ABSOLUTE BATMAN TOME 2 : ABOMINATION


 Dans ce deuxième tome d’Absolute Batman, Scott Snyder poursuit sa relecture radicale du mythe et affole les compteurs de vente. Le premier numéro a déjà dépassé le vingtaine de réimpressions ! Après un premier arc déjà abrasif, ce nouveau tome s’ouvre sur un deuil et envoie du lourd, tout en s'appuyant sur les nouvelles versions de personnages que nous attendions tous, Bane et Catwoman in primis. Bruce Wayne et ses amis d’enfance se réunissent donc pour rendre hommage à Mitchell « Alumette » Malone, camarade fidèle, toujours prêt à relever un défi, parfois incapable de s’arrêter à temps. Quelques jours plus tôt, Bruce, encore marqué par son affrontement contre Black Mask, lui avait demandé de falsifier des papiers afin d’infiltrer Ark-M (Arkham, vous parlez bien anglais ?), une prison flambant neuve aux contours opaques. Malone, poussé par la curiosité, y était entré lui-même. Il y avait découvert que l’établissement accueillait déjà des détenus triés sur le volet : des scientifiques de haut niveau, parmi lesquels Pamela Isley, Strange ou Langstrom. Avant même d’avoir pu aller plus loin, il s’est effondré, victime d’une hémorragie généralisée foudroyante. Cette mort agit comme un électrochoc. Les proches de Bruce, désormais au courant de son identité, refusent de l’aider. Ils ne voient plus en Batman un sauveur, mais un ami lancé dans une spirale qui finira mal. Le pote Waylon le formule clairement : s’il continue ainsi, Bruce ne se bat pas pour vivre, il cherche une manière spectaculaire de mourir. C'est plutôt bien vu, et ça expliquerait bien des choses. L’enquête mène toutefois  Bruce jusqu’à V-Core, entreprise gothamite spécialisée dans la cryo-technologie. À sa tête, Victor Fries Jr., scientifique brillant et inquiétant, qui maintient sous glace animaux rares et malades incurables… y compris ses propres parents. Snyder revisite ici Mr. Freeze comme le produit d’un système obsédé par la maîtrise du vivant et la négation de la mort. Lorsque Bruce découvre des échantillons bactériologiques liés à la disparition de Malone, il comprend que la neige artificielle qui recouvre Gotham n’a rien d’anodin : elle marque les corps, prépare le terrain, sert un projet plus vaste. Fries n’est qu’un rouage. Quelqu’un d’autre orchestre l’ensemble.



La séquence de la chambre cryogénique, où Bruce se retrouve enfermé dans un caisson promis à une lente torture glacée, est un de ces défis impossibles qui régale les lecteurs d'Absolute Batman, où la subtilité cède la place au grand-guignol, et fait chavirer la raison des fans. Batman ça va de soi, s'en sortira pour qu'on puisse passer à l'arc narratif suivant, qui élargit encore la perspective. Dans l’Absolute Universe, rien n’est laissé intact. Les figures classiques sont repensées à l’aune de la corruption institutionnelle et des fractures sociales. Ce Bruce issu d’un milieu modeste ne dispose ni de ressources infinies ni d’une doctrine parfaitement huilée. Il improvise. Du coup, quand il se retrouve nez à nez avec un adversaire en apparence invincible, dont le corps est alimenté par une drogue inconnue et surpuissante, il n'a pas de parade à proposer, et mord la poussière tel un novice. Contre Bane, ce sont des épisodes totalement dingues, avec de la violence décomplexée, un Bruce Wayne torturé, un combat final digne d'un jeu vidéo complètement insane. Côté dessins, l’alternance entre Nick Dragotta et Marcos Martín est de mise dès le début du tome 2. Dragotta privilégie des formes anguleuses, presque rugueuses, qui traduisent la brutalité du propos. Martín adopte une approche plus classique, plus froide, particulièrement efficace dans les séquences liées à Fries. Ce n'est certes pas ma tasse de thé, mais le découpage est efficace, à défaut d'avoir des figures et des visages grâcieux. Dans tout ce second volume, Snyder ne cherche finalement pas qu'à choquer gratuitement. Il interroge la légitimité même de Batman. Peut-on combattre un système corrompu sans devenir une force autoritaire ? Bruce agit, doute, se transforme. En déconstruisant les repères familiers, Absolute Batman propose un héros en mouvement, fragile, en colère, traversé par le doute. Un Batman qui ne se contente plus d’incarner la justice, mais qui questionne sa propre place dans une ville gangrenée. Et qui tabasse, se fait tabasser (y-compris les suprémacistes blancs, qui se font laminer dans un annual avec Daniel Warren Johnson, qui appuie et cogne juste) Et ça explose, et ça hurle, et ça saigne. On ne s'ennuie pas, et le constat est là : le parti Absolute est gagné par DC Comics, haut la main ! 


Tome 1 chroniqué ici

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