ABSOLUTE GREEN LANTERN TOME 1 : LA MAIN NOIRE


 Avec Absolute Green Lantern, Urban Comics poursuit la publication française de l’un des projets les plus stimulants des comics américains de ces dernières années, l'Absolute Universe. Al Ewing s’empare de la mythologie de Green Lantern pour en proposer une relecture radicale, bien plus proche de l’horreur cosmique que de la grande aventure spatiale telle que nous la lisons depuis des décennies. Les éléments fondateurs (et les personnages) sont toujours là, mais ils sont volontairement détournés, présentés sous un jour clairement inattendu ! Ce tome 1 s’ouvre sur une image forte : Hal Jordan, épuisé, hagard, errant dans le désert. Très vite, l’étrangeté laisse place à une évidence dérangeante, et l’on comprend que quelque chose a très mal tourné. Ewing installe un climat de malaise durable, fondé sur une narration fragmentée et la certitude que cet Hal Jordan là n'a rien à voir avec le type en costume vert qui ne craint pas la peur et joue les shérifs de l'espace au service des Gardiens d'Oa. La réinvention d’Abin Sur est au cœur de cette nouvelle approche. Ici, il n’a rien d'un mentor bienveillant qui va devoir trouver un héritier pour prolonger sa tâche. Il apparaît comme une intelligence radicalement étrangère, incompréhensible, presque indifférente au sort des humains (on dirait même du Hickman). Son arrivée est accompagnée par la création d’un immense dôme vert au cœur de la ville d'Evergreen, qui transforme l’espace urbain en cauchemar claustrophobe. Abin Sur observe, juge, expérimente, sans que ses critères ou ses intentions soient jamais clairement formulés. Hal Jordan victime d’une force qu’il ne contrôle pas, se révèle aussi dangereux pour les autres que pour lui-même. La puissance qu’il a rencontrée se manifeste sous une forme sombre et létale : le voici dotée d'une main noire (d'où le titre de ce premier tome) qui apporte la mort instantanée, dès qu'il la sort de la poche dans laquelle il tente tant bien que mal de la dissimuler. Une fragilité qui donne au personnage une épaisseur nouvelle, et explique pourquoi l'héroïne du récit, la vraie, sera une autre Lantern. Aperçue dans Far Sector, que nous avions rechroniqué récemment (ici).



C'est donc Jo Mullein qui endosse progressivement le rôle de Green Lantern. Pourtant, elle reste au départ en retrait, principalement chargé de dialoguer avec ses collègues (Hal, John Stewart, Guy Gardner…)  et de comprendre ce qui s’est produit. Un choix narratif qui va peu à peu évoluer, jusqu'à ce qu'elle devienne une bonne fois pour toutes l'héroïne tant attendue, lors d'un affrontement avec Jordan. Le dessin de Jahnoy Lindsay accompagne efficacement l'atmosphère oppressante de ces six épisodes. Son trait fin et anguleux, parfois déroutant au premier abord, devient rapidement expressif. Les visages traduisent la peur et l’incompréhension, tandis que la représentation d’Abin Sur, à la fois réaliste et profondément alien (vous vous souvenez des Bâtisseurs, chez les Avengers ?), rompt nettement avec les codes visuels traditionnels de Green Lantern. La couleur verte, omniprésente, structure le récit et accentue le sentiment d’enfermement. J'admets que son style ne correspond pas à ce que j'aime le plus, mais on ne peut nier que le job est fait. Sans chercher à tout expliquer, Absolute Green Lantern préfère installer une tension durable et poser de nouvelles bases. Al Ewing interroge frontalement l’idée d’un pouvoir forcément vertueux et rappelle que l’inconnu est avant tout (la plupart du temps) terrifiant. Même si les questions trouvent peu à peu des réponses (avec l'apparition aussi d'un Victor Hammond en milliardaire dérangé et tyrannique), cette série est à rapprocher d'Absolute Martian Manhunter, plutôt que d'Absolute Batman. Tout est réinventé, tout est fort différent, et les liens qui unissent le boulot d'Ewing à l'univers DC traditionnel ne sont que des réminiscences obligées pour ne pas confondre le lecteur et lui donner l'impression qu'on lui a menti sur la marchandise. C'est du Green Lantern qui prend une direction radicalement différente de ce que nous savions, avec la certitude que tout, ou presque, est encore à comprendre et à voir après ce tome 1. Normalement, le lectorat devrait être divisé, mais il serait quand même bien malhonnête de reprocher à Ewing de ne pas avoir pris de risques. Absolute Green Lantern réinvente, tout reste à faire. 



Sortie cette semaine chez Urban Comics


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