Dans la vie, Theresa affiche un parcours totalement cabossé. Elle préfère les filles, et celle qu’elle aimait vraiment est aujourd’hui en couple avec un policier du coin… avec qui elle a eu un enfant. Theresa a plus ou moins tourné le dos à ses anciennes connaissances du lycée et on la sent dévorée par un profond sentiment de culpabilité et de perdition, qui la conduit trop souvent à se réfugier dans l’alcoolisme. Bref, un personnage taillé sur mesure pour une œuvre de Jeff Lemire. L’auteur canadien est particulièrement attaché aux récits familiaux truffés de failles. Chez lui, la famille est à la fois un refuge, une valeur sûre, mais aussi l’endroit où tous les problèmes convergent : le lieu de toutes les trahisons et de tous les manques. Lemire est un auteur absolument génial, mais, comme vous le savez, les choses rares sont souvent belles, et les choses belles sont souvent rares. À vouloir trop écrire, lancer un nombre incalculable de séries en parallèle et accepter des travaux de commande à un rythme effréné, Lemire a fini par se banaliser, produisant des histoires de moins en moins marquantes. Soyons honnêtes : il n’est évidemment pas devenu un tâcheron, loin de là, mais cette étincelle, cette essence si particulière qui faisait de lui une voix et une sensibilité totalement à part, que nous adorions passionnément, semblait s’être estompée. C’est donc avec un immense plaisir que nous découvrons cette nouvelle série, publiée chez Delcourt et chez BOOM! Studios aux États-Unis. Minor Arcana condense toutes les thématiques chères au scénariste, abordées ici avec une pudeur et une sensibilité qui rappellent les grandes heures du passé. D’autant plus que Lemire est également au dessin : son trait volontairement brut se révèle d’une expressivité redoutable, avec juste ce qu’il faut de naïveté pour nous toucher en plein cœur avant même de chercher à impressionner. En bref, c’est du Jeff Lemire comme on aimerait en lire plus souvent. Du Jeff Lemire intime et sincère, plutôt que celui mis au service des grandes majors de l’industrie. Et ça, il n'est pas nécessaire d'être devin pour comprendre que ça justifie l'achat.
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