Sur le plan graphique donc, le cinquième tome confirme la virtuosité de son auteur. Fiffe multiplie les trouvailles de mise en page, joue avec le découpage et le rythme, et exploite l’espace de la planche avec une inventivité constante. Les couleurs, volontairement sourdes (ça s'appelle de la synesthésie, et comme Fiffe joue avec nos sens, c'est pertinent), demandent un temps d’adaptation, mais elles s’avèrent souvent très efficaces, notamment lorsqu’elles accompagnent des séquences d’action ou des moments plus contemplatifs. On sent et respire le trait du crayon de couleur, on repère toutes les imperfections, mais on les aime. C'est un style, c'est un art. Narrativement, cette nouvelle fournée de six épisodes repose sur une réunification progressive de l’équipe. Les rencontres successives, qui pourraient sembler artificielles, s’inscrivent en réalité dans une continuité logique pour qui suit la série depuis ses débuts. Tous les personnages finissent par converger vers un même point, parfois contraints, d'autre fois réticents : ça permet à Copra de renouveler sa dynamique collective et son goût pour le conflit permanent. On quitte ainsi ce qui est la "zone négative" revue et corrigée par Michel Fiffe, pour voir les membres de Copra reprendre forme et fonction, avant qu'une partie ne se retrouve à aider le tyrannique Comte Compota dans sa tentative de reprendre le pouvoir à Mekado, dans le territoire fictif qu'il dirige d'une main de fer. Vous avez dit Fatalis ? Pendant ce temps-là, la Team X est chargée d'intercepter Pasaron, un fugitif international, avant que tout parte de travers et que la formation soit expédiée à Miami, là où précisément les barbouzes de Copra vont atterrir après leur escapade chez Compota. Le cinquième round se conclut sur un récit centré sur Castillo, l’équivalent du Punisher dans l’univers de Michel Fiffe. C’est peut-être même le sommet du recueil. Plus introspectif, visuellement très travaillé, le personnage bénéficie d’une histoire à la fois simple dans sa structure et riche en images fortes. L’action presque muette et le découpage rigoureux témoignent d’une grande maîtrise formelle, là où la narration suit les grandes heures du Punisher War Journal, avec un anti-héros qui commente sa croisade. Là encore, la conclusion ne prend tout son sens que pour les lecteurs déjà familiers de la série, mais du reste, il est rare d'entamer un titre avec le volume 5. Qui en l'espèce concentre toutes les qualités et toutes les limites de Copra : une œuvre profondément personnelle, inventive, imparfaite, mais portée par une énergie créative rare, si singulière que beaucoup n'ont pas encore trouvé l'élan nécessaire pour s'y plonger. Il faut aimer les comics, leur naïveté, leur puissance évocatrice, il faut vouloir accepter que le dessin et la mise en page soit un défi permanent à nos vieux reflexes, nos attentes, nos limites. Copra n'est pas là pour flatter ou répéter, mais pour aller de l'avant, libre comme peu d'œuvres ont pu l'être ces dernières années.
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