DEADPOOL BATMAN : LE CROSSOVER EN COFFRET CHEZ URBAN COMICS


 Avec Batman/Deadpool, Marvel et DC ressortent enfin la clé du tiroir à crossover, plus de vingt ans après JLA/Avengers. Une partie chez DC Comics, une autre chez Marvel, et l'ensemble publié en VF par Urban Comics, sous forme de deux formats souples qui intègrent un joli coffret, vendu avec ce premier numéro. L’événement est donc historique, presque cérémoniel. Reste à vérifier si la magie opère au-delà du symbole. Le point de départ tient sur un timbre poste : Deadpool débarque à Gotham pour capturer Batman, sur commande du Joker, avec l’aide plus ou moins discrète du Reverse-Flash. En pratique, Zeb Wells ne cherche jamais à nous vendre une intrigue profonde ou ambitieuse. Le plaisir vient avant tout du choc des extrêmes : la logorrhée incontrôlable du Mercenaire disert face au mutisme granitique du Chevalier noir. Le scénario joue cette carte à fond, parfois avec efficacité, souvent avec des allusions bien senties sur des éléments clés de la continuity de Batman, et bien sûr tout un lot de répliques en dessous de la ceinture qui font quand même sourire. Là où le récit principal peut diviser (quoi, de l'humour chez Batman !), la partie graphique fait nettement l’unanimité. Greg Capullo, parfaitement à l’aise dans l’univers de Batman, livre des planches solides et spectaculaires, superbement mises en valeur par l’encrage de Tim Townsend et les couleurs d’Alex Sinclair. Gotham est sombre, crédible, presque trop sérieuse pour accueillir Deadpool, ce qui renforce encore le décalage recherché. Techniquement, c’est irréprochable, et c'est finalement sympathique de voir comment le héros torturé de DC Comics parvient à se sortir d'un mauvais pas en dressant le Joker contre Deadpool, grâce au levier de leurs folies respectives. C'est malin, Zeb Wells mérite quand même un bont point.



Le plaisir coupable de ce numéro vient aussi des récits annexes, franchement sympathiques. Le duo Daredevil / Green Arrow, signé Kevin Smith et Adam Kubert, est un petit bonheur nostalgique, sincère et généreux, qui donne envie d’un album entier. En plus, c'est assez drôle. Captain America et Wonder Woman fonctionnent étonnamment bien ensemble, même si le récit reste trop court pour exploiter pleinement la noblesse du tandem, magnifié par le dessin élégant de Terry Dodson. Mention spéciale à la parenthèse aussi absurde que charmante qui réunit Jeff le requin et Krypto le super-chien : un moment de pure régression, totalement assumé, qui se passe de dialogues (forcément). Vous allez aussi découvrir Rocket Raccoon doté d'un anneau de Green Lantern, ce qui n'est pas forcément une excellente idée de la part des Gardiens d'Oa. Et on repart aussi vite dans la sinistrose et la testostérone avec la contribution de Frank Miller, qui oppose des versions caricaturales de Batman et d’Old Man Logan, mais qui n'apporte absolument rien aux deux personnages. Respectueuse par principe, mais difficile à défendre sur le plan artistique, cette courte histoire rappelle surtout à quel point certaines légendes n’ont plus besoin de prouver quoi que ce soit, et qu'il serait peut-être de bon ton de les laisser prendre une retraite méritée, histoire de ne pas prendre le risque de les contraindre aux travaux de trop (pour Miller, on y est déjà, clairement). Le numéro se conclut sur une note surprenante et inspirée, avec l’apparition de Logo, fusion de Wolverine et Lobo, clin d’œil évident à l’époque Amalgam Comics. De quoi réveiller chez les lecteurs d’un certain âge une nostalgie très ciblée… et une curiosité sincère pour la suite. Parce que lire du Logo dans un vrai épisode complet, moi je valide ! Au final, ce premier Batman/Deadpool est un objet paradoxal : techniquement solide, historiquement important, mais narrativement en dents de scie. À recommander surtout aux amateurs des deux personnages et aux nostalgiques des grands crossovers intercompagnies. Urban Comics a su se hisser à la hauteur de l'événement, avec un coffret fort soigné, agrémenté de deux superbes posters. L'objet vaut le détour, si vous hésitiez encore. 



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