SUPERMAN : PAIX SUR TERRE (SUPERMAN CONTRE LA FAMINE)


 À sa sortie, Superman : Paix sur Terre s’imposa d’emblée comme un ouvrage à part. Couronné par un Eisner Award l’année suivante, l’album réunissait deux noms appelés à marquer durablement l’imaginaire DC et des comics tout simplement : Alex Ross, déjà célébré chez la distinguée Concurrence pour Kingdom Come, et Paul Dini, dont le travail sur les séries animées Batman et Superman des années 1990 avait profondément redéfini les personnages. Le choix d’un format géant, dans la nouvelle ligne DC Treasury, qui a l'avantage de magnifier les peintures de Ross, est clairement un petit cadeau de la part d'Urban Comics, pour une collection qui va vite rallier des fidèles autour de sa chapelle (mais trouve difficilement sa place sur nos étagères). Plutôt que de céder à la tentation du spectaculaire, Dini adopte ici une approche plus risquée, presque délibérément désarmante. Il confronte Superman à un problème sans visage, sans coupable unique, et surtout sans solution simple : la faim dans le monde. La question sous-jacente est aussi ancienne que le personnage lui-même. Si Superman peut tout faire, pourquoi ne met-il pas fin à la misère une bonne fois pour toutes ? Interventionnisme super-héroïque, au nom du bien (j'essaie de coller à l'actualité, maladroitement). Le scénariste évite toutefois le piège du conte moralisateur. L’élan initial du héros se heurte rapidement aux réalités politiques, aux frontières, aux rapports de force et aux intérêts économiques. Nourrir aujourd’hui ne garantit pas que tous auront la panse pleine demain, et la bonne volonté se fracasse souvent contre des systèmes bien plus solides qu’elle. Du reste, le contexte géopolitique actuel nous montre que c'est l'ambiguïté qui domine, dans toutes les situations.



L’ouverture du récit donne le ton avec une délicatesse presque désarmante. Superman installe le sapin de Noël au cœur de Metropolis, rituel annuel chargé de symboles. Dans les airs, il se remémore les paroles de son père, la patience nécessaire pour semer correctement, l’idée que chaque graine mérite une chance de pousser (c'est cela, grandir dans une ferme du Kansas). Ce souvenir simple, presque banal, ancre le personnage dans une humanité tangible. La fête, la générosité affichée, l’effervescence médiatique masquent pourtant une vérité plus sombre, celle d’une misère invisible, présente au milieu même de la foule. À partir de cette prise de conscience, le récit quitte le registre du symbole pour affronter une réalité bien plus inconfortable. Graphiquement, Paix sur Terre est une suite d’images iconiques qui marquent durablement. Ross compose ses pages comme autant de tableaux, il multiplie les contre-plongées qui placent le lecteur dans la position de ceux qui lèvent les yeux vers Superman. Il n’y a ni super-vilain ni déferlement d’action, mais une iconographie puissante, presque sacrée, où chaque geste du héros semble peser plus lourd qu’un combat. Même les détails les plus quotidiens, comme le Daily Planet encore encombré de dossiers papier (avant l'ère du digital déshumanisant), contribuent à ancrer l’album dans une époque précise, à la lisière d’un monde en mutation. C’est précisément là que l’album peut diviser. Car cette sincérité assumée, ce refus du cynisme et cette foi presque candide en la capacité de l’humanité à faire le bien pourront paraître, pour certains lecteurs, trop appuyés, voire franchement mièvres. La symbolique est parfois lourde, l’émotion frontale, et le Superman de Dini et Ross flirte ouvertement avec une figure quasi christique qui peut filer de l'urticaire. Mais c’est aussi ce qui fait la force singulière de l’ouvrage. Paix sur Terre ne cherche ni l’ironie ni la distance critique. Il revendique une émotion pure, une bonté sans filtre, ce qui peut rebuter en ces temps de révisionnisme permanent et de violence assumée. Comics et idéologie d'antan, à l'ère de la sinistrose. Promis, l’album conserve ainsi une chaleur et une douceur rares. Il ne prétend pas offrir de solution miracle, mais rappelle que l’espoir, même fragile, demeure un choix. L'humanité et ce qu'elle a de meilleure, à trouver chez un extraterrestre ? 



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