
Le 23 janvier, à l’âge de 89 ans, Sal Buscema s’est éteint. Nous ne l'avons su que la nuit dernière. Frère de John, il fut l’un des dessinateurs et encreurs les plus importants de l’histoire de Marvel Comics, maison d'édition pour laquelle il travailla sur un nombre impressionnant de personnages emblématiques, parmi lesquels les Avengers, Spider-Man, Hulk, Captain America, les Défenseurs, Rom, et bien d’autres encore. Il se fit d’abord un nom comme encreur : ses débuts publiés chez Marvel furent pour Silver Surfer #4, un numéro dessiné par le frangin. Cette collaboration mit immédiatement en lumière une qualité essentielle de son style, sa capacité à sublimer le trait d’autrui sans jamais trop vouloir en faire. Progressivement, Sal (Silvio) passa au dessin, augmenta sensiblement sa cadence de travail, jusqu’à devenir l’un des artistes les plus constants et les plus fiables de la rédaction. Son premier titre régulier fut Avengers, avec Roy Thomas, avant de passer à X-Men et Sub-Mariner, puis de revenir à plusieurs reprises sur Avengers. Il débuta également une collaboration particulièrement marquante avec Steve Englehart sur Captain America. Ce cycle trouva son point culminant avec la saga de l’Empire Secret, qui vit Steve Rogers renoncer temporairement à l’identité de Captain America pour adopter celle de Nomad. Au cours des années 1970, Sal Buscema œuvra sur la quasi-totalité des personnages majeurs de Marvel, mais son nom demeure surtout associé à deux prestations au long cours. La première est The Incredible Hulk, qu’il dessina avec une remarquable régularité pendant près de dix ans, où il imposa une représentation physique et dynamique du personnage devenue iconique. C’est notamment à cette période qu’il mit au point le célèbre « Sal Buscema Punch » : un coup en pleine face, le corps qui part en vrille, le bras qui parait jaillir hors de la case, pensé pour transmettre le poids, la vitesse et l’impact immédiat. Bim ! La seconde est sa collaboration avec Bill Mantlo sur Rom: Spaceknight, une série que Panini a republié ces mois derniers dans sa collection Omnibus.


C'est lui qui lança Peter Parker, The Spectacular Spider-Man avec Gerry Conway, une série sur laquelle il resta environ cent numéros, assurant fréquemment à la fois le dessin et l’encrage. Au début des années 1990, il revint sur le titre aux côtés de J.M. DeMatteis, avec un cycle aujourd’hui encore salué pour l’attention portée à la dimension psychologique des personnages (la mort de Norman Osborn, quel grand moment). DeMatteis évoqua d’ailleurs cette collaboration comme « l’un des sommets de ma carrière. Ce n’était pas seulement un grand artiste : c’était quelqu’un de profondément bon ». Le style de Sal Buscema se distinguait par une clarté narrative exemplaire, une solide maîtrise anatomique et une attention constante à la lisibilité de la planche. Il ne recherchait jamais l’effet graphique ostentatoire, lui préférant le rythme, la cohérence et l’efficacité du récit. Comme le soulignait DeMatteis dans une interview, Buscema savait raconter une histoire avec une telle évidence que « certaines pages auraient pu fonctionner même sans dialogues ». Pour nous lecteurs français, c'était l'époque des petits formats de chez Semic (Nova) qui passèrent ensuite au grand format. Au fil de sa carrière, Sal Buscema contribua également à la création de nombreux personnages et concepts de l’univers Marvel, de la Valkyrie à Lady Deathstrike, jusqu’au T.V.A, tribunal et organisme régulateur du temps, récemment porté sur le petit écran grâce à la série Loki des Marvel Studios. Avec Sal Buscema, c'est un géant discret, un immense artiste trop souvent méconnu ou sous-estimé, qui vient de nous quitter.

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