ABSOLUTE BATMAN TOME 2 : ABOMINATION


 Dans ce deuxième tome d’Absolute Batman, Scott Snyder poursuit sa relecture radicale du mythe et affole les compteurs de vente. Le premier numéro a déjà dépassé le vingtaine de réimpressions ! Après un premier arc déjà abrasif, ce nouveau tome s’ouvre sur un deuil et envoie du lourd, tout en s'appuyant sur les nouvelles versions de personnages que nous attendions tous, Bane et Catwoman in primis. Bruce Wayne et ses amis d’enfance se réunissent donc pour rendre hommage à Mitchell « Alumette » Malone, camarade fidèle, toujours prêt à relever un défi, parfois incapable de s’arrêter à temps. Quelques jours plus tôt, Bruce, encore marqué par son affrontement contre Black Mask, lui avait demandé de falsifier des papiers afin d’infiltrer Ark-M (Arkham, vous parlez bien anglais ?), une prison flambant neuve aux contours opaques. Malone, poussé par la curiosité, y était entré lui-même. Il y avait découvert que l’établissement accueillait déjà des détenus triés sur le volet : des scientifiques de haut niveau, parmi lesquels Pamela Isley, Strange ou Langstrom. Avant même d’avoir pu aller plus loin, il s’est effondré, victime d’une hémorragie généralisée foudroyante. Cette mort agit comme un électrochoc. Les proches de Bruce, désormais au courant de son identité, refusent de l’aider. Ils ne voient plus en Batman un sauveur, mais un ami lancé dans une spirale qui finira mal. Le pote Waylon le formule clairement : s’il continue ainsi, Bruce ne se bat pas pour vivre, il cherche une manière spectaculaire de mourir. C'est plutôt bien vu, et ça expliquerait bien des choses. L’enquête mène toutefois  Bruce jusqu’à V-Core, entreprise gothamite spécialisée dans la cryo-technologie. À sa tête, Victor Fries Jr., scientifique brillant et inquiétant, qui maintient sous glace animaux rares et malades incurables… y compris ses propres parents. Snyder revisite ici Mr. Freeze comme le produit d’un système obsédé par la maîtrise du vivant et la négation de la mort. Lorsque Bruce découvre des échantillons bactériologiques liés à la disparition de Malone, il comprend que la neige artificielle qui recouvre Gotham n’a rien d’anodin : elle marque les corps, prépare le terrain, sert un projet plus vaste. Fries n’est qu’un rouage. Quelqu’un d’autre orchestre l’ensemble.



La séquence de la chambre cryogénique, où Bruce se retrouve enfermé dans un caisson promis à une lente torture glacée, est un de ces défis impossibles qui régale les lecteurs d'Absolute Batman, où la subtilité cède la place au grand-guignol, et fait chavirer la raison des fans. Batman ça va de soi, s'en sortira pour qu'on puisse passer à l'arc narratif suivant, qui élargit encore la perspective. Dans l’Absolute Universe, rien n’est laissé intact. Les figures classiques sont repensées à l’aune de la corruption institutionnelle et des fractures sociales. Ce Bruce issu d’un milieu modeste ne dispose ni de ressources infinies ni d’une doctrine parfaitement huilée. Il improvise. Du coup, quand il se retrouve nez à nez avec un adversaire en apparence invincible, dont le corps est alimenté par une drogue inconnue et surpuissante, il n'a pas de parade à proposer, et mord la poussière tel un novice. Contre Bane, ce sont des épisodes totalement dingues, avec de la violence décomplexée, un Bruce Wayne torturé, un combat final digne d'un jeu vidéo complètement insane. Côté dessins, l’alternance entre Nick Dragotta et Marcos Martín est de mise dès le début du tome 2. Dragotta privilégie des formes anguleuses, presque rugueuses, qui traduisent la brutalité du propos. Martín adopte une approche plus classique, plus froide, particulièrement efficace dans les séquences liées à Fries. Ce n'est certes pas ma tasse de thé, mais le découpage est efficace, à défaut d'avoir des figures et des visages grâcieux. Dans tout ce second volume, Snyder ne cherche finalement pas qu'à choquer gratuitement. Il interroge la légitimité même de Batman. Peut-on combattre un système corrompu sans devenir une force autoritaire ? Bruce agit, doute, se transforme. En déconstruisant les repères familiers, Absolute Batman propose un héros en mouvement, fragile, en colère, traversé par le doute. Un Batman qui ne se contente plus d’incarner la justice, mais qui questionne sa propre place dans une ville gangrenée. Et qui tabasse, se fait tabasser (y-compris les suprémacistes blancs, qui se font laminer dans un annual avec Daniel Warren Johnson, qui appuie et cogne juste) Et ça explose, et ça hurle, et ça saigne. On ne s'ennuie pas, et le constat est là : le parti Absolute est gagné par DC Comics, haut la main ! 


Tome 1 chroniqué ici

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FREDDIE L'ARRANGEUR : GARTH ENNIS ET MIKE PERKINS CHEZ DELCOURT


 Avec Freddie, publié chez Delcourt, Garth Ennis ouvre le bal d’un nouvel univers horrifique estampillé Ninth Circle. Le point de départ tient en une formule efficace : imaginez un polar totalement déjanté, situé dans un Hollywood où les monstres ne sont pas juste des métaphores… mais des vedettes sous contrat. Freddie, Anglais noir installé à Los Angeles, exerce le métier peu reluisant d' « arrangeur». Il efface les scandales des puissants. À ceci près que ses clients ont des crocs, des tentacules ou des griffes. Loups-garous incapables de maîtriser leurs pulsions, vampires amateurs de soirées très privées, créatures amphibies syndiquées, crabes parlants reconvertis dans le divertissement pour adultes, sans oublier une vallée de dinosaures adeptes du méthodisme : Ennis a mis au point un bestiaire délirant avec un sérieux imperturbable. Lorsque la mort suspecte du Croque-Mitaine menace d’éclabousser un grand studio, Freddie accepte donc d’étouffer l’affaire… et s’enfonce dans une enquête qui respecte scrupuleusement les codes du roman noir. Mais avec la voix de Garth Ennis ! Ne nous y trompons pas : Freddie ne cherche pas à effrayer. L’horreur sert surtout de décor. Le véritable moteur du récit, c’est la comédie grinçante. Le scénariste imagine un monde où le cinéma d’exploitation occupe la place des blockbusters super-héroïques de notre réalité. L’idée est excessive, comme souvent avec lui, mais elle permet une avalanche de gags visuels et de situations absurdes. Lorsque des dinosaures débattent de leurs problèmes de dos après avoir trouvé la foi, ou que des crustacés intelligents discutent des contraintes techniques d’un tournage X en direct, l’auteur excelle dans cet art très particulier : traiter l’absurde comme une évidence.



Graphiquement, Mike Perkins adopte une approche radicalement sérieuse. Son trait réaliste, dense, chargé d’ombres et de textures différentes, confère au récit une matérialité sombre, presque poisseuse. Ce contraste entre la gravité du dessin et la folie du scénario crée un décalage qui fonctionne. Là où un style plus caricatural aurait allégé l’ensemble, Perkins ancre chaque extravagance dans une réalité brutale. Le résultat est visuellement impressionnant, mais accentue aussi la rudesse d'un album qui n'est clairement pas à mettre entre toutes les mains. Car Ennis reste fidèle à lui-même. Son goût pour la provocation, la sexualité outrancière et le grotesque ne surprendra personne. Ceux qui apprécient son humour sans filtre y trouveront leur compte ; les autres risquent de décrocher très vite. L’auteur maîtrise parfaitement cette partition, mais il donne parfois le sentiment de rejouer une gamme familière. Là où certaines de ses œuvres dépassaient la farce pour atteindre une véritable satire, Freddie semble avant tout animé par le plaisir de la surenchère, même si l'idée de faire des monstres de la haute société des monstres au sens littéral du terme est assez pertinente, en ces temps marqués par une actualité sordide comme l'affaire Epstein. L'écho est parfois troublant, vous le verrez. On devine au fil des pages qu’une série au long cours pourrait exploiter toutes les possibilités de ce Freddie. En l’état, ce one-shot ressemble davantage à une mise en bouche qu’à une œuvre pleinement aboutie. Mais c'est super drôle, et ça ne prend jamais de gants. Freddie, c'est en réalité une récréation noire et irrévérencieuse. Ennis et Perkins s’y amusent visiblement, et le lecteur avec eux… à condition d’accepter un humour cru et un goût assumé pour l’excès. Les fidèles ont toutes les raisons d'être encore au rendez-vous. 


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LES DERNIERS JOURS DE LEX LUTHOR : REQUIEM CHEZ URBAN COMICS


 Cela fait partie des éléments constitutifs de la mythologie de Superman : tout le monde (ou presque) le sait, Lex Luthor est l’un de ses ennemis les plus acharnés, sans doute même son adversaire intime le plus dangereux. Tout les oppose. À l’altruisme, au courage et à la noblesse de Superman répondent l’égoïsme, la froideur et l’orgueil démesuré de Luthor, capable des pires exactions sans le moindre état d’âme. Humain face à un extraterrestre tout-puissant, Luthor nourrit une haine que l’on peut en partie expliquer par un profond sentiment d’infériorité, doublé d’une obsession maladive : prouver, encore et toujours, qu’il est supérieur. Mais la sécheresse émotionnelle qui le caractérise fait de lui, paradoxalement, un être de moindre valeur. Dans ces conditions, il est bien difficile d’imaginer Lex Luthor frapper un jour à la porte de Superman pour lui demander de l’aide. Il préfère donc l’attirer autrement, en provoquant une catastrophe, méthode bien plus conforme à sa nature. Le problème, cette fois, est d’une gravité inédite : Luthor va mourir. Une dégénérescence cellulaire fulgurante est en train de le consumer de l’intérieur, et il ne lui reste plus que quelques jours à vivre. Au regard de son lourd passif, on pourrait penser que Superman refuserait d’intervenir, ou qu’il se contenterait du strict minimum. C’est mal connaître le personnage, comme le rappelle Mark Waid. Superman est là pour servir, sans jamais faire de distinction selon l’identité de celui qui a besoin d’aide. Même si, en apparence, rien ne peut sauver Luthor, il va tout tenter. Il mobilise alors ses ressources les plus extraordinaires : la science kryptonienne de la Forteresse de Solitude, un voyage dans le futur au XXXIe siècle auprès de la Légion des Super-Héros, un détour par l’île des Amazones, ou encore une incursion dans la Zone Fantôme. Superman met tout ce qu’il sait, tout ce qu’il est, au service de son pire ennemi, sans que cela ne semble pourtant infléchir le cours des événements.



L’essentiel du récit prend ainsi la forme d’un duel psychologique. Luthor conserve toujours un coup d’avance, car il connaît parfaitement Superman, ses réactions et ses failles, et sait quelles cordes sensibles faire vibrer pour parvenir à ses fins. Mais il est condamné. Aussi brillant soit-il, si Superman échoue à trouver un remède, le parcours de Luthor touche à sa fin. Et Superman, de son côté, ne renonce jamais, d’autant plus que le monde entier est prêt à condamner Lex Luthor sans appel. D’une certaine manière, il devient son unique sauveur possible, lui qui a pourtant toujours cherché à le détruire. L’album réunit les trois chapitres de cette mini-série publiée sous le Black Label. Autant le dire : la dernière partie tranche radicalement avec ce qui précède. Un twist majeur vient remettre en question l’ensemble du récit et faire évoluer de façon inattendue la relation entre Superman et Luthor. La conclusion s’avère ainsi plus surprenante qu’on ne l’aurait imaginé, et offre une véritable récompense aux lecteurs hésitants. La lecture est fluide, agréable, portée par des dialogues finement ciselés, et propose une exploration passionnante de la dynamique complexe qui unit ces deux figures incapables d’exister l’une sans l’autre. Certains éléments tirés du passé du jeune Clark Kent éclairent même, en filigrane, le sentiment de culpabilité qu’il éprouve face à son adversaire. Côté dessin, Bryan Hitch livre une prestation absolument remarquable. Les amateurs de silhouettes sculpturales, d’anatomies volontairement amplifiées et de compositions qui donnent aux personnages une présence presque monumentale seront comblés. Le grand format de l’album permet d’apprécier pleinement chaque planche, chaque mise en scène, et renforce encore l’impact visuel de l’ensemble. Si cette sortie ne figurait pas, de prime abord, parmi les plus attendues de ce début d’année, elle s’impose finalement comme l’une des propositions les plus intelligentes et les mieux construites autour du mythe de Superman et de son plus vieil ennemi.



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INSTANTS D'ANNÉES - 40 ANS DANS L'INTIMITÉ DE LA MAISON DELCOURT


 Avec Instants d’années, Delcourt choisit de célébrer ses quarante ans non pas en dressant un bilan pompeux et ennuyeux de ses quatre premières décennies, mais en ouvrant une boîte à souvenirs. Alfred orchestre cet hommage sous la forme d’un leporello foisonnant, c'est-à-dire un livre-accordéon qui se déploie comme une mémoire vivante, faite d’images, de réminiscences et de fragments. Rien ici d’un récit linéaire ou d’une histoire officielle : le projet revendique d’emblée l’éclatement, la circulation libre, l’émotion avant l’inventaire. Vous pouvez le dévorer comme une boite de chocolats, à votre rythme, suivant ce qui attire le regard. D'ailleurs, le dispositif graphique impressionne. Près de deux cents vignettes carrées plus ou moins grandes se succèdent, au point de composer une immense mosaïque où cohabitent styles, époques et ambiances. Alfred joue sur les textures, les couleurs, les variations de registre, et assume cette hétérogénéité qui rend le tout aussi attachant. À l’image du catalogue Delcourt, le livre revendique la diversité comme moteur, point de hiérarchie ou de panthéon figé, tout y est possible et tout y sera, on le souhaite, encore pour longtemps possible. La figure de Guy Delcourt affleure régulièrement, non comme sujet biographique central, mais comme fil rouge discret. Quelques scènes, quelques lieux, des moments décisifs esquissés en creux qui suffisent à donner chair à une aventure éditoriale profondément humaine dès le départ. On croise des bureaux encombrés, des rencontres déterminantes, des auteurs en dédicaces, des arrivées marquantes, des couvertures devenues mythiques. Chaque image est une descente en rappel dans les profondeurs nostalgiques de notre mémoire, et il est fort probable que beaucoup de lecteurs au long cours se reconnaîtront dans plusieurs de ces souvenirs sur le vif.



Instants d’années ressemble donc à une promenade, presque comme une exposition itinérante que l’on déplie sur une table (à défaut que je puisse aller l'admirer à Angoulême, que j'ai déserté cette année pour cause de non festival). Le plaisir est immédiat et presque ludique. Mais les lecteurs en quête de repères historiques précis, de clés sur les orientations éditoriales ou les grandes mutations de la maison pourront rester légèrement sur leur faim. Les légendes et notes finales éclairent certains passages, mais il faut se cantonner aux dos de couverture et se munir de bonnes lunettes loupes pour aller chercher toutes les informations. Bon, est-ce bien grave, après tout ? Alfred ne documente pas Delcourt, il raconte l'éditeur à hauteur d’homme, nous abreuve d'anecdotes et de moments forts. Instants d’années ressemble moins à des archives (poussiéreuses) qu’à un carnet intime, offert aux lecteurs complices, à ceux qui connaissent déjà cette maison et prennent plaisir à en explorer les coulisses. Une sorte de Les Jardins Suspendus (le formidable et bouleversant ouvrage récent de l'artiste, dont la chronique est disponible ici, car on l'adore, Alfred !) mais dont le sujet serait une aventure éditoriale, à peine masquée par une trajectoire humaine. Objet graphique soigné, sincère, et geste artistique singulier, l’album célèbre avant tout une certaine idée de l’édition : artisanale, passionnée, parfois chaotique, toujours guidée par l’image et le désir de création. Un livre à déplier, à parcourir, à ressentir, histoire de reparcourir un des pans de l'édition française, enviée et imitée à travers le monde. 40 précieuses années à l'ère de la crise et des lecteurs qui (parfois, pas toujours) fichent le camp. Mais racontée par le barde des images, le poète des sentiments au bout des pinceaux, Alfred. On ne peut décemment décliner l'invitation. 



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ABSOLUTE GREEN LANTERN TOME 1 : LA MAIN NOIRE


 Avec Absolute Green Lantern, Urban Comics poursuit la publication française de l’un des projets les plus stimulants des comics américains de ces dernières années, l'Absolute Universe. Al Ewing s’empare de la mythologie de Green Lantern pour en proposer une relecture radicale, bien plus proche de l’horreur cosmique que de la grande aventure spatiale telle que nous la lisons depuis des décennies. Les éléments fondateurs (et les personnages) sont toujours là, mais ils sont volontairement détournés, présentés sous un jour clairement inattendu ! Ce tome 1 s’ouvre sur une image forte : Hal Jordan, épuisé, hagard, errant dans le désert. Très vite, l’étrangeté laisse place à une évidence dérangeante, et l’on comprend que quelque chose a très mal tourné. Ewing installe un climat de malaise durable, fondé sur une narration fragmentée et la certitude que cet Hal Jordan là n'a rien à voir avec le type en costume vert qui ne craint pas la peur et joue les shérifs de l'espace au service des Gardiens d'Oa. La réinvention d’Abin Sur est au cœur de cette nouvelle approche. Ici, il n’a rien d'un mentor bienveillant qui va devoir trouver un héritier pour prolonger sa tâche. Il apparaît comme une intelligence radicalement étrangère, incompréhensible, presque indifférente au sort des humains (on dirait même du Hickman). Son arrivée est accompagnée par la création d’un immense dôme vert au cœur de la ville d'Evergreen, qui transforme l’espace urbain en cauchemar claustrophobe. Abin Sur observe, juge, expérimente, sans que ses critères ou ses intentions soient jamais clairement formulés. Hal Jordan victime d’une force qu’il ne contrôle pas, se révèle aussi dangereux pour les autres que pour lui-même. La puissance qu’il a rencontrée se manifeste sous une forme sombre et létale : le voici dotée d'une main noire (d'où le titre de ce premier tome) qui apporte la mort instantanée, dès qu'il la sort de la poche dans laquelle il tente tant bien que mal de la dissimuler. Une fragilité qui donne au personnage une épaisseur nouvelle, et explique pourquoi l'héroïne du récit, la vraie, sera une autre Lantern. Aperçue dans Far Sector, que nous avions rechroniqué récemment (ici).



C'est donc Jo Mullein qui endosse progressivement le rôle de Green Lantern. Pourtant, elle reste au départ en retrait, principalement chargé de dialoguer avec ses collègues (Hal, John Stewart, Guy Gardner…)  et de comprendre ce qui s’est produit. Un choix narratif qui va peu à peu évoluer, jusqu'à ce qu'elle devienne une bonne fois pour toutes l'héroïne tant attendue, lors d'un affrontement avec Jordan. Le dessin de Jahnoy Lindsay accompagne efficacement l'atmosphère oppressante de ces six épisodes. Son trait fin et anguleux, parfois déroutant au premier abord, devient rapidement expressif. Les visages traduisent la peur et l’incompréhension, tandis que la représentation d’Abin Sur, à la fois réaliste et profondément alien (vous vous souvenez des Bâtisseurs, chez les Avengers ?), rompt nettement avec les codes visuels traditionnels de Green Lantern. La couleur verte, omniprésente, structure le récit et accentue le sentiment d’enfermement. J'admets que son style ne correspond pas à ce que j'aime le plus, mais on ne peut nier que le job est fait. Sans chercher à tout expliquer, Absolute Green Lantern préfère installer une tension durable et poser de nouvelles bases. Al Ewing interroge frontalement l’idée d’un pouvoir forcément vertueux et rappelle que l’inconnu est avant tout (la plupart du temps) terrifiant. Même si les questions trouvent peu à peu des réponses (avec l'apparition aussi d'un Victor Hammond en milliardaire dérangé et tyrannique), cette série est à rapprocher d'Absolute Martian Manhunter, plutôt que d'Absolute Batman. Tout est réinventé, tout est fort différent, et les liens qui unissent le boulot d'Ewing à l'univers DC traditionnel ne sont que des réminiscences obligées pour ne pas confondre le lecteur et lui donner l'impression qu'on lui a menti sur la marchandise. C'est du Green Lantern qui prend une direction radicalement différente de ce que nous savions, avec la certitude que tout, ou presque, est encore à comprendre et à voir après ce tome 1. Normalement, le lectorat devrait être divisé, mais il serait quand même bien malhonnête de reprocher à Ewing de ne pas avoir pris de risques. Absolute Green Lantern réinvente, tout reste à faire. 



Sortie cette semaine chez Urban Comics


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JUSTICE LEAGUE UNLIMITED TOME 3 : SOMBRES LENDEMAINS


 Avec ce troisième tome de Justice League Unlimited, Mark Waid pousse encore un peu plus loin son ambition : raconter une crise temporelle globale qui embrasse toute la démesure de l’univers DC. Le temps est déréglé, fragmenté, se contredit. Héros et vilains se croisent, parfois contraints de collaborer, parfois trop occupés à éviter leurs propres paradoxes pour réellement agir. Même une fusion improbable entre Batman, Superman et Green Lantern semble dépassée par l’ampleur du chaos. Waid choisit clairement la carte de la confusion totale, au risque de perdre une partie de son lectorat en route. J'avoue qu'il faut parfois s'accrocher pour appréhender les subtilités du scénario et tenir compte de tout ce qui se joue et se passe (et il vaut mieux aussi avoir jeté un œil à la série Superman Dark Prophecy chez Urban Comics). Le récit aligne donc un casting tentaculaire, presque excessif. Cette profusion de personnages donne parfois l’impression d’un embouteillage de super-héros tous parfaitement compétents, mais curieusement immobiles, comme retenus par un scénario qui hésite à leur offrir une direction définie. L’intrigue autour d’Air Wave, coincé hors du plan matériel et en quête de rédemption avec s'être fait berné par Grodd, sert de fil rouge aux premières pages, avec Mr Terrific et Blue Beetle qui tentent de le ramener parmi nous. L’enjeu est intéressant, mais c'est vite expédié. Les conséquences du dérèglement temporel restent floues, presque abstraites, et les couches s'empilent, avec de nouvelles menaces et de nouveaux rebondissements qui viennent garnir un mille-feuille un peu trop riche. Visuellement, en revanche, l’album impressionne. Dan Mora déploie une énergie constante, donne une ampleur spectaculaire à des scènes parfois statiques sur le plan narratif. Sa mise en scène est claire, lisible, toujours dynamique. Même Carmine Di Giandomenico, qui n'est pas le premier venu et qu'on apprécie énormément, détonne un peu lors du dernier épisode, desservi par une sorte d'orgie de super pouvoirs en guise de conclusion provisoire hautement exagérée.



Reste que ce tome 3 présente aussi un numéro spécial Dark Tomorrow assez attendu. Tant mieux, car pendant ce temps-là Red Tornado et Mr Terrific forment une équipe d’exploration temporelle menée par le mystérieux Légende. Le groupe, volontairement hétéroclite, aligne Batman version Terry McGinnis, Jonah Hex, Huntress, Plastic Man déplacé dans le temps, Gold Beetle, et bien sûr Air Wave, désormais revenu sur le devant de la scène. Cette fois, l’objectif est clair : remonter à la source des anomalies temporelles et comprendre l’origine des Omega Démons. Waid en profite pour donner à Air Wave une véritable épaisseur narrative. Le personnage gagne en assurance, trouve sa place et devient soudainement plus mature. Le Piégeur Temporel (une forme de Doomsday issu d'un lointain futur) est aussi de la partie, tandis qu'un nouveau péril sorti du sol surgit en Markovie, était fictif dont le souverain n'est autre que Geo-Force. Outre Dan Mora, le spécial Dark Tomorrow permet de voir à l'œuvre Cian Tormey, dont le dessin marque un changement de ton graphique. Plus anguleux, plus géométrique, le style de Tormey fonctionne bien sur l’action et les compositions ambitieuses, notamment une remarquable double page qui joue sur plusieurs époques simultanément. En revanche, la couleur est souvent trop sombre, ce qui nuit à la lisibilité et écrase des planches qui auraient gagné à respirer davantage. En gros, ce troisième tome semble être une transition. Il pose, prépare, annonce, parfois au détriment de la jouissance immédiate. Justice League Unlimited continue de bâtir patiemment la mythologie de l’ère All In, quitte à frustrer ceux qui attendaient un véritable point culminant. Du reste, tout ceci va nous mener à l'événement du moment chez DC, à savoir D.C. K.O et sa fantasmagorie ultra fan service, que vous allez découvrir assez rapidement chez Urban Comics. Au moins, vous voilà prêts et édifiés avant que ça n'explose !



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DEADPOOL BATMAN : LE CROSSOVER EN COFFRET CHEZ URBAN COMICS


 Avec Batman/Deadpool, Marvel et DC ressortent enfin la clé du tiroir à crossover, plus de vingt ans après JLA/Avengers. Une partie chez DC Comics, une autre chez Marvel, et l'ensemble publié en VF par Urban Comics, sous forme de deux formats souples qui intègrent un joli coffret, vendu avec ce premier numéro. L’événement est donc historique, presque cérémoniel. Reste à vérifier si la magie opère au-delà du symbole. Le point de départ tient sur un timbre poste : Deadpool débarque à Gotham pour capturer Batman, sur commande du Joker, avec l’aide plus ou moins discrète du Reverse-Flash. En pratique, Zeb Wells ne cherche jamais à nous vendre une intrigue profonde ou ambitieuse. Le plaisir vient avant tout du choc des extrêmes : la logorrhée incontrôlable du Mercenaire disert face au mutisme granitique du Chevalier noir. Le scénario joue cette carte à fond, parfois avec efficacité, souvent avec des allusions bien senties sur des éléments clés de la continuity de Batman, et bien sûr tout un lot de répliques en dessous de la ceinture qui font quand même sourire. Là où le récit principal peut diviser (quoi, de l'humour chez Batman !), la partie graphique fait nettement l’unanimité. Greg Capullo, parfaitement à l’aise dans l’univers de Batman, livre des planches solides et spectaculaires, superbement mises en valeur par l’encrage de Tim Townsend et les couleurs d’Alex Sinclair. Gotham est sombre, crédible, presque trop sérieuse pour accueillir Deadpool, ce qui renforce encore le décalage recherché. Techniquement, c’est irréprochable, et c'est finalement sympathique de voir comment le héros torturé de DC Comics parvient à se sortir d'un mauvais pas en dressant le Joker contre Deadpool, grâce au levier de leurs folies respectives. C'est malin, Zeb Wells mérite quand même un bont point.



Le plaisir coupable de ce numéro vient aussi des récits annexes, franchement sympathiques. Le duo Daredevil / Green Arrow, signé Kevin Smith et Adam Kubert, est un petit bonheur nostalgique, sincère et généreux, qui donne envie d’un album entier. En plus, c'est assez drôle. Captain America et Wonder Woman fonctionnent étonnamment bien ensemble, même si le récit reste trop court pour exploiter pleinement la noblesse du tandem, magnifié par le dessin élégant de Terry Dodson. Mention spéciale à la parenthèse aussi absurde que charmante qui réunit Jeff le requin et Krypto le super-chien : un moment de pure régression, totalement assumé, qui se passe de dialogues (forcément). Vous allez aussi découvrir Rocket Raccoon doté d'un anneau de Green Lantern, ce qui n'est pas forcément une excellente idée de la part des Gardiens d'Oa. Et on repart aussi vite dans la sinistrose et la testostérone avec la contribution de Frank Miller, qui oppose des versions caricaturales de Batman et d’Old Man Logan, mais qui n'apporte absolument rien aux deux personnages. Respectueuse par principe, mais difficile à défendre sur le plan artistique, cette courte histoire rappelle surtout à quel point certaines légendes n’ont plus besoin de prouver quoi que ce soit, et qu'il serait peut-être de bon ton de les laisser prendre une retraite méritée, histoire de ne pas prendre le risque de les contraindre aux travaux de trop (pour Miller, on y est déjà, clairement). Le numéro se conclut sur une note surprenante et inspirée, avec l’apparition de Logo, fusion de Wolverine et Lobo, clin d’œil évident à l’époque Amalgam Comics. De quoi réveiller chez les lecteurs d’un certain âge une nostalgie très ciblée… et une curiosité sincère pour la suite. Parce que lire du Logo dans un vrai épisode complet, moi je valide ! Au final, ce premier Batman/Deadpool est un objet paradoxal : techniquement solide, historiquement important, mais narrativement en dents de scie. À recommander surtout aux amateurs des deux personnages et aux nostalgiques des grands crossovers intercompagnies. Urban Comics a su se hisser à la hauteur de l'événement, avec un coffret fort soigné, agrémenté de deux superbes posters. L'objet vaut le détour, si vous hésitiez encore. 



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LE PODCAST LE BULLEUR PRÉSENTE : L’ADDICTION, S’IL VOUS PLAÎT !

 

Dans le 216e épisode de son podcast, Le bulleur vous présente L’addiction, s’il vous plait ! Que l’on doit à Terreur graphique, un ouvrage édité chez Casterman. Cette semaine aussi, le podcast revient sur l’actualité de la bande dessinée et des sorties avec :


- La sortie de l’album L’escadron bleu, 1945 que l’on doit au scénario de Virginie Ollagnier, au dessin de Yan Le Pon et c’est publié au sein du label Aire libre des éditions Dupuis


- La sortie de l’album Son of a gun que l’on doit à Philippe Pelaez pour le scénario, Sébastien Corbet pour le dessin et c’est publié au sein des éditions Grand angle


- La sortie du deuxième et dernier tome de l’adaptation par Milo Manara du roman d’Umberto Eco, Le nom de la rose, un album publié aux éditions Glénat


- La sortie de l’album Mémoires d’un garçon agité que l’on doit au duo Vincent Zabus au scénario et Valérie Vernay au dessin, un titre paru aux éditions Dargaud


- La sortie de l’album Le blanc du drapeau que nous devons au scénario de Julie Scheibling, au dessin de Clara Chotil pour un album sorti chez Albin Michel


- La réédition de l’intégrale de L’autoroute du soleil, album que nous devons à Baru ainsi qu’aux éditions Casterman.





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AKIM : SEIGNEUR DE LA JUNGLE DES FUMETTI


 Akim est un personnage de bande dessinée dont vous vous souvenez probablement. La grande heure de gloire des fumetti en France, aux éditions Lug ou chez Mon Journal, par exemple. Il s’agit sans doute du plus emblématique des "tarzanides" italiens, ces personnages inspirés du Tarzan d’Edgar Rice Burroughs. On l'a souvent mis en concurrence avec Zembla, mais ce dernier est une création rivale, plus spécifiquement née pour le marché français. Contrairement à son célèbre modèle littéraire, Akim évolue souvent dans des récits qui mêlent divers genres fantastiques, du fantasy à la science-fiction, du surnaturel à l’horreur, en passant par le mystère. C’est aussi une des séries les plus durables de la bande dessinée italienne, avec une impressionnante carrière jalonnée de quatre périodes éditoriales et près de 1 500 numéros publiés. Les premiers albums d’Akim prenaient la forme de petites bandes dessinées hebdomadaires, publiées en Italie de 1950 à 1967 par la Tipografia M. Tomasina. Ce qu'on appelle une "striscia", au format horizontal, sur du papier de piètre qualité, mais pour un prix modique qui rend le produit appétissant pour tous les publics. Sous la plume de Roberto Renzi et avec les dessins d’Augusto Pedrazza, la série compta à elle seule 894 numéros. Cette première publication se divise en deux grandes phases : une première série de 99 numéros, qui s’étend de février 1950 à décembre 1951, et la seconde de 795 numéros, de janvier 1952 à mars 1967. Entre 1954 et 1968, ces mêmes bandes furent rééditées dans un format intitulé Akim Gigante, avec cinq séries d’albums qui comprennent aussi quelques histoires inédites, pour un total de 508 numéros supplémentaires. Rien qu'à ce stade de sa vie éditoriale, Akim justifie qu'on y consacre un petit essai et de nombreux articles. Mais c'est loin d'être fini ! Après huit années d’absence, Akim fit son retour dans les kiosques dans un nouveau format, inspiré des publications de l'éditeur Bonelli. Ce même format (un poil plus grand, tout de même) que nous connaissons bien en France, qui a fait le succès de la série et de bien d'autres encore (Yuma, Rodéo, Mustang, Kiwi…) Cette troisième production, disponible entre 1976 et 1983, reprenait le personnage tel qu’il avait été introduit en 1950. Publiée d’abord par les éditions Altamira (autre étiquette de Sergio Bonelli Editore) de 1976 à 1980, puis par Quadrifoglio de 1980 à 1983, elle compte 84 numéros mensuels et un numéro spécial. Roberto Renzi signait toujours le scénario, tandis qu’Augusto Pedrazza, assisté de Pini Segna, poursuivait son œuvre pour les dessins. Quant à la quatrième et dernière incarnation d’Akim, elle est plus récente : If Edizioni a réédité ces dernières années la version au format Bonelli, dans une collection à la pagination double, avec des couvertures inédites signées Corrado Mastantuono. Une réédition qui a connu un petit succès, comme du reste de nombreux autres héros de l'époque (Blek aussi a droit à ce traitement en Italie. Chez nous, c'est la disette. Même si Akim est toujours en kiosque, on y reviendra un peu plus tard).



Akim, mais qui es-tu donc, jeune homme en slip exotique, perdu dans une jungle qu'on devine asiatique ? Inspiré par les romans d’aventure de Salgari et de Kipling, et bien sûr par Tarzan de Burroughs, Akim est à la base un aristocrate, dont le véritable le nom est Jim, tout comme le jeune orphelin qu’il adoptera plus tard. Fils du consul britannique Frederick Rank, il est le seul survivant, avec sa mère, d’un naufrage au grand large. Cette dernière est cependant rapidement tuée par une panthère, tandis qu’une tribu de singes, dirigée par l’orang-outan Arab, recueille l’enfant et l’élève comme l’un des leurs. Jim grandit dans la jungle, il apprend à communiquer avec tous les animaux (littéralement, il leur parle et ils répondent, le lecteur peut comprendre leurs conversations, mais pas les personnages secondaires) et devient leur roi, respecté par toutes les espèces, quitte à nourrir des relations tumultueuses avec les rhinocéros. Impossible de situer géographiquement les aventures d'Akim. Seul un indice nous est laissé clairement : la ville ou le royaume de Marataï, le centre civilisé le plus proche, dans lequel notre héros se rend parfois, où il a des relations amicales et utiles avec le chef de la police locale, là où se situe la source du pouvoir économique et politique. On a même l'occasion de voir un jour Akim y débarquer avec des lunettes de soleil et un blouson de cuir, pour tromper les apparences et suivre la trace des ravisseurs du fils d'un des chefs de tribu de la jungle. Un voyage qui se poursuit à New York et place Akim dans un contexte qui est loin d'être le sien, en temps normal. Dans des histoires conçues pour le public français (nous sommes face à un titre qui a la particularité d'avoir, à un moment donné, conservé plus de prestige et de lecteurs en France, plutôt qu'en Italie, là où il est né), les auteurs revisitent quelque peu l’origine du personnage : cette fois, un avion en difficulté s’écrase dans la jungle et s’enflamme. Un enfant est sauvé par le gorille Kar, fils d’Udug, qui l’adopte et le nomme Akim. Tous les deux vont vite devenir inséparables. Si Akim semble, de prime abord, très proche de Tarzan, le personnage se distingue pourtant par un ensemble de traits originaux. Les différentes espèces animales qu’il rencontre dans ses aventures sont souvent très anthropomorphisées, et la série montre une sensibilité écologique marquée, qui rappelle fréquemment la nécessité d’un équilibre harmonieux entre l’homme et la nature. Le tout avec un ton, une approche assez naïfs, compte tenu de l'époque de la publication. Autour d’Akim, plusieurs personnages secondaires apparaissent, certains de manière récurrente : le gorille Kar et les guenons espiègles Zig et Ming (qui se chamaillent souvent mais tombent d'accord pour aller manger des bananes) forment son entourage immédiat. À leurs côtés, on trouve aussi parfois Rita, la compagne d’Akim, et Jim, l’orphelin adopté par celui qui se définit comme le Roi de la jungle. La faune de cette jungle inclut également quelques "monarques" parmi les animaux : l’éléphant Baroi, le lion Rag et l’ours Brik, en particulier, viennent compléter cette fresque animalière et lui apporte une touche solennelle et une hiérarchie plus définie. Il existe aussi des animaux punis ou dissidents, qui sont considérés comme des super-vilains à quatre pattes, à l'instar de Farg, une panthère noire qu'on aperçoit à de multiples reprises. D'ailleurs, en grand pacifiste, Akim n'emploie pas de fusil ou d'autres armes à feu. Quand la situation est trop complexe pour qu'il puisse s'en sortir à l'aide de ses poings ou de son ingéniosité, ce sont les animaux qui viennent à son secours et répondent à son appel, avec en particulier les lions, éléphants et gorilles, comme représentants les plus actifs de cette faune interventiste. Pedrazza était de son côté soumis à un rythme de production assez dingue, pouvant atteindre les cent pages d'Akim par mois. En conséquence, le dessin n'est pas toujours fignolé à l'extrême, notamment quand il s'agit de mettre en scène toute cette ménagerie. Mais peu importe, l'essentiel dans Akim n'est pas à trouver au niveau de la virtuosité des illustrations (qui restent, compte tenu des cadences infernales, de tout respect). 



Akim, c'est surtout la folie de l'écriture. C'est assez récurrent à l'époque d'aller puiser dans la culture populaire, dans l'histoire, les films de série B (ou de série A ; nous verrons même apparaître une sorte de Dark Vader dans un épisode précis), les mythes, pour plonger le héros dans des décors fabuleux ou des aventures improbables. Zagor, écrit par Sergio Bonelli (Guido Nolitta est le pseudo), est l'exemple le plus marquant et le plus réussi, dans cette catégorie. C'est pourquoi Akim peut rencontrer des légionnaires romains, des mayas, des aliens, des sorciers, sans que cela ne semble jeter le moindre doute sur la crédibilité d'une série qui avance toujours à mille à l'heure. Sans oublier des scientifiques aux idées un peu nébuleuses, qui peuvent régulièrement être amadoués par l'exemple : tout comme son charme naturel agit parfois sur les belles mais sombres créatures qui le menacent (la figure récurrente de la reine despote et cruelle), Akim n'est pas toujours obligé de se battre jusqu'au bout de la nuit. Il inspire, il est force de persuasion, c'est un exemple, même pour ceux qui le qualifient de sauvage, une appellation qui revient systématiquement dans la bouche de ceux qui croisent sa route. Pas le temps de sombrer dans le doute et l'effroi, Akim agit et triomphe, les retournements de situation sont moins dictés par la cohérence ou la mesure que par l'envie d'étonner, de faire vivre des émotions à un public qui se laisse prendre au jeu du roman feuilleton traduit au format bande dessinée de poche. Et le public français a adoré les aventures de ce jeune homme en slip léopard, publié deux fois par mois pour une somme modique, sur du papier très bon marché, lui aussi, aux éditions Aventures et Voyages. Au point qu'en 1967, lorsque s'arrête la production de récits originaux en terre italienne, la France devient le refuge du fils de la jungle. La France, mais aussi l'Allemagne, avec un artiste du nom de Hansrudi Wäscher, qui va produire des dizaines d'histoires, aussi bien au format des strisce italiennes, que celui du magazine à la française. Son Akim est d'ailleurs un poil plus soigné, avec des planches truffées de détails, plus en tous les cas que dans celles de Pedrazza, véritable machine à illustrer, comme nous l'avons déjà mentionné. Akim a des besoins modestes pour ce qui est de son habitation : un simple bungalow installé en haut d'un des plus grands arbres de la forêt fait office de quartier général. C'est aussi l'endroit idéal pour passer les moments tendres avec Rita, sa compagne, bien que nous soyons face à une bande dessinée populaire des années 1960, c'est-à-dire d'une pudibonderie à la limite du ridicule. Pas d'effusion de sentiments entre les deux amants (encore moins de scènes explicites, passez votre chemin) et même… pas de lit matrimonial dans lequel dormir, mais à plusieurs reprises, la vue claire et éloquente de deux petits lits dans la même pièce. Rien avant le mariage ?



Roberto Renzi, le créateur de la série, est un scénariste versatile qui a laissé sa trace sur plusieurs séries importantes. Son plus grand succès est italien, avec Tiramolla, un bonhomme en caoutchouc qui vit des aventures comiques et pour jeune public, quasiment inconnu en France (Elastoc) mais qui fait l'objet d'un culte chez les connaisseurs, de l'autre côté des alpes. Chez Aventures et Voyages, c'est probablement Antares qui est l'autre titre notable de Renzi. On lui doit aussi presque cent épisodes de Brik, l'homme invincible, 49 épisodes de Pecos Bill (dessinés par Franco Donatelli, un des grands artistes de Zagor), de nombreux numéros de Blek le Roc (après le départ du trio Essegesse). En réalité, Roberto Renzi et Augusto Pedrazza se sont rencontrés dès l’enfance. Ils grandissent dans la même rue à Milan et fréquentent la même école primaire. Leur amitié, solidifiée par des passions communes comme la lecture des livres de Tarzan d’Edgar Rice Burroughs et leur amour pour le cinéma, les pousse très jeunes à explorer la création artistique. À dix ans, ils réalisent leur première histoire illustrée, inspirée de Tarzan mais adaptée avec une touche originale. Renzi insiste alors pour que leur héros ne soit pas une copie, mais plutôt un personnage unique, influencé par les écrits de Rudyard Kipling, qu'il baptise Akim. Nous savons ce qu'il en sera par la suite, à l'âge adulte ! Oui, notre héros en slip léopard est né de l'imagination fertile de deux enfants milanais. Après la guerre, alors qu’ils sont dans leur vingtaine, Pedrazza s’engage comme dessinateur pour une petite maison d’édition et introduit Renzi dans ce milieu. C’est le début de la carrière de ce dernier comme scénariste, une vocation qu’il nourrit depuis toujours. Le duo travaille pour plusieurs éditeurs, y compris Tomasina, un imprimeur indépendant qui leur permet de produire une vingtaine de personnages. Parmi eux, Akim, lancé en 1950, devient rapidement leur plus grand succès.  D’abord publié en Italie dans un format hebdomadaire, Akim trouve une seconde vie en France grâce à Madame Ratier des Éditions Aventures et Voyages. Pendant 33 ans, Renzi écrit inlassablement les scénarios, tous illustrés par Pedrazza, pour un total impressionnant de plusieurs centaines d’épisodes. Leur production se distingue par sa constance et sa qualité, un exploit rare dans le monde de la bande dessinée. Akim est également traduit en plusieurs langues et rencontre un grand succès en Allemagne, comme nous venons de voir tout cela dans les pages précédentes. Parallèlement à sa carrière de scénariste, Renzi mène une vie de journaliste, devenant rédacteur puis directeur de publication. Observateur avisé, il analyse le déclin des bandes dessinées pour enfants, qu’il attribue à des scénarios moins inspirés et des dessins trop complexes, éloignés de la simplicité qui faisait le charme des œuvres classiques. Akim reste cependant un modèle intemporel, à la croisée des récits d’aventure et des thématiques modernes. Ce héros, ancré dans une vision respectueuse de la nature et des valeurs morales, incarne le meilleur de la créativité de Roberto Renzi et d’Augusto Pedrazza, et il survit aussi longtemps, probablement pour sa capacité à unir la naïveté de la lecture adolescente avec les exigences un peu plus pointues des adultes, qui reconnaissent les qualités artistiques et la constance des deux auteurs. Notons aussi que Pedrazza n'était pas qu'un dessinateur fiable, mais aussi un grand passionné de musique classique. Régulièrement présent à la Scala pour les concerts les plus importants, il était aussi doté d'une voix de baryton appréciée, qui lui a permis de monter sur scène à l'occasion de plusieurs spectacles. Pedrazza est décédé en 1994, le 23 décembre, tandis que Roberto Renzi nous a quittés le 23 octobre 2018. 



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GREEN LANTERN EMERALD TWILIGHT EN DC PAPERBACK (URBAN COMICS)


Hal Jordan a beau être le plus grand Green Lantern de l’Histoire, même un super-héros de cette trempe peut craquer et basculer du côté obscur. Il faut dire qu’il n’a rien pu faire pour empêcher l’éradication de Coast City, la ville où vivaient sa famille, ses amis et tant de visages familiers — sans parler des innombrables anonymes — tous pulvérisés par Mongul. Difficile, dans ces conditions, de faire son deuil et de tourner la page sans sombrer dans la folie. Jordan tente alors l’impossible : ressusciter les morts, ou du moins leur offrir une forme de simulacre de vie grâce à son anneau de pouvoir. Mais une telle entreprise exige une énergie incommensurable, bien supérieure à celle qu’il a jamais portée à son doigt. Il se lance dès lors dans une croisade insensée et se retourne contre le Corps des Green Lanterns, ceux-là mêmes qui étaient encore ses alliés quelques jours auparavant. Tous ceux qui se dressent sur sa route pour s’opposer à sa dérive sont irrémédiablement vaincus, jusqu’à ce qu’il s’empare de leurs anneaux et les ajoute à sa nouvelle collection. Même Kilowog, son instructeur, ne fait pas le poids, pas plus que Sinestro, ancien mentor devenu ennemi juré, qui mordra la poussière d’une manière particulièrement brutale. Ron Marz décrit ainsi la descente aux enfers d’un personnage qui, autrefois, n’avait peur de rien, mais qui se laisse finalement submerger par ses émotions : culpabilité, frustration, terreur de ne plus être à la hauteur et douleur d’avoir perdu ce qu’il s’était juré de protéger. Ces épisodes, d’une intensité poignante, appartiennent désormais à l’histoire des comics et permettent à l’auteur de préparer un tournant majeur pour Green Lantern, avec l’avènement d’un nouveau porteur de l’anneau, un nouveau héros appelé à occuper le devant de la scène à partir du numéro 51.



Car si jamais Hal Jordan est tombé en disgrâce, c’est désormais le moment pour Kyle Rayner d’entrer en scène. Voici un personnage qui va se révéler attachant en très peu d’épisodes. Inutile de le présenter longuement ou de nous raconter ses origines en long, en large et en travers. Nous avons ici un jeune dessinateur publicitaire, pas forcément très responsable dans la vie, qui fréquente Alexandra DeWitt, une journaliste-photographe avec laquelle il essaie régulièrement de se rabibocher. Un soir, dans une ruelle, l’un des Gardiens d’Oa se présente à lui et lui offre un anneau qui va lui permettre de devenir Green Lantern. On n’a pas le temps de comprendre le pourquoi du comment : Kyle devient très vite un super-héros et, à défaut de savoir précisément comment se comporter, il n’a pas peur et assume pleinement son nouveau statut. Tant mieux, car il va devoir se mesurer d’entrée à un adversaire du calibre de Mongul, dont nous vous avons déjà parlé. Sans l’aide de Superman, sa carrière n’aurait d’ailleurs pas été bien longue. Bien évidemment, ces premiers épisodes sont aussi marqués par l’un des drames les plus terribles et les plus célèbres de l’histoire des comics américains : la découverte de la fiancée morte, pliée dans un réfrigérateur, victime de Major Force, cette espèce de sadique surpuissant chargé d’exécuter les basses œuvres du gouvernement. Kyle va naturellement chercher à se venger, et ce drame intime résonne encore aujourd’hui dans le cœur et l’esprit de tous les fans de Green Lantern. Impossible également de refermer l’album sans évoquer une incursion dans les événements de Zero Hour, et surtout une double confrontation entre Kyle et Hal Jordan venu récupérer son anneau, et désormais transformé en Parallax. Hal pense sans doute bien faire, mais ses méthodes sont plutôt celles d’un super-vilain. Kyle parvient pourtant à lui tenir tête et démontre ainsi qu’il est définitivement devenu un héros. Ron Marz livre ici des épisodes avec un petit côté naïf, mais qui ont au moins le mérite de toujours raconter quelque chose : on ne s’ennuie jamais. Côté dessin, Darryl Banks propose des planches très lisibles, même si les fonds de case et certains détails peuvent parfois sembler un peu superficiels. Il est aidé également par d'autres artistes, comme Derec Aucoin ou Craig Russell (ce dernier ayant un style fort reconnaissable et bien plus fouillé). Quoi qu’il en soit, ce sont des aventures que tout fan de Green Lantern se doit de posséder et de connaître, et la collection DC Paperback offre justement l’occasion de combler d’éventuelles lacunes dans le domaine.

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MINOR ARCANA TOME 1 : JEFF LEMIRE ET LES TAROTS CHEZ DELCOURT


 Nous voici en terrain parfaitement balisé : l’univers de Jeff Lemire. Tous les indices sont sur la table (comme les cartes des tarots), et nous évoluons en territoire connu. Regardez, par exemple, le personnage principal de Minor Arcana, une certaine Theresa. Il s'agit d'une jeune femme qui rentre chez elle après plusieurs années passées loin de sa mère. « Chez elle », façon de parler, puisque le petit bled paumé dans lequel elle a grandi n’a rien de l’endroit rêvé pour s’épanouir. Aucune perspective réelle pour des gens comme elle, et une mère malade, atteinte d’un cancer, qui ne semble guère accorder d’attention à son traitement. Pas plus qu’à sa fille, d’ailleurs, avec laquelle les relations sont loin d’être apaisées. La mère de Theresa tient un petit salon de voyance, où elle exploite le besoin de croire des autres pour leur dire, plus ou moins, ce qu’ils ont envie d’entendre. Aucune chance que la fille prenne un jour la relève… si ce n’est par le plus grand des hasards, et surtout par nécessité de gagner quelques billets. Un jour, elle se retrouve ainsi dans une situation totalement inattendue : elle a l'opportunité de tirer les cartes à une vieille dame venue s’enquérir de son grand amour, mort depuis bien longtemps. Et là, l’inattendu se produit. Il semblerait que Theresa possède réellement des dons… ou, à tout le moins, qu’elle soit capable d’accéder à un autre niveau d’existence et de conscience, au point d’entrer en contact avec les personnes disparues. Lemire entre dans le fantastique par la porte du quotidien le plus banal, et promet de nous emmener loin, dans le fantastique, l'onirique, et la dépression !



Dans la vie, Theresa affiche un parcours totalement cabossé. Elle préfère les filles, et celle qu’elle aimait vraiment est aujourd’hui en couple avec un policier du coin… avec qui elle a eu un enfant. Theresa a plus ou moins tourné le dos à ses anciennes connaissances du lycée et on la sent dévorée par un profond sentiment de culpabilité et de perdition, qui la conduit trop souvent à se réfugier dans l’alcoolisme. Bref, un personnage taillé sur mesure pour une œuvre de Jeff Lemire. L’auteur canadien est particulièrement attaché aux récits familiaux truffés de failles. Chez lui, la famille est à la fois un refuge, une valeur sûre, mais aussi l’endroit où tous les problèmes convergent : le lieu de toutes les trahisons et de tous les manques. Lemire est un auteur absolument génial, mais, comme vous le savez, les choses rares sont souvent belles, et les choses belles sont souvent rares. À vouloir trop écrire, lancer un nombre incalculable de séries en parallèle et accepter des travaux de commande à un rythme effréné, Lemire a fini par se banaliser, produisant des histoires de moins en moins marquantes. Soyons honnêtes : il n’est évidemment pas devenu un tâcheron, loin de là, mais cette étincelle, cette essence si particulière qui faisait de lui une voix et une sensibilité totalement à part, que nous adorions passionnément, semblait s’être estompée. C’est donc avec un immense plaisir que nous découvrons cette nouvelle série, publiée chez Delcourt et chez BOOM! Studios aux États-Unis. Minor Arcana condense toutes les thématiques chères au scénariste, abordées ici avec une pudeur et une sensibilité qui rappellent les grandes heures du passé. D’autant plus que Lemire est également au dessin : son trait volontairement brut se révèle d’une expressivité redoutable, avec juste ce qu’il faut de naïveté pour nous toucher en plein cœur avant même de chercher à impressionner. En bref, c’est du Jeff Lemire comme on aimerait en lire plus souvent. Du Jeff Lemire intime et sincère, plutôt que celui mis au service des grandes majors de l’industrie. Et ça, il n'est pas nécessaire d'être devin pour comprendre que ça justifie l'achat. 



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R.I.P. SAL BUSCEMA (1936 - 2026)


 Le 23 janvier, à l’âge de 89 ans, Sal Buscema s’est éteint. Nous ne l'avons su que la nuit dernière. Frère de John, il fut l’un des dessinateurs et encreurs les plus importants de l’histoire de Marvel Comics, maison d'édition pour laquelle il travailla sur un nombre impressionnant de personnages emblématiques, parmi lesquels les Avengers, Spider-Man, Hulk, Captain America, les Défenseurs, Rom, et bien d’autres encore. Il se fit d’abord un nom comme encreur : ses débuts publiés chez Marvel furent pour Silver Surfer #4, un numéro dessiné par le frangin. Cette collaboration mit immédiatement en lumière une qualité essentielle de son style, sa capacité à sublimer le trait d’autrui sans jamais trop vouloir en faire. Progressivement, Sal (Silvio) passa au dessin, augmenta sensiblement sa cadence de travail, jusqu’à devenir l’un des artistes les plus constants et les plus fiables de la rédaction. Son premier titre régulier fut Avengers, avec Roy Thomas, avant de passer à X-Men et Sub-Mariner, puis de revenir à plusieurs reprises sur Avengers. Il débuta également une collaboration particulièrement marquante avec Steve Englehart sur Captain America. Ce cycle trouva son point culminant avec la saga de l’Empire Secret, qui vit Steve Rogers renoncer temporairement à l’identité de Captain America pour adopter celle de Nomad. Au cours des années 1970, Sal Buscema œuvra sur la quasi-totalité des personnages majeurs de Marvel, mais son nom demeure surtout associé à deux prestations au long cours. La première est The Incredible Hulk, qu’il dessina avec une remarquable régularité pendant près de dix ans, où il imposa une représentation physique et dynamique du personnage devenue iconique. C’est notamment à cette période qu’il mit au point le célèbre « Sal Buscema Punch » : un coup en pleine face, le corps qui part en vrille, le bras qui parait jaillir hors de la case, pensé pour transmettre le poids, la vitesse et l’impact immédiat. Bim !  La seconde est sa collaboration avec Bill Mantlo sur Rom: Spaceknight, une série que Panini a republié ces mois derniers dans sa collection Omnibus.




C'est lui qui lança Peter Parker, The Spectacular Spider-Man avec Gerry Conway, une série sur laquelle il resta environ cent numéros, assurant fréquemment à la fois le dessin et l’encrage. Au début des années 1990, il revint sur le titre aux côtés de J.M. DeMatteis, avec un cycle aujourd’hui encore salué pour l’attention portée à la dimension psychologique des personnages (la mort de Norman Osborn, quel grand moment). DeMatteis évoqua d’ailleurs cette collaboration comme « l’un des sommets de ma carrière. Ce n’était pas seulement un grand artiste : c’était quelqu’un de profondément bon ». Le style de Sal Buscema se distinguait par une clarté narrative exemplaire, une solide maîtrise anatomique et une attention constante à la lisibilité de la planche. Il ne recherchait jamais l’effet graphique ostentatoire, lui préférant le rythme, la cohérence et l’efficacité du récit. Comme le soulignait DeMatteis dans une interview, Buscema savait raconter une histoire avec une telle évidence que « certaines pages auraient pu fonctionner même sans dialogues ». Pour nous lecteurs français, c'était l'époque des petits formats de chez Semic (Nova) qui passèrent ensuite au grand format. Au fil de sa carrière, Sal Buscema contribua également à la création de nombreux personnages et concepts de l’univers Marvel, de la Valkyrie à Lady Deathstrike, jusqu’au T.V.A, tribunal et organisme régulateur du temps, récemment porté sur le petit écran grâce à la série Loki des Marvel Studios. Avec Sal Buscema, c'est un géant discret, un immense artiste trop souvent méconnu ou sous-estimé, qui vient de nous quitter. 



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ABSOLUTE BATMAN TOME 2 : ABOMINATION

 Dans ce deuxième tome d’ Absolute Batman , Scott Snyder poursuit sa relecture radicale du mythe et affole les compteurs de vente. Le premie...