OLDIES : LA RENCONTRE ENTRE BATMAN ET HULK (1981)


 En 1981, DC Comics et Marvel Comics scellèrent l’un de ces accords aussi improbables que légendaires dont l’histoire des comics a le secret. Deux maisons rivales, deux univers que tout semblait opposer, mais une même envie de confronter leurs personnages les plus emblématiques. Après avoir déjà fait se rencontrer Superman et Spider-Man quelques années plus tôt, les deux éditeurs choisirent cette fois un duo plus sombre et plus tourmenté : Batman et Hulk. Et un scénariste très expérimenté : Len Wein. Le format retenu en dit long sur l’ambition du projet. À une époque où le pompeux roman graphique n’était pas encore une évidence éditoriale, la Treasury Edition offrait un écrin prestigieux à ce type d’événement. Qui semblait tomber à pic : Hulk bénéficiait encore de la popularité de la série télévisée incarnée par Bill Bixby, tandis que Batman poursuivait son lent mais déterminant retour vers une ambiance plus grave, loin de l’esthétique foutraque des années 1960. La rencontre fait preuve d’une remarquable économie narrative. Plutôt que de multiplier les rappels pesants, l'histoire s'ouvre sur une double page qui pose les bases. Bruce Wayne a vu ses parents mourir dans une ruelle, impuissant, avant de consacrer son existence à devenir Batman. Bruce Banner a survécu à une exposition aux radiations gamma et se transforme depuis en Hulk dès que la colère ou le stress prennent le dessus. Tout le monde le sait déjà. Deux traumatismes fondateurs, deux trajectoires radicalement différentes, et un détail savoureux : un même prénom, comme un écho ironique entre deux destins brisés. Bruce, pas simple à porter tous les jours. L’intrigue révèle dès lors une Gotham City en proie à des cauchemars collectifs d’une inquiétante intensité. En parallèle, le Joker conclut une alliance obscure avec une entité invisible, dont les intentions ne présagent rien de bon. Ces pistes se rejoignent rapidement chez Wayne Enterprises, où un nouvel employé discret, répondant au nom de "David Banks", attire l’attention. Sous ce pseudonyme se cache évidemment Bruce Banner, attiré par un prototype expérimental aussi dangereux que fascinant : un canon à radiations gamma.



Lorsque le Joker et ses hommes passent à l’action pour s’emparer de l’arme, Banner agit avec sang-froid, et il se protège du gaz hilarant avant d’être violemment maîtrisé. L’erreur est classique et fatale. En le brutalisant, les hommes de main déclenchent la transformation en Hulk et perdent instantanément le contrôle de la situation. C’est ici que le travail de José Luis García-López commence à faire la différence. Son Hulk, massif et furieux, est à la fois terrifiant et tragique, et compte sans peine parmi les plus belles versions du personnage. L’arrivée de Batman (après tout, un simple puny human) ne fait qu’aggraver le chaos. Le Joker, fidèle à son génie manipulateur, exploite la naïveté presque enfantine de Hulk pour retourner sa rage contre le Dark Knight. Le combat qui s’ensuit est brutal et profondément déséquilibré. Batman tente d’abord de contenir son adversaire, puis essaie la stratégie, avant de comprendre que ni la science des points nerveux ni l’intelligence tactique ne suffiront à l’emporter. Il ne s’en sort qu’au prix d’une ruse chimique, neutralise temporairement le géant vert, tandis que le Joker, comme toujours, profite de la confusion pour s’échapper avec le canon gamma. Derrière l’affrontement spectaculaire, Batman vs. Hulk fonctionne avant tout comme un jeu de contrastes. L’un incarne le contrôle absolu et la maîtrise de soi, l’autre la perte totale de contrôle et la violence de l’émotion brute. L’un pense avant d’agir, l’autre agit avant de penser. Leur opposition dépasse largement le simple choc physique et prend une dimension presque philosophique. Aujourd’hui encore, cet album reste un témoignage d’une époque où DC et Marvel savaient se rencontrer sans cynisme excessif. Batman vs. Hulk rappelle qu’il fut un temps où les frontières entre les univers pouvaient s’effacer, le temps d’un récit sincère, efficace, et d’un affrontement aussi improbable que mémorable. Batman / Deadpool a tenté de remettre tout ceci au goût du jour, ces mois derniers, et on attend énormément du duo Superman / Spider-Man en 2026. Pour en finir avec notre album du jour, il existe, à ce jour, les versions de Sagédition et de Semic. On attend une nouvelle mouture chez Urban Comics, bien sûr. 



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