LA MORT DU SILVER SURFER : C'EST VRAIMENT LA FIN POUR NORRIN RADD ?


 Avec La mort du Silver Surfer, publié par Panini Comics, le héraut cosmique de Marvel revient sur le devant de la scène dans une histoire qui ressemble à une parabole morale et à un clap de fin (rires). L’intention est louable. Le résultat, plus discutable, comme nous allons le voir. Le récit s’ouvre comme une variation familière de la mythologie du personnage. Norrin Radd contemple les ravages dont il fut jadis l’instrument, puis il croise la route d’un soldat agonisant qui le supplie pour être sauvé (ce qu'il ne mérite pas forcément). Le Surfer sait bien qu'il n'est pas, lui non plus, exempt de tout reproche. Culpabilité, rédemption, compassion universelle : nous sommes en terrain connu. Depuis l’époque de Stan Lee et Jack Kirby, le personnage oscille entre grandeur cosmique et introspection quasi mystique. Ici, il sauve un homme, un insecte, puis décide de mettre fin à une guerre, tout simplement. Cette volonté de bien faire l'amène à détruire les armes des deux camps de belligérants. L’idée pourrait être forte. Elle s’avère surtout attendue. Les gouvernements n’aiment pas qu’on interfère, les forces de l’ordre tirent avant de réfléchir, la peur l’emporte sur la raison. L’humanité, dans son ensemble, est présentée comme violente, soupçonneuse, incapable d’accueillir l’Autre sans hostilité. La démonstration est limpide, peut-être trop, d'autant plus que ça ressemble quand même bien à une caricature lourdingue. Greg Pak a laissé la subtilité dans les tiroirs. Face à cette méfiance généralisée, le scénario introduit Kelly Koh, agente d’un bureau chargé de neutraliser les menaces extraterrestres. Son supérieur (complétement dingue, et on s'étonne que Kelly ne soit pas capable de repérer la série incroyable de red flags qui tendent à démontrer que le type est un croisement entre Lex Luthor et Elon Musk) rêve de s’approprier le pouvoir cosmique afin d’égaler, voire de dépasser, les méta-humains liés aux gouvernements. Derrière cette intrigue affleure une métaphore politique transparente : l’étranger perçu comme danger, l’alien réduit à une ressource exploitable ou à une menace à abattre. Le propos n’est pas dénué d’écho contemporain, mais ça manque singulièrement de nuance.



Le contraste est d’ailleurs répété avec insistance. D’un côté, des humains cupides, arrogants ou dominés par la peur ; de l’autre, un Surfer presque christique, qui sauve même celle qui tente de l’abattre. Lorsqu’il protège Kelly après qu’elle lui a tiré dessus, il confirme sa posture sacrificielle. Norrin pardonne. Norrin endure. Norrin continue d’aimer une humanité qui ne le comprend pas. La figure est noble, mais ça en devient vraiment lassant, et ça ne fait même qu'empirer : le Surfer aide un enfant coincé dans un arbre, pendant que ses adversaires entendent piller des ressources cosmiques inimaginables, avec notamment le sang de Galactus (ne me demandez pas d'explications scientifiques, je cale). Le montage parallèle fonctionne, mais c'est de la rhétorique creuse : altruisme contre cupidité, lumière contre avidité. On avait compris, depuis des décennies. Pour ne rien arranger, Skaar, le fils de Hulk, et ses anciens compagnons de guerre (durant Planet Hulk) sont eux aussi capturés, alors qu'enfin (ce n'est pas trop tôt) Kelly commence à douter du bien fondé d sa mission. Visuellement, l’album propose de belles séquences cosmiques, dont la simple présence impose une forme de majesté tragique. Le trait de Sumit Kumar est soigné, les planches très lisibles, mais on sent, dès le troisième épisode, quelques baisses d'attention (dans les visages notamment), qui trahissent l'éternel problème de la manière de produire les comic books américains, à savoir travailler vite, à la chaîne. La mort du Silver Surfer (la vraie, cette fois, pas dans une réalité alternative comme Requiem) n’est pas un album désagréable. Il y a du rythme, des enjeux clairs, et la dimension tragique du Surfer demeure intacte. Mais en revenant à cette vision très binaire du monde, le scénario donne le sentiment de répéter une leçon déjà entendue, sans rien inventer de neuf. Le Surfer mérite sans doute mieux qu’un rôle de saint incompris face à une humanité uniformément fautive. Quant à la finalité de cette opération, je ne souhaite pas vous spoiler la conclusion, mais si vous êtes un peu malin et que vous suivez l'actualité Marvel, vous n'aurez aucune peine à deviner… 



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