JUDGE DREDD FUREUR PRIMITIVE : LE NOUVEAU DREDD EST EXCELLENT


Oubliez la fameuse "zone de confort". Judge Dredd quitte le temps d'un album les tours et l'asphalte de Mega-City One, pour des atmosphères et des paysages beaucoup plus sauvages et naturels, peut-être même encore plus dangereux. Rob Williams nous invite à la visite, mais c'est le dessinateur qui nous frappe la rétine dès la première approche. R.M. Guéra impressionne sans forcer. Son trait rugueux, charbonneux, colle à Dredd comme la poussière radioactive aux bottes du justicier sur la piste d'un perp qui s'enfuit. Il excelle dans la narration, cisèle ses visages, soigne ses décors, orchestre ses pages avec une science implacable du rythme. Chaque case fourmille de détails sans jamais sombrer dans la surcharge gratuite. Et puisque Giulia Brusco pose ses couleurs savantes sur cette matière dense, le lecteur en saisit toutes les aspérités, et vibre sans vergogne. Mais résumer l’album à sa seule beauté visuelle serait injuste. Rob Williams oblige Dredd à quitter Mega-City One pour une mission secrète, dans les étendues glacées des Terres Irradiées du Nord. Il compose son équipe et y inclut au dernier moment un cadet (la jeune Moon, qu'on découvre dans le tout premier épisode), avant que tout dérape. L’appareil qui transporte les juges est abattu, les survivants se retrouvent isolés dans un désert blanc où la technologie ne vaut plus grand-chose. La nature n’a que faire de "La Loi". Elle impose une règle unique, brutale, archaïque : survivre. C'est désormais sa Loi. Bon… titulaire de la série oblige, nous savons que Dredd survivra. L’enjeu consiste donc à instiller le doute, à fissurer l’armure d'un mythe qui se révèle plus sensible au temps qui passe et à la relève que d'habitude. Moon est ici l'avenir, un peu plus qu'une recrue, et c'est sur elle que reposent les enjeux dramatiques véritables. L’irruption d’un ours (gigantesque, implacable, presque une caricature des créatures de films d'horreur, que rien ne peut stopper) déclenche une traque haletante où l’on sent, l’espace de quelques pages, que même l’incarnation de la Loi pourrait finir dévorée dans la neige. D'autant plus que le temps fait son effet. Pas au sens météorologique, mais au sens des années qui s'accumulent, avec un Dredd qui a besoin de récupérer, qui commence à sentir les articulations et les poumons qui flanchent. Un Dredd humain, plus que jamais.



Après ces épisodes au cordeau, Rob Williams transporte Dredd à Ciudad Barrancuilla, pour un récit qui transpose la violence du narcotrafic et de la jungle criminelle sudaméricaine dans l'univers de la série. On y oppose le pragmatisme des autorités locales, prêtes à composer avec la pègre pour maintenir une paix relative, à l’intransigeance absolue de Dredd. Avec au menu un ancien Juge qui est désormais devenu l'instrument d'un groupe de rebelles antifascistes et criminels, et un trafiquant repenti qui vit isolé dans sa villa surprotégée, en échange de bons tuyaux à livrer aux autorités. Sauf que ces petits accords entre amis ne sont valables qu'à condition d'accepter la politique du compromis, ce qui pas exactement la manière dont le Judge Dredd envisage le monde. Là encore, Guéra et Brusco déploient des décors somptueux, d'une moiteur presque tangible. L’ensemble prend parfois des allures de western dans la jungle. Dredd y devient shérif solitaire, figure eastwoodienne arpentant un territoire hostile, accroché à une manière de faire et de voir crépusculaire, face à des rebelles qui s'enhardissent et comprennent que le pouvoir vacille. C'est moderne, pertinent, comme toujours. Et on termine avec une histoire plus brève, où le Judge Dredd vieillissant et fragilisé se retrouve impliqué dans l'arrestation d'un dingue qui précipite des corps dans le vide, depuis une tour de Mega-City One. Lesté d'une bombe, il gaze les Juges qui interviennent avec une mixture mortelle, qui frappe Dredd. Mais même à l'article de la mort, La Loi reste La Loi. Du Dredd décliniste mais solide dans le propos et les convictions. Bref, cette parution nous rappelle à quel point Judge Dredd fonctionne lorsqu’on le confronte à des environnements où son autorité vacille. Dredd n’est plus seulement le symbole d’un système, dans ces conditions. Il redevient un homme sous l’armure. Un homme avec ses limites, destiné à être rattrapé par le temps, hanté par l'idée de transmission, mais au service inflexible et éternel de la loi. Fascinant. Sortie la semaine prochaine (à ne pas manquer !) chez Delirium. 



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