTÉ (CHEZ DELIRIUM)


 Avec ce cinquième volume de Copra, série rigoureusement inclassable publiée en France par Délirium, Michel Fiffe poursuit son projet sans jamais en atténuer l’exigence. Le cinquième round reprend immédiatement après la conclusion explosive du tome précédent, qui voyait l’équipe littéralement disloquée. Logiquement, le récit met du temps à retrouver un centre de gravité. Le noyau de Copra est dans un premier temps aux abonnés absents, tandis que Fiffe préfère s’attarder sur plusieurs personnages dispersés, chacun évoluant dans son propre fragment de cet univers chaotique. Première remarque obligatoire : vous avez déjà vu et lu de nombreux univers parallèles ou autres dimensions de l'étrange, au fil de vos expériences. Vous savez que c'est un excellent prétexte pour que les artistes laissent exploser leur imagination, leur créativité. Appliquez cette règle à Michel Fiffe, et vous comprendrez que l'expérimentation et la réinvention de la manière de raconter une histoire avec des cases et sur la page se poursuit avec brio ! Cependant, cette approche a un prix. Copra ne fait ici aucun effort pour accueillir les nouveaux lecteurs. Les rappels sont rares, les séquences explicatives tardives, et le récit avance sans se retourner. Pourtant, cette opacité relative ne nuit pas totalement à la lecture. Fiffe travaille avant tout sur des figures archétypales, immédiatement identifiables par leur attitude, leur fonction ou leur rapport à la violence. Même sans connaître leur passé, on comprend rapidement ce qu’ils représentent. D'autant plus que ce sont les miroirs déformés de quelques-uns des héros que nous dévorons depuis l'enfance, et que le jeu de pistes, les avatars qui naissent affranchis des liens imposés par les grands éditeurs, donne à l'ensemble cette fraîcheur, cette candeur explosive, jamais rencontrées ailleurs auparavant. En somme, un croisement totalement improbable entre un cahier de brouillon griffonné par le cancre génial du fond de classe, qui rêve de super-héros en cours de latin, et le meilleur de la production américaine grand spectacle dont nous sommes si friands. Artiste inclassable, on vous avait prévenu.



Sur le plan graphique donc, le cinquième tome  confirme la virtuosité de son auteur. Fiffe multiplie les trouvailles de mise en page, joue avec le découpage et le rythme, et exploite l’espace de la planche avec une inventivité constante. Les couleurs, volontairement sourdes (ça s'appelle de la synesthésie, et comme Fiffe joue avec nos sens, c'est pertinent), demandent un temps d’adaptation, mais elles s’avèrent souvent très efficaces, notamment lorsqu’elles accompagnent des séquences d’action ou des moments plus contemplatifs. On sent et respire le trait du crayon de couleur, on repère toutes les imperfections, mais on les aime. C'est un style, c'est un art. Narrativement, cette nouvelle fournée de six épisodes repose sur une réunification progressive de l’équipe. Les rencontres successives, qui pourraient sembler artificielles, s’inscrivent en réalité dans une continuité logique pour qui suit la série depuis ses débuts. Tous les personnages finissent par converger vers un même point, parfois contraints, d'autre fois réticents : ça permet à Copra de renouveler sa dynamique collective et son goût pour le conflit permanent. On quitte ainsi ce qui est la "zone négative" revue et corrigée par Michel Fiffe, pour voir les membres de Copra reprendre forme et fonction, avant qu'une partie ne se retrouve à aider le tyrannique Comte Compota dans sa tentative de reprendre le pouvoir à Mekado, dans le territoire fictif qu'il dirige d'une main de fer. Vous avez dit Fatalis ? Pendant ce temps-là, la Team X est chargée d'intercepter Pasaron, un fugitif international, avant que tout parte de travers et que la formation soit expédiée à Miami, là où précisément les barbouzes de Copra vont atterrir après leur escapade chez Compota.  Le cinquième round se conclut sur un récit centré sur Castillo, l’équivalent du Punisher dans l’univers de Michel Fiffe. C’est peut-être même le sommet du recueil. Plus introspectif, visuellement très travaillé, le personnage bénéficie d’une histoire à la fois simple dans sa structure et riche en images fortes. L’action presque muette et le découpage rigoureux témoignent d’une grande maîtrise formelle, là où la narration suit les grandes heures du Punisher War Journal, avec un anti-héros qui commente sa croisade. Là encore, la conclusion ne prend tout son sens que pour les lecteurs déjà familiers de la série, mais du reste, il est rare d'entamer un titre avec le volume 5. Qui en l'espèce concentre toutes les qualités et toutes les limites de Copra : une œuvre profondément personnelle, inventive, imparfaite, mais portée par une énergie créative rare, si singulière que beaucoup n'ont pas encore trouvé l'élan nécessaire pour s'y plonger. Il faut aimer les comics, leur naïveté, leur puissance évocatrice, il faut vouloir accepter que le dessin et la mise en page soit un défi permanent à nos vieux reflexes, nos attentes, nos limites. Copra n'est pas là pour flatter ou répéter, mais pour aller de l'avant, libre comme peu d'œuvres ont pu l'être ces dernières années. 


Tous les volumes de COPRA sont chroniqués ici


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CRISIS ON INFINITE EARTHS DANS LA COLLECTION DC PAPERBACK (URBAN COMICS)


 La collection DC Paperback d'Urban Comics est le prétexte idéal pour ressortir Crisis on Infinite Earths des cartons. Pour republier tout ce qui doit l'être, dans un format souple malin et économique, en plusieurs volumes. La série mère, bien entendu, mais aussi la pléthore d'épisodes annexes, car l'événement a littéralement fait tremblé, détruit et recomposé l'univers DC, en 1986. On repose la question : mais c'était quoi, ce chambardement cosmique ?

En fait, il faut savoir toucher le fond pour remonter. Axiome simpliste mais évident. En 1985, la maison d’édition DC comics fait grise mine, régulièrement laminée au niveau des chiffres de vente par la concurrence Marvel. La raison de cette déroute s’appelle la continuity, c'est-à-dire l’héritage de toutes les histoires passées, et à venir, qui fait que chaque univers super-héroïque acquiert une unité, une consistance, voire une crédibilité. En gros, c'est donc l'ensemble des interactions entre séries et personnages, qui fait que si Flash attrape la grippe en janvier, il va contaminer Wonder Woman en février, et elle passera donc l'hiver à tousser, d'autant plus que l'amazone passe le plus clair de son temps en légère tenue… Tout de même, un atout non négligeable et attachant, qui se transforme parfois en chaînes lourdes à porter, si mal gérées. En 1985 donc, DC comics ne sait plus trop quoi faire, avec ses nombreux univers parallèles, mondes alternatifs, chacun avec sa propre version des héros classiques ( Flash, Superman, Wonder Woman…) qui finissent par se confondre , se répéter, se mélanger, au point que le public n’y comprend absolument plus rien, et les histoires deviennent des casses têtes sans aucune logique. Ce fut donc le duo Marv Wolfman et Georges Perez qui se chargea du grand ménage de printemps, avec cet impératif : rendre à l’univers DC comics une simplicité, une fluidité de lecture, pour reconquérir le public déçu, et poser les bases d’un futur plus radieux. Leur trouvaille est ce vaste crossover, Crisis on Infinite Earths, qui sera élu par la critique et les fans le second plus important de ces cinquante dernières années. C’est tout dire. L'architecture comprend douze parties, mais les graines avaient été semé bien avant le début de la moisson, c'est fort naturel. L'Anti Monitor, le grand vilain de l'histoire, a commencé à pointer le bout de son (gros) nez deux ans auparavant, et au terme de Crisis, Dc a pu capitaliser sur le succès et le nouveau statu quo pour patiemment réintroduire et relooker tout son parc de personnages et séries, durant des années. Il s'agit donc d'une page fondamentale de la vie de l'éditeur, et des comics tout court.


 

La Crise est loin d’être simpliste : elle implique des dizaines de mondes différents, des centaines de personnages, des fers de lance classiques à d’obscurs héros de seconde zone. George Perez étale son génie au dessin, et réussit le tour de force de captiver l’attention par ses planches qui fourmillent de détails, jusqu’à la dernière case. Son grand atout est sa capacité à placer dans un même dessin une véritable nuée de super-héros en action, sans jamais bâcler le moindre croquis. Le grand méchant de l’histoire est donc tout nouveau, pour l’occasion. C’est l’Anti Monitor, pendant négatif du Monitor, une sorte d’observateur tout puissant de l’univers. Son désir est de faire disparaître à jamais les infinités de mondes et dimensions existantes, pour recréer un univers tout neuf et en être le despote absolu. Ce qui tombe bien car c’est aussi l’ambition de DC comics à l’époque ; repartir de zéro, anéantir les incohérences et faire table rase, pour reconstruire en paix. Pour une fois, le crossover tient toutes ses promesses, et le monde DC est bouleversé de fond en comble. Aucune série n’échappe à des remaniements, souvent radicaux. Des grands noms trouvent la mort, les séries repartent de zéro, et donnent l’occasion à Byrne de s’illustrer sur Superman : Man of steel (chez Urban Comics, publiée dans la collection Superman Chronicles) ou encore à Perez de reprendre Wonder Woman et Frank Miller de refonder Batman. Bref, Crisis est un tournant crucial dans l’univers DC, le point de départ idéal pour tous ceux qui voudraient se plonger dans les années 1980 mais en ont le mal de tête rien qu’à envisager la chose. Armez vous de courage et de patience, et tentez donc de pénétrer cette grande aventure, qui détient les clés de tout un univers narratif. Préparez aussi vos mouchoirs si vous êtes un fan du bolide écarlate : car pour venir à bout d'une crise d'une telle ampleur, il fallait bien un sacrifice exemplaire, un bouc émissaire disposé à s'effacer pour que perdure l'univers. Barry Allen, la Terre, les Terres de chaque plan d'existence, te doivent une fière chandelle ! Nouvelle chance pour tout le monde, donc, avec les DC Paperbacks et leur date de première publication sur le dos des albums, qui incite diablement à se constituer une jolie collection. 

Le contenu du premier tome (36 euros) : Swamp Thing #39; Batman #389-391; Detective Comics #555-558; Justice League of America #244; Green Lantern #194; Wonder Woman #327; DC Comics Presents #78; Infinity, Inc. #18-19; The Fury of Firestorm #41; All-Star Squadron #50-52; Crisis on Infinite Earths #1-4; The Losers Special #1


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LE PODCAST LE BULLEUR PRÉSENTE : GOD BLESS AMERICA


 Dans le 215e épisode de son podcast, Le bulleur  vous présente God Bless America, adaptation du roman Le cherokee de Richard Morgiève par Pierre-François Radice, un ouvrage édité chez Sarbacane. Cette semaine aussi, le podcast revient sur l’actualité de la bande dessinée et des sorties avec :


- La sortie de l’album Jeune et fauchée que l’on doit à Florence Dupré la Tour ainsi qu’aux éditions Dargaud sous le label Chari vari


- La sortie de l’album Naufrage en Patagonie que l’on doit au scénario de Christian Perrissin, au dessin de Matthieu Blanchin et le tout est sorti aux éditions Futuropolis


- La sortie de l’album La dialectique du calbute sale que l’on doit au scénario d’Ovidie, au dessin d’Audrey Lainé pour un album paru chez Marabulles


- La sortie de l’album Lady Nazca que l’on doit à Nicolas Delestret, un titre publié aux éditions Grand angle


- La sortie de l’album Kid Francis que l’on doit au scénario de Marius Rivière, au dessin de Grégory Mardon pour un titre édité chez Casterman


- La sortie du septième tome de l’intégrale des aventures de Lucky Luke, un album qui reprend les histoires imaginées par René Goscinny et Morris et que publient les éditions Dupuis.



 
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Hal Jordan a beau être le plus grand Green Lantern de l’Histoire, même un super-héros de cette trempe peut craquer et basculer du côté obscu...